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cours; mais c'est une erreur manifeste des ponctualeurs. Le discours a sa conclusion naturelle au verset 14, et non au v. 16 ou 17. Le V. 18 : « Et TEternel fut ému de jalousie en faveur de^ son pays n doit être précédé au moins d'un verbe au parfait; sans cela le futur avec vav conversif ne se comprend pas. Le prophète ne peut avoir dit que Dieu prit pitié de son peuple sans, avoir dit auparavant que le peuple s'était humilié. Enfin, la plus grande partie des versets 15-17 n'est que la répétition fastidieuse d'expressions déjà employées par le prophète (cf. II, 1» ; I, 14. 9»». 13). Pour tous ces motifs il me parait évident qu'il faut considérer comme des parfaits, et non comme des impératifs ou des optatifs, tous les verbes des v. 15 et 16. et comme des imparfaits les deux premiers verbes du v. 17. Ainsi : « 071 sonna de la trompette en Sion... On proclama un jeûne, etc.. L'époux sortUde sa chambre, etc.. Entre le portique et l'autel les sacrificateurs pleuraient et disaient : Aie pitié, ô Eternel, de ton peuple, etc.. Et l'Eternel fut ému de jalousie en faveur de son pays, etc.» Nous obtenons ainsi un développement régulier de la pensée du prophète, et toutes les difficultés signalées plus haut disparaissent à la fois. — Depuis Credner, la plupart des critiques s'accordent à penser que Joël vivait au commencement du règne de Joas, après le renversement d'Athalie (vers l'an 840, d'après la chronologie qui résulte des documents assyriens), lorsque ce roi, jeune encore, suivait docilement les conseils du grand-prêtre Joyada qu' 1 avait rétabli sur le trône, et que le sacerdoce exerçait dans le royaume de Juda la plus heureuse et la plus légitime influence. C'est en effet l'opinion qui rend le mieux compte du contenu du livre. En tous cas, Joël est antérieur à Amos, qui le cite en propres termes (cf. Amos I, 2, à Joël IV, 16). De plus, il' reproche aux Phéniciens et aux Philistins d'avoir pillé le temple de Jérusalem et vendu les enfants de Juda aux enfants des Grecs (IV, 4 ss.), et il reproche aux Egyptiens et aux Edomites d'avoir répandu du sang innocent dans le pays des enfants de Juda (IV, 19). Ce qui, dans ces reproches, se rapporte aux Egyptiens fait probablement allusion à l'invasion en Judée et à la prise de Jérusalem par Sisaq (Sheshonq) sous Roboam ; ce qui se rapporte aux Phéniciens, aux Philistins et aux Edomites, ne peut s'expliquer que par la prise de Jérusalem sous le règne de Jorafl», répoux d'Athalie (2 Chron. XXI, 16). Amos, qui prophétisa peu apr^* Joël, fait des reproches analogues à la ville philistine de Gaza, à Tyr et à Edom (I, 6. 9. 11); et le prophète Abdiah, qui n'était pas contemporain de l'exil, comme on le croit communément, mais antérieur à Joël, qui le cite (IIÏ, 5 ; cf. Abd. 17) et limite en divers endroits (cf. Jo. IV, 3 à Abd. 11 ; Jo. IV, 4. 7 à Abd. 15; Jo. IV, 8 à Abd. 18; Jo. IV, 14 à Abd. 15; Jo. IV, 17 à Abd. 17, et Jo. IV, 19 à Abd. 10), reproche aussi aux Edomites d'avoir pillé Jérusalem. La citation d'Amos exclut les diverses opinions qui ont placé Joël après le règne d'Ozziah : celle de Bertholdt, qui le plaçait sous Hézéqiah; celle de Jahn, sous Manassé ; celle de Schrôder, vers la fin de la monarchie juive, et celle de Valke, Hilgenfeld et M. Maurice Vernes, après l^
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retour de Texil. D'autre part, Tallusion à la prise de Jérusalem et la citation du verset 17 d'Abdiah (Jo. ïll, 5), exclut l'opinion de Bunsen qui voulait que JoCl eût écrit de quinze à vingt-cinq ans seulement après la prise de Jérusalem par les Egyptiens, sous le règne de Roboam. Ce prophète vécut donc entre le règne de Joram et celui d'Ozziah. Quelques critiques, Vitringa, Knobel, Bleek, etc., veulent qu'il ait vécu peu avant Amos, au commencement du règne d'Ozziah, parce que, comme Joël, Amos parle de sécheresses et de ravages causés par les sauterelles (Am. IV, 6-9), dont ils désignent ' l'un et l'autre une certaine espèce par le nom de gàzâm, qui ne se lit nulle part ailleurs. Mais cette coïncidence curieuse ne suffit pas à prouver qu'il s'agisse dans les.deux cas de la môme sécheresse et de la môme invasion de sauterelles. Cette opinion, dépourvue de base sérieuse, est réfutée par les deux considérations suivantes : 1° Si Joël a.vait prophétisé après le règne de Joas, il aurait, comme Amos (I, 3-5), mentionné les Araméens parmi les ennemis du peuple de Dieu, car la fin de ce règne fut attristée par l'invasion de Hazaël (2 Rois XII, 18 ss. ; 2 Chron. XXIV, 23). 2° En abaissant en deçà des règnes de Joas (iO ans), et d'Amatsiah (29 .ans?) la composition du livre de Joël, on s'éloigne trop de la prise de Jérusalem sous Joram, pour pouvoir expliquer par cette catastrophe les apostrophes si vives et si éloquentes du prophète aux Phéniciens et aux Philistins (IV, 4). Joël a donc prophétisé avant la fin du règne de Joas. Comme il est clair qu'il n'a pas prononcé de tels discours sous la domination d'Athaliah, on ne peut hésiter qu'entre les quelques dernières années de Joram et celle d'Akhaziah, d'un côté, et, de l'autre, le commencement du règne de Joas. La première hypothèse a été proposée par Fiirst (Geschichle (1er bibL Lileratur, II, 203), qui sait positivement que l'invasion de sauterelles eut lieu « à la fin de l'été de l'an 885 « (d'après l'ancienne chronologie, que les documents «issyriens forcent d'abaisser d'une quarantaine d'années) « sous le jeune et faible roi Joakhaz » (Akha-' ziah). Mais la grande influence dont jouissait le sacerdoce au moment où Joël prophétisa, l'absence de toute allusion à la royauté, et, ce qui est plus significatif encore, l'absence de tout reproche didolàtrie, conviennent beaucoup mieux à la minorité de Joas qu'au règne de l'époux ou du fils d'Athalie, qui « marchèrent dans la voie de la maison d'Achab. » — D'après le contenu de son livre, il est clair que Joël viva'it à Jérusalem, et il est probable qu'il était lévite. C'est tout ce que nous savons de lui. Au point de vue litténiire, ce livre est une des productions les plus belles et les plus achevées de la littérature prophétique. Nous avons vu qu'Amos le cite, et il l'imite ailleurs (Am. IX, 13; Joël IV, 18). Esaïe et Nahoum lui ont emprunté des expressions caractéristiques (Es. XllI, 6; Jo. I, 15; Nah. II, 11 ; cf. Jo. Il, 6), et le second Zakarie (XIV, 8) une de ses plus belles imiges (cf. Jo. IV, 18), qui, développée par Ezéchiel (XLVII, 1-12)^ a passé dans les discours de Jésus (Jean IV, 10. 14; VII, 38), et dans TApocalypse (XXII, 1.2). Ch. Bruston.