JOACHIM — JOACHIM DE FLORE AU
à Babylone (cf. Josèphe, Ant., 10, 6. 3). Jérémie raconte que Nabuchodonosor le condamna à mort et fit jeter son corps à la voirie, juste châtiment prédit à son impiété et aux crimes dont il souilla son règne (Jér. XXII, 14 ss.).
JOACHIM (Saint), d'après l'évangile apocryphe de Jacques, époux d'Anne, mère de Marie et, par conséquent, grand-père de Jésus- Christ. Son nom est parfaitement inconnu aux écrits canoniques du Nouveau Testament. On l'a adopté dans l'Eglise grecque dès le troisième ou le quatrième siècle, et dans l'Eglise latine à une époque beaucoup plus récente, puisque du temps de saint Bernard la fôte ûe saint Joachim et de sainte Anne était encore inconnue. C'est le pape Jules II qui l'établit le 22 mars ; Grégoire XIII la mit au 20 mars, et Grégoire XV ordonna, en 1620, qu'on en ferait l'office double.
JOACHIM DE FLORE. L'histoire de ce personnage, aussi bien que celle de ses écrits, fut de bonne heure déjà enveloppée de ténèbres en même temps que d'une auréole de sainteté. Elevé d'abord jusqu'aux nues par de fervents admirateurs, comme prophète et comme thaumaturge, précurseur d'une ère nouvelle dans l'Eglise et dans la vie religieuse, Joachim fut bientôt condamné par ses adversaires comme hérétique et comme prophète de mensonge, et la plus grande incertitude continue à régner sur l'authenticité des écrits apocalyptiques répandus sous son nom. Né à Célico, près de Cosenza, dans la Calabre, probablement vers 1130, Joachim, après avoir vécu quelque temps à la cour du roi Roger de Sicile, et après avoir visité la Terre sainte, entra dans l'ordre de Cîteaux, devint abbé du couvent de Corace (Curatium) et fonda ensuite une congrégation nouvelle qui, du cloître qu'il construisit aux environs de son lieu de naissance, porta le nom de Flore ou de Floris. Esprit mystique qu'il était, et nourri d'études apocalyptiques, une inspiration divine, d'après ce que raconte le commentaire sur l'Apocalypse imprimé depuis sous son nom, lui révéla pendant les méditations dans lesquelles il était plongé au milieu d'une nuit de Pâques, tous les mystères contenus dans le livre de l'apôtre Jean et la concordance entre les écrits de l'Ancien et du Nouveau Testament. C'était comme un torrent de lumière céleste qui était venu remplir son âme. Trois papes, Luce III, Urbain III et Clément III, l'exhortèrent, est-il dit, à ne pas taire au monde les révélations que Dieu lui avait faites et à publier les livres dans lesquels il les avait consignées et que, du reste, il avait déclaré d'avance soumettre au jugement dû saint-siège. Des évoques et des rois envoyèrent lui demander des conseils. Il était déjà mort (1202) que l'on parlait partout de ses prédictions dans lesquelles il avait annoncé la venue imminente de l'Antéchrist pour l'an 1220. Quelques-uns disaient qu'il avait déclaré que l'homme du péché monterait môme sur le siège papal. D'autres rapportaient qu'il avait trouvé dans les prophéties de la Bible, que plus d'un antechrist surgirait. Quand Joachim mourut, son nom était entouré d'un respect universel, tout le monde voyait en lui un homme également saint, qu'éclairé de l'esprit d'en haut.
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On racontait do nombreux miracles qu'il devait avoir opérés. Les églises de la Galabre lui vouaient un culte comme aux saints canonisés par les autorités compétentes. Ses écrits devaient fournir la clef qui résoudrait toutes les énigmes de l'histoire des temps. Néanmoins, il comptait aussi des adversaires, c'étaient les religieux de la communauté même à laquelle il avait appartenu ; les moines de Cîteaux haïssaient Thomme qui avait prétendu réformer les mœurs et la règle de leur ordre eC qui avait fini par se séparer d'eux avec sa congrégation. Ils se mirent en mouvement pour obtenir sa condamnation du saint-siège, et tandis que plusieurs papes lui avaient témoigné une estime toute particulière, Innocent lïl fut amené, treize ans après la mort de Joachim, à prononcer au quatrième concile du Latran, en 1215, la réprobation d'un écrit dans Jequel l'abbé avait combattu la doctrine exposée par Pierre Lombard touchant la trinité. On comprend qu'un esprit mystique et enthousiaste tel que devait être Joachim, ne pouvait s'accommoder de la méthode scolastique du maître des sentences. — Vers le milieu du treizième siècle, on vit paraître divers écrits portant le nom de Joachim ; c'étaient des commentaires sur Esaïe et sur Jérémie, contenant de remarquables prédictions d'événements qui s'étaient accomplis depuis, pendant la première moitié du siècle ; remplis aussi de plaintes sur la corruption de TEglise et parlant d'une réforme imminente. On racontait qu'un vieil abbé de la congrégation de Flore, dans un moment de danger, avait confié les écrits du saint abbé aux Frères mineurs de Pise. Depuis en vit certains franciscains se faire les plus zélés propagateurs de ces livres et les fervents prôneurs de leurs prophéties. C'était le parti des zélateurs ou des spirituels qui, animés du môme esprit réformateur que Joachim, s'étaient élevés dans l'ordre de saint François contre le relâchement des vœux monastiques qui s'y était introduit. Ardents . et opprimés, ils accueillaient avec enthousiasme ces écrits dont le rigorisme mystique répondait aux sentiments qui les animaient. Les idées et les espérances apocalyptiques déposées dans ces livres, attribués à l'abbé de Flore, trouvèrent un retentissement dans toutes les classes de la société à cette époque où la lutte entre l'Eglise et l'empire, touchant à son point culminant, nourrissait un malaise toujours croissant. Un chroniqueur du temps, le frère mineur Salimbene de Parme, lui-môme fervent joachimite, fournit d'intéressants renseignements sûr ce mouvement {Clironica Fr, Salimbeiie ParmensLi Uvd. Alhwrum, nunc primuni édita, Parmaî, 1857; Monvmenla historica ad provinc, Parmens, et Placent, perthi.. t. 111). Oh se réunissait autour de certains franciscains renommés pour se faire initier à la nouvelle théologie prophétique révélée dans les écrits de Joachim. On se communiquait mystérieusement des fragments de ces livres à mesure qu'on en eut connaissance. Une attente inquiète toujours croissante remplissait les esprits à l'approche de l'année 1260, pour laquelle Joachim, à ce qu'on disait, avait annoncé l'avènement de cette ère nouvelle du saint Esprit, qui devait amener une transformation générale, l'inauguration glorieuse de cette Eglise immaculée dont les