JORNANDÈS
que. C'est à ces données bien incomplètes et bien insuffisantes que se borne ce que nous savons de la vie de Jornandès. On ignore quel fut le ^iège qu'il occupa. Quelques historiens ont pensé à Ravenne ; mais -comme aucun fait historique ne vient confirmer cette supposition, Selig Cassel (Magyarische AlUrihûmer, Berlin, 1848, p. 293 ss.), a proposé la ville de Grotone. Il cite à Tappui de son hypothèse la proximité des biens de Gassiodore, dont Jornandez connaissait Tadminis- •trateur; car c'est de lui qu'il emprunta, pour troi« jours seulement, rhistoire des Goths de cet auteur, et fait remarquer ensuite qu'un écrit du pape Vigile (Mansi, ConciL Collect., ix, 60) mentionne un évoque de Grotone, portant le nom de Jordanis. Mais on ne sait rien de certain sur ce sujet. Les écrits de Jornandès qui nous sont parvenus, ne sont que des compilations. Ils sont dignes néanmoins de l'attention de l'historien, parce qu'ils remplacent des sources perdues aujourd'hui et parce. que l'auteur ne se borne pas à rapporter les faits que d'autres ont racontés avant lui, mais s'applique à instruire le lecteur et à faire servir les leçons de l'histoire à la conversion de l'âme ^Dieu {Deregn. success. ep. ad. Vigil.), Orthodoxe convaincu', il combat les ariens. Admirateur du passé de sa nation, il raconte quelquefois son histoire au détriment de celle des autres peuples, et plein d'adîhiration pour la grandeur de Rome, il voit avec plaisir l'union <iéfînitive des Goths et de l'empire. — .Gédant aux instances de Gastalius, Jornandès résume, vers Tan 531 {De reb. goth,^ cap. xix) les douze livres de Gassiodore sur l'histoire des Goths [Duodecim senatoris volumina de origine actibtisque Getarum). Après une esquisse cosmo- :graphique, il décrit les anciens sièges occupés par les Goths, la Bretagne, la Scandinavie et la Scythie et expose l'histoire de ce peuple jusqu'au règne de Domitien. Puis il donne la généalogie des Amales et le récit des luttes soutenues par les Gètes ou Goths contre les Gépides, les Vandales et les Huns, etc., et termine par les destinées de l'empire de Théodoric le Grand et les campagnes de Bélisaire. D'anoiennes traditions et des chants héroïques sont mêlés à la narration, -qui est tout entière empruntée à l'œuvre de Gassiodore (Henr. de Sybel, De fontibus libri Jordanis de origine actuque Gelarum Diss. Beroi., 1838; Wsiiiz, GôUing, Gelehrt. Anz., 1839, p. 769; G. Schirren, De ratione qvœ inler Jordanépi et Cassiodàrum intercédai^ Comment., Dorpati, 1858). Dans son autre ouvrage, Jornandès donne une rapide -esquisse de l'histoire du monde (Jordani episcopi, De origine mundi €l aclibus Romanorum cxlerariivique gentium, ou Dercgnorumet temporum successione). La préface nous enseigne que c'est pour répondre au -désir exprimé parle pape Vigile d'apprendre à connaître les destinées du monde, que Jornandès a composé ce court aperçu de l'histoire universelle, qui prend son point de départ à la création du monde, et passe en revue l'histoire des Assyriens, des Mèdes, des Perses, d'Alexandre le Grand et de Rome jusqu'à la vingt-quatrième année de Justinien (551). Ges deux ouvrages, que Sigheri {De script. ecc/.,35) -considère comme un seul tout, ont été souvent imprimés. Le premier, editioprinceps, G. Peutinger, Aug. Vindelic, 1515, in-f», avec
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Paul Warnefrid; ex reeognil Bonav. Vulcanii, Lugd. Bai., 1618, et Hugo Grotius, Amstel., 1655, in-8*. Avec les œuvres de Gassiodore: Fornerius, Paris, 1588, in-f*, et Garet, Rotomag., 1679, in-^ Cette dernière édition aété reproduite dans Muratori, Script, Rer.hal., MedioL, 1723, in-f, ï, 189. Le deuxième écritdeJornandèsaété publié pour la première fois par Beatus Rhenanus, Basil., 1531, in-f*, et par Fr. Lindenbrog, Hamb., 1611, in-4'»; cf. les collections des historiens romains et les bibliothèques des Pères. — Voyez J. Voss., De liisior, Lat., II, 20, p. 241 ; A. Fabricii, Bibl. /al., HI, 17, t. I, 660; 1. 111,251; Kœpke, Deutsche Forschung, Berlin, 1859, p. 44; J. Jordan, Jqrdanes Leben und Schriflen, Ansbach, 1843-4 ; Chr. F. Bœhr, Gesch. dtr t'ém. Lit., IV, 28 éd., Carlsr., 1872, p. 249, et les traductions françaises deDrouet de Maupertuis, 1703, et de Savagner, 1849. ëug. Stern.
JOSABETH. Voyez Joas.
JOSAPHAT (Vallée de), lieu fictif, où le prophète Joôl place la vision qu'il raconte (IV, 2 ss.), et que les uns ont cherché près de la mer Morte, au désert de Thécué, tandis que les autres, en plus grand nombre, appellent de ce nom Tétroit et profond vallon qui sépare la colline de Morija de la montagne des Oliviers et qui est arrosée par le Gédron.
JOSAPHAT [Yehosâphât; 'Icoffa^pax], fils et successeur d'Aza, roi de Juda, dont le règne dura vingt-cinq ans, de 914 à 889 av. J.-C., et qui fut un des plus dignes héritiers de David (1 Rois XV, 24 ; cf. XII, 42). Il était pieux, sans toutefois abolir les sacrifices sur les hauts lieux, chassa les idolâtres du pays, essaya, mais sans succès, de rétablir la navigation à Ophir, et fit, dé concert avec Achab, roi dlsraôl, une guerre infructueuse aux Syriens, afin de reconquérir la forteresse de Ramoth dans le pays de Galaad. Plus tard Josaphat s*allia au roi d'Israël Joram, pour entreprendre une expédition contre les Moabites, qui avaient refusé de payer le tribut; grâce àTappui qu'elles trouvèrent chez leslduméens, les armées alliées purent remporter quelques avantages, mais sans pouvoir les poursuivre efficacement (2 HoisIUj. La relation postérieure du livre des Chroniques (2 Ghr. XVll-XX] est plus flatteuse pour la mémoire de Josaphat ; d'après elle il aurait fait disparaître complètement le culte des hauts lieux (XVII, 6 ; cf. XX, 33), montré une gran'de sollicitude pour l'instruction du peuple par les prêtres et les lévites ^XVII, 7 ss.), exercé avec zèle la justice (XIX, 5 ss.), fortifié les villes (XVII, 12), établi des magasins de Wé (XVII, 12), reçu les hommages des peuples voisins (XVII, 11), et Dieu l'aurait protégé d'une manière miraculeuse dans un combat contre les Syriens (XVIIl, 30: cf. 1 Rois XXII, 32). De môme une incu^ sion des Moabites, des Ammonites et des Iduméens, au sud de Juda, aurait été arrêtée d'une manière miraculeuse (2 Ghron. XX), grâce à l'intervention des prêtres.
JOSEPH (Yoséph, c'est-à-dire il ajoute ou il enlève, selon qu'on fait dériver le mot de Yasaph ou de 'Asaph; les deux étymologies sont justifiables, dans la première on songe à Joseph, dans la seconde à Rachel, dont l'opprobre cesse avec la naissance de son
fils), onzième fils de Jacob et premier-né de Rachel, favori de son père comme «fils de sa vieillesse », est le dernier des enfants do Jacob né en Mésopotamie avant son émigration. Les documents qui racontent l'histoire de Joseph doivent être ramenés, même d'après les auteurs les plus conservateurs {DeMizsch, Comriientar zur Genesh),h trois traditions différentes. A partir du ch. XL de la Genèse, à part quelques fragments (XLVI, 8-27 ;XLVII, 7- 11 ; L, 11. 12)qui sont dus à celui qui a donné la forme actuelle au récit, la narration présente un tout complet, dont les différentes parties se tiennent par une action continue; la langue est la mêmeet l'emploi constant du mot Ëlôhîm indique une source élohistique. Les fragments cités ci-dessus et les ch. XLIX, 1 ; XXVIII-XXXIII appartiennent à la tradition la plus ancienne, tandis que les ch. XXXVII et XXXVIII donnent la double tradition. Les divergences toutefois sont peu sensibles et n'autorisent pas l'hypothèse de Tuch {Gencsis), qui parle de contradictions insolubles, mais il était nécessaire de les signaler. Rappelons rapidement les faits les plus importants rapportés par la Genèse. L'affection que Jacob témoigne à son fils et l'arrogante fierté de celui-ci ont excité la jalousie de ses frères. Ils se débarrassent de lui, d'après une des versions, à l'incitation de Ruben, d'après l'autre à celle de Juda, en le vendant à des Madianites qui allaient de Galâad en Egypte. Arrivé dans le pays, il fut vendu comme esclave à Putiphar, chef des eunuques, dont la femme veut le séduire. Ayant résisté à sa tentation, Joseph est accusé par elle et jeté en prison. Là, il gagne rapidement la confiance du chef et est chargé de la garde des prisonniers et surtout de deux fonctionnaires de la cour (Gen, XXXVII, 25-27 ; XXXIX, 1; XL, 1 ss.). Ayant prouvé vis-à-vis d'eux son habileté à interpréter les songes, Joseph est recommandé par le grand échanson, rentré en faveur, au roi qu'inquiètent deux songes (la captivité de Joseph avait duré deux ans). Amené en présence du Pharaon, Joseph lai explique les songes que les prêtres n'avaient pu dévoiler, et est chargé lui-même d'exécuter les mesures qu'il a conseillées. A l'âge de trente ans (Gen. XLl, 46), le pauvre esclave Israélite devient premier fonctionnaire de TEtat et garde des sceaux , est admis dans la plus haute caste égyptienne et épouse la fille de Potiphéra, prêtre de On (Héliopolis); il s'appelle désormais « le Salut du inonde » ou « le Soutien de la vie ». Les prédictions de Joseph se réalisèrent ; pendant les années d'abondance, il accumule dans les greniers de l'Etat d'immenses provisions qu'il vendra plus tard, pendant les années de disette, aux Egyptiens et aux peuples voisins. La disette éclate ; tout le monde environnant va s'approvisionner en Egypte, les fils de Jacob y viennent aussi, une première fois sans Benjamin (Gen. XLII). Suivent les scènes admirablement décrites de l'entrevue de Joseph avec ses frères, qu'il reconnaît immédiatement, les traitant durement, leur suscitant des difficultés toujours nouvelles, mais rejetant à la fin le masque dont il s'était couvert, par ce cri du cœur : « Je suis Joseph, mon père vit-il encore? » Après avoir, avec une touchante affection, calmé les appréhensions de ses frères, il les
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invite, sur Tordre du Pharaon, à venir, avec leur père, demeurer en Egypte. L'émigration a lieu, et toute la famille de Jacob va habiter au nord-est du pays, dans le territoire de Gosen (voir art. Gosen). Le narrateur raconte ensuite comment Joseph administra le pays pendant les années de disette, acquérant peu à peu Targent, le bétail, les terres et finalement les habitants comme propriété du roi, à l'exception des prêtres qui étaient nourris aux frais de l'Etat. A partir de cette époque, les cultivateurs n'étaient plus que les paysans de la couronne, Ifeurs terres étant des fiefs royaux et annuellement le cinquième de leurs revenus devait être versé dans les caisses de l'Etat (Gen. XLVII, 13-26). Le récit de la Genèse se termine par le voyage de Joseph pour ramener, conformément à sa promesse, le corps de Jacob en Chanaan. Il mourut à l'âge de cent dix ans (Gen. L) ; d'après Exode XIII, 19, et Josué XXÏV, 32, son corps fut ramené plus tard par les Israélites et inhumé à Sichem. Peu de figures de l'Ancien Testament sont devenues aussi populaires que celle de Joseph. La cause en est, sans doute, à l'art infini et à la simplicité avec laquelle son histoire nous est racontée. Ce qui donne à cette narration un charme incomparable, c'est la vérité qu* elle respire, cette foi naïve et enfantine qutî Dieu tournera tout à bien, et surtout cette certitude rassurante que les fautes commises pourront être rachetées par une repentance sincère et oubliées par une affection véritable. La manière dont Joseph a reçu ses frères a choqué bien des critiques; nous y voyons au contraire un de ces traits véritablement humains dont l'Ecriture nous offre tant d'exemples, carie triomphe de l'aff^ection fraternelle est d'autant plus grand, quand elle se manifeste après un moment de dureté. Cette histoire, et nou^ le disons avec une intime conviction, porto le cachet de la véracité. En en retranchant môme ce que la critique y a trouvé de choquant, il reste de ce récit tant de faits et tant de sentiments si profondéments vrais, qu'on ne saurait les rejeter. Au surplus la véracité de ces chapitres de la Genèse est corroborée par la connaissance profonde de la situation de l'Egypte d'alors. Ce qui y est raconté au sujet de la séparation des castes, de la répulsion contre les influences du dehors, de la position réciproque des bergers et des éleveurs, de la manière de traiter les cadavres, est confirmé par les historiens profanes (Diodore de Sicile, Hérodote et d'autres). Une seule difficulté subsiste, à savoir sous quel Pharaon Joseph a gouverné le pays. Les réponses à cotte question sont nombreuses, mais aucune n'est déflnitive. 11 nous semble qu'elle tient à la solution d'autres questions, à savoir sous quel Pharaon vécut Moïse (voir art. Moïse) et combien de temps dura le séjour des Israélites en Egj'^pte. Si les quatre cent trente années de séjour indiquées par l'Exode (XII, % subsistent comme vérité historique, l'émigration de Jacob tombe à l'époque des Hycsos, ce qu'on a toujours assez généralement admis. — Sources : Eusèbe, Chronicon, éd. Aucher, Venise, 1818; Brugsch, Hist, d'Efiypte, Leipzig, 1859; Ewald, Gesch, des Volkes Israël I, i 86-4-68; Lopsius, Die Chronologie der jEgyylcy^ Berlin, 1849, et Kœuigsbudi der