‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 69 sur 170 · JOACHIM DE FLORE · texte numérisé non relu

JOACHIM DE FLORE

prédications des moines joachimites retentissaient. L'année décisive vint et se passa sans aucun événement particulier, aucun indice d'une réforme de TEglise ne se fit remarquer ; aucun changement ne se fit voir, ni à la cour de Rome, ni dans les rangs du clergé. Les abus qui avaient paru intolérables et, comme les signes évidents de rapproche de la vengeance céleste, continuaient comme par le passé ou empiraient encore. «Ce fut alors, ditSalimbene,que je renonçai à la doctrine joachimite et que je pris le parti de ne plus rien croire que ce que je verrais de mes yeux. » Néanmoins, d'autres ne purent se résoudre si facilement à abandonner des espérances si longtemps noiirries. Les uns disaient que Joachim lui-même n'avait nullement soutenu l'infaillibilité de ses calculs, qu'il n'avait môme désigné aucune année précise. D'autres croyaient que la troisième ère du monde avait réellement pris son commencement avec l'année 1260, comme le prouvait suffisamment l'agitation générale des esprits. D'autres, moyennant quelques modifications des calculs, reculaient le terme fatal. Toutefois, des voix toujours plus nombreuses s'élevèrent pour répudier toutes ces théories apocalyptiques. — Ce qu'on appelait la doctrine joachimite, du moins dans ses traits généraux, paraît réellement avoir été enseigné par le prophète de Flore, mais ses disciples et ses partisans la revêtirent peu à peu de formes plus précises et lui donnèrent une application conforme à leurs désirs. La difficulté consiste à distinguer ces difi'érents éléments. Cette difficulté est augmentée pjir l'incertitude qui existe touchant l'authenticité des livres attribués à Joachim. Profondément affecté des malheurs publics provoqués parles longues luttes entre la papauté et l'empire, déplorant les aspirations du saint-siège à la domination temporelle, pénétré de douleur à la vue de la corruption morale qui envahissait l'Eglise et la hiérarchie dans toutes ses parties, Joachim avait consacré toutes ses méditations à pénétrer les mystères qu'il trouvait cachés sous la lettre des saintes Ecritures et qu'il croyait pouvoir découvrir parle moyen de l'interprétation mystique et allégorique enseignée par la science traditionnelle du moyen âge. Partant du principe que les faits et les personnages de l'Ancien Testament n'étaient que des types destinés à préfigurer les choses du Nouveau Testament ainsi que les événements d'un avenir plus lointain encore, il croyait avoir trouvé la clef de la concordance qui existait entre les récits de l'Ancien et ceux du Nouveau Testament. Il distinguait ainsi dans l'histoire de l'humanité trois grandes périodes (fref status viundi) dont chacune était l'image, du suivant : l'ère du Père qui avait duré jusqu'à la venue de Jean-Bap-. liste, l'ère du Fils inaugurée par l'arrivée de Jésus-Christ et qui devait durer, d'après les calculs fondés sur cette exégèse, jusque vers le milieu du treizième siècle, où devait enfin commencer la troisième ère, plus parfaite que les autres, celle du saint Esprit. La durée do ces ères lui paraissait donnée par le nombre des quarante-deux générations énumérées dans la généalogie du commencement de l'évangile de saint Matthieu. Il admettait pour chacune une durée approximative de trente ans, ce qui conduisait vers l'an 1260. Toutefois, il paraît

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qu'il supposait une transition plus ou moins lente entre la période du Fils et celle du saint Esprit. Mais les signes précurseurs de rapproche du terme étaient déjà manifestes. C'est ainsi que les désordres et les malheurs du temps et là corruption générale deTEghse annonçaient clairement l'imminence de la venue de l'Antéchrist. Les disciples de Joachim avaient cru reconnaître ce personnage dans l'empereur Frédéric II, aussi la mort de celui-ci étant venue inopinénient (1250) tromper leur attente, dérouta beaucoup d'entre eux, jusqu'à les ébranler complètement dans leur croyance (Salimbene, p. 58). Depuis lors les attaques contre le parti et la doctrine des joachimites prirent une intensité toute nouvelle. — A cette même époque aussi parut un livre intitulé : Introduclorius in Evangelium œiernum (1254), qui excita une attention toute particulière par certaines propositions aussitôt dénoncées comme hérétiques ; elles appartenaient à la doctrine professée par les joachimites. L'Evangile éternel, à la lecture et à l'intelligence duquel cet Iniroduciorius devait préparer et initier, consistait simplement dans la réunion de trois écrits dont l'abbé Joachim passait pour être l'auteur, et qui ont été imprimés au commencement du seizième siècle : Liber concordix nov, ac veteris Testamenti, Apocalypsis nova (Expositio in Apoca^ lypsin) et Psallerium decem chordarum ; une bulle du pape Alexandre IV même en rend témoignage (BuIjbus, Hist, Universit, Pai^., III, 292). On^e trouvait dans Tincerlitude quant à l'auteur de Y Introduclorius^ la bulle de condamnation ne le nommait pas. On ne doutait pas que ce ne fût un franciscain, on en accusait Jean de Parme lui-même, le général de l'ordre, qui eut à subir de la part de son propre successeur, le célèbre Bonaventure, le docteur séraphique, une longue inquisition au sujet de son attachement aux doctrines de Joachim. Les actes du procès dirigé contre le livre vinrent prouver que c'était l'ami de Jean de Parme, le malheureux Gherardino del Borgo San Donnino, qui se . vit condamné à une éternelle captivité. Quant aux trois écrits qui formaient le corps môme de l'Evangile éternel, il ne paraît pas établi que Joachim en ait été l'auteur. Ils ne parurent qu'avec VlnlroductO' rius môme, longtemps après la mort de l'abbé. Ses plus anciens disciples qui parlent des écrits du maître ne paraissent pas* les avoir connus. Il est assez vraisemblable, qu'ils sont inauthentiques tout aussi bien que la plupart des livres qui portent le nom de Joachim. Les idées et les espérances apocalyptiques des joachimites durèrent tant que se prolongea la lutte au sein de l'ordre des franciscains entre les sectaires de la stricte observance et leurs antagonistes.— Sources : Papebrochius, Acla Sanciorum, T. VU, 29 maii, p, 89; Gervaise, ffist. de l'abbé Joachim, Par., 1745, 2 vol ; Fabricius, biblioih. lat. medii œm, IV, 107, 326; Engelhardt, KirchengeschichL Abhandlungen, Erl., 1832; Gieseler, Kir ckengesc h. II, Abth. 2,4''éd.,p.353; Neander, Kirc/icngescli,y V, 290. 832; Dœllinger, Ber Weissagungsglaube u. das Prophelentlium in der christL Zeit, dans Raumer, Hisi. Taschenbuch, Jorlgcs, von Hiehl, 1871, p. 319; Preger, Gescli. dcrdeutschen Mijslih im

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