‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 63 sur 170 · TII · texte numérisé non relu

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était celui d*une tour avec quatre tours à ses quatre angles, dont trois avaient 50 coudées de haut, et la quatrième, à Tangle sud-est, s'élevait à 70 coudées, de sorte que de son sommet on découvrait tout le temple... A la forteresse étaient joints des appartements de toute nature, des cours à portiques, des bains et de grands espaces ouverts pour camper, de sorte que, par tout ce qu'on y trouvait, elle semblait une ville, tandis que, par sa magnificence, elle semblait un palais. » ITaprès ces données, ffobinson conjecturait qu*Antonia comprenait toute la partie nord de Tenceinte actuelle du Haràm, tandis que la plupart des auteurs placent la forteresse à Tangle nord-ouest, à Tendroit où se trouve aujourd'hui une vaste esplanade rocheuse, élevée de plusieurs mètres au-dessus du sol du Haram. Il est certain que, dans le récit de la prise du Haram, Josèphe ne parle que d'une tour (la tour à quatre angles), et qu'une fois cette tour prise, les Romains se trouvent dans le hiéron extérieur. L'enceinte du temple s'appuyait donc sur Antoniaetles portiques nord-est et nord-ouest touchaient à la forteresse. — Aspect extérieur de V enceinte. Du côté nord on remarque une grande piscine, de 109 mètres de long sur 40 mètres de large, connue sous le nom de Birket Israël (réservoir d'Israël). Elle est aujourd'hui complètement à sec, et obstruée par une couche de décombres, de il mètres de hauteur environ.Deux arcades situées à l'ouest donnent accès à deux passages voûtés récemment explorés par le capitaine Warren. On ne connaît pas encore la destination de ces aqueducs souterrains. L'un d'eux n'a pas -moins de 24 mètres de profondeur. Il est probable qu'ils amenaient l'eau dans le Birket Israël. Le trop plein de cette piscine s'écoulait à Test dans un beau passage souterrain, de 44 mètres de longueur,' découvert par le capitaine Warren. Une large dalle, percée de trois trous cylindriques, dont les lignes des centres forment nn triangle, permettait à l'eau de s'écouler, quand elle avait atteint un niveau de 7 à 8 mètres dans le Birket Israël. De cette manière, l'eau ne pouvait jamais s'élever bien haut dans la piscine, qui formait ainsi un immense fossé de défense, en même temps qu'un réservoir. Le souterrain lui-même s'élève très rapidement vers l'est, de manière à former un grand réservoir intérieur de plusieurs mètres de hauteur. Les restes d'un escalier, établi dans le mur même du Haram, montrent que ce réservoir souterrain a été utilisé par les défenseurs de la muraille. La beauté de l'appareil et la grandeur des blocs font supposer que ce passage est de construction ancienne, au moins du temps d*Hérode, plus probablement du temps des Maccabées. L'eau s'écoulait dans la vallée du Gédron par un aqueduc souterrain, dont les restes ont été retrouvés à 13 mètres de profondeur au-dessous du mveau actuel du sol. Une tradition constante, depuis les croisades, identifie le Birket Israël avec la piscine de Béthesda, mais elle ne parait pas reposer sur un fondement sérieux. D'après Robinson {BAL res., I, 434) le Birket Israël faisait partie du grand fossé de la forteresse Antonia, que Josèphe mentionne sous l^nom de Strouthion. Toute la partie ouest du fossé aurait été comblée dans les opérations des sièges de Pompée et de Titus et recouverte posté-

rieurement de constructions. Quant à Béthesda, le savant amérîcaîn croit la reconnaître dans la Fontaine de la Vierge, tandis que le capitaine Warren la place dans la double piscine, découverte sous le couvent des Sœurs de Notre-Dame de Sion. — Muraille de VEsu Le long de la muraille de Test, à partir de la porte Saint-Etienne, s*étend un plateau étroit, couvert de tombes musulmanes. Malgré la beauté de Tappareil et les grandes dimensions des blocs, dont quelques-uns pnt S mètres 28 et 7 mètres 25 de long sur 1 mètre de hauteur, Robinson attribue à cette partie de la muraille une origine relativement moderne, et cette vue a été confirmée par les fouilles du capitaine Warren. 11 est probable que toute la partie nord-est du Haram, à partir de la Porte Dorée, est l'œuvre d*Hérode. Ce prince fit remblayer une vallée profonde de 28 à 30 mètres, qui coupe ici le Haram, venant de Bézétha et passant près de la Porte Dorée. Il laissa comme défense la piscine connue sous le nom de Birket Israël et il agrandit considérablement l'enceinte du temple. Si cette vue du capitaine Warren est juste, les chiff'res de Josèphe -en reçoivent une éclatante confirmation. On comprend alors que la tour d'Antonia ait pu avoir 70 coudées, soit 38 mètres d'élévation. La muraille qui s'étend jusqu'à la Porte Dorée sur une longueur de 114 mètres, présente encore de gros blocs dans les soubassements, mais l'irrégularité de la construction accuse de nombreux remaniements. La Porte Dorée, dont nous avons décrit l'intérieur, présente à l'extérieur ^na^ double arcade en plein cintre, soutenue par des pieds-droits. M. de Saulcy y voit un ouvrage judéo-romain, mais tout porte à croire que cette porte, remaniée par Hérode, se trouve sur l'emplacement d'une porte plus ancienne, peut-être de la porte des Brebis. A partir de la Porte Dorée, la muraille présente un bel appareil, quoique mêlée de rhabillage turc. Vers le sud-est elle a un caractère d'archaïsme incontestable. On compte jusqu'à seize assises superposées de blocs énormes, taillés en bossage et polis sur toute leur surface. Quelques-uns mesurent 7 mètres 85 de long sur 1 mètre de haut. Les joints sont parfaits. L'assise inférieure, retrouvée par M. Warren .à une profondeur de 24 mètres audessous du sol, encastrée dans le rocher, est formée de blocs semblables, taillés en bossage et admirablement jointoyés. Leur longueur varie de 1 à 6 mètres. C'est sur quelques-uns de ces magnifiques blocs que l'on a trouvé des caractères gravés ou peints, que M. Emmanuel Deutch croit être des marques de maçon, semblables à celles que- l'on trouve sur les fondations du port de Sidon. En résumé, toute cette partie du mur nous paraît pouvoir être attribuée à Salomon. — Mur de OpheL Les fouilles du capitaine Warren, entreprises sur la colline de Ophel, au sud du temple, ont révélé l'existence d'un ancien mur de plus de 4 mètres d'épaisseur, enfoui sous les décombres. Partant de l'angle sud-est du Haram, il se dirige au sud, puis au sud-ouest, suivant la crête de la colline, et présente les restes de plusieurs tours. Il offre des blocs à bossage, et est certainement ancien, bien qu'il présente un appareil moins fort que les

murailles mêmes du [temple. On peut très bien voir dans cette enceinte fortifiée, la muraille de Ophel construite par Jotban (2 Ghron. XXVII, 3), augmentée par Manassé (2 Ghron. XXXIII, 14) et réparée par Néhémie (III, 21. 27). — Muraille du Sud. A partir de Tangle sudest jusqu* au mur latéral du jardin de la mosquée el-Aksa, la muraille se développe sur une longueur de 146 mètres 50 et présente la même construction archaïque, le même nombre d'assises avec les mêmes blocs en bossage de grandes dimensions. C'est le type le plus pur de r architecture juive. Les substructions présentent le même caractère. La partie située à Touest de la Double Porte paraît au capitaine Warren moins ancienne que la partie orientale. Elle serait Tœuvre d'Hérode qui aurait gagné à Fouest de Tancien palais dit de Salomon, un espace laissé libre sur les flancs de la vallée du Tyropœon, en faisant ici un remblai de 28 mètres de profondeur, analogue à celui de l'angle nord-est. Le rocher sur lequel repose le mur se relève, à partir de Tangle sud-est, où il est à 24 mètres au-dessus du sol, jusqu'à la Triple Porte où il affleure presque la surface. C'est sur cette terrasse que s'élevait le palais dit de Salomon, et ce sont les substructions de cette esplanade que nous avons décrites, sous le nom de Ecuries de Salomon. De là le rocher s'abaisse à 12 mètres vers la Double Porte, pour descendre à 28 mètres, à l'endroit où se trouve le lit véritable du Tyropœon. A partir de ce point, il se relève de nouveau légèrement jusqu'à l'angle sud-ouest, où sa profondeur n'est plus que de 20 mètres. A 31 mètres de l'angle sud-est, se trouve la Simple Porte, dont nous avons déjà parlé. A 9 mètres de profondeur au-dessous de cette porte, on a découvert un passage de 19 mètres de long sur 1 mètre de large et mesurant de 3 mètres 60 à 5 mètres 40 de hauteur. On y voit généralement le conduit par où le sang des victimes s'écoulait dans la vallée du Cédron. La Triple Porte, que nous avons décrite à l'intérieur, se présente à l'extérieur sous la forme de trois arcades murées, en plein cintre, de 4 mètres 50 d'ouverture sur 8 mètres 50 de hauteur. Ces portes donnent accès à un passage souterrain (voyez ci-dessus) qui constituait sans doute une des anciennes entrées du temple. La Double Porte ne présente à l'extérieur qu'une arcade murée coupée à peu près vers le milieu par le mur moderne. L'autre arcade est enchivée à l'extétérieur dans une bâtisse arabe. Nous avons déjà exprimé l'opinion que cette porte était ancienne, probablement du temps des rois juifs et qu'elle avait été remaniée, comme la porte Dorée. A partir de la bâtisse arabe qui obstrue l'ancienne porte des souterrains, on trouve une. belle muraille dirigée du nord au sud; puis tournant à angle droit vers l'ouest, elle semble de construction romaine. Cette muraille s'est-elle élevée sur l'emplacement du mur qui Rêvait couvrir Ophel vers l'ouest, et aboutir à la Double porte? Gela n'est pas improbable. A 150 mètres de l'angle droit commence l'enceinte moderne de la ville, conduisant à Bàb el-Mogharibèh. — Muraille de VOuest. L'angle sud-ouest du Haram est formé d'assises puissantes, en retrait les unes sur les autres, composées de blocs énormes, .taillés en

bossage, dont quelques-uns n'ont pas moins de 8 à 10 mètres de long sur plus de 1 mètre de haut. Cette muraille, quoique de construction hérodienne, ne le cède pas en magnificence à celle de l'angle sud-est. Son origine moderne parait seulement en ce que les blocs des assises inférieures ne sont.taillés à leur surface qu'à partir d'un certain pavé retrouvé par le capitaine Warren, ce qui tend à prouver que ces blocs n'ont été posés là que lorsque ce pavé existait déjà, c'est-à-dire selon l'explorateUr anglais, au temps d'Hérode. Les découvertes dii capitaine Warren confirment cette donnée de Josèphe, que le roi Hérode avait agrandi du double l'esplanade du temple. — A 12 mètres au nord de l'angle on trouve les restes du pont qui joignait le temple au montSion, lors du siège par Titus, et qui sont connus sous le nom de Arche de Robinson. On voit encore trois rangs de voussoirs ayant une largeur de 15 mètres 50. C'est à Robinson que revient l'honneur d'avoir reconnu et établi l'identité de ces restes avec le pont dont Josèphe fait mention dans cinq passages différents. Dans le siège de Jérusalem par Pompée, les partisans d'Aristobule se réfugièrent dans le temple et coupèrent le pont qui l'unissait à la ville {Àntiq. XIV, 4, 2 ; Guerre des Juifs^ I, 7, 2). Le pont joignait le mont Sion au Xystus^ place publique entourée de plusieurs édifices, comme le palais des Maccabées, la Bou^i^, etc. Agrippa se met en cet endroit pour haranguer le peuple {Guerre des Juifs^ II, 16, 8). Plus tard, Titus, maître du temple, se place sur la partie occidentale du temple extérieur pour adresser une dernière sommation aux Juifs qui défendaient la ville haute : « Le pont était entre César et les tyrans » {Guerre des Juifs^ VI, 6, 2). « Deux tours avaient été bâties aux extrémités du pont, l'une par Simon, du côté de Sion, l'autre par Jean, maître du temple» {Guen^e des JuifSy VI, 3, 2; VI, 8, 1). Si l'on admet l'hypothèse de M. Warren sur la construction postérieure de l'angle sud-ouest du Haram ech-Chérif,il faut supposer que le pont s'étendait plus à l'est, vers la Double Porte, puisque le pont existait au temps d'Aristobule, avant le remblai d'Hérode. Le pilier sur lequel reposait l'arche de Robinson a été retrouvé par le capitaine Warren. Il est bâti sur le roc, à 12 mètres 80 au-dessous de la naissance de l'arche et mesure 15 mètres 50 de long sur 3 mètres 60 d'épaisseur. Il n'en reste que les deux assises inférieures et une partie de la troisième. Elles sont formées de beaux blocs en bossage, taillés comme ceux du mur du Haram, à l'angle sud-ouest. L*un de ces blocs ne pèse pas moins de dix tonnes. A la naissance du pilier, s'étend un ancien pavé en pierre calcaire, sur lequel gisent les voussoirs tombés de l'arche, à 17 mètres au-dessous de la surface du sol. Audessous de ce pavé, à une profondeur de 24 mètres, M. \yarren a découvert* deux voussoirs d'une arche appartenant à un pont plus ancien, qui est peut-être celui qui existait au temps d'Aristobule. Un passage- relativement moderne règne au-dessus du pavé de de l'arche et se dirige à l'est, jusqu'au mur du Haram, oii il se ramifie, le long du mur, en deux branches nord et sud. On a pu le suivre jusç^u'à la porte du Prophète. On a retrouvé également un

canal, situé à 24 mètres au-dessous de la surface du sol et mesurant 3 mètres 60 de profondeur sur i mètre 20 de largeur. II est taillé àans le roc et communique avec une chambre carrée, creusée dans le roc,, dans laquelle aboutit un passage également creusé dans le roc et qui est coupé,, à Test, par le mur du Haram. Au sud, le canal se dirige vers Tangle sud-ouest du sanctuaire et se continue, par un souterrain en maçonnerie qui descend rapidement vers le lit du Tyropœon. Vers le nord, le canal, après avoir traversé plusieurs, citernes circulaires, se continue par un petit passage en maçonnerie et s*élpigne du mur du Haram, vers Touest. Sa longueur totale était de plus de 150 mètres. — Au delà des restes du pont on gagne, à travers des ruelles étroites et tortueuses, le « lieu où les Juifs vont pleurer* » C'est une petite place carrée, désignée sous le nom de Haï el-Mogharibèh (la muraille de Moghrebins). Sur une hauteur de plus de 12 mètres, la construction primitive est restée intacte ; des assises de belles pierres parfaitement équarries, en bossage, sont superposées jusqu*à 2 ou 3 mètres du faîte de la- muraille. Cette paroi de muraille est comprise entre le mur d*enceinte du MeJMiémèh (tribunal turc), àFouest, et le mur d*une maison particulière, à Test. Sa. longueur est de 20 mètres 70. C*est surtout le vendredi que les Juifs se réunissent en cet endroit pour prier et réciter les lamentations de Jérémie. Cette coutume touchante remonte à une assez haute antiquité. Elle est mentionnée au douzième siècle par Benjamin de- Tudèle. — Porte du Prophète ou des Moghrebins, Un peu à Test du Haï el-Mogharibèh, le docteur Barclay a le premier signalé une porte, bouchée depuis longtemps, qui donnait dans Tintérieur du Haram, à 81 mètres environ de Tangle sud-ouest de Tenceinte. Josèphe nous apprend {Antiq., XY, 11, 2), que la muraille ouest du temple présen- * tait quatre portes. Tune conduisant au palais du roi (sur le mont Sion) en franchissant la vallée, dçux donnant sur le faubourg [tlç- To icpoa<TT«iov), Tautre conduisant dans l'autre ville (elç W,v dXXiiv^ ic&Xtv), en descendant dans la vallée par un grand nombre de degréset remontant de Tautre côté. La première correspond probablement au pont ci-dessus mentionné, les deux suivantes étaient sans doute la porte du Prophète et Bâb es-SUsilèhy qui s'ouvre de l'autre côté du Mehkhémèh. Le faubourg était probablement la partie de la ville située dans le Tyropœon, au pied des murailles du temple et de celles de Sion. On ne voit de la porte du Prophète qu'un énorme linteau monolithe, de 5 mètres 50 de long sur 2 mètres 25 de hauteur, situé à 3 mètres 25 au-dessus du sol extérieur et à 3 mètres au-dessous de l'esplanade du Haram. La porte avait 9 mètres 50 de hauteur et s'ouvrait sur un passage souterrain qui montait à l'est dans l'enceinte du temple, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la mosquée des Moghrebins. Nous avons là certainement uneides plusanciennes portes du temple de Salomon. Les fondations du mur du Haram reposent ici sur le rocher, à une profondeur de 24 mètres. On n'y compte pas moins de vingt-six assises de pierres à bossage. Au-dessous de la porte, à 9 mètres 40 au-dessous du sol extériejur^

H. Warren a découvert un mur épais, dont la face nord est formée de blocs carrés bien appareillés. Il a 3 mètres environ de largeur et 10 mètres 50 de hauteur. Ses fondations reposent sur le rocher, à une profondeur de âO mètres. Il est probable qu'il formait un viaduc qui traversait la vallée du Tyropœon et aboutissait à la porte du Prophète. — Bàb es-Silsileh (Porte de la Chaîne). Cette porte, qui est aujourd'hui la principale entrée du temple, à Touest, se trouve à Textrémité de la rue de David. La chaussée actuelle est supportée par une belle voûte, connue sous le nom de Arche de Wilson^ et qui a 13 mètres de largeur^ 6 mètres 50 de hauteur et est formée de beaux blocs mesurant de 2 à 4 mètres de longueur. Elle s'appuie à Test sur le mur du Haram, et à l'ouest sur un pilier massif. Elle recouvre une citerne nommée el-Bouraky dans laquelle M. Warren a pratiqué plusieurs tranchées. Une tranchée de 'V mètres de profondeur amena la découverte d'une masse de voussoirs et de pierres, ayant évidemment appartenu à une arche plus ancienne. Des voûtes, découvertes par le capitaine Warren, dans le prolongement de l'arche de Wilson, formaient un viaduc qui aboutissait à la porte du temple. Ce viaduc est double, les voûtes du côté sud ayant 7 mètres de largeur et celles de nord 6 mètres 30. La partie sud paraît la plus ancienne et pourrait bien remonter au temps de Salomon, à en juger par quelques spécimens de l'art juif trouvés dans une grande chambre qui faisait partie de ces voûtes. Cette première chaussée ayant été détruite, sans doute en même temps que le mur qui descendait de Sion pour aboutir à l'ouest du temple, on la rétablit en l'agrandissant, lorsqu'on construisit l'arche de Wilson. Contre cette ancienne chaussée court un passage souterrain, voûté et bien construit, que M. Warren a pu suivre sur une longueur de 75 mètres à partir du mur du Haram, jusqu'à une citerne. Ce passage est sans doute celui qui est mentionné par Medjr ed-Dîn, comme ayant été construit de la porte, de la Chaîne à la citadelle. D'autres voûtes, situées au sud des précédentes, soutiennent le Mehkhémèh actuel. La quatrième porte mentionnée par Josèphe se retrouve probablement à Bdb el-Kaitanin (Porte des marchands de coton) située à l'extrémité du Souk el-Kattanin (Marché des marchands de coton). C'est la plus rapprochée de la mosquée es-Sakhrah. Plus à l'ouest, près du puits connu sous le nom de Hammam ech-Chiffa ou Bains curatifs, dans lequel on a voulu voir le puits de Béthesda, H. Wilson a découvert une citerne qui court de l'ouest à l'est sous le mur du Haram, et dont la disposition rappelle le passage voûté de la porte du Prophète. M. Warren serait tenté d'y voir l'emplacement de la quatrième porte. Au delà, la muraille n'oifre plus rien de remarquable.— C. Monuments divers. 1 . Citadelle (el-Oalah). La citadelle, située à Touest de la ville, près de la porte de Jaifa, occupe en partie l'emplacement de « la forteresse de Sion, » que David conquit sur les Jébusites. Ce roi y établit sa résidence, et elle reçut le nom de « Cité de David » (2 Sam. V, 7-9). Elle subit dans la suite peu de remaniements parce quB, dans les divers sièges, l'effort des assiégeants se porta toujours ^

du côté nord. On sait seulement, par Josëphe, qu'Hérode le Grand fit construire (ou plutôt remanier et surélever), dans la citadelle, trois tours qu'il nomma Phasaël, Hippicus et Mariamne. Titus laissa ces tours debout en témoignage de la valeur romaine et aussi, sans doute, pour tenir la ville en respect. Ces tours furent rasées vers 1219 par el-Moadhem, prince de Damas, qui ne laissa subsister que la tour de David (tour PhasaBl); Les autres furent rebâties par Sélim et Soleïman, au seizième siècle, et très probablement avec les matériaux des précédentes. — La citadelle occupe actuellement un carré îrrégulier, long de 133 mètres, du sud au nord, et large de 160 mètres, de Test à l'ouest. C'est .un assemblage de cinq tours carrées, entourées d'une muraille peu élevée, du côté de la ville, et présentant à Test et à l'ouest un fossé peu profond. Elle est fort délabrée et sert aujourd'hui de magasin d'armes et de poudre. Les tours qui s'élèvent au bord du fossé, au nord, sont protégées par un boulevard ou contrefort oblique, qui s'élève du sol sous un angle d'environ 45 degrés. Cette maçonnerie paraît antique et peut ôtre attribuée aux Romains. La tour nord-est, à droite de l'entrée, est celle que les Francks appellent plus spécialement tour de David, bien que ce nom soit donné souvent à toute la citadelle. La partie supérieure est moderne, mais toute la partie inférieure, massive et sans aucun \ide intérieur, est construite de gros blocs taillés en bossage, dont quelques-uns mesurent de 3 à 4 mètres de long, de 1 mètre 30 à 2 mètres de large et plus de 1 mètre de haut. Ces pierres n'ont évidemment jamais été dérangées, ni renverséè3, ni rapportées ; elles rappellent tout d'abord l'aspect des murailles du temple, bien que les blocs soient plus petits et moins fins. La base est qu.adrangulaire, le côté est mesurant 17 mètres 20, et le côté sud 21 mètres 40. Des fouilles récentes ont montré que, jusqu'à une certaine hauteur au-dessus des fondations, la base de la tour est formée par le rocher lui-môme, taillé en relief et revêtu de pierres. La tour de David figure sur les monnaies des' rois latins' de Jérusalem, qui avaient probablement établi leur résidence dans la citadelle. Quand les musulmans renversèrent les fortifications en 1219, ils conservèrent la tour de David, qui garda son nom jusqu'au seizième siècle. Elle prit alors celui de tour des Pîsans, sans doute parce qu'elle avait été réparée par des architectes de cette nation. Mais les substructions montrent qu'elle remotite beaucoup plus haut. La plupart des savants sont d'accord pour identifier la tour de David avec la tour HijDpicus. Selon Josèphe {Guerre des Juifs ^ V, 4, 3) cette tour, qui avait été bâtie par Hérode en mémoire d'un de ses amis mort en combattant, étaitquadrangulaire (TETpoywvoç), sa largeur et sa longueur étaient chacune de 25 coudées, et sa hauteur de 30. Elle n'était nullement creuse (où^afxou ^tdbuvoç). Au-dessus de la partie pleine (t^ itX^pe;) était une citerne haute de 20 coudées, destinée à recueillir l'eau de pluie. Au-dessus encore s'élevait une maison à deux étages, de sorte que la hauteur totale de la tour était de 80 coudées. Les chiffres donnés par Josèphe (13 mètres de côté environ) s'accordent mal avec les dimensions de la tour de David, qui mesure

17 mètres sur 21, tandis que ces dernières dimensfons concordent assez bien avec les chiffres donnés pour la tour de Phasael (40 coudées ou 21 mètres de côté). La tour actuelle de David serait donc la tour Phasa&l, tandis qu'Hippîcus devrait être cherchée au nord-ouest, près de la porte de Jaffa (voyez de Saulcy, Les derniers jours de Jérusalem, p. 235-236). — 2. Citernes, piscines, aqueducs, sources. On a remarqué que, dans les divers sièges qu'elle a subis, Jérusalem n*a jamais manqué d*eau, tandis que les armées assiégeantes ont au contraire souffert de la soif, La ville était approvisionnée d*eau par les citernes, les aqueducs et les sources. Les citernes forment la ressource principale de Jérusalem. Toute maison importante a sa citerne où les eaux de pluie, recueillies sur les terrasses ou dans les cours, sont conduites par des tuyaux. Ces citernes sont bâties en pierre, recouvertes d'une voûte, avec une petite ouverture à la partie supérieure. Un grand nombre d'entre elles remonte à une haute antiquité. On cite, parmi les plus remarquables, celle du couvent copte, à Touest de réglise du Saint-Sépulcre, connue sous le nom de citerne d'Hélène, «t qui est creusée dans le roc ; celles de l'ancien hospice des chevaliers de Saint-Jean, dont les belles voûtes n'ont pa!$ moins de 16 mè- Ires de hauteur, celle qui est en dedans de la porte de Damas, celle du couvent latin, la citerne el-Bourak, sous l'arche de Wilson, le puits Hammam ech-Ghiffa, dont nous avons parlé, qui a plus de 24 mètres de profondeur, la double citerne située sous le couvent des sœurs de Notre-Dame de Sion. Les arches des divers viaducs qui traversaient la vallée du Tyropœon étaient pour la plupart fermées et servaient soit de citernes, soiC de magasins à blé. Nous avons mentionné diverses citernes creusées sur le passage du grand canal souterrain creusé à la base même du roc, sur le versant est du Tyropœon. Ce canal est muni de regards qui servent encore aujourd'hui de puits. Mais les citernes les plus remarquables sont celles du Haram ech-Chérif. On n'y en compte pas moins de 31. Quelques-unes ont de 15 à 20 mètres de long sur autant de largeur, et leur plafond s^appuie sur des arcades ogivales soutenues par des piliers. D'autres, les plus anciennes, situées au sud de la Qoubbet es-Sakhrah,. sous Tancien hiéron, sont creusées dans le rocher. Rappelons enfin que la roche es-Sakhrâh recouvre des souterrains non encore explorés. On comprend sans peine qu'avec ses immenses réservoirs, la ville et le temple aient pu supporter de longs sièges sans souffrir de la soif. Outre les citernes, Jérusalem possède des réservoirs découverts, nommés aussi piscines, étangs. Nous avons déjà décrit le Birket Israîl, au nord du Haram. Mentionnons, dans Jérusalem, une petite piscine, dite de Bethsabée, près de la porte de Jaffa, et surtout le Birket Hammam el-Bâtrak (étang du Bain des patriarches), ainsi nommé parce qu'il alimente les bains situés à côté. Le Birket Hammam se trouve à l'ouest de l'ancien établissement des chevaliers de Saint-Jean, dont il est séparé par la rue Chrétienne. Il mesure 73 mètres de long sur 44 mètres de large, et il s'étendait autrefois de 18 mètres plus loin sous le couvent copte. Les murailles qui l'en-

serrent sont fort anciennes, suivant Robinson. Sa profondeur actuelle est peu considérable, surtout en hiver. II reçoit son eau par un conduit souterrain du Birket Mamillah, situé en dehors de la ville, au nord-ouest. Plusieurs auteurs voient dans le Birket Hammam el-Bà^ tràk, le réservoir d'Ezéchias (2 Chron. XXXII, 30; 2 Rois, XX, 20). Le Birket Mamillah était alimenté parle « haut aqueduc », dont nous parlerons ci-dessous. Mentionnons encore le Birket es-Soultân, situé dans la vallée de Hinnom, à Touest. — Trois aqueducs principaux amenaient les eaux du dehors dans la Jérusalem antique. L'aqueduc supérieur avait son origine dans les montagnes^ entre Ëtham et Hébron. On a pu en suivre les traces dans le ouady Arroub. A partir de ce point, il suit les flancs des vallées, passe ^ entre le réservoir supérieur de Salomon (au sud-est de Bethléem) et le Ras el-Aïn (fontaine scellée). Il court le long de la colline rocheuse qui borde le ouady Ourthas, alimente Bethléem, passe près de la Tombe de Rachel. Il déversait ses eaux dans le Birket Mamillah. A partir de ce point, Faqueduc alimentait le Birket Hammam el-Bâtrak, s'étendait au palais d'Hérode et descendait par le conduit souterrain découvert par. M. Warren. Cette partie de Faqueduc est sans doute celle qui est mentionnée par Josèphe lorsqu'il parle « de la porte par laquelle Teau était amenée à la tour Hippicus. » On peut y voir aussi le conduit d'Ezéchias, et dans cette hypothèse, ce serait le canal inférieur de Gîhon qui amenait dans la ville les eaux du Birket Mamillah. Une partie de ces eaux s*écoulait dans la vallée du Gédron par Faqueduc découvert par M. Warren, au pied du niont Moriah, et elles étaient probablement amenées par un conduit souterrain dans le réservoir connu sous le nom de Puits de Job (Bîr en-Rogel). —L'aqueduc inférieur part du réservoir inférieur de Salomon, suit une ligne sinueuse de 20 kilomètres de long, .traverse la vallée de Hinnom un peu audessus du Birket es-Soultân, sur neuf arches basses, contourne la pointe sud du mont Sion et passe sous la chaussée qui croise la partie nord du Tyropœon pour pénétrer sous le Haram ech-Ghérif et se terminer dans ses réservoirs souterrains." On n'a retrouvé que quelques traces du troisième aqueduc, dont on ignore le point de départ et le point d'arrivé^. — Jérusalem ne possède qu'une source. C'est la Fontaine de la Vierge (Aïn Oumm ed-Deradj, la fontaine de la Mère de l'Escalier). Elle répond exactement par sa position à Fétang de Salomon,, que Josèphe place sur le côté est du mont Sion, entre la fontaine de Siloam et le côté sud du temple, et peut-être aussi à Fétang du Roi de Néhémie (II, 14-15). Elle est placée au fond d'une excavation taillée dans le rocher, où l'on descend par un escalier de trente marches, divisé en deux par une chambre voûtée en ogive. Elle présente des phénomènes d'intermittence très marqués. Le niveau de Feau s* élève subitement à certaines heures de la journée, une ou deux fois par jour, à intervalles réguliers et, en été, une fois tous les deux ou trois jours, seulement. Robinson Fidentifiait avec la piscine de Béthesda (Jean Y, 4). Du bassin de la fontaine de la Vierge, Feau 8*écoule dans un conduit souterrain voûté, de 533 mètres de Ion-

gueur, qui aboutit à Tétang de Siloé. Celui-ci fonne un résenrcdr rectangulaire, d'environ 16 mètres de long sur 6 de large et 6 de profondeur, revêtu intérieurement d'une maçonnerie moderne, dans laquelle sont engagés quelques tronçons de colonnes de granit gris qui proviennent d'une basilique élevée en cet endroit au quatrième siècle. Siloé signifie en hébreu mùsio aqitXy c'est-à-dire aqueduc ou conduit d'eau. L'étang de Siloé est mentionné deux fois dans l'Ancien Testament (Esaïe VUI, 6; Néhémie, III, 15), et une fois dans l'évangile selon saint Jean (IX, 7), à l'occasion de la guérison de l'aveugle-né. Josèphe le nomme plusieurs fois {Guerre des Juifs ^ II, 16, 2 ; YI, 7, 2 ; Y, 4, 1). Le pèlerin de Bordeaux mentionne la basilique qui y fut construite : habet quadriporlicum et alia piscina grandis foras» Cette autre piscine est sans doute l'étang formé par une grande digue, située au-dessous du premier réservoir. Néhémie (III, 15) nous apprend que le terrain fertile et les potagers qui s'étendent au-dessous de Siloé, ne sont autres que le « jardin du roi » de l'Ancien Testament (2 Rois XXY, 4 ; Jérémie, XXXIX, 4, LU, 7). Mentionnons enfin le puits de Job (Bir Eyoub), l'ancien Ën-Rogel, connu par les chrétiens sous le nom de puits de Néhémie. En-^Rogel marquait la limite des tribus de Juda et de Benjamin (Jos., XY, 7, 8;XYIII, 16). Josèphe nous apprend que ce puits était dans le jardin du roi {Antiq., YII, 14,4). Bîr Eyoub est un puits de 41 mètres de profondeur, caché sous une bâtisse rectangulaire, ouverte à sa face orientale. La maçonnerie présente des pierres de grandes dimensions qui paraissent fort anciennes. M. Warren a découvert au, fond de ce puits un tunnel remarquable, taillé dans le roc, qui descend sur le côté droit de Cédron à un autre puits, situé à 600 mètres au sud. Il devait servir à l'écoulement des eaux de Siloé et était sans doute destiné à cacher ces eaux aux assiégeants.

Y. Environs immédiats de Jérusalem. Nous décriroiis rapidement les environs de Jérusalem, en insistant seulement sur les points les plus remarquables. Sortant à l'ouest par la porte de Saint-Etienne où la tradition chrétienne place à tort le lieu du martyre d'Etienne, on descend dans la vallée du Cédron. Sur la gauche, se trouve le tombeau de la Yierge, dont on ne voit que le porche extérieur. La Yierge aurait été ensevelie en cet endroit, d'après une tradition qui remonte au quatorzième siècle. L'édifice actuel est du douzième siècle. Sur les pentes ouest du mont des Oliviers, s'étend le jardin de Gethsémani, enq(os carré dans lequel on a compris plusieurs des oliviers les plus vieux de la montagne. L'authenticité de Gethsémani est incontestable, mais rien ne force à restreindre ce lieu célèbre dans* l'enclos actuel. La montagne des Oliviers (Djebel et-Tour) court à peu près parallèlement à la montagne du Temple, du sud au nord, et présente plusieurs éininences séparées par de légères dépressions. Le point le plus haut est à 828 mètres au-dessus du niveau de la mer. La hauteur centrale, à' 801 mètres, porte le petit village de Kefr et-Tour, où s'élève la mosquée de l'Ascension^ qui a remplacé une église élevée par sainte Hélène, non loin de Kefr et-Tour, vers le

sud. Près du sentier qui mène à Béthanie, on rencontre une grotte funéraire, connue sous le nom de Tombeau des Prophètes, formée de galeries concentriques. On ne sait pas au juste à qui a appartenu cet hypogée. La vallée du Gédron présente plusieurs monuments remarquables : le Tombeau d*Ab$alon, le Tombeau de Josaphat, le Tombeau de saint Jacques, le Tombeau de Zacharie, dont la description nous entraînerait trop loin. Ces monuments sont généralement regardés comme appartenant à Tépoque judéo-romaine. La partie inférieure de la vallée du Gédron est bordée à Touest par le mont du Scandale, ainsi nommé d'après la tradition qui y voit le lieu des autels élevés par Salomon à Moloch et à Astaroth (i Rois XI, 7) et i Test, par Ophel. Le terrain n'est ici qu'un vaste cimetière juif qui couvre les pentes de la vallée. La vieille superstition juive, adoptée par les musulmans et par bon nombre de chrétiens, d'après laquelle le jugement dernier aura lieu dans cette vallée, est basée sur un oracle de Joël (III, 2. 12. 14) mal interprété. Vers le point de jonction de la vallée du Gédron avec la vallée de Hinnom, se trouve l'étang de Siloé, dont nous avons parlé, et un peu plus loin le Puits de Job. A gauche s'élève le village de Siloam. — Au-dessous de Bîr Eyoub, la vallée du Gédron tourne à Test, en prenant le nom de Ouady en- Nâr (vallée du feu). A l'ouest, débouche le Ouady er-Rahab, en hébreu Gué Hinnom ou Ben Hinnom (la vallée des fils de Hinnom), mentionnée au livre de Josué (XV, 8 ç XVIII, 16), comme frontière de Juda et de Benjamin, et connue surtout par le culte sanguinaire de Baal et de Moloch (Jérémie VII, 31-32; XIX,6-15;2RoisXXIII, 10). Elle contourne le mont Sion à l'ouest et au sud, et est bordée à gaUche parle mont du Mauvais Gonseil, dont les rochers sont percés de tombeaux d'une date relativement moderne. Le nom de cette montagne est dû à la tradition qui y place la villa de Gaïphe, où les Juifs auraient résolu de perdre Jésus-Ghrist, et ne paraît pas remonter au delà du quinzième siècle. La vallée torurne vers lé nord jusqu'au Birket es-Soult&n, la plus grande des piscines de Jérusalem, puisqu'elle mesure 180 mètres de long sur 78 de largeur, aujourd'hui abandonnée et constamment à sec. C'est autour de cette piscine que court l'aqueduc inférieur. — ^ Au-dessus de la vallée, à l'est, sur le mont Sion, s'élève une mosquée célèbre nommée Nebi Daoud. Ge serait le Tombeau de David. La sépulture de David et des rois de Judée était, en eff^t, placée en Sion (1 Rois II, 10) : « David se coucha avec ses pères et fut enseveli dans la ville de David. » La même formule est répétée pour Salomon et douze de ses successeurs. Néhémie (II, 15. 16) nous apprend que Sçallum «répara la muraille de l'étang de Scélah (Siloé), tirant vers les jardins du roi et jusqu'aux degrés qui descendent de la ville de David. Après lui, Néhémie répara jusqu'à l'endroit des sépulcres de David, jusqu'à l'étang refait, et jusqu'à la maison des hommes vaillants. » Il est hors de doute que cette muraille partant de Siloé et du jardin du roi, remontait la pente de Sion, et passait près des tom* beaux de David ; que l'étang refait n'est autre chose que le Birket es- Soultân, et la « maison des hommes vaillants » répond peut-^tre à la

citadelle. Le sépulcre de David était un endroit parfaitement connu des Juifs. Josèphe raconte que Salomon y avait enfoui d'immenses trésors et que Hyrcan, assiégé par Antiochus le Pieux, ouvrit le tombeau et en tira 3^000 talents pour obtenir la levée du siège. On connaît Finsuccès d'Hérode voulant à son tour fouiller jusque dans les sarcophages. L* apôtre Pierre parle du tombeau de David comme d*un monument bien connu de tous (Actes II, 29). La tradition s* appuie donc sur des données précises et vraiment historiques. Aussi ne saurions-nous voir avec M. de Saulcy, les hypogées des rois juifs à la place où il les met, au nord de Jérusalem. L'entrée de la crypte est rigoureusement interdite. — Le côté nord de Jérusalem est formé par un grand plateau pierreux qui s'étend de la naissance de la vallée du Gédron à la naissance de la vallée de Hinnom. A droite de la porte de Damas, s'ouvrent sous la colline de Bézétha, de vastes carrières (Megharet el-Qotton, grotte du lin). Elles ont 200 mètres de longueur . environ sur 100 mètres de largeur et se composent de salles immenses, soutenues par des colonnes naturelles. On y a vu les Cavernes royales (<jir^Xaia ^alXixa) dont parle Josèphe {Gu£rre des Juifs, V, 4, 2). Mais quelques savants, Williams entre autres, placent^ avec plus de raison, selon nous, les Cavernes royales dans les excavations situées sur le flanc .ouest duCédron, au nordest de la ville. En fape de ces carrières s'élève un monticule dans lequel est creusée une grande grotte, connue sous le nom de Grotte de Jérémie. Une tradition fort douteuse y place la prison de Jérémie (Jérémie. XXXVII, 16, 21 ; XXVIII, 6, 28). On retrouvé, au nord-est de la ville, la vallée du Cédron, qui ne présente en cet endroit que très peu de profondeur. Le sol est cultivé et il se couvre plus loin de vignes et d'oliviers. La vallée tourne vers l'ouest ; ses flancs présentent de nombreuses excavations, anciennes carrières et grottes sépulcrales. C'est là que William place les Cavernes royales. Schultz en, désigne une au fond d'un rentrant, sous le nom de Tombeau du Fou-. Ion, en mémoire du monument de ce nom que Josèphe place sur le tracé de la troisième enceinte. De l'autre côté du Cédron, s'élève le Scopus par lequel Titus vint assaillir Jérusalem {Guerre des Juifs, Y, 2, 3; III, 2). — C'est sur la crête du plateau, à 800 mètres environ de la porte de Damas, qu'est située l'excavation célèbre connue sous le nom de Tombeau des Rois. Une bonne description en a été donnée par M. deSaulcy (Voyage en Terre-Sainte, II, 229 ss.). Une cour carrée, à parois verticales taillées dans le roc, précède un large vestibule, audessus duquel court une longue frise sculptée avec beaucoup de délicatesse et de goût et dont le centre est occupé par une grappe de raisin, emblème de la Terre promise et type habituel des monnaies asmonéennes. Un mode ingénieux de fermeture, obtenu au moyen de blocs massifs roulant sur pivot, ôtait toute issue à l'imprudent qui aurait pu s'engager dans le souterrain. Le tombeau lui-môme comprend une antichambre carrée, de 5 à 6 mètres en tous seas, dans laquelle débouchent, sur les faces sud et ouest, des portes ouvrant sut; d'autres chambres carrées, .d^ns les parois desquelles sont pratiquées

les tombes, au nombre de trente et une, selon M. de Saulcy. On sait que H. de Saulcy a voulu voir dans cet hypogée les tombeaux des rois de Juda. Mais cette thèse est rejetée par la plupart des savants qui s'accordent avec la tradition pour placer ces tombeaux sur le mont Sion. D'après Fopinion plus probable de Robinson, cette grotte funéraire serait le tombeau d'Hélène, reine d'Adiabène, qui, s'étant convertie au judaïsme, était venue se fixera Jérusalem, et avait été enterrée avec son fils Izates, dans un tombeau magnifique qu'elle s'était fait construire à trois stades de la ville (Josèphe, Antiq.^ XX, 4, 3). Il se reconnaissait à trois pyramides qui existaient encore au temps d*Eusèbe. Ce monument est mentionné plusieurs fois par Josèphe dans le récit des premiers événements du siège de Jérusalem {Guerre des Juifs, V, 2, 2 ; V, 3, 3 ; V, 4, 2), comme faisant face (avt(xpu) à la partie nord de l'enceinte d'Hérode Agrippa. Saint Jérôme, racontant le voyage de Paula, qui arrivait de Lydda par Béthoron, Gabaon, Ramah et Gabaah, dit que « laissant à gauche le tombeau d'Hélène, elle entra à Jérusalem. » En remontant la vallée du Gédron, on trouve près du'chemin de Nebi Samouil, plusieurs autres tombeaux creusés dans le rocher, dont le plus remarquable est le Tombeau des Juges,* qui était peut-être réservé aux membres du sanhédrin. Entre la vallée du Cédron et l'établissement russe, situé non loin de l'angle nord-oiiest de la ville, on voyait, il y a quelques années, des traces de substructions massives. Sur un petit plateau élevé à ^0 mètres environ de l'enceinte actuelle, existent les arasements où Schultz place avec assez de vraisemblance la tour Psephinus, que d'autres mettant à l'angle nord-ouest de l'enceinte actuelle au Qasr Djaloud. La tour Psephinus devant laquelle Titus plaça son premier camp {Guerre des Juifs, V, 4, 5), forimait l'angle nord-ouest de l'enceinte d' Agrippa. Cette tour octogone- avait 70 coudées de hauteur, « de sorte que de son sommet, dit Josèphe, on pouvait apercevoir l'Arabie à l'orient, et les dernières limites des Hébreux jusqu'à la mer {Ibid, V, 4, 3). Ainsi, la tour était dans une position dominante, et nous trouvons une position semblable sur le plateau qui s'élève en face de l'angle nord-ouest de la ville, et qui est h plusieurs mètres au-dessus du sommet du Mont des Oliviers. Enfin, à l'ouest de la \111e, à la naissance de la vallée de Gihon, se trouve le Birket Mamillah qu'on s'accorde à identifier avec l'étang supérieur (EsaïeVII, 3;XXXVI,2).

VI. Enceintes de l'ancienne ville. — A. Topographie génirale.Dans l'état actuel de nos connaissances sur l'ancienne Jérusalem, nous ne pouvons que poser la question si importante des anciennes enceintes et nous en tenir à des hypothèses fondées sur les données de Josèphe et sur quelques résultats des fouilles anglaises. Nou^ avons déjà traité (voyez description de la ville), la question de la topographie du temple et de ses enceintes. Nous aborderons maintenant la topographie générale de la ville. « La ville, nous dit Josèphe {Guerre des Juifs, V, 4, 1, 2), munie d'une triple muraille, partout où elle n'était pas couverte par des vallées impropres à des travaux

de siège (en ces points elle n*avait qu'une seule enceinte), était construite sur deux collines se faisant face , et séparées par une yallée mitoyenne, jusqu'au fond de laquelle étaient étages de part et d'autre de nombreux édifices. Celle de ces deux collines sur laquelle est assise la ville haute est beaucoup plus élevée que l'autre, et oiTre une ligne plus droite pour son axe longitudinal. A cause de sa force comme place de guerre, elle fut appelée la Forteresse (4>poupiov} par le roi David, père, de Salomon, qui construisit le premier temple; nous l'appelons le forum supérieur. L'autre colline, nommée Acra, sert d'assiette à la ville basse, et alTecte la forme d'un croissant de la lune arrivée à son troisième quartier. En face de cette colline, il y en avait une troisième, plus basse qu'Acra, et séparée de celle-ci par une large vallée. Dans la suite des temps, lorsque les Asmonéens étaient à la tète de la nation, ces princes comblèrent la vallée en question, afin de réunir la ville au temple; puis, rasant le sommet d'Acra, ils en abaissèrent l'altitude, afin qu'Acra elle-même fût dominée par le temple. Nous avons dit qu'une vallée séparait la ville haute de la ville basse, c'est le Tyropœon (Vallée des Fromagers), qui se prolonge jusqu'à Siloam; nous nommons ainsi une source d'eau abondante. A l'extérieur, le pâté formé par ces deux collines, était entouré de vallées profondes, et du cAté oix s'étendaient ces vallées, l'accès de plain-pied vers la ville était impossible. » On admet généralement que la colline élevée que Josèphe désigne sous le nom de forum supérieur ,.était la colline deSion.La vallée profonde de Hinnom et la vallée centrale de la ville forment ses limites naturelles au sud, à l'ouest et à l'est, mais il n'est pas aussi facile de déterminer où était sa limite au nord, formée par le Tyropœon. Aucun doute n'existe sur la partie sud du Tyropœon, et, au premier abord, en voyant la dépression qui commence au nord-ouest de la porte de Damas, pour se. prolonger au sud, tout le monde croit reconnaître le Tyropœon, étendu de l'un à l'autre de ces points extrêmes. Mais si l'on veut placer Acra de l'autre côté de cette vallée, c'est-à-dire à l'est de la porte de Damas, comme l'a fait Schuitz, on ne rencontre qu'un emplacement, c'est celui qui est au nord du temple et que le texte de Josèphe appelle Bézétha. Aussi la plupart des savants s'accordent-ils, avec Robinson, à placer la partie supérieur du Tyropœon dans la vallée qui commence au nord-ouest à la porte de Jaffa et suit l'ancienne rue de David pour rejoindre la vallée centrale. Cette dépression est apparente de divers points de la ville. Elle était autrefois beaucoup plus profonde qu'aujourd'hui et s'étendait vers Test sous l'esplanade de l'ancien hôpital de Saint-Jean. On a retrouvé dans le couvent grec de Saint-Jean-Baptiste, au coin de la rue Chrétienne et de la rue de David, une chapelle enfouie sous les décombres, dont le sol est à près de dix mètres aurdessous de la rue, et les fenêtres dont elle est percée sur les côtés montrent qu'elle n'a pas été une chapelle souterraine. On a également découvert, dans la partie du Moristân qui avoisine la rue de David, au sud, de profondes citernes voûtées, et les fouilles ont montré que le rocher s'abaisse en

ce point, du nord au sud. L'existence de la vallée en cet endroit est attestée par Brocardus en 1283; Adrichomius et Yillalpandus, à la fin du seizième siècle, en parlent dans les mêmes termes; enfin Reland, d'Anville, Rosenmûller et Raumer s^accordent à placer Acra au nord de Sion. Acra est le monticule qui porte Téglise du Saint- Sépulcre, et on peut reconnaître Texactitude de ce que Josèphe dit de sa forme, ifA^ixupToç, puisque sa pente s'incline d'une part vers la porte de Damas, et, d'autre part, quoique plus graduellement, vers le mont Sion. Un autre passage dé Josèphe montre qu'Acra devait être à la fois au nord de Sion et à l'ouest du temple : en décrivant les portes qui s'ouvraient dans le côté ouest de l'enceinte du temple, il dit que la dernière (la plus au nord), « conduisait dans Vu autre ville » (oXXtjv icoX(v), au moyen d'escaliers qui descendaient dans la vallée pour remonter de l'autre côté ; car la ville s'étendait en face du temple, à la manière d'un théâtre, enclavée par une profonde vallée dans toute la partie sud » {Antiq.juiv,, XY, il, 5). Cette autre ville ne peut être qu'Acra, puisqu'elle est mentionnée après le palais de Sion. La troisième colline mentionnée par Josèphe comme située en face d'Acra, s'étendait probablement entre le. temple et Acra, vers les pentes de Sion et du Saint-Sépulcre. La vallée comblée est peut-être marquée par le. Souk el-Lahmîn, à l'est du Moristân. Ce système a été combattu par Bonar {The Land of Promi.yp, 496) qui se refuse à reconnaître l^'existence cependant hors de doute d'une vallée partant de la porte de JafTa. Pour lui, le quartier chrétien fait partie du niont Siôn, et même un passage de Guillaume de Tyr place positivement l'église du Saint-S.épulcre sur le mont Sion, et sur la pente orientale de celui-ci. Acra se trouve alors reporté à l'est de la porte de Damas, en y joignant hors de la ville la colline de Zahara (au-dessus de la grotte de Jérémie). Ainsi s'expliquerait l'épithète de âfx^ ixupToç, Acra touchant par une de ses extrémités au mont Sion, et par l'autre au Moriah. Le point faible de ce système serait de reporter Bézétha beaucoup trop au nord-est, sur la hauteur étroite qui porte l'église Sainte-Anne, à droite de la dépression qui vient de Babez-Zahirèb et coupe obliquement le Birket Israël et la partie àord-est de l'enceinte du temple. De plus, ce ne serait plus Acra qui, dans ce système, s'étendrait tout autour du temple, à la manière d'un théâtre, ce serait Sion. — La rangée orientale forme trois plateaux diminuant de hauteur. La colline inférieure, Ophel, était comprise dans la ville du temps du roi Jotham (2 Ghron. XXVII, 3) ; Manassé augmenta ses fortifications (2 Chron. XXXIU, 14), qui, au retour de la captivité, furent réparées par Néhémie (lU, 21, 27). Son emplacement concorde bien avec les données de Josèphe {Gueire des JuifSj Y, 4, 2). La colline centrale, sur laquelle s'élève le temple, s'appelait la montagne du Temple ou de l'Eternel. Nous avons exposé, en décrivant le Haram ech-Chérif, par quel gigantesque travail on avait obtenu l'esplanade actuelle du Haram. Le nom de Moriah se trouve pour la première fois dans l'his- . toire du sacrifice d'Abraham, avec son étymologie « Dieu y pour-

voira » (Gen. XXII, 2,8, 14); c'est sur ce même Moriah que David construisit un autel dans Taire d'Araunah et que Salomon fit élever le temple de FEtemel (2 Chron. III, 1). Il ne peut donc y avoir de doute sur Tideutité de Moriah. La colline supérieure ne peut être que Bézétha. Bézétha signifie « la nouvelle ville » (xotivi^ no^iç). Elle n*est pas mentionnée dans la Bible ; mais Josèphe nous informe qu'elle fut comprise dans la nouvelle enceinte d'Hérode Agrippa. Elle était placée en face d'Antonia et séparée d'elle par un fossé profond qui fut creusé pour rendre plus dintcile l'.accës do laforteresse. Gomme on s'accorde généralement à placer Antonia à l'angle nord-ouest de l'enceinte du Haram ech-Ghérif, il en résulte que Bézétha ne peut être que la hauteur qui s'élève au nord de la caserne actuelle, entre le Haram ech- Ghérif et la porte de Damas, et qui est couronnée par le tekkèh des derviches Maulaouiyeh. La partie nord-est moins élevée et séparée de la première par une dépression qui part de Bâb ez-Zahirèh était aussi comprise dans Bézétha. La situation de cette colline s*accorde bien avec les données de Josèphe. Bézétha était, en effet, la plus élevée de toutes les collines de Jérusalem et seule elle couvrait le temple du côté nord (Guerre des Juifs, V, 4, 2). En présence d'un texte aussi clair, il est difficile de comprendre comment Schultz a pureporter Bézétha tout à fait au nord, et attribuer à Acra la colline qui se dresse au nord du temple. — B. Enceintes, La question capitale des enceintes de Jérusalem, bien qu'elle ait exercé la sagacité d'un grand nombre de savants, est loin d'être résolue. Nous l'exposerons en nous. contentant d'indiquer les quelques points qui nous paraissent hors de doute. « La ville, dit Josèphe, était munie de trois enceintes, excepté aux côtés où elle était entourée de vallées inaccessibles ; là elle n'avait qu'une enceinte. » Il est facile de reconnaître immédiatement que le triple mur était du côté nord, que l'enceiiite unique était du côté des grandes vallées de Hinnom et du Gédron. — Première enceinte, « Le plus ancien des trois murs était imprenable, tant à cause des vallées et de l'escarpement des collines au-dessus de celles-ci, que par les ouvragps dont David, Salomon et leurs successeurs l'avaient fortifié, sans y rien épargner. Il commençait du côté nord à la tour Hippicus, s'étendait jusqu au lieu nommé Xystus, touchait au palais du conseil (BouXt!) et aboutissait au portique occidental du temple. »Nous savons que le Xystus était une place entourée de portiques, qui était reliée au temple par le pont du Tyropœon. L'ordre dans lequel l'historien énumère les divers bâtiments n'offre aucune difficulté. Entre Hippicus et le Xystus, le mur suivait la crête de la colline qui dominait le Tyropœon. G'est là que s'élevaient, sur l'ancienne muraille, les magnifiques tours dePhasael et de Mariamne, construites par Hérode en l'honneur de son frère et de sa femme. {Guerre des Juifs, Y, 4, 3). Elles étaient attenantes au palais d'Hérode. On admet généralement que tous ces édifices occupaient le terrain qui s'étend à l'est de la citadelle, et où se sont élevés l'église protestante et ses dépendances, la mission anglicane et l'hôpital anglais. Nous admettons, avec Williams, Fergussoni, Warren, etc., que la muraille, après avoir longé le Xystus, traversait le Tyropœon sur le

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viaduc retrouvé par H. Warrea au-dessous de la rue Bâb es-SilsilUi, laissant toutefois en dehors la porte du temple, par laquelle les habitants d*Acra avaient accès dans le Haram. Le mur touchait au palais du coDsisil qu'a remplacé le mehkémèh actuel et aboutissait au portique occidental du temple^ telle est la premi&re branche de Fancien mur. « De Tautre côté, vers Foccident («p^ Suav) et commençant à la même tour, le mur 8*étendait à travers le lien dit Bethso jusqu'à la porte des Esséniens, et retournait (Imorcp^cpov) ensuite vers le siid jusqu'au-dessus (6«lp), de la fontaine de Siloé ; de là, il se tournait de nouveau vers FOrient au-dessus de la piscine de Salomon (fot tJj^ 2aXo{iÂîvôc luBiku^ififw), continuait jusqu'à un endroit nommé Ophel et rejoignait le pbrtique oriental du temple » [Gverre des Juif s^Y^l^^). On est généralement d'accord pour faire suivre à cette partie de la muraille le contour du mont Sion, vers Fonest et vers le sud, englobant dans ce tracé la partie extrême de la montagne où s'élève Nébi Daoud. Le sens du mot Bethso est, selon' Winer, « lieu des immondices. » Quelques auteurs ont conjecturé que ce lieu est au sud-est de Sion, dans la partie inférieure de la vallée du Tyropœon, là oii passe un égout retrouvé par le capitaine Warren, et qui drainait la ville haute. Dans cette hypothèse, la porte des Esséniens devrait être cherchée non loin de Bâb el-Mogharibèh, nommée encore aujourd'hui porte desOrdures. La partie de la muraille qui retournait vers le sud, à partir de la porte des Esséniens, serait le mur occidental d'Ophel qui avait été fortifié par Manassé et qui devait aboutir à la Double porte. On comprendrait alors très bien que ce mur s'arrêtât au-dessDS de la piscine de Siloé, soit que Fou prenne ticip comme indiquant une position relativement septentrionale, soit qu'on entende par là une situation plus élevée. Cependant on s'accorde plutôt à placer Bethso sur le flanc ouest de Sion, et la porte des Esséniens à l'angle sud -ouest de cette colline. Josèphe décrit ici le premier mur de Salomon, qui paraît s*ètre dirigé directement, dans la vallée, au-dessus de Siloé, pour contourner Ophel. A partir de Siloé, le mur se courbait de nouveau vers l'Orient. On a retrouvé ses traces le long de la crête de la colline, sur une longueur de près de 400 mètres. Il était muni de tours dont plusieurs ont été retrouvées. Passant au-dessus de Fétang de Salomon qui répond à la fontaine de la Vierge, il s'étendait jusqu'au lieu nommé Ophel (partie supérieure de la colline, qui a pu donner son nom à toute la colline) pour s'unir au portique oriental du temple. — Ce n'est que plus tard que Fon aurait élevé une muraille sur le flanc est de Sion. L'existence de ce mur est hors de doute. En effet, Titus, msdtre du temple et d'Ophel, ne sait encore comment prendre Sion {Guerre des Juifs^ VI, 6, 2, 3; VI, 7, 2). Qu'est-ce qui aurait pu l'arrêter, sans ce mur oriental? Si ce tracé est exact, la première enceinte.ycompris la partie nord, mesurait environ 4,000 mètres ou 21 stades, en prenant pour unité de mesure le stade olympique de 185 mètres. Elle était munie de 60 tours, séparées par un intervalle de 200 coudées ou 105 mètres, en prenant pour unité de mesure la coudée royale de 0*,525. M. de Saulcy a cru démontrer l'absurdité de ces chiffres en tenant compte

JBRU8ALBH

4e la lai^ar des toun qui était de 20 coudées. On obtient ainsi en effet, pour les GO tours seulement, une lai^ur de 1,100 coudées, soit 630 nèires, et» en y ajoutant les 12^000 coudées des mi^lraiUes qui s'étendaient entre les tours, smt 6,300 mètres, on obtiendrait en tout 6,990 mètres, chilk% évidemment exagéré. Mais Josèpbe a soin de iKms dire que les tours étaient posées sur le mur, selon le mode de coBstructicm fort remaïqnaUe que Ton peut observer à Pangle nordest du Haram. La largeur des tours n'augmentait donc pas la longueur des muraiUes qui n'était en réalité que de 6,300 mètres ; ce chiffre ne nous paraîtra pas exagéré, si Ton considère que les murailles éfaient •construites en zigxag, de manière à former de nombreux rentrants. La première enceinte comprenait les constructions de David, de Salomon, d'Hosias (â Ghron. II, 6. 6), de Jotham, une partie de celles d^Biédiias (â Chron. XXXII, 5), celles de Manassé et d'autres rois peut-être. (Test elle que Tacite désigne par ces mots : Àlia tntus mm^ USA, rtgim etrtumjeôra (Ath. Goquerel, TopograpkU de JiruuUém). — Deuxième enceinte. « Le second mur commençait à la porte appelée Djennath, qui appartenait au premier mur ; il n'entourait que la partie septentrionale et s'étendait jusqu'à Antonia.» {Guerre des Juifs, V, 4, 2). Cette description est très vague. L'aboutissant seul nous est connu, c'est Antonia. La porte Djennath (jardin) se trouvait probablement non loin de la tour Hippicus, près de la porte actuelle de Jaffa. Josèpbe nous dit expressément que toute la partie nord de l'enceinte était couverte par une triple muraille, et dans le récit des trois sièges que Jérusalem eut à subir de la part d'Hérode, de Gestius et de Titus, on voit qae Tennemi n'a jamais pu attaquer l'enceinte de Sion, à Test. Quant au tracé de la muraille elle-même, il est bien difficile à déterminer. Elle suivait un trajet circulaire (xu)(Xou{a<vov ^ vpMdcpx'nov). De plus, les substructions de la porte de Damas prouvent, à n'en pas douter, qu'il y avait là une porte antique, et celle-ci ne pouvant appartenir qu'à la seconde enceinte. Selon Josèpbe, cette muraille avait quatone tours, ce qui donnerait 1,400 mètres au moins, et une pareille longueur ne saurait se justifier qu'avec un tracé passant par la porte actuell^ de Damas. Le Qalaat Djaloud {château de Goliatb), à l'angle nord-ouestde l'enceinte actuelle, où Ton a retrouvé des piliers formés de gros blocs à bossage, faisait sans doute partie de la seconde enceinte. A partir de la porte de Damas, •on pourrait croire que le mur se rendait à Antonia presque en ligne droite. Mais Robinson, d'après un mûr examen du terrain, croit plu* tôt que la muraille s'élevait vers le point culminant de Bézétba pour se diriger au sud, vers l'angle du temple. Les substructions de l'Bcce Homo appartiendraient peut-être à cette partie de la muraille. — Troisième enceinte. « La troisième enceinte, bâtie par Hérode Agrippa, commençait, selon Josèpbe, à la tour Hippicus, d'où elle se dirigeait au nord vers la tour Psepbinus. Gette tour formait l'angle nord-ouest de l'enceinte d'Agrippa, devant laquelle Titus plaça son premier camp » {Oaerre des Juifs^ Y, 4, 5]. « A partir de Psepbinus, la muraille s'étendait en face du monument d'Hélène, elle passait, au travers des cavernes royales, faisait un coude à la tour angulaire.

près du monument du Foulon, et, en rejoignant Fancien mur, elle finîs^it à la vallée du Cédron » (Guerre desJuifs^ V, 4, 2). Nous ne comprenons pas comment quelques auteurs^ M. de Saulcy, par exemple, ont cru pouvoir faire suivre à cette troisième enceinte, le mur actuel de Jérusalem, aunord.Josèphe donne 33 stades (6, 100 mètres emiron au circuit totalde Jérusalem ; la ville actuelle, en y joignant Sion et Ophel, n'ayant que 4,500 mètres environ de tour, il faut admettre de toute nécessité que Tancienne ville «'étendait beaucoup plus loin, sur le plateau.septentrional. D'après cela, voici comment on peut se figurer le tracé de la troisième enceinte. Elle partait de la tour Hippicus, près de la porte de JafiPa, se dirigeait au nord jusqu'à la tour Psephi-' nus, située dans le voisinage de l'établissement russe et décrivant une ligne légèrement recourbée, s'étendait en face et à une certaine distance de l'hypogée connu sous le nom de Tombeau des Rx)is, jusqu'à une tour d'angle, située sur l'escarpement du Cédron où Schultz a cru reconnaître dans une caverne l'emplacement du monument du Foulon. Les cavernes royales seraient les carrières que l'on trouve encore engrand nombre sur les flancs de la vallée. Le mur revenait ensuite au midi et se reliait à l'ancienne enceinte, près du Birket Israïl. Làj il n'y avait que deux enceintes. Une fois l'enceinte extérieure franchie, l'armée assiégeante arrivait immédiatement sous les murs d'Antonia. — Agrippa avait voulu rendre Bézétha imprenable, -en l'entourant d'un mur puissant, dont les blocs avaient 20 coudées de long sur 10 de large. Mais, craignant de mécontenter Claude, il fit cesser le travail lorsque les fondements du mur eurent été jetés. Ce fait pourrait expliquer comment la partie souterraine de ce mur, dans le voisinage du Haram, présente un bel appareil, tandis que la partie supérieure est de construction médiocre. La muraille fut continuée et achevée par les Juifs, mais sur une moindre échelle, et il ne faut pas s'étonner que ce mur^ hâtivement construit, n'ait laissé aucune trace. — D'après Josèphe, la troisième enceinte aurait été munie de 90 tours. Bien que ce chiffre nous paraisse exagéré, nous n'oserions affirmer avec M. de Saulcy qu'il est absurde, eu égard à la construction en zigzag mentionnée par Tacite : Muriper ariem obliqui aut introrsus sinuati. — C. Tours^ porfw. Nous sommes réduits à des conjectures sur la situation des tours et des portes mentionnées dans la Bible. Les (ours de Hananéel et de Méah étaient certainement au nord du temple» daits le voisinage d'Antonia et de la porte des Brebis. Celle-ci. que l'on place à tort à la porte actuelle de Saint-Etienne, était aussi de ee côté du temple, peut*»être à la porte Dorée. Il y avait aussi.de ce côté, la porte de la prison. La porte d'Ephcaïm doit être la porte de Damas. La porte de la Vallée correspondait à la fontaine du Serpent (Gihon) et se trouvait du côté de la porte actuelle de Jaffa. La porte des Ordures rappelle le Bethso de Josèphe, et doit être cherchée sur le versant occidental de Sion. La porte des Chevaux, de l'histoire d'Athalie, était au sud du temple, du côté d'un ancien palais royal, là où l'on voit encore aujourd'hui les Ecuries de Salomon. — D. Population de Vaitcienne Jérusalem. En temps ordinaire, le chiffre de la population de Jérusalem, sous la domination romaine, paraît

avoir été de 80 à lOO^OOO âmes. Mais, à Tépoque des fêtes, une immense popjùlation affluait vers la ville et s*y condensait avec l'aptitude particulière aux Orientaux à s* entasser sur un étroit espace. Cette affluence dut être exceptionnellement grande au moment où, les armées romaines ayant pris toutes les villes fortes de la Palestine, les habitants cherchèrent de tous côtés un refuge derrière les remparts de U ville qu'ils regardaient comme imprenable. Mannœus, un des hommes chargés d'acquitter le prix de Tenlèvement des corps que Ton portait hors de la ville, affirma que par une seule porte on avait fait passer 115,180 cadavres. D'autres notables transfuges évaluaient à 600,000 le nombre des corps jetés hors de la ville. Si Ton tient compte des fugitifs, des transfuges, des prisonniers, de ceux dont les cadavres restèrent entassés dans les maisons et dans les souterrains, on ne sera pas éloigné de croire que la population de Jérusalem au moment du siège a pu dépasser 1,000,000 d'âmes. Josèphe estime qu'il périt 1,100,000 personnes par la maladie, la famine ou l'épée.

Bibliographie : Williams, ^o/yCtVy, Londres, 1849 ; Thrupps Ancient Jerusalemy Cambridge, 1855 ; Fergusson, Essay on the AncieniTopography'of Jérusalem, Londres», 1847 ; Besant et Palmer, Jérusalem, the City of Bei\>d and Saladin, Londres, 1871 ; Titus Tobler, Topographie von Jérusalem, 2 vol., Berlin, 1854; Wilsonet Warren, Recovery of Jérusalem, Londres, 1868 ; "Warren, Underground Jérusalem, Londres, 1876; de Saulcy, 1m deimiers Jours de Jérusalem, Paris, 1866 ; A. Goquerel, Topographie de Jérusalem, thèse, Strasbourg, 1843 ; Isambert, Guide en Orient, Paris, ouvrage continué par M. Ad. Chauvet, pasteur.

Ad. Chauvet.

JÉRUSALEM (Jean-Prédéric-Guillaume) [1709-1789], apologiste chrétien-du dix-huitième siècle, naquit à Osnabrûck où son père était pasteur, visita la Hollande et l'Angleterre, et fut appelé en 1742 à Wolfenbûttel comme prédicateur de la cour du ducjGharles de Brunswick et précepteur de son ftls. Il fut comblé d'honneurs «t de charges . et rendit d'éminents sep\1ces à la cause de l'instruction et de l'assistance publiques. C'est d'après son conseil que l'on fonda à Brunswick le Collegium Carcdinum, qui devint comme le foyer des utiles réformes scolaires qui marquèrent la fin du dernier siècle. De poignantes épreuves domestiques attristèrent la fin de la vie de Jérusalem, mais n'ébranlèrent point sa foi simple, sereine et soumise. Outre ses Sermons, Brunsw., 1745-1752; 1756-1757; 1788-1789, 2 voL in-8o, traduits en hollandais et en suédois (six d'entre eux ont été publiés dans une traduction française, Leipz., 1748), et des Lettres sur les écrits de M(^e, Brunsw., 1762, 1773 et 1783, nous avons de Jérusalem des Considérations sur les vérités fondamentales de la religion, Brunsw., 4768-1779, 5 vol., et 1785, 2 vol.; trad. en français, Yverdun, 1770; en danois, Copenh., 1776 et 1780; en hollandais, Amsterd., 1780-8i, 2 vol. ; en suédois, Upsal, 1783-86, 3 vol. L'auteur rédigea cette apologie de la religion chrétienne au milieu du bruit de la guerre de Sept ans, sur l'invitation du prince royal de Brunswick, en vue du public laïque ému par les attaques dés esprits forts, surtout de Bolingbrocke

94 JÉRUSALEM — «Haïtes

eide VolUûrai contre le chrisUemsme. L*aaileur s'ap^lM|tte Mouiller la religion de toul caractère dogmatique pour ht rendre accessible aux esprits cultivés de son temps. Il ne retient que les doctrines lela-tifes à la Providence dtvme^. à la moralité humaine, à la ckarilé. B admet Forigine et la dignité siumaturelles du Snuvnnr, mais sans regarder comme essentiels les dogmes chrîstologiqttes de TEg^Use. Jérusalem écarte la terminologie subtile, artificielle et le plus souvent étrangère à la Bible dont les théolo^ns ont cru devoir revêtir deshypothèses spéculatives qui n'intéressentpointle fidèle et qull ne peut comprendre. La religion doit être une source de directions et de oon-solations pour tous les hommes, même pour les moins doués et les moins instruits. — Voyez VAuiobiogr^tphié de Jérusalem, publiée dansses Nachgelassûne SchrifUn, BhuisWm i793. F. LiciiT£NBER6Ba. JESRBEL ou JesraêU Yoyez KsérèUn.

jtSUATES ou clercs apostoliques de saint Jérôme, ordre religieux fondé vers Fan 4365 par Jean Golombin de Sienne, avec le concoursde François de Mino Yincenti. Urbain Y Tapprouva en 1367. Les jésuates reçurent d'abord une règle qui leur avait été faite par Jean de Tossignan;.mais, plus tard, ils adoptèrent celle de saint Augustin, et Paul V les mit au nombre des ordres mendiants. Ils pratiquèrent d'abord la pauvreté la plus austère et une vie très mortifiée. On leur donna le nom de jésuates, parceque leurs premiers fondateurs avaient toujours le nom de Jésus à la bouche; ils y ajoutèrent celui de saint Jérôme, parce qu'ils {Mirent ce saint pour leur protecteur. Dans la plupart de leurs mabons, ils s'occupaient de la pharmacie; d*autres> faisaient le métier de distillateurs et vendaient de Teau-de-vie ; ce qui les fit nommer en quelques endroits les pères de Veaû^e-vie. En 1668, la République de Venise obtint de Clément IX la suppression de cet ordre qui s'était beaucoup relâché; on employa ses biens aux frais, de la guerre de Candie, alors assiégée par les Turcs. Il existe encore en Italie quelques religieuses du môme ordre. — Voyei Hélyot, fiûi. . des ordres monast.^ III, 407; Bergier, Dictiom. de Mot., III, 480.

jtSUITifi» société de Jésus ou, comme ils s*appellent eux-mêmesdans les statuts soumis lors de leur fondation au pape Paul III (47 sep» tembre 4540), compagnie de Jésus, le plus influent parmi les ordres^ monastiques et qui a joué dans la période moderne le même rôleque les ordres mendiants au moyen âge.— Les traitsdistinctifs dé la société dans la pensée de ses créateurs furent une soumission absolue et toute sp^ak au saint-^siège, quatrième vœu ajouté à ceux habitu^s^ de chasteté» de pauvreté et d'obéissance et la haine implacable de l'hérésie. V Imago fHmi siKuli^ publiée à l'occasion du premier jubile de la compagnie (Anvers, 1640, TI, 843} , s'exprime sur ce dernier point avec une singulière netteté : « On ne saurait nier qu'une guerre violente et continue ait été entreprise par nous en faveur de la religion catholique contre r hérésie. La parole de Jérôme : Je ne saurais concéder que je doive ne pas me montrer catholiqne pour ménager les hérétiques, et si ce doit être la cause de noire dissentiment, ja préfère la mort an silence ; cette parole, je la fus mienne et chaque membre de la compagnie se l'approprie également. L'hérésie attendra.

en Tain que la oomiiagnie U tolère, tfitrct même tactteinenl. Aussi longtemps qo^MI boos restent m souile de vie, nous aboierons |»oor *k ééfenae en troupeao calk^ique contre tes lonps. On ne pent espérer arec nous aoenne paix, puisque les semences de la haine sont innées dans nos camrs. Ignace est pour noos œ qu'était Âmilcar pour Attttibal et à son instigation nous avons juré sm* les autels une guerre étemelle contre lliéréste. » Loin d'avmr dépouillé Tesprit de Panden officier de Gharles-Quint, Ignace ne fit que transformer ses occupations matérieltes en une mîssîon spirituelle d'un caractère éminemment polémique. Les hisstoriens officiels de la compagnie se sont plu à mettre en lumière son caractère belliqueux et à rappeler « la légion de Dieu, U milice enrMée sous la banmère de la croix n (Orlandini, Hist. Soc. lés,, II, § 62; Sacchini, Hia. Soc. Jéi., H, § i). Suarez compare les maisons de ses confrères à des camps, parce que comme les soldats ils n'ont point de pairie, mais doivent toujours être à la disposition de leur général, qui les envoie oh bon lui semble, auprès comme au linn {De Relig,^ lY). Les principes et les vues qui devaient animer la compagnie dans tout le cours de son histoii^ ont été résumés par Ignace lui-même dans deux ouvrages : les Exercices spiriiiHls et les ConstiMions. Les premiers, tout au moins dans leurs linéaments essentiels, virent le jour avant la fondation de Tordre, alors qu'Ignace se livrait encore aux macérations et aux extases daiis la grotte de Manresa. Le modèle lui en aurait été fourni par un abbé des bénédictins, versé dans la mystique et l'ascétique, Garcia Gisnero, qui en 1300 rédigea YExereitcuorium Spiriîuale pour l'usage de ses moines et des nombreux pèlerins qui visitaient Manresa. La première congrégation tenue par la compagnie ajouta aux Exercices spirititels dlgnace un Dirteiarium qui en réglatt Fusage et demeure encore aujourd'hui en pratique sous la forme adoptée par la cinquième congrégation {1593^94). Au dire des révérends Pères, Loyola se serait borné à tenir la plume et à transcrire sous ^l'inspiration divine les révélations de Marie. Destinés en première ligne aux membres et aux adeptes de Tordre, les exercices se proposent pour .but d'opérer leur rupture irrévocable avec le péché et leur entrée dans une vie nouvelle, de leur permettre la reproduction sur eux-mêmes dés expériences intimes de leur chef, en se pénétrant de son esprit. Au reste les laïques et les ecclésiastiques étrangers à la compagnie ne peuvent que gagner pour leur perfectionnement moral à un commerce assidu . avec les exercices. Loyola, en les rédigeant, entreprit par un calcul d'une force et d'unie profondeur extraordinaires de réduire en un corps d'indications systématiques, en un formulaire de fextase. les observations qu'il avait pu faire sur lui-même jusque dans le feu des visions et Tenthousiasme des choses divines. Les actes qui chez lui avaient été spontanés, slmposèrent à ses disciples comme autant d'opérations mécaniques obligatoires. Avec cette méthode il lui suffit de trente jours pour briser les intell^ences les plus audacieuses et les volontés les pins rebelles, pour ramener tous les caractères à l'unisson. Bode qui après avoir traversé les exercices, nous en a donné une description psychologique minutieuse(£xpên>neefducMfre, Leipzig, 4847)

déclare qu'aucun moyen n'est plus propre à engendrer un enthousiasme fébrile ou à plonger dans une sombre extase. La durée peut en être réduite à huit jours pour les* personnes qui, tout en restant dans le monde désirent témoigner, de leur bon vouloir pour la compagnie et prendre un avantrgoût de sainteté. Le pénitent, pour retirer de son pieux projet tout le fruit désirable, devra se séparer de ses amis et de sa famille pour se confiner dans une solitude tellulaire où il ne verra d'autre visage humain que celui de son instructeur. Toutes ses forces intellectuelles se concentreront sur les exercices. La méditation et la prière alterneront avec les macérations, les. examens de conscience succéderont aux dialogues avec les saints ou avec les personnes delà Trinité. Son instructeur, dont il suivra les ordres avec une docilité absolue, ne le visitera qu'une fois par jour pour l'interroger et lui donner ses directions, tantôt pour le presser et Texçiter jusqu*à ce que son âme soit brisée dans le moule et étouffe dans l'agonie, tantôt pour le retenir comme s*il possédait encore la liberté de choix et pouvait encore agir ; il lui laissera reprendre haleine et profitera de sa dernière lueur de volonté, pour que le pénitent l'aliène lui-même et se précipite dans réternelle servitude. Des quatre semaines exigées pour Taccomplissement des exercices, la première est remplie par des méditations sur le p^ché, tandis que dans les trois autres sont successivement passées en jevue la naissance et la vie du Sauveur, sa passion, sa glorification. Dans le langage de l'ordre ces divers stades reçurent les noms de viapurgaliva, illuminaliva, univiva. Ils débutent en effet par une confession générale du pénitent et ne l'amènent à revêtir, soidisant par son libre choix, l'ignominie et la pauvreté du Christ, que pour aboutir au but véritable et essentiel, l'absolue soumission à l'Eglise. Les minutieux préceptes d*une dévotion toute matérialiste, le panégyrique des saints, la célébration des jubilés, des pèlerinages, des indulgences, des. reliques, servent de commentaire à une éloquente prière par laquelle Ignace n'implore de Dieu autre chose que son amour et sa gr^CG{Regul3eadsenliendumcum Ecclesia ; cf. Exercices, II, 415)-. Loin qu'aucun détail soit laissé dans les exercices à Tinspiration individuelle, tous sont au contraire prévus d'avance et fixés par une réglementation assidue jusqu'à la puérilité. Ainsi on rencontre à chaque page des recommandations telles que celles-ci : l"" tracer sur un papier des lignes de différente grandeur qui correspondent à la grandeur de la pensée ; 2^ s'enfermer dans une chambre dont les fenêtres soient à demi closes ; 3° s'échapper en exclamations; 4^ dans la contemplation de l'enfer, laquelle comprend deux préludes, cinq points et un colloque, se figurer que l'on entend des plaintes et des vociférations, imaginer aussi de la fumée, du soufre, des vers rongeurs. Les soupirs eux-mêmes sont notés d'avance, les aspirations et les respirations marquées, les. intervalles de silence écrits comme sur un livre de musique. « Troisième manière de prier en mesurant d'une certaine façon les paroles et les temps de silence » et plus loin : « Que Ton observe bien les intervalles égaux entre les aspirations, les suffocations et les paroles. » L'homme, qu'il soit inspiré ou non, se transforme avec cette méthode en une machine prête à prier, à gémir,

à s*exclamer, à suffoquer à Tinstant précis et dans Tordre démontré le plus profitable par Texpérience. Les exercices se distinguent en outre par un matérialisme poussé jusqu*avix dernières limites. Le seul moyen pour s'élever aux dogmes et .aux mystères est de se représenter un objet du monde sensible : il convient de voir telle localité, d'entendre la voix de telle personne, de sentir et de goûter la douceur de son amour, de toucher ses mains et ^es vêtements; il ne faut pas même craindre de pousser par toute sorte d'excitants extéHeurs la méditation jusqu'à l'hallucination. Ainsi dans la première semaine pendant laquelle le pénitent doit se conxaincre de sa misère morale, il se représentera l'enfer et usera de ses cinq sens pour en éprouver lui-même et matériellement toutes les tortures, pour en voir la désolation qu'éclairent de sinistres lueurs, entendre les hurlements et les blasphèmes qui surgissent du fond de ses abîmes, sentir ses vapeurs de soufre et son odeur de pourriture, goûter dans toute leur amertume les larmes que versent les damnés et les reniords qui les rongent, brûler enfin dans ses propres membres du feu qui les consume. A-t-il au contraire à se décider entre le salut et la j>erdition, il consulte l'allégorie des étendards (Hebd. Il, MedU. de auobus vexillis) : d'un côté Christ dont les traits resplendissent d'une suave beauté et autour duquel se groupent les élus; il siège dans un riant jardin aux environs de Jérusalem d'où il envoie ses apôtres à la conquête de l'univers, après les avoir exhortés à braver des persécutions temporaires par la perspective de célestes récompenses. De L'autre côté Satan, prince des impies et monarque de Babylone, à la voix rude, au visage d'une repoussante laideur, qui lance dans le monde ses légions démoniaques et leur ordonne de séduire les hommes par l'appât des plaisirs charnels pour s'emparer ensuite d'eux et les précipiter dans l'enfer. Les circonstances extérieures, dans lesquelles se trouve le pénitent, doivent également concorder avec ses dispositions spirituelles : ainsi au début il ne reculera devant aucune jnnacération et demeurera plongé, tantôt dans l'obscurité, tantôt dans la contemplation d'une tête de mort; dans le dernier stade au contraire, tout entier consacré à la glorification du Sauveur, il ne se refusera aucun confort et s'entourera des objets les plus capables de provoquer dans son esprit d'enivrantes visions. Quelques préceptes annoncent déjà la casuistique flagellée dans les Provin^ ciales, Loyola, si austère pour lui-même dans son ascétisme, ne craint pas de conseiller à ses disciples de frauder avec la sainteté et de contrefaire sur leurs corps les macérations et les stigmates des anachorètes et des Pères du désert. « Servons-nous dans la flagellation principalement de petites ficelles qui blessent la peau en effleurant l'extérieur, sans atteindre l'intérieur pour ne pas nuire à la santé. >» — L'organisation proprement dite de la compagnie est fixée dans les Constitutions, dont Ignace traça les grandes lignes et qui furent revêtues par Lainez de leur forme définitive {Corpus Institu-torum Soc. Jes., Anvers, 1702, 2 vol. in-4" ; Prague, 1752, 2 vol. in-f»). Les membres de l'ordre se répartissent entre quatre classes.: novices,

iW JÉSUITES

scolastiqfFos, cOadjnteurs et proies. Les premiers ne sont admis qu'après an examen mnmiiieus de leur caractère et de leur situatioa sociale. Ignace s'efforça, ^ès le début dé son entreprise, d'en recruter les adeptes parmi les jeunes gens riches ou supérienrèment doués ; une importance etcessive fût attadiée par lui à Fextérieur tA toutes les défectuosités physiques sévèrement proscrites. Les individus qui se seraient rendus coufÂbles d*un péché mortel peuvent, en raison de leurs aptitudes spéciales, être absous par le général ; mais en véritable hidalgo, Loy(^ repousse sans merci les descendants des juifs et des musulmans (C(mst., I, 3; Inst.y I, 342, 3i3, 359, 362). En outre, une pratique assidue des Exercices spiiniuels est imposée au novice ainsi qu'un séjour de deux années dans une des maisons de Tordre destinées à cet office. Le ternie d'admission, quoique légalement fixé à quatorze ans, peut être abaissé lorsque l'intérêt de la compagnie l'exige, en sorte qu'en réafité aucun obstacle ne s'oppose à la captation des jeunes gens appartenant à des farniHes nobles ou opulentes. Tout contact avec le monde extérieur est sévèrement interdît au novice, les lettres qu'il reçoit ou qu'il envoie passent nécessairement par l'intermédiaire du sup^îeur et il ne peut parier de ses proches qu'au prétérit, comme de personnes qu'il aurait possédées et connues. Ses occupations se succèdent avec une régularité mécanique suivant un pn^ramme qui embrasse jusqu'aux heures et aux minutes. Les visites à l'église, les prières, les méditations, les examens de conscience, les lectures pieuses et principalement celles- qui se rapportent à des apparitions miraculeuses ou à des tentations démoniaques alternent depuis quatre heures du matin jusqu'à neuf heures du soir avec des int^vailes réservés pour le délassement Deux fois par semaine; le mercredi et le vendredi, sur un signe du supérieur, chaque novice se donne la discipline, mais en ayant soin de ménager sa chair et seulement pendant Tespace d'un Àvt Mmria. Pendant les heures de récréation et de promenade chacun aussi est accouplé à un camarade toujours désigné par le supérieur avec lequel il ne peut s'entretenir que de choses édifiantes. Les Consîilutimis prescrivent en outre aux novices une série d'épreuves dont chacune se prolonge pendant l'espace d'un mois, telles qu'enseignement dans les écoles, soin des malades dans les hôpitaux, tournées de collectes et pèlerî* nages accompagnés de mendicité, s^rice domestique y compris les occupations les plus répugnantes et les plus viles. Le novice, avant que les deux années de son stage soient accomplies, est tenu en cous* cience de se lier envers la société et de lui promettre laprestatioB des trois vœux. L'administration de ses biens, dès son entrée dans la maison de l'ordre, est remise au Provincial, quoiqu'il lui en soit laissé la propriété virtuelle, mais leur donation pure et simple lui est recommandée comme une œuvre de désintéressement, digne d*unpar> feit. Suarez insiste pour que cet abandon ait lieu dès le début du noviciat, Molina pour que tout testament en &veur de la famille soit rétracté après la première année d'épreuve. Ce premier stade ac« eompli, le futur jésuite, lorsqu'il n'est destiné qu'aux degrés infé-

rieurs, derient coadjutor fbrmafus'ei vaque à des occupations maté* rielles en qualité soit de domestique, de cuisinier ou de manœuvre, soit d*admmÎ6trateur des biens et des maisons de Tordre. S'il a manifesté au contraire de Imitantes aptitudes pendant son noviciat, il entre en qualité deschotasHcas noster dans un collège de la compagnie pour s'y consacrer pendant deux années à Fétudede Ja rhétorique et de la littérature, et pendant trois autres à celles de la philosophie, delà physique et des mathématiques; ce n'est qu'après avoir enseigné pendant six années ces diverses braiiches, en commençant par les éléments de la grammaire, que le seolasticus pent aborder la théologie et s'y vouer pendant six nouvelles années, d'ordinaire depuis Tâge de vingt-huit jusqu'à celui de trente-quatre ans, s'il faut croire les indications du P. de Ravignan. Ce plan d'études qui sur le papier en impose par sa solidité et son complet, est en réalité des plus superficiels soit à cause de la routine et des défectuosités de la méthode, soit parce que le cours en est à toute heure interrompu par des exer^ cices d'une dévotion puérile. La marche de l'enseignement est réglée Jusque;dans ses moindres détails par la Eûtio studiorum : la plus ancienne édition remonte à 1586; de 1S99 à 1832 fut en usage celle adoptée par la cinquième congrégation ; aujourd'hui fonctionne celle que révisa le P. Roothaan sans y introduire aucun esprit scientifique : Baîio atque institutio stucRorum Soc. Jes. — Le cycle de ses travaux littéraires entièrement accompli, le scolastique subit encore une année d'examen où il, passe de nouveau par les Exercices Spirituels et les autres épreuves du noviciat et doit tout spécialement concentrer ses pensées sur Vlnstltutum Soc. Jes. Quoique depuis son entrée en théologie il ait recule titre de scholasticus fortnattis iF dépend encore complètement, avant jd' avoir obtenu la prfttrise, du général qui peut, suivant son bon plaisir, Farrêter à ce stade de son développement, le replonger jusque dans les degrés les plus inférieurs ou môme le congédier du sein de la compagnie (Bulle de Paul III, 5 juin 1546). Les vœux qu'il prête varient avec la position qull occupera dans l'ordre : scolaslicus approbcUus^ il n'est lié que par les trois vœux monastiques habituels et encore soti deo et non homini ; coadjutor spiritualis^ il s'engage en outre à se consacrer de toute son âme à Fenseignement de la jeunesse. Les profès des trois et des quatre vœux tiennent un rang supérieur dans la hiérarchie. Le véritable caractère des premiers a par son vague même donné lieu à de nombreuses contestations, mais Topinion publique a persisté à bon droit à voir en eux les jésuites de robe courte, les affiliés laïques de la compagnie malgré les dénégations de cette dernière etFarticle deBayle {Dictionnaire historique 9t critique, art. Loyola), Aujourd'hui il est historiquement prouvé que Tordre compta dès Forigîne des membres qui restèrent extérieurement dans la société laïque, Prancesco de Borgîa, par exemple, lorsqu'il était encore vice-roi de Catalogne on Robert Nobilius, qui devint dans la suite cardinal [Hist. Soc. Jes,, II, 3). Plus tard et à plusieurs reprises la compagnie elle-même s'est vantée de recruter ses adeptes jusque dans les plus hauts dignitaires civils et même les souverains.

On cité dans le nombre les deux empereurs d'Allemagne Ferdinand II et Ferdinand III, le roi Sigismond de Pologne; les soupçons se sont étendus avec une plus ou moins grande vraiseniblance^ jusqu'au roi de Portugal Jean III, à rélecteur Maximilien de Bavière, voire môme à Louis XIV. Les constitutions énumèrent les différents moyens d'attirer des membres aussi précieux, qui servent à Tinsu de tous les iniérèts de la compagnie et asseyent sur des bases solides sa domination sur la société civile. Leg vœux de profession, au lieu d'être déposés solennellement à Rome entre les mains du général, peuvent s'accomplir dans toutes les maisons de l'ordre et même dans des maisons étrangères auprès d'un non-jésuite. On dispense ces affiliés spéciaux et de l'ordination à la prêtrise et du vêtement clérical afia qu'aucun signe extérieur ne trahisse leurs rapports avec la société.Leur noviciat est considérablement abrégé, les « Exercices *spirituels » concentrés dans l'espace d'une seule semaine. Des trois vœux monastiques, celui de pauvreté est subordonné aux circonstances, celui de chasteté entendu dans le sens de la pureté dans le mariage, celui seul d'obéissance subsiste dans toute son étendue et toute sa rigueur. Il est enfin loisible au général de séculariser un jésuite déjà consacré à {a prêtrise pour le laps de temps exigé par les intérêts de l'ordre. Les profès des quatre vœux contituent le cercle le plus intime de la société, son noyau le plus substantiel; ils sont les parfaits et véritables jésuites, ne peuvent être congédiés de la compagnie sou3 aucun prétexte et s'appelle)it nostrt par opposition aux profès des trois vœux encore désignés sous le. nom û'externi. Leur nombl*e est très peu élevé relativement à celui des autres membres de l'ordre. A la mort d'Ignace, ils atteignaient 35; aujourd'hui, il convient d'admettre une proportion de deux sur cent. Les profès des quatre vœux doivent avoir dépassé l'âge de quarante-cinq ans, se distinguer par leurs connaissances et leurs vertus, et avoir victorieusement subi une nouvelle et suprême période d'épreuves qui ne dure pas moins de deux ans. Leur quatrième vœu les engage à une obéissance spéciale envers le pape qui a le droit de les envoyer à loute heure en mission contre les incrédules et les infidèles. Ils habitent dans des maisons particulières dites « maisons professes » où ils sont astreints à la plus rigide pauvreté, dépouillés de toute possession individuelle, inhabiles à tout héritage, inaptes pour toute prébende, eux et leurs communautés. Outre la mission intérieure et extérieure, la sphère d'action des profès comprend l'éducation de la jeunesse, la gestion des intérêts matériels de la compagnie, la direction de conscience auprès des pi:inces et des grands seigneurs. Eux seuls, lors de l'élection du général, possèdent le droit de vote, et c'est dans leur milieu que se recrutent tous les hauts dignitaires de l'ordre. Au sommet de tout l'édifice trône le général, qui occupe dans la société le même rang que le pape dans l'Eglise : cqlui de vicaire et de parfait représentant de la divinité. Pour chaque province, il est suppléé dans ses fonctions par un provincial, prxposUtisprovincialis^ qui emploie à son tour pour les résidences et les maisons professes des prxpositi ou supérieurs.

pour les collèges des recteurs, pour les établissements de novices des Magistrinohitiorum, Chaque provincial est en outre pourvu d'un arfmoniteur ou soeius qui le surveille, s'empare de ses papiers en cas de mgrt subite et rend compte au général de ses actes les plus insignifiants comme de ses plus secrètes pensées, ainsi que de consulteurs chargés de le rappeler en toute occasion au sentiment de ses devoirs. La plupart de ces dignitaires sontsoumisàla réélection tous les trois ans ; les supérieurs, d'après une sentence de Loyola, confirmée par Grégoire XIY, dépendent uniquement du bon plaisir du saint-père. Les assistants remplissent auprès du général un rôle identique à celui des consulteurs. Il est désigné en outre pour la direction d'institutions particulières ou la gestion d'affaires matérielles importantes, un certain nombre de préfets : prxfectus studiorum genei-alium^ prxf, bibliothecXj ecclesise^ concionum^lecto^um admensam,refectorii. Les affaires matérielles, telles que finances, règlement de comptes , procès et contestations juridiques, incombent aux procurateurs, dont le plus influent, celui du général, ne peut, de par la constitution, appartenir à la classe des profès. Enfin les censeurs examinent, dans chaque province, les livres composés par les membres de l'ordre et en réfèrent au général qui, après avoir pris à son tour l'avis des réviseurs,. indique les changements qu'il convient d'y introduire et leur en 'confie l'exécution. Le général est investi d'une autorité absolue et concentre, grâce aux rapports que lui envoient les provinciaux et aux visites auxquelles il est procédé dans les maisons professes, toute force entre ses mains. Il décrète souverainement en matière d'admission et d'expulsion, pouj*voit à tous les postes vacants, installe, congédie et déplace ses subordonnés selon son bon plaisir, agrandit ou diminue le cercle de leurs pouvoirs, réintègre dans le sein de la compagnie ceux qui en avaient été bannis, après leur avoir imposé les pénitencesjugées nécessaires. Au premier abord, les constitutions semblent restreindre sa toute-puissance, mais il en fixe le sens, les interprète dans les cas douteux, en proclame pour tous ses fils les chapitres les plus essentiels, émet enfin sur Jéur exécution des ordres catégoriques. Libre de fonder de nouvelles universités et de nouveaux collèges, il n'a cependant le droit de supprimer aucun des anciens. La fortune de la compagnie et sa gestion sont remises entièrement entre ses mains, mais, à l'exception d'une, modeste .et unique aumône à ses parents, il ne peut ni en donner ni en aliéner aucune parcelle, à moins que l'intérêt commun ne l'y force impérieusement. Tous ses subordonnés, à un degré quelconque, sont soumis à sa juridiction : il convoque les congrégations générales, les préside et y jouit d'un doubla vote. Enfin il a, jusque sur son lit de mort, la faculté de désigner le vicaire qui tiçndra le gouvernail jusqu'à l'élection de son successeur. Les constitutions prévoient six cas dans lesquels la compagnie est tenue de procéder à la déposition du général : i^ hérésie; â** péché mortel, celui surtout de désobéissance ; 3^ blessure mortelle faite sciemment à un adversaire ; i"" emploi ûes revenus des collèges pour la satisfaction de désirs personnels; 5"* abandon desdits re-

Tenus au préjudice de la compagnie: 6* aliénation des biens immeubles appartenant à des collèges ou à d*autres maisons de Tordre. Le général n'a pas le droit de déposer pour toujours un de ses assistante; bien qu*il puisse lui infliger une suspension temporaire. La coupe de son vêtement et le service de sa table^ ses dé-^ penseSf la somme quotidienne de son travail et de ses pratiques pieuses, bref tout son genre de vie, lui sont prescrits par un confesseur désigné par la compagnie, qui lui sert en même temps d^admoniteur et peut, en cas de besoin urgent, se faire assister par un coadjuteur ou un ac^oint. Sa résidence ordinaire lui est assignée à Rome, si bien qu'il ne peut s'en absenter une seule nuit sans être accompagné par un assistauL II lui est tout aussi peu licite de déposer ses fonctions de son plein gré ou de revêtir, sans Tassentiment de la compagnie, une nouvelle charge, soit temporelle soit spirituelle. Pour d'autres décisions encore, telles que la démission d'un proies des quatre vceux, il est tenu de consulter les assistants, les provinciaux, et d'autres membres de l'ordre. La puissance du général des jésuites est encore restreinte par les congrégations générades dont font partie de droit tous les profès et auxquelles peuvent être conviés les recteurs et les coadjuteurs spirituels. En vertu d'ordonnances rendues par la quatrième de ces congrégations, elles se réunissent non seulement pour l'élection et la déposition du général, mais encore toutes les fois que la nécessité en est reconnue par la majorité des assistants et des provinciaux, ou qu'elle est réclamée par l'assemblée des délégués des provinces qui siège tous les trois ans à Rome, sous la présidence du général. Leur convocation est aussi désagréable aux chefs de l'ordre qu'aux papes celle des conciles : aussi cherchent-ils d'ordinaire à l'éluder par tous les moyens. Lorsqu'il is'agit de procéder à une élection, la congrégation se transforme en un conclave strictement fermé et dont les membres sont astreints pendant toute sa durée à un régime aussi sévère que les cardinaux pendant le choix du successeur de saint Pierre. Aussitôt que le nouveau titulaire a été désigné à la majorité des voix, tous ses collègues se lèvent de leurs sièges et lui témoignent leur vénération en se prosternant à ses genoux et en lui baisant les mains. Il lui est interdit, sous prétexte d'humilité, de se soustraire à cette cérémonie, puisqu'elle ne s'adresse pas à la personne, mais aux fonctions. Le général comparait également devant la congrégation lorsqu'il se présente pour sa déposition un des six cas énumérés plus haut. S'il est trouvé coupable, il renonce à sa charge et on fait connaître au monde son abdication, mais en en celant avec soin les motifs ; si, au contraire, les griefs sont jugés insuffisants, on s'arrange pour que la congrégation s'occupe d'autres objets et que ces derniers seuls soient portés à l'ordre du jour. Dans la compétence de cette assemblée rentrent paiement toutes les adjonctions et modifications qu'il convient d'apporter aux constitutions de l'ordre, le général ne pouvant prendre dans ce domaine que des dispositions provisoires. Il lui incombe en outre le choix des assistants, dont chacun représente un certain nombre de

provinces, une atsi<l6iilte.Gea conseillers suprêmes demeurent enfcmclions pendant toute la vie â*un général, en contrôlent tous les actes et exercent vis-à-vis de lui un espionnage incessant, sous prétexte de Taider de leurs lumières. Il peut même arriver que, dans le cas de nécessité urgente^ la cpngrégation cbdsisse parmi eoz le vicaire qui remplacera le général dans toutes ses fonctions et jouira à sa place de rautorité effective, en ne lui laissant que le titre nominal. En dépit de tomtes les restrictions et de toutes les barrières, lespouvoirs du général, depuis la fondation de Tordre, s*accrurent toujours davantage jusqu'en 1584, où, avec Acquaviva, ils dégénérèrent en un intolérable despotisme. Les jésuites espagnols se plaignirent à cette époque, dans un réquisitoire adressé à Clément VII, de ce que le gènénd, en sa qualité de seigneur des seigneurs, ne tti lié par aucune loi, se crût incapable de toute erreur et en profitât pour élever ou abaisser, écraser ou vivifier toute cbose selon son bon plaisir. Des reproches plus amers encore furent formulés avec une impitoyable franchise par Mariana dans son Ufùcoim mrlu çrands éèfmus qui mal en ta forme du gounememetU eu Jésuites (1594). Entre toutes les vertus recommandées à la compagnie, Tobéissance occupe le rang supKIme et unit tous ses membres par un indissoluble lien« Jamais-, dans aucun ordre monastique antérieur, elle n'avait été poussée à d'aussi extrêmes limites et ne s'était étendue des actes extérieurs au prin : cipe même de la volonté et aux pensées les plus intimes, nulle part le novice n'avait été tenu d'interrompre le trait de plume commencé sur un simple signe de son supérieur. Toute opinion, à supposer qu'elle déplaise à ce dernier, doit être immédiatement rétractée, jaillltrelle d'une conviction ardente ou fût-elle le résultat de longues et sérieuses recherches, tout ordre qui émane de lui exécuté sur4echamp avec une soumission aveugle» à moins qu'U ne puisse être établi avec une entière certitude que, son accomplissement ii^plique un péché mortel. Aux yeux du disciple, la Providence elle-même s'est incamée dans la personne de son chef, si bien -qu'il doit se comporter vis-à-vis de lui aussi passivement qu'un bâton ou un cadavre. Plus U abdique toute individualité, plus il se résigne aux actes qui répugnent le plus invinciblement à sa raison et à sa conscience, plus il croit se conformer aux décrets divyis. Une obéissance aussi' absolue ne s(^urait se concevoir sans la rupture complète de tous [les liens de famille, de patrie, de nationalité. La compagnie suffit pour absorber les affections de ses membres comme elle limite l'étendue de leurs horizons intellectuels; il sacrifient sur son autel tous leurs autres besoins de coeur et de pensée comme superflus ou même dangereux. Le général Bnozowski ne craignait pas d'écrire au gouvernement russe, en date du, Il septembre 1811 : ' « Bien que nous comptions quelques étrangers parmi les membres de l'ordre, ils ne possèdent et ne connaissent d'autres principes, d^autres intérêts que ceux de la compagnie dans laquelle ils sont pour toujours incorporés. » Parmi les principes constitutifs de la société, figure également celui-ci que les membres doivent être

exactement connus et comme percés à jour par leurs supérieurs. Les examens journaliers de conscience que prescrivent les règles, servent moins au perfectionnement moral de Tindividu qu'à la boitne marche de Tensemble. Tout est disposé pour qu'à chaque heure de la journée le général puisse se rendre un compte exact des faits et gestes de ses fils dans le monde entier, et m*ême de leurs plus intimes pensées. Le novice, immédiatement après son admission, est prévenu qu'il doit ouvrir son cœur au supérieur de la maison aussi bien qu'à son confesseur, sans lui celer aucune de ses tentations ni aucun de ses plus secrets désirs. Prévenu de l'inquisition constante dont il ^t l'objet, averti que ses moindres manquements sont de suite rapportés à ses supérieurs, il doit accepter leurs reproches avec une abnégation et une douceur inaltérables. Le compagnon qui lui est perpétuellement assigné et sans lequel il ne peut faire un pas à Ja promenade, fournit pour un espionnage quotidien une occasion toute trouvée. Le supérieur, au reste, se trouve dans la même dépendance vis-à-vis de ses coadjuteurs„le général, vis-à->îs de ses assistants. Le directeur de chaque maison est enfin tenu de rédiger un catalogue exact de tous les habitants, en les inscrivant d'après leur nom et leur âge, en les caractérisant selon leurs études, leurs occupations, leurs aptitudes matérielles et spirituelles. Ce catalogue, qui est transmis chaque année à Rome, par l'intermédiaire du provincial, est accompagné des litterx anniiœ^ un journal où sont minutieusement relatés tons les événements de quelque importance poar Tordre. Tout concorde donc pour dépouiller le jésuite de sa physionomie propre et lui substituer le type normal de la compagnie, la surveillance continuelle à laquelle il est soumis, comme les exercices spirituels auxquels il se livre, les adroites influences qui agissent sur lui à point nommé, comme l'obéissance- passive dont il a contracté l'habitude, non seulement pour ses actes extérieurs, mais pour sa vie intime. Il ne pense, ne croit, n'éprouve, ne désire que suivant une méthode identique pour lui comme pour tous ses compagnons ; immuable à travers les siècles, il n'est animé par d'autres passions que par celles qui sont réclamées par les intérêts de sa Compagnie ou tout au moins tolérées par ses supérieurs. Son apparence extérieure elle-même trahit l'empreinte de l'association à laquelle il s'est voué corps et âme. .Ainsi, il n'est pas lib^e de remuer la tête, mais est tenu de la porter droite avec une légère inclination en avant : ses yeux , ordinairement dirigés vers la terre, doivent se lever avec une calme dignité pendant la conversation, sans jamais dépasser toutefois le bas du visage de son interlocuteur^ son front n'être contracté par aucune ride» tout son visage ne manifester d'autre impression que celui d'une paix diviue. Bref, dans sa démarche, son geste, sa voix, toute sa tenue, le parfait jésuite révélera son austère décence', comme son indifférence vis-à-vis des choses étrangères à l'Ordre {regulx modtstix). Cette servitude n'est jamais cependant poussée jusqu'au point où les difi|érentes individualités se réduirfiient à l'inutile et monotone reproduction d'un seul et même type. La compa-

gnie, tout en courbant les intelligences et les volontés sous une règle inflexible, entend ne négliger aucun des avantages qui pourraient concourir à son but, ne briser aucun ressort, une fois qu'elle en a pénétré le secret. Au rebours d'Augustin, elle prend toujours pour devise la diversité dans l'unité, recherchant avec soin dans chacun de ses membres les aptitudes qui le rendront propre à tel ou tel rôle, réussissant, tout en lui laissant suivre en apparence ses propres voies, à remployer pour Tœuvre commune et à lui assigner dans l'organisme général sa place déterminée. De cette sûreté de coup d'œil chez les chefs découle chez les subordonnés cette richesse d'activités et de talents qui tournent au profit de l'Ordre et le distinguent heureusement de ses rivaux. Macaulay a dépeint avec son éclat et son abondance ordinaires, cette souplesse de la compagnie ainsi que l'absolu sacrifice des individus à la gloire de l'ensemble {ffist, d*Angletefre, YI). « Aucune association religieuse n'a produit dans des sphères aussi diverses un nombre aussi considérable d'hommes éminents, aucune n'a étendu ;le champ de son activité sur d'aussi vastes espaces, chez aucune il n'a existé une aussi parfaite unité de sentiment et d'action. On ne pourrait citer aucune région du globe, aucun domaine de la vie spéculative ou pratique où ne se soient pas rencontrés des membres de la compagnie de Jésus. Ils inspirèrent les conseils des rois, déchiffrèrent des inscriptions latines, observèrent les mouvements des satellites de Jupiter, publièrent des bibliothèques entières sur l'histoire, la controverse, la casuistique , des traités d'optique , des odes imitées d'Alcée, des éditions des Pères, des madrigaux, des catéchismes et des diatribes. L'éducation libérale de la jeunesse se concentra presque uniquement entre leurs mains et fut dirigée par eux avec une spécieuse habileté. Ils paraissent avoir découvert le point exact où peut être poussée la culture intellectuelle sans entraîner le risque d'une émancipation des esprits. Leurs- ennemis eux-mêmes furent forcés d'avouer que dans l'art de former et de gouverner l'adolescence, ils ne connaissaient pas de rivaux. Us cultivèrent avec la même persévérance et le même succès l'éloquence de la chaire, et s'appliquèrent avec plus d'assiduité et de.bonheur encore aux pratiques du confessionnal. Dans toute l'Europe catholique, les secrets des gouvernements comme ceux de toute famille un peu influente furent commis à leur garde. Ils se glissèrent d'une contrée protestante à l'autre, sous d'innombrables déguisements, comme joyeux cavaliers aussi bien que comme simples paysans ou prédicateurs puritains. Ils se rendirent dans des pays qu'avant eux ni l'intérêt mercantile ni la curiosité scientifique n'avaient poussé aucun étranger à* explorer. On les rencontra, par exemple, revêtus de la robe du mandarin et surveillant à Pékin les travaux de l'observatoire, ou encore la pioche à la main, enseignant les rudimeuts de l'agriculture aux sauvages du Paraguay ; mais quelles que pussent être leurs occupations ou leur résidence, leur esprit demeurait le même^ celui d'un entier dévouement à la cause commune, d'une obéissance implicite à l'autorité

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