ISAAC LE PARTHE — ISAGOGIQUE
nople en 390, mort en 440. Il traduisit les saintes Ecritures en langue arménienne et composa des Canons et des Hymnes.
ISAGOGIQUE. — On nomme isagogique (du grec elaaywY^ întrodvctîo) ou introduction aux livres de l'Ancien ou du Nouveau Testament ,1a portion de la science théologique qui a pour but de fournir aux lecteurs des écrits sacrés les connaissances préliminaires indispensables ou du moins fort utiles à Tintelligence de ces écrits. Pour bien comprendre un livre, il est très utile, parfois môme absolument nécessaire de savoir où, à quelle époque, par qui, en quelle langue il a été composé. S'il s'agit d'une collection d'écrits, il est intéressant de savoir comment cette collection s'est formée, si elle a été faite en une seule fois ou peu à peu à plusieurs époques différentes , quels hommes et quels principes ont présidé à sa formation. S'il s'agit de livres écrits dans une langue morte, il n'est guère moins important, pour celui qui veut les étudier dans leur texte original, de connaître l'histoire de cette langue, de sa\îoir à quelle famille elle appartient, comment le texte de ces livres s'est conservé jusqu'à nous, en quelles autres langues ils ont été traduits et en général ce qu'on a fait pour leur interprétation. Tous ces sujets et peutrôtre quelques autres encore rentrent plus ou moins directement ou plus ou moins indirectement dans risagogiquc, car il est difficile d'en tracer les limites avec précision. — Elle se divise naturellement en deux parties, celle qui concerne l'Ancien Testament et celle qui concerne le Nouveau. Nous n'avons à nous occuper que de la première. On la divise ordinairement en introduction générale et introduction spéciale. Dans l'introduction générale, qu'on met habituellement en premier lieu, rentrent l'histoire de la langue et de l'écriture hébraïques, quelques notions sur les autres dialectes sémitiques, l'histoire de la formation du recueil sacré ou Canon, l'histoire des versions de l'Ancien Testament, l'histoire de l'interprétation des livres de l'Ancien Testament et les principes de l'herméneutique, l'histoire du texte et la théorie de la critique du texte. Dans Tintrçduction spéciale on étudie successivement les livres de l'Ancien Testament, soit dans l'ordre où ils se trouvent dans le texte hébreu, soit plutôt en les rangeant par ordre de matières et, autant que possible, dans l'ordre chronologique de leur composition. On traitera donc d'abord des livres historiques dans Tordre chronologique des événements qu'ils racontent, puis des livres prophétiques dans l'ordre de leur composition, enfin des livres poétiques et moraux. Les livres de Jonas et de Daniel, qui ne rentrent pas naturellement dans l'une de ces trois catégories, pourraient être étudiés à la suite des prophètes, en quelque sorte en appendice. L'ordre chronologique se recommande surtout pour les prophètes, dont l'intelligence dépend si essentiellement de la connaissance du milieu historique oh ils ont exercé leur activité. — La division en introduction générale et introduction spéciale ne nous paraît pas justifiée, d'abord parce que le lien qui unit les différents sujets traités dans l'introduction générale est beaucoup trop lâche, ensuite et surtout parce qu'il n'est pas naturel déparier de la formation d'un retueil^
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des traductions, de l'interprétation, de la conservation du texte des livres qui le composent, avant d'avoir parlé de ces livres eux-mêmes. L'ordre naturel d'une introduction à l'Ancien Testament nous paraît être Tordre historique. Après quelques notions sur les langues sémitiques et particulièrement sur la langue et l'écriture hébraïques, on doit aborder immédiatement l'introduction spéciale ou l'étude des livres sacrés dans l'ordre que nous venons d'indiquer (livres historiques, prophétiques et poétiques), rechercher ensuite comment ils ont été réunis (histoire du canon), comment leur texte s'est conservé jusqu'à nos jours (histoire du texte), comment ils ont été traduits en grec, en araméen, en latin, en syriaque, etc. ^histoire des versions et, à propos de la version des Septante, introduction aux livres apocrj'phes), enfin comment ils ont été successivement interprétés par les docteurs juifs et chrétiens jusqu'à nos jours (histoire de l'exégèse). La théorie de la critique du texte et l'exposition des principes de l'herméneutique apparaissent comme le couronnement naturel, la première, de l'histoire du texte et des versions, la seconde, de l'histoire de l'exégèse. Peut-être vaudrait-il mieux réunir ces quatre histoires, celles du canon, du texte, des verçions et de l'exégèse, en une seule. — Comme on le voit par son contenu, l'Introduction serait mieux nommée Histoire critique des livres de l'Ancien (et du Nouveau) Testament. Une telle histoire se divise naturellement en deux parties principales, celle qui traite des livres en eux-mêmes, de leur contenu, de leurs auteurs, de l'époque et dubut de leur composition, etc.,et celle qui traite de leur réunion en recueil et de leurs destinées à partir de cette époque. La première résume les résultats de l'exégèse ; la seconde est p.urement historique. — L'histoire de l'Ancien Testament et celle du Nouveau se confondant presque complètement à partir de l'époque où ces deux portions de la Bible furent réunies par l'Eglise chrétienne, il serait bon, dans les ouvrages d'introduction à la Bible entière ou, pour mieux dire, dans les histoires de la Bible, de ne pousser l'histoire de l'Ancien Testament dans l'Eglise chrétienne que jusqu'à cette époque et de n'exposer ses destinées ultérieures, en môme temps que celles du Nouveau Testament, qu'après avoir fait l'histoire des livres et du canon du Nouveau Testament jusqu'à la même époque. Il faudrait seulement poursuivre dans la première partie l'histoire de l'Ancien Testament comme recueil séparé, c'est-à-dire, chez les Juifs, jusqu'à nos jours. — L'histoire de l'Ancien (ou du Nouveau) Testament, telle que nous l'avons définie, se distingue nettement de l'exégèse, de l'archéologie et de la théologie bibliques, quoiqu'elle emprunte ou fournisse à ces sciences voisines plusieurs éléments importants. Nous avons déjà vu qu'elle emprunte à l'exégèse les matériaux de sa première partie, je veux dire de l'histoire de la littérature hébraïque ; mais elle lui fournit à son tour des éléments précieux par l'histoire du canon, du texte, des versions et de l'exégèse. De même, la connaissance de l'archéologie biblique, c'est-à-dire de l'histoiredu peuple d'Israël, delà géographie, de l'ethnographie de la Palestine, etc, est indispensable à la critiqué
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littéraire ; mais d'autre part, la critique des documents où Tarchéologie biblique puise la plupart de ses renseignements n'est pas moins nécessaire à celle-ci. De môme enfin la connaissance de la théologie biblique, c'est-à-dire du développement des idées religieuses au sein du peuple d'Israël, peut fournir des données importantes dans la discussion des problèmes de critique sacrée ; mais l'histoire de ce développement dépend à ^son tour essentiellement de l'âge et de l'authenticité des écrits de l'Ancien (ou du Nouveau) Testament. Il y a là un cercle dont nous n'essaierons pas de sortir : il faut connaître l'exégèse, l'archéologie et la théologie bibliques pour pouvoir écrire l'histoire critique des livres de l'Ancien (ou du Nouveau) Testament, mais il n'est pas moins indispensable de connaître les résultats de la critique sacrée pour composer des ouvrages d'exégèse, d'archéologie ou de théologie bibliques. Tout se tient et s'enchaîne dans la science comme dans la vie. — La science isagogique est d'origine récente. Ce qui a été fait avant la Réformation et même au seizième siècle pour la critique des livres ou du texte de l'Ancien Testament en particulier est fort peu de chose. Quand, au second siècle, quelques gnosliques et le philosophe épicurien Gelse mirent en doute l'origine mosaïque du Pentateuque, et Porphyre l'authenticité du livre de Daniel, les Pères de l'Eglise se contentèrent- d'affirmer la vérité des opinions traditionnelles, sans se donner la peine d'examiner par euxmêmes ces questions. Origène fit cependant dans ses Ilexapks un travail fort important pour la critique du texte ; et les préfaces de Jérôme aux livres de la Bible, ainsi que le De doctrina christiana d'Augustin, contiennent quelques observations sur l'origine des livres de l'Ancien Testament. Mais en général les Pères de l'Eglise firent plus pour l'interprétation que pour la critique des livres sacrés. Un grec nommé Adrien composa, probablement vers le milieu du cinquième siècle, le premier ouvrage d'isagogique: Eiffâ^wY^ eîç Tiçôsiaç Ypacpbtç (édité pour la première fois à Augsbourg en 1602). Mais il ne s'occupe guère que du style des écrivains sacrés, des expressions anthropomorphiques ou anthropopathiques de TEcriture sainte. L'ouvrage de l'évoque africain Junilius : De partibus legis divinss libri duo, écrit un siècle plus tard, est beaucoup plus important; il ne traite pas seulement du style de la Bible, mais aussi des auteurs de ses livres, de leur division, du canon, des divers degrés decanonicité, etc. Il cite en faveur de ses opinions un certain prêtre Paul, qui avait été instruit dans l'école syrienne de Nisibis, où l'Ecriture sainte était étudiée d'une manière plus approfondie et plus indépendante, ainsi que dans l'Eglise syrienne en général, comme le prouve, entre autres faits, l'opinion de Théodore de Mopsueste sur le Cantique des cantiques. Vers la même époque, Cassiodore écrivit son De instUulione divinarum liiterarum, oh \\ a résumé les opinions des Pères de l'Eglise, surtout de Jérôme et d'Augustin, sur l'origine des livres bibliques et sur leur réunion en canon. Ce fut la source principale où le clergé du moyen âge puisa ses connaissances sur ce sujet. L'étude de l'hébreu, complètement abandonnée par les chrétiens, fut culti-
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yée au contraire assidûment par les rabbins du moyen âge, dont quelques-uns écrivirent des commentaires importants sur les livres de l'Ancien Testament, où ils soulevèrent même, en passant et à demi-mot, des problèmes considérables de critique sacrée, comme ceux de Tauthenticité du Pentateuque et de la seconde partie d*Ësaîe. Au quinzième siècle, un juif converti, Nicolas de Lyre, professeur de théologie à Paris (f 1340), profitant de ses connaissances rabbiniques, composa sa Postilla perpétua sivebrevis commentarius inuniversa biblia. Dans ses observations préliminaires sur les livres canoniques et non canoniques, il s'en tient aux idées reçues. — La Réformation, en opposant Tautorité de TEcriture sainte à celle de J'Eglise, ranima l'intérêt pour l'étude de la Bible. Mais en ce qui concerne l'Ancien Testament, les réformateurs demeurèrent en général fidèles aux opinions traditionnelles. Seul, Carlstadt douta que Moïse fût l'auteur des cinq livres qui lui sont attribués. Le catholique Masius, dans son commentaire sur le livre de Josué (lo7i), exprima plus résolument la même pensée, qui demeura du reste sans écho. Chose étonnante, ce furent deux catholiques italiens, les moines dominicains Santés Pagninus (Isagoge ad sacras Hueras, Lyon, 1536) et Sixte de Sienne {BfblioUieca sancta, Venise, 1566) qui publièrent les premiers ouvrages complets sur les matières de l'isagogique. Le second de ces ouvrages surtout obtint un grand et légitime succès. Mais au dix-septième siècle plusieurs théologiens protestants, le hollandais André Rivet en 1627, les allemands Michael Walther en 1636, et Calov en 1643, le suisse J. H. Heidegger en 1681, publièrent des introductions complètes à l'Ecriture sainte. D'autres, comme les Buxtorf, Hottinger, Louis Gappel, Leusden, Brian Walton, le célèbre éditeur de la Polyglotte de Londres, PfeifTer, Humphrey Hody, etc, publièrent des travaux plus ou moins importants sur quelques portions de l'isagogique, sur la critique du texte, sur laMasore, sur les anciennes versions, etc. De tous ces ouvrages le plus remarquable est sans contredit la CrUica sacra de Louis Gappel, professeur à Saumur, publiée en 1650. Dans ce livre, où il a résumé le travail critique de toute sa vie, et dans quelques autres traités moins considérables, Louis Gappel soutint, en opposition avec les Buxtorf père et fils, et en conformité d'idées avec le Père de l'Oratoire Jean Morin, l'origine récente des points-voyelles, leur inexactitude en certains endroits et en général la corruption partielle du texte hébreu. A la même époque l'origine mosaïque du Pentateuque fut attaquée par Thomas Hobbes {Leviathaii, Londres, 1651), Isaac Lapeyrère {Systema Iheologicum ex Prxadamitarum hypothesi, 1655) et SpïnozdL {Tractalus theologico-politicus, 1670). Peu après, le Père de l'Oratoire Richard Simon publia sa célèbre HvHoire critique du Vieiix Testament (Paris, 1678), dans laquelle il traite, en trois livres, « du texte hébreu depuis Moyse jusqu'à notre temps, desprincipales versions de la Bible » et « des meilleurs Autheurs, tant Juifs que Ghrestiens, qui ont écrit sur la Bible ». Il embrasse donc la plupart des sujets qui rentrent dans l'introduction générale ou dans l'histoire de l'Ancien Testament depuis la formation du canon, mais
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il néglige à peu près complètement rintroduction spéciale ou l'histoire critique de la littérature hébraïque. De tous les livres de F Ancien Testament, il ne parle un peu en détail que du Pentatenque, et il affirme que sous sa forme actuelle il ne peut provenir de Moïse. Sur la question de l'intégrité du texte, il tient le milieu entre Louis Cappel et les Buxtorf. On sait que Bossuet, alors évêque de Gondom et précepteur du dauphin, fit supprimer la première édition de Touvrage,dontil ne resta que cinq ou six exemplaires. Mais il fut immédiatement réimprimé en Hollande par Ëlzévir. La meilleure édition est celle de Rotterdam, 1685. Le livre de Richard Simon provoqua la publication de plusieurs écrits en sens divers, dont le plus important est celui de Jean Leclerc,professeur à Amsterdam iSentimerUs de quelques théologiens de Hollande sur l'histoire critique du Vieux Testament composée par le P. Richard Simon ^ 1683. Peu après, EUies du Pin publia ses Prolégomènes sur la Bible, comme introduction à son grand ouvrage. Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, et dom Galmet ses Dissertations qui peuvefit servir de prolégomènes de l'Ecriture sainte, extraites de son Commentaire littéral sur tous les livres de V Ancien et du Nouveau Testament, En Allemagne Garpzov publia son Introductio ad libros canonicos F. T. (1721) et sa Critica sacra V, T. (1728), où il combat énergiquement les idées de Louis Gappel, de Richard Simon, de Leclerc, etc. On dirait que les problèmes de critique sacrée soulevés dans la seconde moitié du dix-septième siècle sommeillèrent pendant toute la première partie du dix-huitième. Mais au milieu du dixhuitième siècle parut un petit ouvrage qui sembla les réveiller; ce sont les Conjectures dont il paroît que Moyse s'est servi pour composer le livre de la Genèse (1733), du médecin Astruc, fils d'un pasteur protestant qui avait abjuré à la révocation de l'Edit de Nantes. Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, les idées agitées depuis plus de cent ans principalement par des hébraïsants français et protes- • tantsou sous l'influence protestante, pénétrèrent enfin en Allemagne avec Semler {Apparatus ad liberalem V. T. interpretationem, Halle, 1773), Herder, Eichhorn, etc, et y produisirent le puissant mouvement critique dont nous sommes encore les témoins. Semler se rattache à Richard Simon ; Eichhorn, pour la question du Pentatenque, ne fit guère que développer et motiver plus fortement les idées d'As- . truc. Mais plusieurs questions critiques qui n'avaient été que peu ou point traitées précédemment commencèrent alors à être discutées en sens divers : l'authenticité de la dernière partie d'Esaïe (ch. XL-LXVI), celle des chap. IX-XIV du livre de Zacharie, celle du livre de Daniel, le caractère historique du livre de Jonas et de celui d'Esther, l'autorité du livre des Chroniques, etc., etc. Toutes ces questions et bien d'autres ont été traitées depuis lors, principalement pour ne pas dire presque exclusivement en Allemagne, dans une multitude d'ouvrages spéciaux que nous ne pouvons songer à énumérer ici. Les principales introductions à l'Ancien Testament sont après celle d'Eichhorn [Einleitnng in's A.T., 1780-83; 4« éd. 1823- 26; Einleitung indieapocryphischenSchriflen des A.-T,, 1793), celle du
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professeur catholique Jahn (Vienne, 1793; 2** éd. considérablement augmentée, 1802-3), celle d'Augusti (1806 et 1827), celles de Bertholdt (1812-19, 6 vol.) et de de Wette [Uhrhuch der hist.-knt. FAnleitung in die Bibel : A,-T., 1817; 8* éd., remaniée, par E. Schrader,1869) qui embrassent la Bible entière, celles de Hœvemick (1837-49 ; 2* éd. 1854-56),et de Keil (1853;3« éd., 1873) qui défendent les opinions traditionnelles, celle de Bleek (1860; 4« éd., remaniée, par Wellhausen, 1878), rintroduction spéciale de St«helin (1862), etc. — Il faut citer en outre, en français, les ouvrages de Cellérier {Introd, à la lecture des livres sainis. A, T., Genève, 1832, 1 vol.), de Tabbé Glaire {Introd. hist. et crit. aux livres de l'Ane. eiduNouv. Testament, Paris, 1839 ss., 4 vol.) et de M. Gaussen (Le Canon des saintes Ecritures au double point de vue de la science et de la foi, Lausanne, 1860, 2 vol.), ouvrages qui appartiennent à la tendance conservatrice ; en hollandais, celui de Kuenen (Leyde, 1861 ss., 3 vol.), qui a été traduit en partie en français par Pierson {Hist, c)i4. des livres de VA. T., 1. 1. Livres historiques, 1866) ; en anglais, celui de Horne {Introd. ofthe criticalstudy and knowledgeof the holy script ur es, Londres, 1818; 10* éd., 1856, 4 vol.), et surtout celui de S. Davidson (/nfroûf. io the Old Testament, Londres, 1862-63, 3 vol.). Les questions critiques relatives aux livres de l'Ancien Testament sont traitées aussi, et généralement d'une manière plus détaillée, dans les introductions placées dans les ouvrages d'exégèse en tête de chacun des livres interprétés. Citons en particulier le Kurzgefasstes exegetiches Handbuch zum A.-T.y le Bibelwerk de Bunsen, et en français la Bible de M. Reuss, qui appartiennent à la tendance critique, le commentaire de Keil et Delitzsch sur l'A. T., et le Bibelwerk de Lange, dans le sens conservateur. La plupart de ces questions sont traitées aussi par Ewald dans son Histoire du peuple d'lsrdii[ {Geschichte des Voîkes Israël) et dans sa traduction des livres poétiques et prophétiques de l'A. T. (Die Propheten des alten Bandes, 2« éd., 1867-68, 3 vol ; Die Dichler des allen Bundes, 2* éd., 1866-67, 3 vol.). Ch. Bruston.
ISAGOGrlQUE du Nouveau Testament (EîaaYwy^ eU xiç es{aç ypaçaç. Adrianus f 580? Inlroductorii libri^ introductio, Cassiodore, f 562 ; EinUilung in die gœltlichen Schriflen, Michaôlis, f 1791 ; Histoire cri-tique de VA. T., Rich. Simon, f 1712). Sous ces noms divers, on désigne une science théologique qui s'est singulièrement transformée à travers les siècles et dont l'objet, aujourd'hui bien déterminé, est l'étude critique, historique et littéraire du canon du Nouveau Testament et des livres qui le composent. Comme elle n'est arrivée que lentement à se constituer dans son indépendance et dans son unité, à circonscrire exactement son objet en rejetant hors d'elle-même tout ce qui ne lui appartient pas, à définir sa méthode et arrêter sa forme définitive, le meilleur moyen de la faire connaître, c'est de raconter les évolutions et transformations par lesquelles elle est passée pour devenir enfin ce qu'elle est de nos jours.
L Un livre ancien, pour être bien compris, a besoin de certaines explications préliminaires qui renseignent le lecteur sur ses origines
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historiques, sur l^auteur, sur la nature et la conservation du texte. Aussi les éditeurs des documents de l'antiquité ne manquent jamais de les faire précéder de ces prolégomènes indispensables dont Tunique but est d*en faciliter Tintelligence. Quelque populaires et lumineux que soient les écrits bibliques, ils n'échappent point à ces conditions et, de très bonne heure, on éprouva le besoin de munir ceux qui veulent les étudier d'explications dogmatiques, historiques, géographiques, morales ou littéraires ; c'est ce qu'ont fait, par exemple, Jérôme en écrivant ses Prologues^ ou Luther en écrivant ses Préfaces. Mais de telles introductions «ont un agglomérat de fragments de plusieurs sciences ; elles ne constituent pas une science indépendante et particulière. Tant que l'isagogique ne visait que ce but pratique, elle se confondait plus ou moins avec l'herméneutique. C'est ce que nous constatons durant tout le moyen âge. Non seulement on ne séparait point, dans les manuels de cette époque, l'Ancien et le Nouveau Testament, mais encore on en abordait l'étude Scins aucune préoccupation historique ou critique; on ne mettait point en doute les données de la tradition officielle*; on n'avait que le désir de pénétrer dans les profondeurs de la révélation divine au moyen des procédés ingénieux qui ouvraient les mystères du quadruple sens de l'Ecriture. Cette première période qui va de la mort de Jérôme à la réforme de Luther, peut donc être appelée la période de l'herméneutique. Tous les travaux qui nous en ont été conservés, quel que soit d'ailleurs le nom qu'ils portent, rentrent dans cette catégorie. Ainsi les écrits de Tychonius, cité déjà par Augustin {Regulœ VU, ad invesiigandam et inveniendam S, 5.), d'Enchère de Lyon, f ioi (^Formularum spiritalis intelligentiœ liber ad Veranium), d'Adrianus (elcaYtof^ elç xiç Oe(aç Ypaçaç), de Cassiodore (De institutione D. S. 5.), de Photius, f 891 ('Ajx<piXo//.a, -fi Xoywv tspwv mjïXo^, éditée par Angelo Mai, Scriptorum Veterum nova CoUectio, I, 1825), ne renferment guère que des règles d'herméneutique ou du moins tout le reste y est subordonné. L'ouvrage de Junilius, évoque africain du vi® siècle {De parlibus legis divins libri II, Maxim, Biblioth, V. Patrum, t. VI) entre davantage dans ce qui fait l'objet spécial de l'isagogique. Junilius avait recueilli d'un Perse, nommé Paulus, la tradition sientifique de l'école de Nisibe et d'Edesse, De là la supériorité relative de son livre. C'est une sorte de catéchisme biblique en forme de dialogue, où l'auteur traite du style des écrits sacrés,* de leurs auteurs, de leur autorité, des traditions des Pères, des titres que portent les livres canoniques ; il les range encore en trois classes au point de vue de la canonicité : les livres unanimement reçus, les livres contestés et les livres rejetés. Il y avait là quelques lueurs de véritable science biblique; mais ce n'est pas une aurore, c'est la dernière clarté d'une science qui va s'éteindre. Nous ne rencontrons plus en effet à partir de ce moment que des compilateurs ou des abréviateurs sans originalité, dont tout l'effort se réduit à commenter les prologues de saint Jérôme. Guillaume le Breton, f 1256, dans son VocabiUarium Bibliac, Nicolas de Lyre, f 1346, dans les prologues de ses Poslilles, ne font pas autre
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chose. Sancte Pagninus, de Lacques, f 1541, ne nous mène pas hors de cette période. Ses deux ouvrages (isagogex ad sacras Hueras, liber unicas; et Jsagogex ad mysticos sacrx scripturx sensus, libri XYIII, Lugd.,1536 et Colon., 1540), sont conçus d*après le même point de vue. L'introduction biblique est encore tout entière dans Therméneutique. Elle ne distingue pas entre TAncien et le Nouveau Testament et s'arrête au texte de la Vulgate.
n. Avec la Réformation commence une nouvelle période qu'on pourrait appeler dogmatico-polémique, parce qu'elle est dominée tout entière par le conflit de la théorie catholique et de la théorie protestante. Pour le catholicisme, l'Ecriture ne pouvait être que la tradition écrite des enseignements du Christ et des apôtres, tradition dont l'Eglise restait la gardienne et l'interprète. L'autorité de la Bible n'avait d'autre point d'appui que le témoignage et l'autorité de l'Eglise qui l'avait conservée et déterminée. Les premiers réformateurs repoussèrent énergiquement cette prétention et mirent hardiment l'Ecriture au-dessus de l'Eglise. Loin de pouvoir juger la première, celle-ci doit être jugée par elle, et c'est au nom de la Bible qu'ils entreprirent de la réformer. Mais alors où est la base de l'autorité de la Bible ? Luther, Calvin parlèrent de son évidence, de sa majesté devant laquelle tous doivent se courber. Elle a en elle-même de quoi se faire reconnaître et obéir, comme les choses douces et amères ont de quoi faire sentir leur amertume ou leur douceur. Le plus logique, Calvin, ramena sans crainte le critère suprême, au témoignage intérieur du Saint-Esprit dans l'âme de chaque fidèle. Luther vit la puissance de l'Ecriture dans celle du Christ. D'objective l'autorité devenait ainsi subjective. Le rôle que réclamait l'Eglise était pris par la conscience chrétiennes Mais du même coup la critique pénétrait dans le canon. Ce témoignage du Saint-Esprit dont parlait Calvin, ou ce dogme de la justification par la foi auquel Luther ramenait tout le reste, devenait un principe et un moyen de critique d'autant plus libre qu'il était tout individuel et subjectif. De là ces jugements, dont la hardiesse nous étonne encore, exprimés par Luther sur le compte de certains livres (Apocalypse, épître de Jacques, épître aux Hébreux) dans ses préfaces à la traduction de la Bible (1522). Calvin, de son côté, niait que l'épître aux Hébreux fût de Paul et doutait fort que la seconde de Pierre fût authentique, ainsi que les 2* et 3' épitres de Jean. On comprend que les questions historiques et critiques supprimées par la dogmatique du moyen âge allaient se poser et être vivement et largement débattues dans la période nouvelle. La Réforme avait ouvert la porte par où la critique historique allait entrer dans l'isagogique et la transformer entièrement. Erasme et Ximénès, d'un autre côté, en recherchant et en comparant les manuscrits pour leurs éditions imprimées du nouveau Testament, créaient la critique verbale que développeront les Colines, lesEstienne,lesde Bèze. L'histoire du texte du Nouveau Testament deviendra une partie essentielle de l'isagogique. Le monument le plus curieux de notre science à cette époque est le petit livre de
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A. Garlstadt, réédité de nos jours par Credner {Zur Geschickle des Canons^ 1847) et qui a pour titre : De canonicis.scripturislibellus, Wittemb., 1520. L'auteur part bien du principe de la Réforme, à savoir de la souveraineté absolue de TEcriture, devant laquelle doivent se courber et les laïques et les prêtres, les évoques et les savants, les empereurs et les papes. Mais qui déterminera le canon ? Dans la solution de cette question brûlante où se heurtaient de front le principe protestant et le principe catholique, Garlstadt ouvre une voie nouvelle. 11 enlève la décision suprême aussi bien à TEglise qu'à la conscience, pour la réserver au jugement de Thistoire. Toujours l'adversaire du réformateur allemand, il prit contre lui la défense de répître de Jacques. « Gomment la foi, disait-il, pourrait-elle juger l'Ecriture, puisque vous ne puisez cette foi que dans l'Ecriture ellemême ? » Se rattachant à Jérôme, Garlstadt en arrivait à établir des classes parmi les livres canoniques suivant le degré de leur attestation dans l'antiquité chrétienne ou de leur dignité reconnue. Les antilégomènes restaient canoniques, mais à une place inférieure. Le concile de Trente, dans sa quatrième session du 8 avril 1546, arrêta le canon de TEglise catholique et fixa la théorie d'où cette dernière . ne s'est point départie. Sixte de Sienne, dans sa savante Bibliotheca sancta (Venet., 1560), défendit les décisions du concile à la fois contre la critique du protestantisme qui diminuait le canon, et les velléités de ceux qui, par superstition, étaient tentés d'y ajouter. En fait, le canon apostolique fut accepté par l'orthodoxie protestante du dixseptième siècle qui, sans renier les principes de Luther et de Galvin, s'était hâtée d'échapper aux conséquences de leur critique subjective en s'attachant aux témoignages externes de la tradition chrétienne. ^Tous les essais de cette époque se contentent d'établir Tins* piration et l'authenticité du canon ecclésiastique. Ges deux questions font tout le fond de notre science : André Rivet, f 1651, Isagogeseu introductio generalis ad S. S. V. et N. TesL; Heidegger,f 1698, Enchiridion biblicum ; Michaël Walther, Officina biblica (Lips. 1636) ; A. Galow, Criticus sacer biblicus (1673) ; A. PfeifTer, CrUica sacra (1680)^ etc. La seule inspection de ces livres montre combien la notion de notre science était encore confuse. Sans méthode précise, sans contours définis, sans indépendance, elle n'était qu'un cippendice à la dogmatique officielle, ou un répertoire pour la polémique. Le dogme de l'autorité absolue et partout égale de l'Ecriture et celui de l'inspiration littérale de tous les livres l'écrasaient. Le catholicisme, reposant sur une autre base que celle du canon, laissait en fait plus de liberté ; aussi est-ce à un catholique, Richard Simon, que revient la gloire d'avoir inauguré la période moderne en faisant entrer notre science dans la voie de l'histoire, où elle pouvait seulement trouver, avec son indépendance, une méthode positive et précise.
III. Les Allemands, qui font dater cette période historique de Semler, commettent un oubli et une injustice. Ils oublient que Semler, érudit sans génie, ne fut que le disciple de Richard Simon et de Jean Leclerc. Voilà les deux noms qui ouvrent la période moderne. La révo-
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lution qui a fait de Tisagogique une science purement historique est nettement annoncée par le titre même que Richard Simon donna à ses ouvrages sur les différentes parties de la Bible : Histoire critiqua de tA. T., 1678; Histoire critique du texte du N. T., 1689; Histoire crUiqu^ des Versions, 1690; Histoire critique des commentateurs, 1694. Le savant prêtre de FOratoire a fait plus que de trouver le véritable nom de notre science; il en a traité avec une étonnante supériorité les diverses parties ; surtout il a mis le premier en pratique la méthode qui lui est propre. Oiva pu faire plus et mieux que lui, mais en marchant dans la même voie. Le premier il a séparé TAncien et le Nouveau Testament pour les considérer Tun et l'autre d'après leurs origines particulières. L'histoire triomphait de la dogmatique et émancipait notre science en lui donnant son vrai caractère, sa méthode et son objet. Depuis Richard Simon, en effet, Tisagogique est devenue un chapitre d'histoire littéraire. Est-il étonnant qu'il n'ait pas épuisé la tâche du premier coup, que ses hypothèses soient vaincues et oubliées ? Il est évident qu'il a trop pris l'histoire de la Bible comme l'histoire extérieure de sontexte. Leclercaeu raison de le lui reprocher. Les problèmes des origines spéciales de chacun des livres du recueil n'ont pas été bien aperçus ou discutés.Yoilà ce qui rend insuffisante son Histoire critique du texte du N. T. Acôté de Richard Simon, il faut placer Jean Leclerc, qui, par ses ouvrages de critique et d'histoire, surtout par son appréciation des travaux du savant oratorien dans les Sentiments de quelques théologiens de Hollande {i&So) et la Défense de ces mêmes sentiments, deux chefs-d'œuvre de science, de pénétration et d'ironie, enfin, par son Historia ecclesiastica duorum sxculorum primorum (1617) n'a guère moins contribué que son émule a rentai- Teler Tisagogique et à faire triompher la méthode et le point de vue historiques. Après ces deux hommes, à peine pouvons-nous citer les Prolégomènes de la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques d'Ëllies Dupin et les ouvrages si indigestes et si médiocres de Dom Galmet sur la Bible , où le dix-huitième siècle et Voltaire puisèrent toute leur science. A ce moment, de France et de Hollande la direction du mouvement théologique passe en Allemagne où l'œuvre de Richard Simon et de Leclerc trouve un héritier et un continuateur dans J. S. Semler dont les Abhandlungeri von freier Untersuchung des Canons (1771-76) exercèrent une si profonde influence. De lui àdeWettc, l'isagogique lutte pour s'affranchir complètement du joug de la dogmatique et en particulier de la doctrine de l'inspiration littérale et de la divinité du canon. C'est un moment de critique essentiellement négative, nécessaire sans doute pour déblayer le terrain et préparer une construction nouvelle sur la base de l'histoire. Plus ou moins radical , ce travail de dissolution se poursuit dans les éditions successives du livre de Michaëlis, j^mfeimn^ in die gœttlichen Schrif tendes N. Bundes, (1'* éd., 1750; 4-' éd., 1788) de Ch.Schmidt, Histor. krUisehe Einleitung in die N. testamentlichen Schriften (1804-1805), d'Eichhorn, Einltitung in das N. T. (1804 et 1827), de Berthold , Histor. hritische Einleitung in die sxmmstlichen kanonischen und apocryphischen
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Schriflen des À. und N. T, (1812-1819), et atteint son terme dans le Lehrbuch der hist. krilischen Einleilung in das A. und N. T. de Wette !'• éd., 1826 ; 5"* éd., 1848; 6"« éd., pour le N. T., revue par Messner et Lûnemam, 1860). Cette critique négative suscita une critique conservatrice qui s'attachait à sauvegarder autant que possible l'inspiration et la crédibilité des documents sacrés. Tels sont les ouvrages de Hœnlein, Handbuch der Einleilung in die Schriflen des N, T. (1794- 1800), de Hug, Einleilung in die Schriflen des N. T. (l'« éd., 1808 , 4'"« éd., 1827), de F. Guericke, ITlslor. krUische Einleil. in das N. T., 1843, complètement renouvelée dans la forme à partir de la 3* éd., 1854) etc. — Il faut nous arrêter un instant à l'œuvre de de Wette qui marque un point d'arrêt, pour nous demander ce qu'étaient devenus la notion et la forme de l'isagogique, après ce grand travail critique accompli. Le programme de Richard Simon semblait oublié; tandis qu'on avait fait des progrès considérables dans la discussion scientifique des questions particulières, on avait reculé en ce qui concerne la constitution même de notre science. Tout se réduisait à la lutte de la tradition et de la critique subjective. L'élément historique était sacrifié à l'élément critique. Rien ne montre mieux l'état de désorganisation où se trouvait l'isagogique que la définition qu'en donne de Wette et le plan qu'il a suivi et que suivaient à peu près tous les théologiens de son temps. « Sous le nom d'introduction ou d'isagogique, dit-il, on a trouvé bon de réunir certaines connaissances préliminaires indispensables à une intelligence saine de la Bible, et d'en former un ensemble qui ne repose sans dpute sur. aucun principe scientifique, et reste sans liaison organique interne, mais qui a l'avantage de présenter à la fois les rapports historiques et les caractères propres, tant de la collection canonique en général, que de chacun des livres qui la composent, en particulier (voyez Lehrbuch, § 1). En conséquence de Wette divise l'isagogique en deux parties: une introduction générale au canon, qui traite de la langue originale, des anciennes traductions et de l'histoire du texte, et une introduction spéciale à chaque livre en suivant l'ordre même qu'ils ont dans le Nouveau Testament. Le fond est renouvelé sans doute ; mais les vieux cadres restent les mêmes. On a perdu l'ancienne base dogmatique ; on n'a pas encore reconquis une base nouvelle dans l'histoire. Les éléments de notre science ne sont point logiquement coordonnés et se présentent à nous comme des membra disjecia. Schleiermacher essaya,sans trop y réussir,de réorganiser notre science. Dans ses leçons de 1819*1831 et 1832, sur le Nouveau Testament, publiées en 1845 avec une introduction remarquable de Liicke, son disciple, il définit la tâche de l'isagogique comme l'efiFort de transporterie lecteur actuel du Nouveau Testament à la place et dans le milieu historique du lecteur primitif à qui les écrits apostoliques étaient adressés. Cela ne suffisait pas pour reconstituer logiquement l'isagogique. Aussi retrouvons-nous, dans V Introduction au Nouveau Teslament de Schleiermacher , la division traditionnelle en introduction générale et introduction spéciale. La seule nouveauté dans cette seconde partie
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où se fasse jour la préoccupation du point de vue historique, a été de traiter des livres apostoliques dans Tordre chronologique de leur admission dans le canon. C'est de cette façon que Schleiermacher établit la série suivante qui ne saurait contenter personne: 1"* les Ëpîtres de Paul, 2* les Evangiles et les Actes, 3* les Epîtres catholiques, 4® l'Apocalypse. Pourquoi celle-ci arrive-t-elle la dernière? n'a-^elle pas précédé dans le canon la plupart des épîtres catholiques?* Le manuel de G. G. Neudecker, Lehràuck der hist. kritisch. Einleilung in dcts N.T. (1840), si bourré dénotes et de documents, ne marque aucun progrès sérieux. — Tout autres sont les mérites des travaux de K. A. Credner qui sont une transition et une préparation à une forme nouvelle de l'isagogique : Beilrœge zur Einkiiung in die bibliscJien Schriften (4832-1838), Einleilung in das N. T. (1836), Zur Oachichte des Canons, (1847), Geschichte des N. T. Canons (édité par Volkmar, 1860). Credner revenait au programme de Richard Simon avec toutes les ressources delà science moderne. Ce qu'il voulait écrire, c'est une histoire complète du Nouveau Testament dans laquelle il distinguait cinq parties principales: 1» histoire des origines des livres particuliers du canon (introduction spéciale), 2" histoire de la collection entière ou du canon (introduction générale), 3*» histoire des versions ou de la diffusion du Nouveau Testament, 4« histoire de la consen^ation du texte, 5° histoire de l'interprétation. C'était, on le voit, un grand chapitre d'histoire littéraire que se proposait de raconter Credner. 11 n'a pas eu le temps de remplir ce plan tfop étendu et n'a donné au public que les deux premières parties. Les travaux de Baur et de l'école de Tubingue ont exercé une influence décisive sur la constitution définitive de l'isagogique en lui imposant exclusivement la forme et la méthode historique, en y faisant pénétrer la vie, le mouvement de l'histoire elle-même. Considérés strictement à ce point de vue, les livres du Nouveau Testament ne sont plus que les documents des premières évolutions du christianisme. Il s'agit de les classer dans leur ordre de succession et d'après les tendances contraires qu'ils représentent. La science ne doit plus s'arrêter à la critique purement négative des idées du passé ; elle doit reconstruire positivement l'édifice historique du premier âge chrétien en assignant à chacun de nos livres sa vraie physionomie, son origine historique et sa place logique dans l'ensemble. A ce point de Mie on peut considérer comme appartenant à l'histoire de notre science le livre de A, Schwegler , Das nackaposlolische Zeitalier (1845) où se trouve exposée la série et la genèse historique des livres qui composent le canon du Nouveau Testament. Il est remarquable cependant de constater que l'école de Tubingue n'a laissé Siucnne Introduction critique proprement dite. C'est que l'isagogique pour elle se dissolvait et se perdait dans le grand courant de l'histoire générale. La préoccupation dogmatique, exclusive rejetait dans l'ombre la critique du texte et l'histoire littéraire. Aussi ce système d'une construction dialectique de l'histoire s'est-il effondré. Néanmoins , dès ce moment, la méthode historique triomphe sur
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loute la ligne et un cadre tout nouveau surgit pour notre science. L'isagogique fapparaissait de plus en plus, affranchie de la dogmatique et de Tintérôt pratique deTexégèse, comme Thistoire littéraire du christianisme primitif et un chapitre particulier de Thistoire générale. L'isagogique, d*abord simple préface composée d'éléments divers uniquement reliés entre eux par le lien extérieur d*un intérêt pratique, est devenue une histoire dont l'importance se mesure à celle de l'objet qu'elle embrasse. En tant qu'histoire ; elle a retrouvé son indépendance et son unité. Elle n'est plus sous le joug d'aucun système théologique; elle n'a plus son but hors d'ellemême. Sans doute ses résultats ne sont indifférents ni à l'apologétique ni à la dogmatique ni à la polémique ; mais quel que soit l'usage qu'on en puisse faire, ils subsistent par eux-mêmes et gardent leur valeur en tant que vérités historiques. En même temps elle s'est débarrassée de tous les éléments qui ne lui appartenaient pas. Jadis les théories de l'inspiration, de l'autorité du canon y tenaient une grande place ; elles en ont disparu avec raison pour rentrer dans la dogmatique à laquelle elles ressortissent. Encore une fois l'isagogique: n'est plus que la constatation et l'exposition suivie des faits littéraires qui concernent le canon biblique et les livres qui le composent. Le premier livre où cette science apparut comme une science purement historique avec une pleine conscience de son principe et une forme logiquement déduite de sa nature est l'ouvrage de M. Reuss, qui porte précisément à son frontispice le titre à*Histoire trouvé par Richard Simon: Die Geschichte der heilig. Schriflen des N. T. (1" éd., 1842; 4" éd., 1864). « Le livre que je soumets à l'examen du public, disait l'auteur, doit moins justifier son apparition par son contenu que par sa méthode. A une science qui manquait, même dans les meilleurs traités qu'on en avait faits, d'un principe générateur et de cohésion organique, j'ai essayé de donner l'un et l'autre. » A l'exemple et à la suite de Credner, M. Reuss développait avec une parfaite logique et dans un ensemble harmonieux l'histoire critique du Nouveau Testament dans les cinq grandes parties de son manuel : histoire des origines des livres particuliers, histoire du canon, histoire du texte^ histoire des versions, histoire de l'exégèse. Quelque arrondi et spécieux que soit ce plan, on peut se demander cependant s'il n'est pas trop vaste, si l'isagogique doit se confondre avec l'histoire générale de la Bible, si l'histoire de la diffusion de la Bible, des versions et de l'herméneutique y sont bien à leur place. Il y a de ce côté de l'indétermination et l'on court le risque de voir notre science se transformer dans ce sens en quelque chose qui n'est plus elle. En quoi, par exemple, les versions modernes en langue vulgaire appartiennentelles au domaine de l'isagogique ? Les versions anciennes n'y tiennent elles-mêmes qu'autant qu'elles servent à la critique du texte, et doivent rentrer par conséquent dans l'histoire du texte. Enfin, puisque l'herméneutique existe comme discipline théologique indépendante, pourquoi mettre son histoire dans l'isagogique, alors que sa vraie place est dans la théorie de l'herméneutique elle-même
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(voyez Tart. ^erméheua'gue)? Aussi devons-nous donner raison à Fréd. Bleek, Einleitung in dos N. T. (1862) et à Hilgenfeld, Histo^HscIikristiche Einleitung in dos N. T. (1875), qui, tout en maintenant la forme historique de notre science Font réduite à ces trois parties essentielles : histoire des livres particuliers, du canon et du texte.
IV. Dans la critique que nous venons de faire du plan de Gredner et de Reuss, il y a toutefois autre chose encore qu'une question de limites. 11 s'agit au fond de la notion même de notre science ; il s'agit de savoir jusqu'à quel point elle garde son caractère théologique. Il devient évident qu'avec Gredner, Reuss, auxquels il faut joindre le nom de Hupfeld, Ueber Begriffund Méthode der sogenannten biblischen Einkilung (1844), l'isagogique se détache du rameau des sciences théologiques pour devenir un chapitre de l'histoire littéraire générale. C'est l'histoire littéraire du christianisme à son premier âge. Les limites mêmes du canon ecclésiastique sont franchies et brisées et il n'y a plus de raison de distinguer entre les livres canoniques et apocryphes. Le but change; il ne s'agit plus d'expliquer le fait littéraire du Nouveau Testament, mais de faire un tableau vivant et complet d'une époque donnée de la religion chrétienne. A ce point, l'isagogique doit perdre son nom ; car elle ne mène et n'introduit plus à rien; elle n'a plus d'objet déterminé, ni de limites précises. C'est la dissolution d'une science théologique dans l'encyclopédie générale des sciences humaines. Si ce mouvement qui a emporté ainsi l'isagogique et l'a dissoute sous le prétexte de l'émanciper, était absolument légitime, on ne voit point pourquoi toutes les autres sciences théologiques ne suivraient pas la même voie et n'auraient pas le même sort. La dogmatique s'évanouirait dans la philosophie, l'homilétique dans la rhétorique et ainsi de toutes les autres. Il n'y aurait plus de théologie. Qui est-ce qui donne à la science théologique en général et à chaque discipline particulière leur caractère spécial, sinon l'intérêt, pY*a tique de l'Eglise qu'elles doivent servir? Donc, tant qu'il y aura sur la terre une Eglise, il y aura une science théologique qui se distinguera de la science en général par le but particulier et l'intérêt pratique qu'elle poursuit et doit poursuivre sous peine de se suicider. Si nous appliquons ce principe mis en évidence par Schleiermacher, à l'isagogique, on voit qu'elle ne peut subsister dans l'enceinte de la théologie, qu'à la condition de maintenir la notion du canon biblique qui lui est fournie par l'Eglise et sans laquelle il est impossible de lui tracer des limites qui ne soient pas arbitraires. Baur, réagissant contre les conséquences de son propre système, l'a prouvé avec une grande force de démonstration dans nne série d'articles des Tubing. Jahrbûcher, 1850, lY et 1851,1, II, III, Die Einleitung in dos N. T, als theologische Wîssenchaft. Il a montré que l'isagogique n'avait pas seulement à faire l'histoire littéraire du siècle apostolique, mais qu'elle avait un objet déterminé, l'étude du canon biblique, et que dès lors, elle avait à faire aussi bien la critique des idées traditionnelles sur ce sujet qu'à raconter et à reconstituer la genèse historique des livres particuliers et du recueil où ils ont été