‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 61 sur 170 · JÉRÔME DE PRAGUE · texte numérisé non relu

JÉRÔME DE PRAGUE

mais sans pouvoir communiquer avec lui, priait et intercédait pour lui. Jérôme, de. son côté, demandait à Dieu la grâce de partager le supplice de son ami. Cette faveur lui fut refusée et ce contre-temps lui fut fatal ; après la mort de Huss,. Jérôme parut ébranlé, comme sll avait perdu son bon génie; le 19 juillet, il souscrivit au dogme de la présence réelle et matérielle, et même le 23 septembre, il eut la faiblesse de- signer une rétractation en règle et de désavouer ses maîtres Wyclef et Huss. Ceux des juges qui lui étaient favorables, Pierre d'Ailly et Tarchevêque de Florence, se déclarèrent satisfaits et insistèrent pour qu*on le rendît à la liberté. Mais ils avaient compté sans Tacharnement des moines tchèques, ses mortels ennemis, et (faut-il le dire aussi) sans la rancune impitoyable de Gerson, le chancelier de l'université de Paris. On reprit d'un bout à Fautre le procès de Jérôme de Prague; maître Jean de Rocha dressa un nouvel acte d*accusation en cent sept articles ; et après vingt-quatre mois de dure captivité, Jérôme de Prague comparut de nouveau devant le concile (23 et 26 mai 1416). Cette fois-là Jérôme se montra digne de son maître. Dans son premier discours, il réfuta un à un les cent sept chefs d'accusation et répliqua aux diverses apostrophes, tantôt avec une ironie, tantôt avec une hardiesse qui déconcerta ses adversaires. Trois jours après, il prononça son plaidoyer suprême, qui, d'après Le Pogge, témoin oculaire, se rapprocha des plus beaux modèles de l'éloquence classique. IF rappela les exemples de tant de saints et de martyrs, qui avaient souffert injustement pour la cause de la vérité; déclara qu'il était absolument inique qu'un laïque fût condamné par des prêtres, et termina par un magnifique éloge de Jean Huss, disant que « le plus grand péché qu'il eût à se reprocher, c'était de l'avoir renié sous le coup de la maladie et de la persécution et que, certainement, son maître et ami avait été mis à mort, non pas qu'il eût rien prêché contre l'ordre établi de l'Eglise, mais parce qu'il s'était élevé contre les abus des clercs et des prélats... Il se tenait debout, (dit le témoin cité plus haut) sans peur et sans effroi, comme quelqu'un qui non seulement méprise la mort, mais qui la désire. On aurait dit un second Gaton d'Utique. » Le 30 mai, il comparut pour la dernière fois devant le concile, on lui lut la sentence qui le condamnait, comme hérétique et relaps et qui, suivant l'atroce euphémisme des juges ecclésiastiques, le recommandait à l'indulgence du pouvoir séculier. Au moment où on l'affublait de la mître en papier, peinte de diables rouges, insigne des hérétiques, Jérôme' s'écria: «Le Seigneur Jésus, au moment de mourir pour moi, eut sur la tête une couronne d'épines, etmoi, au lieu[de cette couronne,jeveux, par amour pour lui, porter avec joie cette mitre ! » On le co;iduisit,le jour même, au lieu du supplice, et en arrivant à la place même où son maître Huss avait été brûlé un an auparavant, il se mit à genoux et pria d'une voix mélancolique. Puis, pendant qu'on le dépouillait de ses vêtements et qu'on l'attachait, à demi nu, au poteau d'infamie, avec des chaînes et des cordes mouillées, il se mit à chanter le Credo et, après avoir fini, il dit en allemand au peuple qui l'environnait : « Chers

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