JÉRÔME DE PRAGUE — JÉRUSALEM
enfants, ainsi j'ai chanté, ainsi je crois. Ce symbole est ma foi. El pourtant, je meurs aujourd'hui, parce que je n'ai pas voulu accorder au concile que Jean Huss ait été justement condamné par lui; car je sais qu'il était un fidèle prédicateur de l'Evangile de Jésus-Christ. » Encore un trait d'héroïsme! Comme le bourreau voulait, par un reste de pitié, allumer le feti par derrière : « Viens ici, s'écria-t-il, et allume devant moi. 0 pauvre homme! si j'avais craint ce feu, je ne serais pas venu ici, pouvant échapper. » Enfin, au moment où il sentit les premières cuissons du feu mortel, il prononça en tchèque ces dernières paroles : « Seigneur Dieu tout-puissant! aie pitié de moi et pardonne-moi mes péchés, car tu sais que j'ai sincèrement aimé la vérité î » Ainsi périt, à l'âge de quarante-deux ans, cet héroïque témoin de la vérité, cet ardent apôtre de l'Evangile de Jésus- Christ. En effet, suivant le témoignage du Pogge,Mucius Scœvola ne livra pas sa main au feu avec plus de sang-froid que Jérôme n'y livra tout son corps, et Socrate ne but pas le poison avec plus de spontanéité que Jérôme n'en mit à subir les atteintes de la flamme. — ^Bibliographie : Von der Hardt,Corpii5 actontmet decrelorumconciliiConstan" lien^is, Francfort et Leipzig, 1699; le même, Historia et monumenta Joanni Hus et Hieronymi Prdgensis^ confessorum Christi, Nuremberg, i715; Poggii Florentini opéra, Epistota ad Leonardum Aretinum de wi. Hieronymi Pragensis supplicia, Lyon, 1313; Palacky, Documenta; magislri Johannis Huss vitam, doctrinam, causam in Constantiensi concilio actam, et controversias de reîigione in Bohemia, anno 1403-1418, matas Uluslranlia, Prague, 1866. G. Bonet-Madrt.
JÉRUSAUBH. — L Histoire. La Bible ne nous fait pas connaître l'origine et le nom primitif de Jérusalem. On a essayé, mais sans preuves suffisantes, d'identifier la capitale de la Judée avec Salem, résidence de iMelchisedec (Gen. XIV, 17-20). Avant David, elle portait le nom de Yebous à cause des Jébusites, descendants de Canaan, qui occupaient à cette époque le mont où s'éleva plus tard la « rille supérieure w. Elle parait aussi avoir reçu, dès une haute antiquité, l'épithète de Kadischa ou la Sainte, dont on retrouve le souvenir dans le nom de Kouds, que lui donnent aujourd'hui les musulmans, et, dans cette hypothèse, c'est à Jérusalem même qu'il faudrait appliquer le passage d'Hérodote (liv. II, ch. cxxxix) où il est fait mention de la conquête de Cadytis, grande ville de Syrie, par le roi d'Egypte Nékao. Quant au nom même de Jérusalem (héritage de la paix), il est difficile de dire à quel moment il fut substitué aux appellations plus anciennes de la ville. — Ce fut dans la septième année de son règne (vers 1049 av. J.-C), q\ie David s'empara de la citadelle des Jébu-. sites (1 Chron. XI, 4-à). Cette forteresse, agrandie et fortifiée, devint la résidence du roi et la capitale du royaume d'Israël. Aussi est-elle désignée depuis ce moment sous le nom de « Cité de David ». Elle est aussi appelée Sion (2 Chron. Y, 2). Par la construction du temple ou maison de Dieu et du palais royal, Salomon voulut faire de Jérusalem le centre religieux et politique de sa nation. Il consacra vingt années de son règne et toutes les ressources de son royaume à cette
œuvre gigantesque. La ville fut ornée de palais, tels que la maison de la fille de Pharaon, située en dehors de la Cité de David, et la maisondu parc du Liban. Le roi fit combler le creux de la Cité de David et acheva la construction d'un fort nommé Millo, dont la position n'est pas déterminée. En môme temps, il fit commencer une grande muraille destinée à enfermer le temple et la Cité de David dans la même enceinte. Grâce à ces ouvrages et aux débouchés nouveaux ouverts au commerce, Jérusalem devint pendant quelque temps le centre de la civilisation dans l'Asie occidentale. — Le schisme des dix tribus porta un coup funeste à la capitale des Hébreux. Cinq ans après la mort de Salomon, Sçiçak (Shashank) s'empara de Jérusalem, sans éprouver la moindre résistance (2 Chron. Xll, 1-9). La grande muraille, commencée par Sajomon, fut probablement achevée par les rois Assa et Josaphat. Sous le roi [Joram, les Philistins, alliés aux Arabes du Sud, s'emparèrent de la cité (2 Chron. XXI, 17). Soixante ans plus tard-, Joas, roi d'Israël, ayant défait Amasias, roi de Juda, fit une large brèche dans la muraille, du côté nord, et entra en triomphe dans la ville. Le temple et les palais furent livrés au pillage (2 Rois, XIV, 13-14). Sous le long règne d'Hosias, la brèche fut réparée, le commerce refleurit, quelques portes furent fortifiées de tours et les murailles reçurent des machines de guerre, « pour lancer des flèches et de grosses pierres» (2 Chron. XXVI, 1-16). Jotham, fils d'Hosias, «bâtit beaucoup en la muraille d'Ophel au sud du temple, et il construisit la plus haute porte de la maison de TEternel » (2 Chron. XXVII, 3). La prospérité de la ville, gravement compromise sous Achaz, qui <c ferma les portes de la maison de l'Eternel » (2 Chron. XXXIII), fut rétablie par Ezéchias, qui répara les fortifications à l'approche de Sennachérib (2 Chron. XXXII, 5). Ce prince assura à la capitale de grands approvisionnements d'eau par la construction d'aqueducs et de réservoirs. Manassé, de retour de la captivité, compléta les fortifications de Jérusalem. Il « bâtit la muraille du dehors pour la cité de David, vers l'occident de Gihon, dans la vallée... » et il «environna Ophel qu'il éleva fort » (2 Chron. XXXIII, 14). — Mais au moment où la ville semblait pourvue de tous ses moyens de défense, elle manqua de défenseurs, sans doute par suite de dissensions intestines et du découragement survenus après la mort tragique de Josias. Le pharaon Nékao, puis Nebucadnetsar nous apparaissent alors comme les vrais maîtres de Jérusalem. Sédécias ayant essayé de secouer le joug, Jérusalem succomba après avoir vaillamment soutenu un siège de deux ans contre les troupes du roi de Babylone (587 av. J.-C). Le temple, les palais, les maisons des grands furent entièrement démoliset les murailles renversées. Après Tédit de Cyrus (530 environ) Josué et Zorobabel rétablirent l'autel et posèrent les fondements du temple, mais l'édifice sacré' ne fut achevé que sous Darius. Quant aux murailles, elles furent relevées sous Artaxerxès Longue-Main, par Néhémie. — Traitée avec humanité par Alexandre le Grand, qui lui accorda d*heureux privilèges, Jérusalem devint après la mort du conquérant, la Kgne frontière entre la Syrie et TEgypte. Elle dut d'abord
à la protection des Ptolémées et, plus tard, des Séleucides, une période de calme et semblait sur le point de reprendre une vie nouvelle, lorsque Fodieuse tyrannie d'Antiochus Epiphanela fit retomber dans de nouveaux troubles (175 av. J.-C). Apollonius, général d'Antiochus, ayant pénétré dans la ville, sans coup férir et en feignant de vouloir la paix, massacra tous les hommes valides et s'empara des femmes et des enfants, pour les vendre comme esclaves. Une citadelle redoutable, destinée à surveiller les approches du temple, s'éleva dans la basse ville, qui reçut de là le nom d'Acra. Le temple fut conservé, mais pour être profané. A côté du grand autel du parvis, on construisit un autel plus petit, pout* y offrir des sacrifices à Jupiter olympien. «Il n'était plus permis, dit Munck (Paleslinej p. 494), de s'avouer Juif^ et l'on punissait de mort ceux qui se livraient aux pratiques de la religion mosaïque. » Jérusalem devint de nouveau à peu près déserte. — Judas Maccabée, pendant son triomphe éphémère, rétablit le culte mosaïque et construisit sur la montagne du temple un mur élevé, protégé par de fortes tours, afin de mettre les visiteurs du temple à l'abri des attaques de la garnison d'Acra. Ce mur, renversé par un des généraux d'Antiochus Eupator, fut relevé par Jonathan, frère de Judas Maccabée. Enfin, sous Simon Maccabée, la garnison syrienne de la citadelle demanda à capituler (141 av. J.-C). La citadelle fut rasée et on se mit aussitôt à aplanir la hauteur sur laquelle elle avait été élevée ; Siméon établit sa résidence sur la hauteur du temple, probablement à l'angle nord-ouest, là où ses successeurs élevèrent une forteresse appelée Baris, qui fut appelée plus tard Antonia. Un autre siège, conduit par Antiochus Sidètes et soutenu très vaillamment par Jean Hyrcan (134), se termina par une capitulation honorable. Les dissensions intestines qui désolèrent Jérusalem et la Judée sous les derniers Asmonéens, amenèrent enfin l'intervention des Romains. Pompée assiégea la ville (63 av.. J.-G.), et concentra ses attaques contre l'enceinte du temple, les partisans d'Hyrcan II lui ayant ouvert les portes de la \ille. Ayant fait venir de Tyr des machines de guerre, il parvint à renverser, après trois mois d'efi'orts, la plus haute tour de la muraille (probablement une des tours d'Antonia), dont les ruines, comblant le fossé, donnèrent passage aux Romains qui i^montèrent à l'assaut. Au grand scandale des Juifs, Pompée pénétra avec sa suite dans le Saint des Saints, mais il ne toucha pas aux trésors du temple et, le lendemain, il ordonna de purifier le sanctuaire et d'y ofl*rir les sacrifices usuels — Les intrigues des derniers princes maccabéens facilitèrent la prise de Jérusalem par les Parthes. Hérode, soutenu par les Romains, se rendit maître de la ville, en Tan 37, après cinq mois d'un siège laborieux. Le temple fut pris d'assaut et le carnage fut aussi efiroyable que lors de la première invasion des Romains. Le vainqueur, devenu maître absolu, rebâtit le temple. avec une magnificence dont on retrouve le témoignage dans l'Evangile (Jean, II, 20). Il agrandit et fortifia le château de Baris qui reçut le nom d'Antonia, en l'honneur d'Antoine. Au nord du palais royal, il éleva trois tours de défense nommées
Hippicus, PhasQél et Mariamne, Il dota sa capitale d'édifices dans le goût des Romains, théâtre, jeux, forum, etc. La ville s'étendait alors au delà des anciennes enceintes sur le vaste plateau situé au nord, où s'élevaient de nombreuses villas, au milieu des jardins. — Agrippa !•' commença la construction de la troisième enceinte. Llnsurrection des Juifs^ provoquée par la tyrannie de Gessius Florus, étoufTée dans le sang malgré des prodiges de valeur, eut pour dernier acte le siège de Jérusalem, par Titus. Nous ne pouvons que reproduire ici les principaux traits de ce siège célèbre, d'après l'historien Josèphe qui joua le rôle de parlementaire entre les deux armées. Au moment où le général romain vint camper devant la ville, à la tête de 70,000 hommes environ, trois partis rivaux étaient en présence dans «les murs de la cité. Les zélotes, sous Jean de Giscala, occupaient Antonia et le péribole extérieur du temple, tandis que le parti d'Eléazar s'était retranché dans la cour des Juifs et dans le temple. La haute ville était au pouvoir de Simon de Gerasa. Jean de Giscala étant parvenu à chasser Eléazar de la cour intérieure du temple, construisit du côté de la ville quatre gi*andes tours, garnies de scorpions et de balistes, pour mieux se défendre contre les attaques de Simon. Ces deux partis acharnés l'un contre l'autre couvrirent de ruines tout l'espace compris entre le temple et la ville haute. Tous les grands amas de blé conservés dans les salies voûtées dont on a retrouvé probablement les restes au-dessous des viaducs qui aboutissaient au temple, furent brûlés et la famine commençait déjà à sévir, lorsque Titus établit ses batteries contre les tours Psephina et Hippicus, au nord et à l'ouest de la ville. Les deux partis ennemis, réunis enfin par le danger commun, essayèrent vainement de s'opposer aux efforts des assiégeants. La première enceinte fut prise le 31 mars, quinzième jour du siège. Cinq jours après, la seconde enceinte fut forcée et, malgré quelques retours offensifs des assiégés, cette partie de la ville fut fortement occupée parles Romains. Les Juifs, repoussés dans la troisièm^e enceinte et sur la montagne du temple, se préparèrent à une résistance acharnée, malgré les ravages de la famine qui faisait des victimes par milliers. La plupart de ceux qui, fuyant l'implacable cruauté des soldats de Simon j essayaient de se dérober à une mort imminente en quittant la ville, étaient pris par les Romains et crucifiés. Rien ne peut dépeindre les horreurs d'un tel* siège. Pour réduire les assiégés, Titus entoura la ville d'un mur de circonvallation, garni de tours et ayant trente-neuf stades de longueur. En même temps il éle-
' vait ses aggeres et ses tours de bois, bardées de fer, devant Antonia et devant la tour Hippicus. En vain les assiégés parvinrent-
' ils, à plusieurs reprises, à ruiner par la mine ou par des attaques directes les travaux formidables des assiégeants. Le 30 mai, pendant la nuit, la forteresse d' Antoniâ fut enlevée par surprise et le temple se trouva découvert du côté nord. Les portiques ayant été incendiés par degrés, la première enceinte intérieure du temple, la plus forte, fut forcée le 5 juillet. Le 8 du môme mois, un soldat romain mit le
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feu au temple, malgré les ordres de Titus. Le carnage fut horrible. Nulle part on ne pouvait apercevoir le sol cacb^ sous les cadavres. On vit des prêtres arracher les pointes qui garnissaient la crête du toit du naos et les lancer sur les ennemis, en guise de projectiles. La colline du temple paraissait tout en flammes. Un parti de zélotes s'était ouvert un passage vers la ville haute, où la lutte se concentra. Mais le courage des assiégés avait enfin molli et les Romains s'emparèrent, dès les premiers jours d*août, des tours formidables qui défendaient ce quartier. En voyant la force de ces constructions, Titus se serait écrié : « Nous avons CfHnbattu avec la faveur de Dieu : c'est un Dieu seul qui a pu chasser les Juifs d'ouvrages pareils, car que pouvaient la main de l'homme et la puissance des machines contre de semblables tours? » Le carnage ne finit que lorsque les soldats furent fatigués de tuer. Parmi les survivants, on réserva pour le triomphe les hommes jeunes et remarquables pour leur taille et pour leur beauté. Le reste fut vendu, envoyé aux mines, ou distribué dans les provinces pour être livré aux bêtes. On évalue à six cent mille le nombre des malheureux qui périrent dans cette épouvantable catastrophe. Jean et Simon, qui s'étaient réfugiés dans les souterrains de la ville, en sortirent chassés par la faim. Simon fut réser\:é pour le triomphe de Titus et Jean, condamné à la prison perpétuelle. Titus donna l'ordre de détruire la ville entière et le temple, qui furent rasés. On respecla seulement les trois tours Phasaêl, Hippicus et Mariamne, ainsi que la partie occidentale de l'enceinte. Jérusalem présenta, après cette catastrophe, l'aspect d'un désert occupé par une petite garnison romaine. Peu à peu quelques Juifs revinrent s'établir au milieu de ces ruines. On ne sait pas au juste à quel moment les chrétiens rentrèrent dans la cité. — Soixante ans après sa destruction, Jérusalem fut rebâtie, au moins en partie, par Adrien, qui lui donna le nom d'/ffiia ; elle fut aussi nommée Capitolina, en l'honneur de Jupiter Gapitolin , dont le temple s'éleva sur l'emplacement du sanctuaire juif. Adrien releva les murailles, en suivant en partie le tracé de& anciennes enceintes. Le nouveau mur laissa en dehors de la ville au Sud, la partie sud de la cité de David et toute la. colline d'Ophel, et, du côté nord, tout le plateau autrefois habité. Les? mesures que prit cet empereur pour détruire les institutions mosaïques soulevèrent encore l'indignation générale et amenèrent une insurrection formidable, dont Bar Gocheba fut l'instigateur et l'âme. Jérusalem fut occupée par Bar Gocheba et bientôt reprise par Jules- Sévère, général d'Adrien. Il fut défendu aux Juifs , sous peine de mort, de reparaître dans la cité. Un temple de Vénus s'éleva sur • l'emplacement du saint Sépulcre. Les chrétiens, pour mieux séparer leur cause de celle des Juifs, élurent pour évoque un gentil converti, . nommé Marc. L'histoire de la ville, dans les cent années suivantes, ne présente aucun fait saillant. Les Juifs obtinrent à prix d'argent le droit de venir pleurer sur les ruines de leur ancienne métropole. En 362, ils essayèrent vainement de reconstruire le temple, tandis que la pieuse sollicitude de Constantin et d'Hélène consacrait par de nom-
breuses constructions les plus chers souvenirs du christianisme. Constantin lit abattre le temple de Vénus et construisit à sa place la basilique célèbre du. Saint-Sépulcre. Erigée en patriarcat par le concile de Ghalcédoine, Jérusalem fut bientôt après pillée par Tarmée de Gbosroès II, qui ne respecta ni le clergé ni le Saint-Sépulcre. — En 636, elle fut. assiégée par les Arabes, et, après une résistance de quatre mois, elle se rendit par capitulation à Omar, accouru tout exprès de Médine. Les chrétiens obtinrent pleine sécurité pour leurs personnes et leurs biens, pour la possession de leurs églises et la liberté de leur culte, à la seule condition d*ouvrir leurs églises à toute heure du jour ou de la nuit, sur la première réquisition des autorités musulmanes. 11 leur était interdit d*élever de nouveaux édifices religieux. Enfin ils étaient soumis à de minutieuses règles de police pour leur costume, leurs cérémonies, etc. Pendant quatre siècles environ, la ville obéit aux khalifes de Damas et de Bagdad, qui ne cherchèrent pas à inquiéter les habitants. Omar fit construire une mosquée trèsspacieuse sur remplacement du temple. La mosquée actuelle a été élevée par Abdel-Melik ibn Merouan. Jérusalem eut à souffrir de Tinquiète tyrannie des Fatimites et en particulier du khalife Hakem, par Tordre duquel Tégli'sedu SaintrSépulcre fut incendiée. Les Seldjoucides, qui leur succédèrent au onzième siècle, ne se montrèrent pas plus tolérants, et bientôt la voix éloquente de Pierre TErmite appela les croisés à la conquête de la Terre sainte* — Ce fut le 7 juin 1099 que les croisés arrivèrent devant Jérusalem, sous la conduite de Godefroy de Bouillon. Ge général et Tancrède établirent leur camp à Touest de la ville ; Raymond de Saint-Gilles investit le midi ; les comtes de Flandre et de Normandie assiégèrent le côté nord. Pendant un mois, ils se préparèrent à donner Tassant et souffrirent, sous un ciel ardent, toutes les horreurs de la soif. Le 14 juillet, ils tentèrent une première attaque générale, et furent repoussés avec de grandes pertes. Enfin, le lendemain, vendredi 15 juillet, tandis que le clergé marchait en procession autour de la ville, les assaillants revinrent à la charge avec fureur. Après [une heure de combat, Letholde de Toumay s*élança le premier sur la brèche ouverte à Torient, et il fut suivi par Engelbert et Godefroy. Les chrétiens, ayant envahi toute la ville, poursuivirent les troupes musulmanes jusque dans la mosquée d'Omar qui fut inondée de sang. Après une courte prière devant le SaintSépulcre, ils reprirent leur œuvre d'extermination. En moins d*une semaine, soixante-dix mille musulmans furent massacrés et plusieurs milliers de Juifs périrent dans les décombres de leurs synagogues. Maîtres de Jérusalem, les croisés rebâtirent à grands frais Téglise du Saint-Sépulcre, mais leur royauté éphémère fut brisée par Saladin, qui reprit Jérusalem en 1187 et y rétablit le culte musulman. Un instant rendue & Tempereur Frédéric II (1229), elle fut investie deux ans après par Tarmée du sultan de Karezm, et reprise presque aussitôt parle Soudan d'Egypte. Cette malheureuse ville fut le théâtre de nouvelles profanations sous les derniers khalifes Eyoubites et durant le règne anarchique des Mamelouks, jusqu'à ce qu'elle passât
avec toute la Syrie sous la domination du sultan ottoman Sélim II (1517) ; elle subit alors toutes les vicissitudes de cet empire. Annexée pendant longtemps au pachalik de Damas, Jérusalem est aujourd'hui le chef-lien d'une province qui relève directement de Gonstantinople. IL Topographie moderne, aspect général, climat. — Jérusalem (31°46' lat. N. et 33** long. E) est située sur un plateau calcaire, qui s'élève sensiblement vers le nord, où il se relie à la chaîne de montagnes de la Palestine. Des trois autres côtés, elle est entourée de ravins profonds bordés eux-mêmes par de hautes collines qui dominent la ville et ne permettent pas de l'apercevoir de loin. Le ravin de l'est, nommé autrefois vallée de Kidron (Cédron), et aujourd'hui voilée de Josaphaty sépare la ville de la montagne des Oliviers. Tournant vers le sud, il rejoint, au-dessous de la fontaine de Siloé, le ravin qui borde la ville au sud et à l'ouest et qui portait le nom de vallée de Ilinnom; enfin, au nord-ouest, est un vallon moins profond, qui est peut-être la vallée de Gihon, C'est dans le trapèze irrégulier formé parles deux vallées de Josaphat et de Hinnom, que s'élève la ville moderne. Celle-ci est bâtie sur deux rangées parallèles de collines séparées par une vallée qui court du nord-nord-ouest au sud-sud-est, de la porte de Damas à la fontaine de Siloé. La rangée orientale forme trois plateaux qui s'abaissent rapidement du nord au sud et que nous nommerons provisoirement Bézétha , Moriah et OpheL Bézétha (767 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la mer) est situé au nord-est, entre la porte de Damas et le Haram ech-Chérif. Le plateau de Moriah, en grande partie artificiel (742 mètres d'altitude), est limité à l'est par la vallée du Cédron, à l'ouest par la vallée centrale de la ville, au nord par Bézétha, au sud par Ophel. C'est ce plateau qui supporte le Haram ech-Chérif et la mosquée d'Omar. La colline de Ophel affecte la forme d'un triangle irrégulier dont la hase serait au côté sud de l'enceinte du temple, et la pointe sud vers la fontaine de Siloé. Les deux côtés sont resserrés entre la vallée du Cédron et le ravin intérieur. Plane à sa partie supérieure, elle s'incline rapidement au sud par une série d'étages et se termine à pic au-de*ssus de Siloé. Elle est longue de 500 mètres environ. Le ravin central de la ville s'élargit et se creuse profondément dans sa partie inférieure, à partir du point où il reçoit un autre ravin marqué par une dépression qui vient de l'ouest. C'est, au moins dans sa partie inférieure, le Tyropœon de Josèphe. La rangée occidentale est formée de deux parties : l'une, au-dessous du ravin, est une haute colline (775 mètres d'altitude), longue de 900 mètres sur 6 à 700 mètres de largeur moyenne et que nous désignerons provisoirement sous le nom de Sion; elle a son point culminant vers le milieu , à l'ouest, et descend en pentes raides dans la vallée de Hinnom et dans la vallée du Tyropœon; elle porte la tour dite de Da\id, le couvent arménien, la tombé de David, le quartier juif; l'autrç partie, au nord, s'élève rapidement au nord-ouest, où elle forme le point culminant de la vU|e » (781 mètres) ; elle porte le Saint-Sépulcre, l'ancien couvent des chevaliet^s de Saint-Jean, et nombre de couvents et d'établissements chré-
tiens. — L'enceinte actuelle de Jérusalem fut élevée par le sultan Soleïman, en 1534, et paraît répondre assez exactement aux murailles qui la défendaient à l'époque des croisades. Elle a 13 mètres de hauteur moyenne sur 1 mètre environ de largeur. Elle est fortifiée de tours et de bastions et décrit plusieurs sinuosités. Le côté qui longe la vallée de Josapbatà Test décrit une ligne assez régulière jusqu'au côté nordouest où le mur repose sur des rochers taillés à pic. C'est le point le plus élevé de la ville. A l'ouest, en se dirigeant vers le sud, du côté de la porte de Jaffa, se trouvent les tours massives et les travaux de défense les plus importants, d'ailleurs fort délabrés et incapables de résister au feu d'une batterie européenne. Sept portes, dont deux sont condamnées, s'ouvrent dans le mur d'enceinte. Ce sont : 1° Au nord, la porte de Damas (Bâb el-Amoud ou porte de la Colonne), sur la route de Naplouse, Nazareth et Damas, la mieux fortifiée de toutes. Construite ou plutôt restaurée par Soliman, en Fan 944 de l'hégire,, elle offre un beau spécimen de l'architecture arabe au seizième siècle. Elle s'élève sur l'emplacement d'une porte plus ancienne dont les soubassements étaient formés de gVos blocs à bossage. 2" Au nord, la porte d'Hérode (Bàb el-Zaheri), fermée depuis une cinquantaine d'années. 3° Sur la face orientale du mur, la porte de Saint-Etienne, ainsi nommée en souvenir du martyre d'Etienne, qui aurait été lapidé en cet endroit. Une tradition ancienne paraît avoir placé le lieu de ce martyre près de la porte actuelle de Damas, où s'élevait autrefois l'église de Saint-Etienne. Les Arabes nomment cette porte Bàb Sitti Mariam ou porte de Notre-Dame-Marie, parce qu'elle conduit au tombeau de la Vierge. 4° Un peu plus au sud, dans l'enceinte du Haram, la porte Dorée, la plus remarquable de toutes par la profusion de ses ornements. Elle est murée depiris longtemps, sans doute à cause d'une croyance populaire, d'après laquelle la ville sera prise un jour par cette porte. 5° La porte des Barbaresques (Bâb el-Mogharibeh ou, selon les chrétiens, porte des Ordures, située au-dessus de la fontaine de Siloé, à peu près au centre de l'ancienne vallée du Tyropœon. 6"* La porte de Sion (Bàb en-Nebi Daoud, ou porte du prophète David), à l'angle sud-est de la ville. Elle tire son nom arabe du voisinage d'une petite mosquée bàlie sur l'emplacement du tombeau de David. D'après une inscription, elle a été construite (probablement restaurée) en l'an 947 de l'hégire (1539-1540). 7^ La porte de JafTa, en arabe Bàb el-Khalîl ou porte d'Hébron, sur la face occidentale. Elle mène, en effet, à Hébron par Bethléem.— A^pcc/ iniérieur de la vilk. Jérusalem forme une espèce de trapèze irrégulier dont les côtés les plus longs sont au nord et au midi, environ 1,200 mètres au midi et 13 à 1,400 mètres au nord, d'après le plan de Pierrotti. Le côté de l'est a 900 mètres et le côté ouest 7 à 800 mètres. Le pourtour est de 4,200 à 4,300 mètres. La ville est coupée par trois artères principales. L'une, appelée rue de David du temps des croisades, et nommée en arabe Haret el-Bizar (rue des Bazars), part de la porte de Jaffa, à l'ouest, longe la citadelle, laisse à gauche le vaste emplacement de l'ancien hôpital des chevaliers de Saint-Jean (Moristàn), passe
près d*une ancienne arche oîi quelques auteurs ont voulu reconnaître Tancienne porte Gennath, mentionnée par Josèphe, suit le principal bazar, formé de trois rues couvertes, traversées par des ruelles latérales, longe le quartier Juif et aboutit à Tune des portes du Haram, nommé Bâb es-Silsileh. La seconde rue, allant du nord au stid, part de la porte de Damas, passe derrière le Saint-Sépulcre, longe le Moristân au sud, croise la rue de David, près de Tare dit porte de Gennath et, séparant le quartier juif du quartier arménien, se termine près de la porte de Sion, au sud. La troisième rue part de la porte Bâb Sitti Mariam, laisse à gauche les casernes turques et le Haram ech-Chérif, à droite le couvent des sœurs de Notre-Dame de Sion, et aboutit au Saint-Sépulcre. C'est sur son parcours que. se trouve la Voie douloureuse. Citons encore la rue Chrétienne, qui s*étend de la rue deDavid au Saint-Sépulcre, entre le Moristân, à droite, et la piscine d'Ezéchias, à gauche. — La ville se divise en quatre quartiers : 1" le quartier des chrétiens ou des Francs, au nord-ouest, qui renferme les principaux couvents, parmi lesquels nous citerons le couvent franciscain de Saint-Sauveur ou Casa nuova^ les couvents grecs de Saint-Basile, de Saint-Georges, de Saint-Michel, de Saint-Jean-Baptiste, le Patriarcat latin, Téglise du Saint-Sépulcre, dont le dôme domine cette partie de la ville, plusieurs consulats, une église et une école allemandes, et la chapelle anglaise dont le style gothique contraste avec Tarchitectwre générale de la ville ; 2* le quartier arménien au sud-ouest, où Ton remarque le vaste couvent des Arméniens, situé sur un des sommets du mont Sion ; 3** le quartier juif, au sud du quartier arménien, sur le penchant du mont Sion et dans l'ancienne vallée du Tyropœon ; c'est la partie la plus sombre et la plus fétide de toute la ville ; on y trouve cependant qtielques rues assez propres et plusieurs synagogues nouvelles au dôme lourd et écrasé ; 4® le quartier musulman, au nord-est, qui renferme le Serai, résidence du gouverneur, le mehkhèmeh ou tribunal, la célèbre mosquée d'Omar, l'église de Sainte-Anne, au nord du Haram, l'établissement des sœurs de Notre-Dame de Sion, quelques hospices, des casernes, etc. L'intérieur de la ville, bien qu'offrant l'aspect général des villes de l'Orient, est loin de présenter l'animation et cette vive couleur locale qui charme tant le voyageur au Caire ou à Damas ; les rues sont étroites et irrégulières, mal pavées ; les bazars voûtés ne reçoivent le jour que par de minces lucarnes et n'offrent, du reste, rien de remarquable ; les maisons, percées de quelques portes basses ou de rares fenêtres discrètement grillées, supportent des terrasses où s'arrondissent de petits dômes, le tout dominé par les imposantes coupoles du Saint-Sépulcre et de la mosquée d'Omar. — Climat, La température de Jérusalem n'est pas soumise aux brusques variations qui se remarquent dans nos régions occidentales. Depuis le mois d'avril jusqu'à la fin de septembre, le ciel est toujours pur et brillant ; la chaleur est excessive pendant le jour à cause des montagnes voisines qui interceptent les courants d'air. Cependant le climat, même pendant cette période, ne serait pas malsain si l'autorité turque veillait
avec plus de soin à rentretien des Tues et des marchés. Lés nom-' breusQS citernes ou magasins qui se voient dans tous les quartiers, rinsalubrité des maisons, toujours imparfaitement ventilées, peutêtre aussi la mauvaise qualité de Peau qui sert à Talimentation déterminent, pendant Pété et Fautomne, de violents accès de fièvre. Dès le mois d*octobre, la température se rafraîchit et bientôt commencent lés pluies, qui durent presque sans interruption jusqu'au mois -d^avril. Par suite de la position élevée de la ville, Thiver y est quel- •quefois rigoureux, et il n'est pas rare d*y voir de la neige et du givre.
IIL Population et sectes religieuses. Suivant les calculs les plus probables, la population de Jérusalem est évaluée à 24,000 habitants environ (21,000, d'après le frère Liévin). Dans ce nombre les Juifs entrent pour 6,000, les chrétiens pour 5,000, les musulmans pour 13,000. Les statistiques turques donnent, pour Tannée 1871, les nombres suivants par familles : 1025 pour les Musulmans, 630 pour les Juifs, 300 pour les Grecs orthodoxes, 179 pour les Latins, 175 pour les Arméniens, 44 pour les Coptes, 18 pour les Grecs unis, 16 pour les protestants et 7 pour les Syriens, en tout 2,393 familles. Mais ces nombres paraissent trop faibles. — Communions chrétiennes. 1** Les -catholiques romains ou latins, au nombre de 1,600 environ, sont :soumîs à un patriarche délégué du saint-siège et au gardien de Terre sainte, dont la résidence est le couvent de Saint-Sauveur. Ce dernier a sous sa juridiction les moines italiens ou espagnols de l'ordre mineur de saint François, qui fqnt en Syrie l'office de missionnaires. Cet ordre avait fondé au quatorzième siècle un monastère sur le mont Sion. 11 en fut dépouillé en 1561 et prit alors possession du couvent actuel. Outre une école attachée au •couvent de Saint- Sauveur et qui reçoit 170 enfants, les Latins possèdent à Jérusalem une école industrielle, un hôpital pour les deux sexes, et deux écoles de filles, celle des sœurs de Sion, avec 120 enfants et celle des sœurs de Saint-Joseffh, avec 200 enfants, dont quelques-uns sont logés dans l'établissement. Les Eglises orientales, plus ou moins unies aux Latins, sont l'Eglise grecque. « unie (30 membres) et l'Eglise arménienne unie (16 membres). 2« L'Eglise grecque orthodoxe (2,800 âmes) est dirigée par un patriarche qui réside dans un couvent voisin du Saint-Sépulcre. Cette communion, la plus puissante de toutes, grâce à la protection de la Russie, possède à Jérusalem huit couvents d'hommes dont le principal est le grand couvent de Constantin, cinq couvents de femmes «t, dans les environs, les grands couvents de la Croix, de Bethléem» de Saint-Elie et de Saint-Saba. Elle possède en outre une école de garçons, avec 120 enfants, une école de filles et un hôpital. 3° L'Eglise arménienne est bien représentée à Jérusalem. Le patriarche arménien de Jérusalem, soumis d'ailleurs au catholicos d'Ëchmiazin, a sous ses ordres la Syrie et Chypre. 11 réside dans le large et riche couvent bâti sur le mont Sion, qui renferme 180 moines ou frères et peut recevoir, <lit-c)n, un millier de pèlerins. Cette communauté possède un petit
couvent de femmes et ne compte pas plus de 5 à 600 fidèles. 4^ Les. Coptes, très peu nombreux, ont deux couvents, dont l'un, le Deïr ês-Soultân, est situé près de Téglise du Saint-Sépulcre, et Tautre,, le couvent de Saint-Georges, au nord -ouest de la piscine d'Ezéchias. Us possèdent aussi une chapelle dans Téglise du Saint- Sépulcre. 5* Les Abyssiniens ont un couvent à Test du Saint-Sépulcre. 6* Les Syriens de Tancienne Eglise (jacobites), soumis à un évoque, vivent au nombre de iSO environ sur le mont Sidn. Ils possèdent une chapelle dans le Saint-Sépulcre. V Les protestants, établis à Jérusalem depuis 1824 sous les auspices de la Société de Londres for promoting chrisUanity among the Jews^ n*ont aucune prétention à la possession du Saint-Sépulcre ; leur but est la conversion des Juifs, L'évôché protestant, fondé par Frédéric Guillaume IV de Prusse, est soutenu moitié par la Prusse, moitié par l'Angleterre. Le second titulaire de révôché, M. Gobât, qui s'était consacré avec le plus grand zèle à révangélisation.de la Palestine, est mort en 1879 et a été remplacé par le révérend Joseph Barclay. La Mission épiscopale possède à Jérusalem une église anglaise, près de la tour de David, une école de filles et de garçons, établie dans la cité pour les prosélytes et les enfants juifs (50 environ) et une école de garçons, en dehors de la ville, sur les pentes du mont Sion, spécialement destinée aux enfants arabes. La mission presbytérienne a une école arabe et tme église à Test de la colonie russe. Les principaux établissements allemands sont : l'hôpital des diaconesses de Kaiserswerth, avec 43 lits ; un orphelinat de filles, nommé Taliiha Koumi, un orphelinat syrien pour garçons, un hôpital pour enfants, l'hôpital des lépreux et l'hospice de Saint- Jean. — Les juifs se divisent en trois nations : la première et la plus nombreuse se rattache par son origine aux juifs qui furent chassés d'Espagne, en 1497, par Ferdinand et Isabelle. Le seconde se compose d'israélites allemands ou polonais, dont quelques-uns sont attirés à Jérusalem par des motifs religieux, et le plus grand nombre, par l'appât des aumônes que leurs coreligionnaires d'Europe répandent sur eux. Enfin, les juifs Caraïles rejettent le Talmud, se bornent • . à l'Ancien Testament ; ils passent pour être supérieurs aux autres par leur instruction et leur moralité. MM. de Rothschild, de Montefiore et d'autres juifs d'Europe ont fait bâtir pour leurs coreligionnaires des hôpitaux et des asiles : l'un, sur le mont Sion, l'autre, à l'est, dans la vallée de Hinnom. — Les musulmans de Jérusalem ne sont ni plus ni moins fanatiques que leurs coreligionnaires de Syrie. Nous ne croyons pas qu'aucun voyageur européen ait été molesté par eux depuis de longues années. Jérusalem est pour eux une ville sainte, une de celles qui occupent le premier rang dans leurs souvenirs religieux et dans leurs fastes militaires.
IV. Description SOMMAIRE. Le cadre restreint et le caractère spécial de cette étude né nous permettent pas de donner une description détaillée de la ville. Nous nous contenterons d'indiquer * les monuments principaux, avec leur situation dans la ville, leur disposition intérieure, les caractères de leur architecture, en insistant
surtout sur leurs diverses transformations et sur les problèmes archéologiques que soulève la question de leur identification. — Nous diviserons ces monuments en trois classes : les monufnents chrétiens, les monuments musulmans et les monuments divers, remarquables soit en eux-même&, soit par les grands souvenirs qui s'y rattachent. — A. Monuments religieux chrétiens. Le plus important est Téglise du Saint- Sépulcre ou de la Résurrection, nommée par les Arabes Kenicet el- Kiamet et souvent désignée, dans les ûrmans turcs, par une légère modification d*orthographe, sous le titre infamant d'el-Komamah, r ordure. L'église du Saint-Sépulcre fut élevée (326-335) par l'ordre de Constantin, sur l'emplacement présumé du tombeau de Jésus et du Golgotha. Le rocher qui renfermait la chambre sépulcrale fut détaché du flanc de la colline, de manière à foncier une masse isolée, et on l'entoura d'une chapelle circulaire qui reçut le nom d'anastasis, résurrection. Une seconde chapelle, nommée Martyrion, fut élevée sur le lieu même de la Passion. A l'orient du sépulcre s'ouvrait la basilique proprement dite, qui consistait sans doute en une nef cen-. traie et deux nefs latérales. Elle était séparée du dehors par deux cours dont la première, l'atrium, était entourée de portiques, Lçi basilique de Constantin fut complètement ruinée par le roi perse ChosroCs II, en 614. Mais, grâce à l'intervention de la femme du vainqueur, chrétienne et sœur de l'empereur grec Maurice, un moine nommé Modeste, depuis patriarche de Jérusalem, put, en moins de quinze ans, recouvrir d'un édifice particulier chacun des sanctuaires alors en vénération. Ces quatre sanctuaires sont décrits par Arculphe, témoin oculaire, sous le nom de 1° église de la Résurrection; 2° église du Golgotha ; 3*» église de l'Invention de la croix, nommée aussi Martyrium ; 4** église de la Vierge. On reconnaît dans cette énumération les parties principales de l'édifice. de Constantin dont l'œuvre de Modeste fut une restauration incomplète. Le Saint-Sépulcre, respecté par Omar, fut rasé parle khalife fatimite El-Hakem, en 1010, Des architectes grecs le relevèrent de ses ruines en 1048, par l'ordre de l'empereur Constantin Monomaque, et conservèrent le plan adopté par Modeste, c'est-à-dire une rotonde et trois églises séparées. Les croisés, en 1130, entreprirent de réunir ces sanctuaires en un seul monument. Ils construisirent la façade actuelle, du côté sud, et l'église située à l'est du Saint-Sépulcre, dans l'axe de l'ancienne basilique. Leur œuvre, dans laquelle M. de Yoguë constate l'alliance du style roman et de l'ogive sarrasine, reçut- peu de changements notables jusqu'au commencement de ce siècle. Le 12 octobre 1808, un terrible incendie détruisit une partie de la rotonde et du calvaire, ainsi que différents sanctuaires. On ne put guère conserver que la partie est de l'édifice. Dans ces circonstances, les sarcophages des rois franks de Jérusalem disparurent. Les Grecs réussirent à s'assurer le principal droit aux constructions et contribuèrent, pour la plus grande part, avec les Arméniens, à l'édification de la nouvelle église. Le dôme actuel a été réparé, il y a quelques années, par les soins de M. Mauss, architecte. — De sérieuses objections ont été élevées contre
l'authenticité dû Saint-Sépulcre. L'Evangile se borne à nous dire que le Sauveur fut çracifié dans le voisinage de la ville, sur le Golgotha (Jean XIX, 20 et Matth. XXVII, 33), et par suite, tout près de la seconde muraille. La question de l'authenticité du Saint-Sépulcre se trouve ainsi indissolublement liée et même subordonnée à celle des enceintes. — La façade de l'église du Saint-Sépulcre se compose de deux baies ogivales au rez-de-chçiussée et au premier étage, de deux fenêtres également ogivales. La porte dedroite est murée. Les arcades des portes sont formées de trois archivoltes ornées de tores et de feuillage finement moulés 'et s'appuient sur trois colonnettes, à chapiteau byzantin, placées dans les angles rentrants qu'offrent les jambages de chaque porte. Tout cet ouvrage porte les caractères évidents de l'architecture du douzième siècle. L'intérieur de l'église se compose essentiellement d'une rotonde, d'une église faisant face à la rotonde et dirigée de l'ouest à l'est, des chapelles du Calvaire, situées sur une plate-forme, à droite en entrant, de diverses chapelles latérales et des chapelles de Sainte-Hélène et de l'Invention de la Croix. La rotonde a environ vingt mètres de diamètre; elle est entourée par dix-huit piliers massifs qui soutiennent deux galeries superposées, composées chacune de dix^huit arcades au-dessus desquelles s'arrondit le dôme. Au centre delà rotonde s'élève le Saint-Sépulcre proprement dit. Ce monument, complètement isolé du reste de l'édifice, est de forme rectangulaire, la partie ouest se terminant en pentagone. Il est revêtu de marbre blanc et jaune et surmonté d'un dôme qui a un peu Tapparence d'une couronne. Le Saint-Sépulcre contient deux chapelles, la chapelle de l'Ange et la Chambre sépulcrale. L'église grecque, en face le Saint-Sépulcre, occupe la grande nef de l'ancienne basilique. Elle est remarquable par la régularité de son architecture, mais elle est encombrée d'ornements de mauvais goût. Le Calvaire, auquel on arrive par un escalier de dix-huit marches, se compose de deux chapelles ; l'une, celle de l'Elévation de la croix, appartient aux Grecs, l'autre, celle du Crucifiement, aux Latins. Les chapelles latérales dont quelques-unes sont aux Latins, sont situées sur ies côtés d'une large nef obscure, nommée les Arceaux de la Vierge, qui conduit à un escalier de vingtrhuit marches, par lequel on descend dans la chapelle de Sainte-Hélène (aux Arméniens). Elle est en partie taillée dans le roc, et surmontée d'une coupole surbaissée, soutenue par quatre colonnes massives, qui sont couronnées d'un chapiteau corinthien. Treize autres marches descendent dans la chapelle de l'Invention de la Croix, chambre voûtée, de forme irrégulière et entièrement creusée dans le roc. A l'est de l'église, on remarque sur une petite place, quelques débris de colonnes de granit d'Egypte. Ce sont là les seuls restes de l'atrium de l'ancienne basilique. Ce grand édifice est flanqué à Test et au sud-est de monastères appartenant aux Abyssiniens , aux Coptes et aux Grecs. — Au sud de l'église du Saint-Sépulcre, s'élèvent les restes de l'hôpital des chevaliers de Saint-Jean. Cet établissement, dont ridée première est due à des marchands amalfitains qui construisirent au onzième siècle deux asiles pour les pèlerins,
occupait le vaste carré compris, du nord au sud, entre Téglise du Saint-Sépulcre et la rue de David et, de Touest à Test, entre la rue des Chrétiens et le Souk el-Lahmin (rue des bouchers). Il ne reste de cet immense établissement que les ruines de Téglise de Sainte- Marie-Majeure et celles d'un cloître ou khân, à arcades ogivales soutenues par des piliers carrés sans chapiteaux ni ornements, quelques fûts de colonnes, et de belles citernes dont les voûtes solidement construites n*ont pas moins de 16 mètres de hauteur. Les ruines de Sainte-Marie-Majeure n'offrent plus qu'un portail en plein cintre, qui se rapproche par Tarchitecture et Tornementation de nos vieilles églises françaises et les trois absides à Test, à peine reconnaissables. — Parmi les autres monuments d'origine chrétienne dignes d'intérêt, nous mentionnerons l'église Sainte-Anne, située au nord-ouest de la porte Saint-Etienne. Elle présente un spécimen bien conservé de l'architecture des Croisades. La façade, fort simple,* se compose d'une porte à ogive, au-dessus de laquelle règne une corniche romane sur laquelle s'appuie une petite fenêtre sans ornements. Au-dessus est une grande fenêtre plus ornée. L'intérieur est divisé en trois nefs 'd'égale Igngueur et de hauteur inégale, aboutissant à un transsegt et corres^ pondant à trois absides. La coupole, portée sur pendentifs, est de style byzantin. Cette église, élevée, d'après une tradition ancienne, sur l'emplacement de la maison de sainte Anne, mère de Marie, pos- . sède une crypte où serait née la Vierge. — Via Dolorosa. On donne le nom de Voie Douloureuse à une série de ruelles étroites qui, partant de . la porte Saint-Etienne, aboutissent à l'église de la Résurrection et dans lesquelles une tradition', qui ne parait pas remonter au-delà du seizième siècle, place les derniers actes de la vie de Jésus-Christ. Elles sont, comme dans les églises catholiques les Chemins de la croix, divisées en quatorze stations. La Voie Douloureuse passe entre la chapelle latine de la Flagellation, à droite, et à gauche, les casernes qui occupent l'emplacement de l'ancien château Antonia, où se trouvait peut-être le Prétoire, résidence de Pilate. Après le Prétoire, on rencontre un grand arc ogival, dont la partie supérieure , avec la construction qui la domine, est moderne, mais dont les pieds-droits et le commencement de l'archivolte sont romains. On voit dans le chœur de l'église des sœurs de Notre-Dame de Sion, un second arc romain, plus petit, qui faisait face au premier. Il est probable qu'il en existe un autre semblable de l'autre côté du grand, et que l'ensemble formait une porte romaine qui venait s'appuyer sur Antonia. Au point de rencontre de la Voie Douloureuse avec la rue de la porte de Damas (Tarik Bâb el-Amoud), une colonne de pierre grise marquerait l'emplacement de la porte Judiciaire, par où Jésus serait sorti de la ville, pour aller au supplice. — 6. Monuments musulmans. 1. Mosquée d'Omar (Haram ech-Chérif) Le Haram ech-Chérif offre le plus grand intérêt, soit en lui-même, parles constructions gigantesques qu'il présente, soit par son passé trente fois séculaire et par son histoire dramatique. Le Haram ech-Chérif est, à proprement parler, l'enceinte de la mosquée d'Omar. Il affecte la forme d'un trapèze dont
tes côtés tes plus longs, à Test etàTouest, mesurent 462 et 492 mètres et ceux du nord et du sud, 310 et 281 mètres. Tous les auteurs s* accordent à reconnaître dans le Haram ech-Chérif l'emplacement de Tan-, cien temple de Salomon, agrandi, il est vrai, par les rois de Juda et par Hérode. Le temple de Salomon s'élevait sur le mont Moriah, qui parait avoir été un lieu d'adoration et de sacrifices, dès les temps tes plus reculés. C'est là qu'Abraham vint pour immoler son fils Isaac (Gen. XXII, 2) et que David acheta l'aire d'Arauna le Jebuséen, pour y bâtir un autel (2 Sam. XXIV, 18-25; \ Ghron. XXI, 18-30). La construction du temple, commencée par Salomon, l'an 1011 avant Jésus- Christ, dura sept ans (1 Rois VI et VII; 2 Chron. III et IV). 423 ans après ce temple fut détruit par Nabuchodonosor. Le second temple, commencé au retour de la captivité, sous Zorobabel et Ësdras, fut achevé dix-neuf ans plus tard. Il était de beaucoup inférieur à celui de Salomon et n'a point laissé de traces. 11 fut reconstruit avec une grande magnificence par Hérode, et ne demanda pas moins de quarante-six ans de travaux (Jean II, 20). Josèphe nous donne du temple d'Hérodé, en deux passages difl*érents {Antiq., XV, 11, 3-7; Guerr, des /., V, 5, 1-6), une description un peu confuse, mais d'où l'on peut cependant tirer les aperçus suivants : « Le temple était bâti sur une éminence rocheuse qui suffisait à peine pour le sanctuaire et l'autel^ les côtés en étaient partout des pentes abruptes. Salomon nivela complètement le côté est de la montagne, et construisit un€ colonnade sur le remblai. Par la »uite des temps, on ajouta constamment au remblai; la surface de la colline fut agrandie et aplanie. Abattant le mur septentrional (étevé sans doute par Salomon pour couvrir le temple du côté nord), on prit tout le terrain qu'occupa dans la suite le péribole du hiéron entier. On entoura la montagne, à partir de la base» d'une enceinte en trois parties (Tptyij xuxXco) et après un travail qui surpassa toute attente, qui exigea de longs âges ({iioxpoi alûve^) et pour lequel on épuisa le trésor sacré et les tributs ofi'ertsà Dieu de toutes les parties du monde, lespériboles supérieurs et le hiéron inférieur furent athe vés (touç ts âvM ^rept^ouç xaWb xaTco Upov d(ii^e$e{(iiQ(VTo) . Les parties les plus basses de ce hiéron inférieur avaient été élevées sur une profondeur de 300 coudées et plus en quelques endroits. Cependant toute la hauteur des fondements n'était pas visible ; car en beaucoup de points (ou en grande partie) on avait remblayé les vallées pour aplanir les abords delà ville. Les pierres de la construction mesuraient jusqu'à quarante coudées. Tels furent le zèle du peuple et l'abondance des * dons, qu'à force de temps et de persévérance, l'ouvrage fut mené à bonne fin. » L'autre passage de Josèphe (i4?}<., VIII, 3, 9), ajoute quelques détails au précédent. Il nous apprend que le roi Salomon construisit d'abord le naos et l'autel. Son premier soin devait être, en effet, d'ouvrir le culte national le plus promptement possible. On isola le naos par une première enceinte, nommée Gisbn en hébreu; elle était haute de trois coudées (0 m. 78 ou 1 m. 575, selon que l'on adopte pour la coudée de Josèphe, le djamedoxi demi-coudée de 0 m. 262, ou la coudée royale de 0 rh. 125), et destinée à défendre
au peuple rentrée dans le hiéron intérieur, cette entrée étant réservée aux prêtres seuls. A- Tintérieur de cette enceinte, Salomon construisit un hiéron de forme carrée, orné de portiques grands et larges, et muni de portes élevées, faisant face aux quatre vents et fermées de battants dorés. Tout individu du peuple, observateur des lois et à rétat de pureté, était libre d*entrer dans ce hiéron, que nous appellerons hiéron intérieur ou second hiéron. Il se divisait en deux parvis, le parvis des femmes à Test et le parvis des hommes. L*enceinte du second hiéron s*élevait sur une terrasse nivelée, à laquelle on accédait par un escalier de quatorze marches, et qui était large de dix coudées. Il fallait encore s'élever de cinq marches pour entrer dans le parvis des femmes. Des inscriptions en grec et en latin prévenaient les étrangers qu'ils ne pouvaient passer les limites du second hiéron, sous peine de mort. Les données de ce passage n'offrent rien de contradictoire avec le passage précédent. En même temps qu'on travaillait à construire le temple du dedans au dehors, en commençant par le temple lui-même et ses divers cours ou parvis, on élevait, du pied de la montagne, ces énormes murailles, qui devaient permettre d'établir la vaste plate-forme, désignée aujourd'hui sous lé nom de Haram ech-Ghérif. On admettra sans peine que ce gigantesque travail n'ait pu être terminé du temps de Salomon; Ce prince, du moins, combla en partie la vallée profonde du Tyropœon, à l'ouest de Moriah (^v paOeta icepiôct t^^ctfl xœTJc X(6a) et y éleva une muraille faite de grands blocs reliés entre eux (du côté de l'enceinte) par du plomb, enfermant toujours quelque partie de la région intérieure, c'est-à-dire comblant successivement la vallée au dehors et au dedans de l'enceinte, de manière à mener de front le double travail du nivellement et de la construction de l'enceinte. De cette manière, dit Josèpbe, la grandeur de la construction etlahauteurdu massif quadrangulaire étaient immenses. Le même travail fut accompli du côté est et l'on obtint ainsi un péribole de quatre stades, chaque angle (côté de l'angle) mesurant un stade,ou cent quatre vingt-cinq mètres. En comparant ces chiffres avec les dimensions du Harani ech-Chérif actuel, on voit que l'enceinte extérieure du temple a été de, beaucoup agrandie dans la suite. C'est ce que Josèpbe nous dit expressément. L'agrandissement eut lieu surtout du côté nord, où Ton abattit l'ancien mur d'enceinte et, plus tard, du côté sud. Il est impossible de déterminer la part qui revient aux divers rois juifs dans ce travail qui demanda, selon Josèphe, de longs âges. Ce qui est certain, c'est que, profitant des travaux de ses prédé. cesseurs, Hérode put rendre l'étendue du péribole extérieur double de ce qu'elle était autrefois, à l'aide de dépenses énormes et d'une munificence sans égale. Dans la première reconstruction du temple, on parait avoir respecté l'ancien plan, au moins dans ses dispositions essentielles. Mous savons par le récit du siège de Titus que l'enceinte du second hiéron existait à cette époque et qu'elle arrêta pendant un certain temps les progrès des assiégeants. — Le temple fut entièrement détruit et rasé par Titus. .Cinquante ans jplus tard, Adrien y éleva un temple à Jupiter, Justinien y Ot construire, du côté sud, la
basilique de Sainte-Marie. Omar ,et les khalifes mirent Fenceinte à peu près dans Tétat où nous la voyons aujourd'hui, car la domination transitoire des croisés n'apporta pas de modifications sensibles aux édifices. — Eiat actuel du Haram ecMJhérif. Le Haram ecb-Chérif est une vaste plate*forme« en grande partie artificielle, plantée de cyprès et d'autres arbres et formant une magnifique promenade pour les fidèles. Elle affecte la forme d'un trapèze dont les côtés les plus longs, à l'est et à l'ouest, mesurent 462 et 491 mètres. Ceux du sud et du nord sont de 281 et 310 mètres. Vers le centre, presque en face de la porte Dorée, mais un peu au sud, se trouve une seconde plate-forme à peu près rectangulaire, plus élevée de 2 mètres environ que le reste du Haram et qui supporte la mosquée d'Omar. Cette enceinte intérieure, sculptée dans le roc de la montagne , est- entourée d'un mur de soutènement et d'un grand nombre de petites chapelles ou oratoires, édifices de forme carrée, surmontés de petites coupoles surbaissées. De petits escaliers, au nombre de deux ou trois, sur chacun des côtés de ce rectangle, et surmontés à leur partie supérieure d'arcades élégantes, conduisent sur la plate-forme consacrée. La mosquée d'Omar (el-Qoubbet es-Sakhrah, Coupole du Rocher), a la forme d'un octogone régulier sur lequel s'élève un tambour circulaire qui porte une coupole ogivale. La coupole est recouverte en plomb, le tambour est revêtu de terres cuites d'un beau bleu d'azur, ornées elles-mêmes de versets du Coran qui s'y étalent en capricieuses arabesques. La base octogone est recouverte de marbre blanc jusqu'à la hauteur de 2 mètres, et dans sa partie supérieure, de tuiles vernissées et de plaques de marbre figurant des dessins élégants. L'édifice est remarquable par l'élégance de son architecture, non moins que par la richesse de son ornementation. L'intérieur se compose de deux enceintes octogones concentriques entourant la partie centrale, qui est de forme circulaire. Le fût des colonnes est formé de marbres précieux, mai3 les modules en sont difi'érents. Il est probable que ces colonnes proviennent, soit de la basilique de Justinien, soit du temple d'Adrien. Au centre de l'édifice s'élève, au-dessus du sol, une calotte de rocher qui occupe presque tout l'espace recouvert par la coupole et dont la surface nue, inégale, fait un contraste singulier avec la riche décoration de l'édifice. C'est cette roche (Es-Sakhrah) qui a donné son nom à la mosquée et qui est aujourd'hui l'objet delà vénération des musulmans. C'est de là que Mahomet se serait élevé vers le ciel. Le rocher commença même à s'élever pour suivre le Prophète; mais il fut retenu par l'archange Gabriel et demeura suspendu entre le ciel et la terre. Ce rocher recouvre une chambre où les musulmans montrent les mihrabs (lieu de prière) de David, de Salomon, d* Abraham, de saint Georges. Une dalle de cette chambre, frappée par le bâton de Timan, donne une sonorité claire qui révèle l'existence d'une caverne. Les musulmans voient dans ce souterrain le Puits des àmes(Bîrel-Arwah).-- La roche Es-Sakhrah serait, d'après plusieurs auteurs, tels que Robinson, Porter, Bonar, de Vogue, le sommet même du mont Moriah, qui fut respecté dans le travail de nivellement
entrepris par Salomon, à cause des traditions sacrées qui s'y rattachaient.Ce rocher serait l'aire d'Arauna, sur laquelle David avait fait un sacrifice expiatoire (2 Sam. XXIX, 16, 25 ; 1 Ghron. XXI) et qui avait élécomprisedansFenceintedu temple élevé par Salomon(2Ghron.I,III). On est fondé à croire que cette roche soutenait Fautel des holocaustes (1 Ghron. XXXI, I), et la caverne située au-dessous était peut-être le caveau destiné à recevoir le sang des victimes qui s'écoulait dans le torrent du Gédron. A l'ouest de l'autel des holocaustes s'ouvrait le naos et le Saint^des-Saints^ et le tout était compris dans l'enceinte intérieure où les prêtres seuls pouvaient entrer. Tous les auteurs cependant sont loin de s^accorder sur l'emplacement du hiéron intérieur. Schultz le met plus à l'est, William plus au nord en face de la porte Dorée, tandis que dans les plans de Fergusson et de Lewin, il figure tout à fait dans l'angle sud-ouest du Haram-ech-GherIf ; mais cette dernière hypothèse ne nous parait pas acceptable. Josèphe parle expressément de plusieurs enceintes concentriques. En résumé, l'élévation naturelle de la plate-forme intérieure sur laquelle s'élève la Qoubbet es-Sakhrah nous parait répondre mieux que tout autre point aux données de Josèphe et, d'un autre côté, la tradition ne peut guère s'être égarée au sujet d'un emplacement aussi remarquable et aussi connu de tous. On sait qu'Adrien fit élever un temple de Jupiter sur remplacement du temple de Salomon et y érigea sa propre statue. La roche percée {lapis pertusus) resta toujours un objet de vénération pour les juifs et marquait pour eux remplacement du Saintdes-Saints. Au quatrième siècle, elle est décrite par le pèlerin de Bordeaux {Itin. Hier.), avec les deux statues d'Adrien et d'Antonin. Plus tard, les chrétiens, en signe de mépris, l'avaient recouverte d'immondices (le fait n'a rien de surprenant pour quiconque connaît les habitudes des Orientaux). L'amas d'ordures était tel que le khalife, suivi du patriarche, ne put pénétrer dans le Haram par l'escalier de la porte et fut obligé de ramper le long d'un passage souterrain (sans doute celui qui a été découvert près de Bâb es-Silsilèh), pour arriver dans l'enceinte du temple. Il fit déblayer la roche, en donnant l'exemple. Lui-même ne construisit qu'une grande mosquée en bois (sans doute une vaste cour entourée de portiques). Ge fut le khalife Abd el-Mélik Ibn Mérouan qui éleva la Qoubbet es-Sakhrah, de l'an 68 à l'an 71 de l'hégire, c'est-à-dire de 687 à 690 après J.-G. Il fit aussi restaurer Tensemble du Haram. On n'y comptait pas, selon l'historien arabe . Ibn Asakir, moins de cinquante portes, six cents piliers de marbre, cinq dômes ou oratoires, etc. Les croisés, devenus maîtres de Jérusaleip, adoptèrent les traditions qui leur représentaient l'emplacement de la Qoubbet es-Sakhrah comme celui du Temple du Seigneur, et la mosquée, transformée en église chrétienne, est décrite sous ce nom dans les historiens des croisades, La roche es-Sakhrah, recouverte d*un revêtement de marbre, porta le maître-autel et le chœur. Ce môme nom du temple devint aussi celui de l'ordre fameux de chevalerie établi en 1 118. Le roi Baudouin II leur assigna comme demeure la mosquée el-Aksa et ses dépendances, au sud du
temple. Saladin, vainqueur des chrétiens, fit abattre Tautel et les petites chapelles que les chrétiens avaient élevées dans Tintérieur du temple et, faisant arroser Tédiftce d'eau de rose, îl le rendit au culte musulman auquel il n'a cessé d'être consacré depuis lors. — Au sud du Dôme du Roc,V élève le Djamiel-Aksa (la mosquée éloignée). C'est la basilique de Sainte-Marie, élevée par Justinîen. Elle porta plus tard le nom d'église de la Présentation. D'après Procope, les substructions de cette église seraient l'œuvre de Justinien. Mais il est hors de doute que Justinien se servit des souterrains et des remarquables couloirs qui se trouvent sous cette église et par où on entrait autrefois dans le temple de Jérusalem. Omar, après avoir fait déblayer la roche es-Sakhrah, alla prierdans l'église de Sainte-Marie et ordonna qu'à l'avenir elle serait dédiée au Dieu de l'Islam, sous le nom de Djami el-Aksa (William, ffoly Cily, p. 376). La mosquée fut embellie par le khalife* Ab.d el-Mélik et réparée par Aboù Djafarel- Mansour, puis par el-Mahdi, à la suite de tremblements de terre. Les croisés en firent une ' résidence royale sous le nom de palais de Salomon. Cette construction^ avec ses dépendances, devint la résidence des Templiers. Saladin rendit l'édifice au culte musulman. — La façade de el-Aksa est un porche à sept arcades correspondant aux sept nefs de l'église, l'arcade centrale étant beaucoup plus grande que les arcades latérales ; toutes présentent une ogive assez aiguë, dont le style appartient évidemment à l'époque des croisades. L'intérieur de l'église offre la disposition de la basilique chrétienne primitive : une nef centrale soutenue par des colonnes, portant des arcs ogivaux, au-dessus desquels la muraille est percée de fenêtres, et deux nefs latérales, plus basses que .là nef centrale. Quatre autres nefs, formant les bas-côtés, on tété ajoutées par les khalifes arabes. Au nord, l'église est terminée par un transsept, séparé de la nef centrale par une grande arcade ogivale et surmonté, au centre, de la croisée d'une coupole soutenue par quatre piliers. L'abside a été démolie par les Arabes à la suite d'un tremblement* de terre et remplacée par une muraille à laquelle est adossé le mihrab; le menbèr (chaire à prêcher) est un chef-d'œuvre de sculpture sur bois. A l'est du transsept est une petite galerie voûtée, qui porte le nom de mosquée d'Omar. C'est là l'oratoire traditionnel du khalife. — Devant le portique de el-Aksa, du côté est, s'ouvrent les souterrains ou portes du Sud. Ce sont deux grands couloirs dirigés du nord au sud, parallèlement à l'église de Justinien dont ils forment les substructions ; leur longueur est d'environ 150 pas, leur largeur de 14 ou 15 pas. Le niveau s'abaisse à mesure que l'on avance vers le sud. Les deux couloir% sont séparés d'abord par une muraille et, plus loin, par une série d'arcades supportées par des piliers carrés. La voûte, en plein cintre, est formée de beaux blocs très volumineux et très bien taillés. A l'extrémité sud du souterrain, les deux galeries se réunissent en une vaste chambre dont la voûte est formée par quatre calottes sphériques, soutenues par une belle colonne libre, monolithe, et par deux demi-colonnes encastrées dans la muraille. Ces deux galeries s'ouvraient au sud hors
des murailles par deux portes, séparées par un pilier rectangulaire; de 201.40 de large sur4 m. 20de profondeur, construit en gros blocs à bossage, du plus ancien type. Ces souterrains, qui étaient peut-être primitivement des galeries ouvertes, étaient sans aucun doute les entrées du milieu (Ttî^Xaç xocràt jxéoov) que Josèphe mentionne dans la muraille sud et qui sont probablement aussi anciennes que le temple lui-même, bien qu'elles aient été remaniées àdifférentes époques. Ces portes sont aujourd'hui connues sous le nom de la Double Porte. G*est au-dessus de el-Aksa, le long, du mur méridional de Tenceinte extérieure du temple que s'élevait autrefois la Stoa Basillca, le magnifique portique élevé par Hérode, d'où le regard s'étendait au loin sur la vallée duCédron. — Toute la partie sud-ouest du Haram, à partir de la Double Porte, est relativement moderne et probablement du temps d'Hérode. A Test, jusqu'au Cédron, s'élevait autrefois un palais connu sous le nom de Palais de Salomon, mais qui était sans doute le palais de la fille de Pharaon, femme de Salomon. Toute cette terrasse est artificielle. Vers l'angle sud-est du Haram, on descend dans une chambre vt)ûtée, connue sous le nom de Berceau du Christ.Elle communique avec des souterrains très vastes que la tradition regarde comme lès Ecuries de Salomon. Ils ?ont formés de voûtes en plein cintre soutenues par un grand nombre de piliers carrés, disposés en rangées parallèles. On y voit avec raison, selon nous, les substructions par lesquelles Salomon et ses successeurs avaient racheté la déclivité du mont Moriah, au sud- est. La base des piliers est construite en bossage, tandis que les parties supérieures ont été remaniées. Ces souterrains s'étendent àplus'de 60 mètres au nord. A une centaine de pas de l'angle sud-est du Haram est une petite porte fermée, connue sous le nom de Simple Porte. A l'extrémité ouest,- une autre porte doàne accès dans une autre série de substructions qui aboutitausud à la Triple Porte et s'étend au nord au-dessus d'une grande citerne creusée dans le roc, derrière la mosquée el-Aksa. La largeur totale de la Triple Porte est d'environ 15 mètres et sa hauteur est de 7 m. 50, On a trouvé dans le souterrain une ancienne colonne dont la prisence montre que le passage a été remanié. C'était là une des anciennes entrées du temple, située à côté du palais dit de Salomon. — Sur le mur estduHaram, onobserve une belle porte, nommée la Porte Dorée, par laquelle, suivant la tradition des croisades, Jésus aurait fait son entrée triomphale à Jérusalem. La voûte intérieure comprend deux nefs distinctes. L'ouverture extérieure est murée. — La partie nordouest de l'enceinte est occupée par des casernes turques construites sur l'emplacement de la forteresse Antonia, ainsi nommée par Hérode du nom de son protecteur Antoine. Elle avait remplacé probablement la forteresse Birah (Baris) rebâtie et agrandie par les princes asinonéens (Judas Maccabée, puis Simon), laquelle n'était peut-être que la tour Hananéel, mentionnée par Néhémie. L'espace même occupé par la forteresse n'est pas nettement déterminé. La description donnée par Josèphe {Guerre des Juifs^ Y, 5, 8) suppose un emplacement plus vaste que celui des casernes. « Son aspect général, dit cet historien,