JOSEPH DE CALASANZIO — JOSEPH
s'y occupa pendant vingt ans de rinstruction des enfants abandonnés, des pauvres et des malades. l\ s'associa quelques personnes pieuses que Paul V réunit en congrégation simple et libre en 1617, avec les vœux simples et le droit de dresser des constitutions. En 1621, Grégoire XV fonda déflnitivement Tordre sous les noms de clercs réguliers, pauvres de la Mère de Dieu et des écoles pieuses. 11 furent appelés par le peuple scolopi en Italie et piaristes en Espagne.
JOSEPH (le Père), fils de Jean Leclerc du Tremblay qui fut successivement ambassadeur de France à Yenise, chancelier du duc d'Alençon, président aux requêtes au parlement de Paris, et de Marie de Lafayette qui en se mariant avait abjuré le calvinisme, naquit à Paris le 4 novembre 1577. Il était destiné, en qualité d'aîné, à la carrière des armes ou à la diplomatie ; il fit, jeune encore, des voyages d'instrucfion en Italie et en Allemagne, ass ista au siège d'Amiens, fut attaché à l'ambassade française de Londres. Mais François Leclerc, sans tenir compte des répugnances de sa famille et surtout de sa mère, entra en religion et se fit recevoir à Orléans dans Tordre de Saint-François le 2 février 1599 sous le nom qu'il a rendu célèbre de Père Joseph. Dès ses débuts on put voir qu'il avait plus de penchant pour la vie active que pour la retraite et la méditation. Il prêche avec succès dans plusieurs villes, réforme des maisons religieuses, en fonde de nouvelles dans l'ouest de la France, se met en rapport avec les princes et princesses de la famille royale. En 1611 il fit la connaissance de l'évoque de Luçon au prieuré des Roches. Richelieu et le Père capucin ne tardèrent pas à se lier d'étroite amitié : celui-ci qui était directeur de conscience d'Antoinette d'Orléans, qui s'employait pour réconcilier Gondé avec le roi pDur ramener la paix à la cour, rendit de nombreux services à son ami. Il le consola et l'exhorta dans la disgrâce après la mort de Goncini, il contribua plus que personne à le faire rappeler en 1618 et à le rapprocher du favori du roi, de Luynes. Les affaires et les intrigues politiques n'empêchent pas le Père Joseph de poursuivre des projets de réforme, ni de s'occuper activement de la conversion des huguenots. Envoyé à Rome en 1616 il entretient le pape Paul V de ses grands desseins, des moyens de relever l'Eglise de France et de ramener les calvinistes. Secondée par les circonstances, son ambition ne s'arrêta pas là; il veut envoyer des missions dans le Levant et appeler au besoin l'Europe sous les armes pour combattre les iniidèles. Paul V lui promet son appui. A la mort d'Achmet le moment semblait propice. Joseph fonde une railice chrétienne qui devait compter, pour commencer, cinquante mille chevaliers et se décide à reprendre la guerre sainte ; il exhorte la chrétienté en prose et en vers, il consacre solennellement dans la cathédrale de Nevers, en qualité de délégué du pape, la milice et lui fait prêter serment. La guerre sainte, comme on sait, ne se fit pas; mais le nouveau Pierre l'Ermite ne perdit pas courage : il continua de prêcher, de recruter des croisés et, en attendant que l'Europe se mît en branle, il envoya des capucins pour préparer les voies, en Grèce, dans les îles de la Méditerranée, en Arménie, en Palestine et
dans le nord de l'Afrique. Ces missionnaires, qui étaient nombreux, rendirent des services signalés à la France et à leur chef qui connut par leurs rapports la situation exacte des pays de TOrient et qui forma ainsi des agents diplomatiques habiles et expérimentés. Dans Tintervalle, Richelieu avait repris sa place dans les conseils du roi. Le Père Joseph Taida de son influence, et s'il n'a pas contribué, comme on l'a prétendu, à lui faire obtenir le chapeau de cardinal, il fit du moins tout ce qu'il put pour lui assurer la place de premier ministre. Le chapitre d'Orléans l'envoie auprès d'Urbain VIII qui l'accueille avec les plus grands égards; après s'ôtre acquitté à Rome de la- mission que son ordre lui avait confiée, il refuse les dignités qu'on voulait lui conférer et se voue aux affaires de l'Etat. De retour en France il travaille avec Richelieu dont il devient en peu de temps le collaborateur le plus actif et le conseiller le plus écouté. Il prend part aux négociations de la paix de Monçon (1626), il révèle au cardinal le complot d'Ornano. En 1627 nous le trouvons devant La Rochelle, où il remplit les fonctions d'aumônier; mais tout en prêchant, en confessant, en visitant les hôpitaux, il trouve des loisirs pour conférer avec les espions, pour suivre sinon diriger les travaux du siège. Après la prise de la Rochelle, il consacre l'hôtel de Rohan et le transforme en couvent de capucins. L'année suivante il accompagne le roi et Richelieu en Italie, franchit bravement à cheval le pas de Suze, négocie avec le duc de Mantoue, puis revient en France, assiste au siège de Privas et, la paix d'Alais étant signée, il ordonne de démolir les temples construits en contravention de l'Edit de Nantes et de renvoyer de France les ministres étrangers. La diète de Ratisbonne venait de s'ouvrir. Brularl de Léon était chargé d'y représenter Louis XIII; le Père Joseph, en raison de la confiance toute particulière que le roi avait en lui, fut appelé à seconder Brulart et à « faire connaître les intentions sincères » du gouvernement français. On a prétendu que le moine-diplomate « imbu des maximes de la politique la plus raffinée, s'est uniquement appliqué à surprendre les prindes d'Allemagne et qu'il a méprisé toutes les règles de la bienséance et de l'honnêteté. » C'est trop dire. Joseph qui connaissait à ce moment les négociations poursuivies avec Gustave-Adolphe, n'a rien fait ou rien pu faire pour séparer les électeurs protestants de l'empereur; les membres de la Ligue, bien avant son arrivée, étaient résolus à exiger le renvoi de Wallenstein. Sur un point seulement sa conduite prête à la critique et au blâme. Ses pouvoirs et ceux de Brulart étaient nettement définis ; ils se bornaient aux affaires d'Italie pour lesquelles seules ils étaient autorisés à traiter avec l'empereur. Joseph, qui voulait à tout prix obtenir une trêve dans l'intérêt de nos armées compromises à Casai, voyant que Ferdinand ne se déciderait à suspendre les hostilités que si Louis XIII s'engageait à ne pas soutenir les ennemis de l'empire, prit hardiment son parti et signa la paix du 13. octobre 1630 sans promettre toutefois en termes positifs qu'elle serait ratifiée par son souverain. La maladie du roi, les intrigues des deux reines, les anxiétés de Richelieu menacé de perdre le pouvoir d'un instant à
Taulre ont-elles arrête l'envoi de nouvelles instructions ou Joseph s'est-il hâté de conclure avant la chute du premier ministre, au risque d'être démenti et de tomber en disgrâce? Il est diftîcile de répondre h cette question. Ce qui est certain, c'est que le' cardinal fut très irrité : « De Léon et le capucin, dit-il à Gontarini, se sont laissé tromper par ces princes électeurs ; ils ne devaient traiter que des choses d'Italie... et en outre d'un traité ils ont fait une alliance entre nous et Tempereur, alliance honteuse, préjudiciable et fâcheuse pourtous nos amis. Je veux me retirer dans un cloître et me libérer de ces continuels soucis qui pour moi sont autant de peines de mort. » Fort heureusement il ne se retira pas dans un cloître ; il trouva plus simple . d'y faire entrer Joseph et de désavouer ses agents qui, en somme, l'avaient trop bien servi. La pénitence du Père Joseph ne dura guère; le cardinal, peu de temps après, lui assigne une pièce à coté de son appartement au Louvre, à Fontainebleau, dans toutes les résidences royales ; Louis XIII lui accorde un traitement ainsi qu'à ses quatre secrétaires, et c'est à partir de cette époque qu'il devient un personnage dans l'Etat et qu'il. fait grande figure.
Il a des laquais insolens
Qui jurent comme ceux des gens,
Il a suivant et secrétaire.
Il a carrosse, il a litière.
Il se peut après tout que le capucin parvenu ait donné à rire, mais il faut reconnaître qu'il avait mérité'sa haute situation par ses services et par ses talents et qu'il justifiait la confiance du cardinal par son ardeur au travail et par son esprit et son caractère énergiques; occupé dans la journée à recevoir en audience les ambassadeurs étrangers, à revoir des dépêches ou à en dicter, il passait ses soirées avec Richelieu. C'est dans ces conversations rntimes avec le tout-puissant ministre que se discutaient les grandes questions de la politique extérieure. Le Père Joseph avait au sujet des dangers qui menaçaient l'Europe des idées bien arrêtées : il dit, dès 1629, « qu'il est évident à tout homme de bon sens que la chrétienté est travaillée par deux factions redoutables : l'une est celle des protestants qui combattent la religion, l'autre est celle de la maison d'Autriche qui opprin^ela liberté. » Pas plus que le cardinal il ne voulait abandonner à d'autres le soin de'défendre l'Eglise catholique, mais tout en recommandan aux agents français de « faire tout ce qu'il se pourra au monde en sa faveur, tant pour Dieu que pour Sa Majesté, » il était d'avis de rechercher surtout l'alliance des ennemis des Habsbourg sans se soucier de leur religion. Il n'est guère facile, même en étudiant les correspondances diplomatiques du temps, de faire la part au Père Josep dans les négociations qui décidèrent Gustave-Adolphe àintervenire Allemagne, les Etats du sud à signer l'union de Heilbronn, le d« Bernard de Saxe-Weimar à se mettre au service de la France. On s^ tromperait assurément en lui attribuant l'initiative des graves re» unions que le gouvernement dut prendre de 1630 à 1638 et peut-^l''
môme en le représentant comme un second-premier ministre ; les contemporains ont exagéré son influence parce qu'elle était occulte et son importance dans FEtat parce. qu'elle contrastait avec l'habit modeste du capucin. Mais les papiers d'Etat publiés par M. Avenel, les rapports des agents d'Allemagne char^gés de traiter avec Richelieu, la correspondance de Grotius, ministre de Suède^ à Paris, suffisent à établir sinon qu'il a été fabro e proposilore di lutte le negotiationi d'Alamagna e del Norie, comme dit Siri, du moihs qu'il était tenu au courant des affaires les plus secrètes et qu'il connaissait mieux que personne les desseins du cardinal. Il envoya des instructions à Gharnacé, ambassadeur de France auprès de Gustave-Adolphe, à del'Isle, Lagrange aux Ormes, Saint-Etienne, chargés d'affaires auprès des princes protestants et des villes d'Allemagne ; après la mort du roi de Suède, quand la cause luthérienne sembla perdue, que les électeurs de Saxe et de Brandebourg se disposaient à se ralliera l'empereur, ce fut son cousin, le marquis de Feuquières, qui entreprit sous sa direction et à sa recommandation une campagne diplomatique couronnée de succès. Les députés des alliés de la France, les représentants des puissances étrangères étaient reçus par « l'Eminence grise » ; les princes allemands eux-mômes, quand ils venaient à Paris pour réclamer des subsides ou pour signer un traité, se voyaient obligés d'écouter les observations du Père Joseph et d'en tenir compte. Grotius, Bernard de Saxe-Weimar et d'autres se plaignent de son arrogance et de son indiscrétion ; un agent de la confédération de la Haute-Allemagne raconte à la date de 1633 une longue conversation qu'il eut avec le cardinal et son aller ego. Ce dernier, laissant au ministre le soin d'exposer les raisons qui empêchent la France de faire la guerre aux catholiques allemands, parle en faveur de la tolérance religieuse, déclare^que l'autorité du souverain sur les consciences est nulle, que la doctrine politique, ejus religio cujus regioy vient du diable, et que Dieu seul opérant par le saint Esprit peut amener la conversion des âmes. Il se rappelle et il rappelle fort à propos à son interlocuteur qu'il est moine, car à l'entendre plaider la cause de la liberté des croyances, on aurait pu aisément l'oublier. En général Joseph, qui n'avait pas de responsabilité à encourir, était porté aux actes décisifs et proposait à Richelieu les voies les plus courtes pour arriver au but ; s'il n'eût tenu qu'à lui l'Espagne eût été expulsée dès 1636 de Tltalie par les efforts réunis du pape Urbain YIII, du duc de Modène et de la France; c'est sur ses instances que Louis Xlll résolut d'appuyer, en 1638, la révolte des Portugais et engagea les mécontents à s'entendre et à proclamer roi le duc de Bragance ; on prétend môme qu'il fomenta les troubles en Ecosse pour détourner l'attention de l'Angleterre des affaires du continent. Dans les heures difficiles, il déploya autant de fermeté de caractère qu'il avait de hardiesse d'esprit. « Ne s'étonnant pas aisément, net manquant jamais de remèdes aux maux », il sut relever plus d'une fois, après Noerdlingen et après la prise de Gorbie, pour ne citer que <leux exemples, le courage abattu de Richelieu et lui faire reprendre
4i0 JOSEPH
confiance en lui-môme et dcins l'œuvre qu'ils poursuivaient ensemble. Avec les années, le Père Joseph s'était rendu indispensable au «cardinal qui avait recours à tout instant à ses conseils et à son expérience. On raconte qu'à son lit de mort Richelieu le consola, essaya de le ranimer en lui criant-: « Courage, Père Joseph, Brisach esta nous! » qu'après avoir perdu cet aide fidèle et habile, il se sentit abandonné et crut que tout allait lui manquer (18 décembre 1638). Les honneurs n'étaient pas ce que Joseph recherchait avaïit tout; il avait renoncé à ses dignités ecclésiastiques, il avait refusé des charges qui lui étaient off*ertes ; cependant il paraîtrait, d'après les corfesjondances de la cour de France avec ses ambassadeurs à Rome, qu'il désirait le chapeau de cardinal. Richelieu engagea, dès 1635, ^pour satisfaire son* ami, des négociations avec le sainl-siège, qui fit la sourde oreille. En 1636, il ordonne à Noailles d'insister auprès d'Urbain VIII. Deux ans après il est encore question d'une candidature qui déplaisait fort à la cour de Rome ; enfin, lors de la maladie du capucin, le gouvernement envoie des lettres de révocation pour ne pas perdre son' droit de présentation. Le Père Joseph, 4Uoique dans les derniers temps la politique eût été son unique passion,'méritait plus que bien d'autres la distinction que la France sollicitait pour lui. Après avoir consacré une partie de sa vie à convertir, à réformer les couvents, à tenter de relever l'Eglise de France, il employa les loisirs que lui laissaient les afi'aires publiques à ramener Icb esprits égarés, à examiner et à dénoncer les doctrines suspectes, à faire la police dans l'intérêt de l'orthodoxie catholique. Ce fut lui qui, à la grande joie du pape, décida, après de longues conférences, Richer à rétracter les hérésies contenues dans son livre De eccUsia-^'' tkd ei poliiicâ potjRslaie, qui fit arrêter l'abbé de Saint-Cyran parce qu'il s'obstinait à « publier plusieurs opinions nouvelles d'une dangereuse conséquence. » « Sentinelle vigilante » de l'Eglise, il surveilla la secte des Illuminés, qui s'était répandue dans les couvents de Montdidier, Noyon et autres villes du Nord ; après avoir acquis la certitude qu'ils faisaient bande à part, qu'ils méprisaient tous les religieux et prêtres, et qu'ils recommandfiient la lecture de Tauler, sainte Catherine de Sienne, Jean de la Croix, il les fit emprisonner et condamner. — Voir : Papiers a' Etat du cardinal de Richelieu, documents inédits sur l'histoire de France; Mémoires d'Etat tirés des Papiers de François du Tremblay, n*"* 3754-3757 du fonds français; Bibliothèque nationale ; abbé Richard , Histoire du /?. P. Joseph Leclerc du Tremblay, capucin.,., 1702; Le véritable Père Joseph et liéponse-, Marins Topin, Louis Xill et Richelieu, Paris, 1876; Grolii EpistoUe-, Parmentier, De Pâtre Joseplw..., Pdivh, 1877, 0. Heyne, Ucr Kur/ûrstentag zu Regensburg, Berlin, 1866; Ranke, Mémoire lu à l'Académie des Sciences morales cl politiques de Paris, sur les papiers ♦d'Etat attribués à Joseph, Franzbsiche Geschichte, t. V; G. Hanotaux, Sur la prétendue découverte d'un supplément aux mémoires de Richelieu {Papiers d'Etat du père Joseph), Revue hùtoriqite,y]h^\ Fagniez, Sur Joseph et- les papiers dEiat, Revue critique, 1879,