‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 70 sur 170 · JOACHIM DE FLORE — JOB · texte numérisé non relu

JOACHIM DE FLORE — JOB

M, A., I, 196; Preger, Das Evang. sternum u. Joachim von Floris {ÂbhandL der bayer, Akad.), Munich, 1874, in-4°. E. Cumtz.

JOAD. Voyez Joas.

JOANNFT^, nom donné, dans le cinquième siècle, aux chrétiens qui demeurèrent attachés à saint Jean Chrysostôme, à Tépoque où il fut exilé par les artifices de l'impératrice Eudoxie. Voyez C/irysoslâme,

JOAS [Yoâs, lehoâs ; 'Iwàç].— 1° Joas, fils d'Ochosias, roi de Juda de 878 à 838 av. J.-C, fut soustrait dans son enfance à la cruauté d'Athalie, son aïeule, par Josabeth, fille du roi Joram, sœur d'Ochosias et épouse du grand-prêtre Joad ou Joïada. Pendant six ans, il demeura caché dans le temple et, la septième année, Joad le fit reconnaître pour roi. Il gouverna son peuple dans la crainte de Jéhova tant qu'il fut dirigé parle grand-prêtre ; mais, après la mort de ce dernier,. Joas écouta les mauvais conseils de ses courtisans pour se livrer à l'idolâtrie. De grands malheurs fondirent, sur Juda et sur Jérusalem : les Syriens ravagèrent deux fois le pays et traitèrent ignominieusement Joas qui périt sous les coups de ses propres serviteurs. Il avait régné quarante ans (2 Rois XI ss.). — 2° Joas, roi d'Israël, fils et successeur de Joachaz, eut à soutenir une guerre contre le roi de Juda qu'il vainquit à Bethsem. Il détruisit une partie des murailles de Jérusalem, s'empara des trésors royaux et emmena en otage les fils de son ennemi. U défit Benadad, roi de Syrie, reconquit toutes les villes que les princes syriens avaient enlevées au royaume d'Israël, et battit Amasias, roi de Juda (2 Rois, XIII).

JOATHAM [Yotâm; 'IwaOaix].— 1° Joatham,le plus jeune des fils de Gédéon. Il échappa au massacre de toute sa famille, qui eut lieu en présence et par les ordres d'Ahimélech, fils bâtard de Gédéon, que ceux de Sichem établirent roi. Tant que dura le gouvernement d'Ahimélech, Joatham demeura dans le pays de Béïr (Juges IX, o ss.). — 2** Joatham, fils et succcesseur d'Osias ou Azarias, roi de Juda, mort en 742 av. J.-G., gouverna d'abord du vivant de son père, qui, atteint de la lèpre, ne pouvait paraître en public. Il craignait Jéhova comme son père, mais ne détruisit pas le culte des hauts lieux; il embellit Jérusalem dont il répara les murailles, et vainquit les Ammonites qu'il. rendit tributaires (2 Rois XV, 32 ss.; 2 Ghron. XXVII, 2 ss.).

JOB ('lyôb). La Bible hébraïque nous présente sous ce nom, dans la troisième partie de son canon, c'est-à-dire parmi les Ketoubtm ou hagiographes, un poème philosophique sur le sens et l'origine duquel on s'accorde peu. Nous tâcherons d'en dégager la pensée maîtresse au moyen d'une analvse rationnelle, avant de rechercher à quelles circonstances il convient de rattacher l'inspiration de cette œuvre fameuse. — Le livre débute comme un conte ou comme un apologue. « Il y avait au pays d'Outs (au nord de l'Arabie déserte) un homme qui s'appelait Job ; cet homme était intègre et droit ; il craignait Dieu et se détournait du mal. » Cet homme de bien, riche en enfants, en troupeaux, en esclaves, est l'objet de la malveillance railleuse d'un des « fils de Dieu, » de Satan, l'ange accusateur, lequel,

avec Tautorisation de Jahveh (Jéhova) , éprouve la piété de Job, d'abord par la perte de tous ses biens, puis par une affreuse maladie qui envahit tout son corps. Le sage, tombé de Topulence dans la plus horrible condition, ne sent pas faiblir son courage; aux propositions impies de sa femme qui l'engage à maudire Dieu, il répond : « Quoi ! nous recevons de Dieu le bien et nous n'accepterions pas aussi le mal ! » Là-dessus trois des amis de Job viennent lui apporter le secours de leurs consolations (ch. I et II). Tout d'un coup la scène change. Job,- quittant à la fofs le langage de la prose pour celui de la poésie, et, qui plus est, le ton de la résignation pour celui du plus amer désespoir, éclate en violentes imprécations qui donnent entièrement raison au soupçon de Satan sur la fragilité humaine et sont la négation directe de ce qui vient d'être dit plus haut. Avec le ch . III commence en effet le poème proprement dit, qui s'étend j usqu'au ch. XLII, V. 6. Dans ce poème môme, nous distinguons deux parties, la première, ch. III-XXXl , qui en forme le noyau , et les ch- XXXII, i-XLII, 6, qui soulèvent [de très grosses difficultés et demandent à être appréciés à part. Si l'on isole les ch- III-XXXI du reste de l'ouvrage, on ne peut manquer d'être frappé de la pensée qui s'en dégage avec une irrésistible évidence. Job et ses interlocuteurs développent deux points de vue opposés, entre lesquels on ne saurait concevoir de moyen terme. Le premier prétend que Dieu le frappe sans aucune raison et que les tourments qu'il éprouve ne sont pas mérités ; les trois amis représentent l'opinion d'après laquelle*ie bon et le méchant sont récompensés sur la terre selon leurs œuvres. Si donc Job est accablé de maux, c'est qu'il est coupable. Après une série de dialogues où Job affirme, avec une énergie grandissante, son innocence et l'injustice divine contre les protestations indignées de ses amis, le dernier mot reste à celui-ci, et ses interlocuteurs ne peuvent plus lui opposer que le silence. « Jusqu'à mon dernier soupir, dit Job, je défendrai mon innocence; je liens à me justifier et je ne faiblirai pas ; mon coeur ne me fait de reproche sur aucun de mes jours » (XXVII, 5-6). Il dit encore : « Je sais bien quelles sont vos pensées, quels jugements iniques vous portez sur moi. Vous dites : Où est la maison de l'homme puissant, où est la tente qu'habitaient les impies? Mais quoi! n'avez-vous point interrogé les voyageurs?... Au jour diï malheur le méchant est épargné; au jour de la colère, il échappe » (XXII, 27-30). Ces deux citations résument la thèse que l'auteur du poème veut opposer à l'opinion vulgaire qui rattachait d'une façon indissoluble le bonheur à la piété, le malheur au crime. Cette observation, à ses yeux, est superficielle: il a constaté, au contraire,la misère du j uste en présence de l'arrogant triomphe du méchant. Il y a des cas, des cas nombreux, où la justice di\ine ne s'exerce pas, où ses châtiments frappent l'innocent. Cette thèse se dégage, sans aucune contestation possible, de ce que nous appelons, avec l'unaqimitédes commentateurs, le noyau même du poème. Si l'on hésite à la reconnaître, c'est qu'elle est voilée par les derniers chapitres du livre et par des perturbations que l'on peut signaler jusque dans la

partie même qui nous occupe. Tout d'abord nous croyons pouvoir écarter de Foeuvre primitive le fameux passage (XÏX, 25-29) : « Je sais que mon vengeur est vivant, etc., » qui anticipe sur la conclusion du poème, et auquel nous reprochons surtout d'exprimer un sentiment de confiance absolument étranger à la pensée de Job telle qu'elle résulte de l'ensemble de ses discours. Au ch. XXVII (v. 7-23) Job prend tout d'un coup la thèse de ses amis et développe cette pensée' que le méchant .est puni selon ses œuvres ; c'est une intercalation positive, à moins que ce ne soit le fruit d'un désordre introduit dans le texte. L'élégante et philosophique description de la sagesse, qui forme le ch. XXVIII, trahit à son tour une plume bien étrangère à la douloureuse préoccupation du poème. — Le ch. XXXIÏvoit apparaître un interlocuteur jusqu'ici inconnu, Elihu. Son entrée est assez gau-, chement motivée, et son intervention s'explique mal. On voit seule-* ment qu'il proteste contre la victoire remportée par Job contre ses amis. Il faut cependant lui reconnaître le mérite d'avoir parfaitement compris la thèse soutenue par le pauvre éprouvé. « Job dit : Je suis innocent et Dieu me refuse justice... Il est inutile à l'homme de mettre son plaisir en Dieu » (XXXIV, 5. 9). A ces affirmations qu'il juge blasphématoires, Elihu n'oppose guère d'autres arguments que ceux qu'avaient développé ses amis, la justice de Dieu qui ne saurait être mise en doute, l'impénétrabilité de ses jugements et de ses actions. Dans ces discours (XXXII-XXXVII) qui ne consistent qu'en uûe série de reprises, sans aucune interruption ni dialogue, on a reconnu depuis longtemps une main qui n'est pas celle du principal auteur. Elihu donne tort à Job dans le fond : qu'il se repente de la faute qu'il doit avoir commise. Dieu est prêt à lui pardonner. Il dopne tort aux trois amis dans la forme, leur reprochant simplement d'avoir laissé à Job le dernier mot. — Après Elihu, la conclusion de l'œuvre est retardée par une nouvelle intervention, celle de Jahveh lui-même. Ses discours, il faut le dire, sont moins satisfaisants encore que ceux d'Elihu. Dieu se contente d'invoquer, dans le langage, d'ailleurs, d'une brillante poésie, sa toute-puissance. Il ferme la bouche à Job en lui déclarant que sa science et son pouvoir sont infiniment supérieurs à ceux d'un pauvre mortel. Job, qui avait résisté aux raisonnements de ses trois amis, s'incline devant la toute puissance de Dieu. Il est à remarquer que la description dé l'hippopotame et celle du crocodile, qui remplissent lesch. XL-XLÏ,sont considérées par plusieurs comme une amplification assez apprêtée de ce qui était dit dans les chapitres précédents. Il est permis de se demander si les discours de Jahveh faisaient partie du poème primitif; il est fort difficile de rendre compte du lien qui les rattache à celui-ci. Si nous avons bien rendu la pensée de l'œuvre, les éloquentes déclamations des ch. XXXVIII-XLI ne nous apportent aucune lumière sur le problème soulevé. L'auteur donnait trop évidemment raison à Job pour faire prévoir une soumission si complète et si facile. Le penseur qui a protesté dans une langue aussi enflammée, avec une indignation si poignante, contre la vieille erreur qui mesure

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la récompense et la peine au mérite, ne pouvait pas se satisfaire de la fin de non-reCevoir que Dieu oppose à ses plaintes. — Le ch. XLII, 7-17 devient enfin un nouveau et derniersujet d'étonnement. Jahveh» devant Fadmonestation duquel Job s'est incliné si facilement, réserve son indignation pour les trois amis : « Ma colère, dit-il au premier d'entre eux, s'est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n'avez pa^ parlé de moi avec droiture, comme Va fait mon serviteur Job, » fet, après cette déclaration inattendue, il insiste : «C'est par égard pour lui seul que je ne vous traiterai pas selon votre folie; car vous n'avez pas parlé de moi avec droiture ^ comme a fait mon serviteur Job, » Etrange spectacle ! Job a accablé de ses sarcasmes les plus amers la providence divijie ; ses trois amis ont pris au contraire la défense de la justice suprême, et c'est à eux que Dieu donne tort! On a beau invoquer la soumission deJob à la suite des discours de Jahveh; rien ne peut lever le scandale d'une conduite aussi insensée. Pour trouver une justification de ces mots, il faut remonter jusqu'au prologue et considérer l'attitude de Job à l'égard de sa femme; il faut, en second lieu, supposer que, dans une version primitive, les trois amis ont tout simplement parlé dans le sens de la femme de Job et que celui-ci leur a fermé la bouche par des paroles de résignation semblables à celles qui terminent le ch. II (v. 10). Il nous reste à rappeler que Job est rétabli dans son premier état et que ce qu'il a perdu lui est rendu avec usure. — Il .est temps d'arriver à une conclusion. Voici donc comment nous croyons pouvoir nous rendre compte de l'origine des éléments disparates qui composent^ le livre dje Job. En premier lieu, nous admettons l'existence d'un apologue moral et religieux. Cet apologue comprenait les ch. I, II actuels ainsi que le ch. XLII, V. 7-17. Il nous a été conservé, sauf une lacune où les trois amis s'exprimaient dans le sens qui motive la sévérité divine, tandis que la patience de Job ne se démentait pas jusqu'au bout. Cet apologue était une sorte de conte populaire, orné des agréments d'une mythologie céleste assez originale, et mettait en lumière cette vérité banale que l'homme, juste peut éprouver des soufl*rances momentanées, mais que Dieu récompense sa patience par d'amples bénédictions matérielles. — Ce thème, et tout particulièrement la situation douloureuse où se trouvait momentanément Job, fut le cadre qui parut convenable à un poète de premier ordre pour combattre la thèse si répandue de la distribution équitable des biens et des maux; il le fit sans ménagement et sans atténuation, sans se soucier non plus de démentir la pensée primitive de l'apologue, qui en a dicté aussi la conclusion. Le jugement amer que l'écrivain porte sur la marche des affaires humaines peut être mis en pendant avec le scepticisme de TEcclésiaste, bien que la note en soit différente. Le poème ainsi composé devait soulever de vives susceptibilités; différents auteurs cherchèrent à les apaiser, soit par des intercalations peu étendues, soit par les discours de Jahveh qu'on fit suivre de la soumission de Job, soit par l'intervention d'Elihu. — L'apologue peut appartenir à l'époque de l'exil, où sa doctrine sur les anges engage à le placer. Le nom de

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