JE.UDI SAINT — JEUNE
longer le jeûne jusqu'au goir; Tautre se disait à l'heure des vêpres^ pour le reste des fidèles. En d'autres églises, on disait une troisième messe pour la consécration des saintes huiles. Mais l'usage commun réduisit ces messes à une seule, dans laquelle le célébrant consacré deux hosties, l'une pour le sacrifice, l'autre pour l'office du lendemain, dans lequel on ne consacre point. Cette hostie de réserve se nomme les présanctifiés; on la porte en pompe au tombeau ou reposoir que l'on a élevé dans une chapelle de l'église. Là, le corps sacré de Jésus-Christ repose comme dans son sépulcre, en mémoire du temps qu'il passa dans le tombeau. On ne sonne pas les cloches depuis le jeudi jusqu'au samedi, et ce silence des cloches peut être . regardé comme la marque d'une profonde tristesse. — Voyez Jacquin, Dictionn. d'aniiq. C/irél,, p. 60; Glaire, Diclionn, des sciences ecciés,, I, p. 1143.
JEUNE, abstinence de nourriture pendant un temps plus ou moins long. C'était déjà dans l'antiquité, surtout en Orient, une pratique religieuse très répandue. On rencontre le jeûne chez les Hindous, les Egyptiens (Hérod., II, 40 ; IV, 186) et môme chez les Grecs et les Romains. Chez les Hébreux, le jeûne est surtout l'expression de la tristesse et de l'affliction. L'abstinence de nourriture, même sans motif religieux, est un signe de tristesse et de mécontentement (1 Rois XXI, 4. 5. 7 ; 1 Sam. I, 7 ; XX, 34). On rencontre dans l'Ancien Testament tantôt l'expression simple çoum, qui signifie jeûner, tantôt la périphrase 'innâh naphchô (LXX : Taireivouv t^v 'Îu^t^v), affliger son âme. Il n'est pas question de jeûne avant Moïse, quoique les autres signes extérieurs de l'affliction et du deuil soient parfois mentionnés (Gen. XXXVII, 33. 34) ; mais il est très probable que les Hébreux, si longtemps en contact avec les Egyptiens, pratiquaient déjà le jeûne avant l'époque mosaïque. La loi de Moïse ordonne, pour la fête des expiations, un jeûne général d'un jour, du soir au soir, le dixième jour du septième mois (Lévit. XXIII, 27). Outre ce jeûne périodique et régulier, il est question dans l'Ancien Testament d'un grand nombre de jeûnes accidentels, célébrés dans des situations difficiles, soit après une défaite, une calamité, une invasion de sauterelles, un événement triste et malheureux (Josué VII, 6 ; Jug. XX, 26 ; 1 Sam. III, 13; Joël I, 14; II, 12; Baruch I, 5); soit en teYnps de ' guerre, avant la bataille, pour se concilier la faveur divine (1 Sam. VII, 6 ; 2 Chron. XX, 3 ; Judith IV, 8 ss. ; 1 Mach. HI, 47 ; 2 Mach. XIII, 12); soit dans un danger pressant (Esth. IV, 3. 16) ou pour obtenir un heureux retour (Esdras VIII, 21). On rencontre aussi le jeûne comme préparation à un jugement à rendre (1 Rois XXI, 9, 12), ou à quelque œuvre importante à accomplir (Jérém. XXXVI, 9). Dans ces cas-là, le jeûne est général, et célébré par tout le peuple; quelquefois môme il s'étend jusqu'aux animaux qu'on couvre de sacs et qui ne doivent ni paître ni être abreuvés (Jonas III, 7. 8 ; Judith IV, 8). D'autres fois c'est une seule personne, ou quelques personnes qui jeûnent dans des circonstances douloureuses pour elles, soit en signe de repontance ou d'humiliation, soit pour conjurer la colère de 1 E-
ternel. David jeûne pendant la maladie du fils de Bathséba (2 Sam.' XII, 16) et cesse de jeûner dès qu'il apprend sa mort, le jeûne n'ayant plus alors de raison d'être. Il jeûne avec son entourage lorsqu'on lui annonce la mort de Saiil et qu'on lui apporte son diadème et son bracelet (2 Sam. I, 12 ; voyez 1 Rois XXI, 27; Esdras X, 6;Néh6mie 1,4; Daniel IX, 3;X, 3, etc.). Outre le jeûne de la fête des expiations, d'autres jeûnes s'établirent pendant l'exil en souvenir des calamités nationales (Zach. VII, 3 ss.) : le jeûne du quatrième mois (entrée des Ghaldéens à Jérusalem, Jérém. LU, 6, 7) celui du cinquième mois (prise et destruction de Jérusalem et du temple ; Jérém. LU, 12); celui du septième mois (assassinat de Guémalia, 2 Rois XXV, 8 ss.; Jérém. XLl, 1 ss.) et celui du dixième mois (commencement du siège de Jérusalem, 2 Rois XXV, 1 ; Jérém. LU, 4). Après le retour de la captivité, Zacharie déclara que ces jours de jeûne devaient disparaître et être changés en joursr d'diégresse. (Zach. VIII, 19). Au jeûne se joignaient ordinairement d'autres symboles d'affliction : on déchirait ses vêtements, on se couvrait d'un sac, on se mettait des cendres ou de la poussière s.ir la tête (Dan. IX, 3, etc.). Ces symboles sont quelquefois mentionnés sans qu'il soit question déjeune proprement dit(1 Mach. IV, 38. 40, entre autres). Le jeûne de la fête des expiations durait un jour, du soir au
soir(Lévit.XXIII,32) et était rigoureusement observé. Les quatre jeûnes nationaux se célébraient dans les mêmes conditions. Les jeûnes accidentels pouvaient avoir une durée plus ou moins longue (sept jours : 4 Sam. XXXI, 13 ; trois semaines : Dan. X, 3) et être plus ou moins rigoureux, (Dan. X, 3). La loi ne prescrit rien à cet égard ; elle n'intervient que pour déclarer que les femmes mariées et les filles encore sous l'autorité paternelle sont dispensées d'accomplir tout vœu de jeûne ou d'autre mwtification, si leurs pères ou leurs maris s'y opposent quand ils en ont connaissance (Nomb. XXX, 10-16). D'abord signe de tristesse, de deuil, d'humiliation, de repeiitance, le jeûne devint peu à peu une pieuse pratique considérée comme agréable à Dieu en elle-même, et comme pouvant procurer le pardon des péchés (Sirach. XXXIV, 29. 30). 11 en résulte de nombreux abus, et une piété formaliste et hypocrite, contre laquelle les prophètes se sont souvent élevés (Joël II, "12, 13 ; Zach. VII, o ss.; Esaïe LVIII, 4-7 ; Jérém. XIV, 11; Sirach XXXIV, 20. 29; Tobit XII, 9). Ces protestations ne paraissent pas avoir été bien comprises, ni avoir produit grand eflet sur le peuple juif. — Au temps de Jésus, le jeûne était en grand honneur et considéré comme une œuvre méritoire. Les pharisiens jeûnaient avec ostentation deux fois la semaine (Luc XVIII, 12) le lundi et le jeudi, par suite d'une tradition d'après laquelle Moïse était monté sur le Sinaï un jeudi et en était redescendu un lundi avec les tables de la loi. Le Talmud fixa plus tard les jours de jeûne qui devaient être observés, et donna les prescriptions les plus minutieuses sur la façon dont il devait être célébré. Les jeûnes établis étaient : le jeûne de la fête des expiations ; les jeûnes nationaux des quatrième, cinquième, septième et dixième mois, déjà mentionnés, et maintenus malgré le
passage Zach'. VIII, 19 ; le jeûne de la fête de Purim, en souvenir du danger jouru par le peuple juif, et de sa délivrance sous Assuérus et Esther ; le jeûne des prêtres et des lévites qui devaient jeûner et se livrer à de pieuses pratiques pendant quatre jours, pendant que leurs collègues qui étaient de service accomplissaient leurs fonctions dans le temple; enfin les jeûnes accidentels ordonnés par les rabbins en cas de calamité, de sécheresse, d'épidémie, etc. Les vêtements prescrits pour le jeûne étaient un sac ou suaire blanc pour la fête des expiations, et noir pour les autres jeûnes ; d'où les expressions de jeûnes blancs et jeûnes noirs, en usage pour dé^gner ces différentes solennités. Le jeûne devenait obligatoire à douze ans un jour pour les filles et treize ans un jour pour les garçons. Les cas de dispense étaient soigneusement prévus, maladie, grossesse, etc. (voy. Mischna II, 9; traité Jomah, ch. viii). — Jean-Baptiste paraît avoir observé, à l'égard Mu jeûne, les institutions et les usages juifs ; il nous est représenté menant une vie sévère et ascétique, vêtu d'un manteau de poil de chameau et se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. 11 jeûnait avec ses disciples aux jours consacrés par l'usage (Matth. IX, 14). Quant à Jésus, les renseignements que nous fournissent les synoptiques semblent quelque peu contradictoires. D'après une tradition conservée par les trois premiers évangiles, il jeûna pendant quarante jours et quarante nuits au moment de commencer son ministère (Matth. IV, 2ss. et parall.). En condamnant le jeûne hypocrite des pharisiens, il enseigne ce que doit être le véritable jeûne (Matth. VI, 16). Bien plus, dans une autre occasion, Jésus dit à ses disciples qui n'ont pu chasser un démon, que cette sorte de démon ne peut être chassé que par la prière et le jeûne (Matth. XVII, 21). D'un autre côté, il ressort d'un récit qui a tous les caractères de l'authenticité que Jésus lui-même et ses disciples ne jeûnaient pas (Matth. IX, 14), fait confirmé par une autre parole de Jésus, qui, opposant sa conduite à celle de Jean-Baptiste, dit qu'il est venu « mangeant et buvant » (Luc VII, 34). Les disciples de Jean s'en étonnaient, et les pharisiens scandalisés appelaient Jésus un ami des péagers et des gens de mauvaise vie. Autant qu'on peut le conclure de ces passages, Jésus semble n'avoir expressément ni condamné ni recommandé le jeûne. 11 lé considérait comqie une chose indifférente (Matth. XV, il) qu'il ne voulait pas consacrer par son exemple. Il répond, il est vrai, aux disciples de Jean que si lui et les siens ne jeûnent pas, c'est parce qu'il est avec eux, et que plus tard, quand l'époux leur sera ôté, ils jeûneront. Mais il prévoyait pourtant que le jeûne était destiné à disparaître un jout devant les progrès de l'esprit nouveau qu'il apportait. « On ne met pas le vin nouveau dans de vieux vaisseaux » (Matth. IX, 16) : tel est le mot qui nous dévoile la pensée intime de Jésus à l'égard du jeûne. Ce mot, l'Eglise chrétienne ne le comprit pas : elle s'attacha plutôt à la première partie de la réponse de Jésus (Matth. IX, 15). Il était du reste naturel que le jeûne, profondément entré dans les mœurs, ne disparût pas brusquement. Il va de soi que les premières communautés judéo-chrétiennes conservèrent et pra-
tiquèrent le jeûne selon les traditions de la synagogue. Le jeûne s'introduisit aussi, dès leur première apparition, dans les Eglises sorties du paganisme (Act. XUI. 2. 3 ; XIV, 23). L'apôtre Paul jeûaait luiinêmô (2 Cor. VI, 5; XI, 27), mais il ne recommande nulle part spécialement la pratique du jeûne. Sa doctrine favorite du salut par la foi était peu favorable aux formes extérieures de la piété; et lui inspira quelques paroles qui sont une véritable condamnation du jeûne, quoiqu'elles n'y fassent pas spécialement allusion (Rom. XIV, 17 ; Col. II, 16; 1 Tim. IV, 1-3). '— Néanmoins, le courant de la tradition l'emporta, et le jeûne se développa rapidement dans l'Eglise chrétienne et ne tarda pas à y acquérir de l'importance. On y vit un moyen de lutter contre Satan,, d'obtenir le pardon des péchés, une pratique pieuse rendant la vie plus sainte. Le montanisme (TertuU., Dejejunio adv. phys.) et les progrès de la vie monastique contribuèrent beaucoup à répandre ces idées. L'ancienne Eglise tenait au jeûne strict; elle ne considérait pas comme ayant jeûné ceux qui mangeaient avant le service du soir. Les plus zélés jeûnaient tout le jour, quelques-uns môme plusieurs jours de suite (ÔTcepôediç, superposUio); d'autres au contraire abrégeaient le temps du jeûne ou s'abstenaient seulement de certains mets (Socrate, Hist, EccL, V, 22). Mais déjà du temps d'Epiphane (quatrième siècle) le jeûne cessait à la neuvième heure (3 heures après midi) et dans la suite, il ne fut plus observé que jusqu'à midi. Dès le deuxième siècle, des jeûnes réguliers s'établissent dans l'Eglise. Le plus important est le C'dvème-{Quadragesima; voyez ce mot), rapporté soit au jeûne de Moïse sur le Sinaï (Exod. XXXIV, 28), soit au séjour de quarante heures de Jésus dans le tombeau, soit au jeûne de quarante jours qui précéda la tentation, et pratiqué comme une tradition apostolique. Irénée parle déjà de ce jeûne qui précédait la fête de Pâques, et qui durait primitivement quarante heures. Mais cette durée augmenta progressivement. Elle était au quatrième siècle de trois semaines dans l'Eglise de Rome et de sept semaines dans celles d'IUyrie, d'Achaïe, d'Alexandrie (Eusèb., IlisL Eccles., V, 24; Socrate, V, 21 : Sozomène, VII, 19). Plus tard elle fut aussi de sept semaines à Rome. Le carême est aujourd'hui de quarante jours, du mercredi des Cendres au samedi avant Pâques, sans compter les dimanches. — L'Eglise conserva l'usage des pharisiens déjeuner deux fois la semaine, mais elle changea les jours et rattacha ces jeûnes à des souvenirs chrétiens. Les jours ainsi consacrés au jeûne furent le mercredi et le vendredi, jours où Jésus fut trahi et crucifié, et dans lesquels « l'époux fut enlevé » (Matth. X, 15 ; Tertull., De Jejunio, ch. ii). On se proposait surtout dans ces jeûnes de lutter contre les tentations charnelles, par l'affaiblissement des forces physiques. On nommait ces jours aies stationum, d'un mot emprunté au langage militaire, et on les comparait à des postes dans lesquels on repoussait les assauts de l'adversaire (Herraas, Past., simil. V, 1; TertuU. , De oratione, 14; Ambros., Sermo XXV). Ces jeûnes étaient d'abord facultatifs ; les montanistes les rendirent obligatoires. Le jeûne du samedi, qui n'était d'abord qu'un cas de
superposUio ou prolongation volontaire du jeûne du vendredi, ne tarda pas à devenir obligatoire dans l'Eglise d'Espagne, puis dans toute TEglise d'Occident, dès le quatrième siècle, sous le pontificat d'Innocent I", qui remplaça le jeûne du mercredi par celui du samedi. L'Eglise grecque désapprouva cette modification, mais elle fut maintenue par Grégoire VII et ses successeurs. -»— L'usage juif de jeûner les quatrième, cinquième, septième et dixième mois se conserva également dans l'Eglise chrétienne avec quelques modifications. D'après une vieille tradition, l'évoque de Rome Galliste (217-223), aurait institué trois de ces jours de jeûne, ceux des quatrième, septième et dixième mois. Le pape Léon I" (milieu du cinquième siècle), sous le pontificat duquel un jour déjeune fut établi au premier mois, y voyait déjà une institution apostolique. Ces jeûnes, qui tombaient en mars, juin, septembre et décembre, furent appelés jeûnes des Quatre-Temps (jejunia quatuor temporum)^ soit parce que l'année se trouvait ainsi partagée en quatre périodes, soit parce qu'ils correspondaient au commencement des quatre saisons. Le concile de Mayence (813) établit ainsi les jeûnes des Quatre-Temps (can. 34) : Comiituimus ut quatuor anni tempora observentur, id est in mense martio hebdomada prima, in junio secunda^ in septembri teriiay in decembri quarta. L'observance n'en était pourtant pas partout la même ; le concile de Plaisance (1095), sous le pontificat d'Urbain II, la rendit uniforme, et dès lors on jeûna le mercredi après les Gendres, après la Pentecôte, après la fête de l'exaltation de la croix, et après celle de Sainte-Lucie. Le samedi suivant était consacré aux consécrations à la prêtrise (Act. XIII, 2, 3 ; XIV, 23) depuis le temps de Grégoire VII. Les Quatre-Temps servirent aussi de termes pour les payement des taxes seigneuriales (voyez Valfredi, Deusu etinstitutione Jejunii quat, temp.; Ranke, Das kirchliche Perikopensystem, 267 ss.). — Les Vigiles (pigiliœ) sont des solennités nocturnes avec prières et chants, célébrés la veille des grands jours de fête, et en faveur desquelles on invoquait l'exemple de Jésus et des Apôtres (Luc VI, 12; Act. XVI, 25). Ges solennités étaient accompagnées de jeûnes. Elles disparurent peu à peu, mais le jeûne resta, différemment réglé selon les diocèses, surtout avant les fêtes de Noël, Pentecôte, Assomption, Saint-Pierre et Saint-Paul, Saint-Matthieu, la Toussaint. Outre les jeûnes ainsi fixés, qui sont de règle et obligatoires (jejunia tmperata) il y a les jeûnes volontaires {jejunia votiva) qui sont surtout fréquents dans la vie conventuelle. — On sait que, d'après les règlements ecclésiastiques, le prêtre qui célèbre la messe et les fidèles qui prennent part à l'eucharistie doivent être à- jeun depuis minuit ; mais ce n'est pas là un fait de jeûne, et cette règle a été inspirée par de tout autres considérations que celles qui ont présidé à l'établissement du jeûne. — A côté du jeûne, l'Eglise recommande l'abstinence de certains mets (abstinentia^ semijejunium) surtout de la viande et des aliments de provenance animale, comme le lait, le fromage et les œufs. Dans les premiers temps le jeûne et rabstinence étaient rigoureusement observés : on faisait, après le service du soir.
un seul repas composé exclusivement d'aliments maigres. Celte sévérité s'estpeuàpeu relâchée; aujourd'huiTabstinencea en grande partie remplacé le jeûne complet, et des dispenses peuvent être accordées dans un grand nombre de cas. On peut obtenir des dispenses pour cause de faiblesse, de vieillesse, de maladie, lorsqu'on a à accomplir des travaux qui exigent une vigueur exceptionnelle, etc. Dans certains cas, on peut être exempté de faire maigre, en ysuppléantpard'autres œuvres pies; mais même en cas de dispense, on ne pe^t user d'aliments gras qu'une fois par jour. Chaque année les mandements de carême des évoques règlent les conditions de ces cas de dispense. L'obligation de l'abstinence commence avec la septième année accomplie, celle du jeûne avec la vingt et unième, à moins qu'on n'ait été lié auparavant par des vœux monastiques ou autres. Dans^^l'Eglise catholique on ne jeûne pas le dimanche, ni entre Pâques et la Pentecôte, en souvenir de la résurrection de Jésus-Christ, et du séjour qu'il fit sur la terre avant son ascension (Matth. ÏX, 15). Dans l'Eglise grecque, qui a conservé plus fidèlement les anciennes traditions, les jeûnes sont plus nombreux et plus rigoureusement observés; le patriarche môme ne peut accorder de dispenses. Les jeûnes établis sont le mercredi et le vendredi de chaque semaine, sans autre interruption qu'entre Noël et l'Epiphanie, et|la semaine après Pâques et la Pentecôte; quarantejours avant Noël (du 15 novembre au 24 décembre; Exod. XXXIV, 28); quarante jours avant Pâques {y\ Te(ï(ïapaxo<rrr, ; Matth. IV, 2); le jeûne des Apôtres qui commence le lundi après la Trinité et finit à la fête de Saint-Pierre (29 juin, ancien style ; Act. XUI, 3); le jeûne de la Sainte- Vierge, du 1" au 15 août, les vigiles et quelques autres jeûnes (Ferraris , Pr. Bibliol/i, , art. II, 15, append. 14; Murait, Briefe iiber den GoUesdienst der morgenlxndischtn Kirche, 1838^, ce qui fait plus de deux cents jours de jeûne dans l'année. L'Eglise arménienne est encore plus riche à cet égard, d'après ce principe qu'Adam a perdu le genre humain en mangeant, et qu'il faut le sauver en jeûnant. — Les Réformateurs ne furent pas hostiles au jeûne, mais ils s'efforcèrent d'en faire disparaître les abus et de le ramener à sa primitive institution. Luther pense qu'il serait bon de célébrer un jeûne en commun pour se préparer aux grandes fêtes chrétiennes, Noël, Pâques, la Pentecôte, et le vendredi soir de chaque semoine ; mais il ne veut pas établir de jours de jeûne officiels, et pense qu'au fond, le m.eilleur jeûne est de tenir son corps en bride (éd. Walch, VII, p. 765). Calvin recommande le jeûne, mais sans époques fixes ; quand il y a une controverse à terminer dans un synode, quand on -doit élire un ministre, quand on traite une affaire de grande importance, en cas de peste, de guerre, de famine, les pasteurs doivent exhorter le peuple à un jeûne public et à des prières extraordinaires ; mais il faut se garder des superstitions, car le jeûne n'est rien sans une véritable humiliation {Inst., IV, 12, § 14 ss.). Le premier synode national tenu à Paris s'exprima à cet égard dans le môme sens que Calvin. L'esprit de la Réforme sur cette question nous semble bien «xprimé dans l'art. 26 de la Confession d'Augsbourg : « Nous ensei-