‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 80 sur 170 · JOSEPH — JOSEPH H · texte numérisé non relu

JOSEPH — JOSEPH H

travail que nous regrettons bien de n'avoir pu consulter avant de rédiger cet article. G. Léser.

JOSEPH U, empereur d'Autriche, flis ciîné de François-Etienne de Lorraine et de Marie-Thérèse de Habsbourg, né à Vienne le- 13 mars 1741, fut élu roi des Romains après la paix d'Hubertsbourg le 27 mars 1764, et couronné le 27 avril de la môme année à Francfort (cérémonie merveilleusement décrite par Gœthe dans Poésie et Vérité), Le 18 août 1765 il hérita nominalement par la mort de son père de la dignité impériale, mais ne devint en réalité que le respectueux et dévoué collaborateur de Marie-Thérèse qui garda pour elle toute la puissance effective et ne lui permit de s'occuper que de l'armée. Le système formaliste qui présida à l'éducation de Joseph, la coiiscicnce précoce -de son isolement moral, la nécessité où il se trouva dans des circonstances graves de ne prendre conseil que de lui-même, suscitèrent chez lui ces dispositions altières, inquiètes, ombrageuses qui caractérisèrent plus tard son activité comme souverain et nuisirent à ses plus heureuses réformes. Ni les leçons superficielles qu'il reçut de son précepteur ordinaire le jésuite Biltermann, ni les lourdes et indigestes conférences du chancelier Bartenstein sur l'histoire et le droit politique ne purent fournir une nourriture suffisante à son esprit ouvert, ardent de connaître, impatient de tout frein et de toute tradition ; aussi le jeune prince suppléa-t il au vide de l'enseignement officiel par des lectures privées entreprises sans méthode aucune dans toutes les directions et puisa-t-il de préférence ses matériaux dans l'Encyclopédie. Pour tromper l'étroite tutelle sous laquelle le tenait sa mère, il jetait sur le papier l'esquisse de ses futures innovations, entreprenait pour compléter son instruction des voyages à l'étranger sous le nom de comte de Falkenstein, parcourait incognito également les diverses[provinces de son empire afin d'examiner de ses propres yeux leurs ressources et les abus qui paralysaient leur développement, gagnait danslesPays-Bas'ses futurs sujets parsa cordiale simplicité (1776) arrêtait en Bohême et en Moravie une effroyable disette par l'abondance et la rapidité des secours (1770). Son héros pendant toute cette période ne fut autre que le grand rival de Marie- Thérèse, Frédéric H qui réalisait avec son froid bon sens cet état moderne qui ne flotta jamais que comme un décevant mirage devant les regards de l'impétueux et chimérique descendant des Habsbourg (entrevues de Neisse et de Miehrisch-Neustadt 25 août 1769,3 septembre* 1770). Au contraire ses rapports avec l'impératrice mère dont la dévotion croissait avec l'âge souffrirent d'une tension toujours plus marquée bien, qu'il ne s'appelât jamais que son fils très obéissant et se résignât pour lui plaire à une fréquentation modérée il est vrai de la messe et du confessional. Les seules mesures dont Joseph puisse revendiquer la responsabilité pendant ces quinze années, sont le premier partage de la Pologne (1772) et la guerre pour la succession de Bavière (1777). — «Un nouvel ordre des choses commence » s'écria le philosophe de Sans- Souci lorsqu'il apprit la mort de son ancienne ennemie (29 novembre

1780). Par la multiplicité de ses réformes aussi bien que par la hâte fiévreuse avec laquelle il présida à leur exécution, le nouveau souverain sembla en effet n'avoir d'autre souci que de réparer le temps perdu et -de répandre des torrents de lumière à la fois dans tous les ressorts de F administration et tous les districts de l'Empire. Au système de la bigarrure provinciale et des privilèges allait succéder celui de la centralisation égaliiaire, au despotisme uUramontain et féodal desFerdinand et des Léopold celui d'un absolutisme plus éclairé dans ses visées dernières mais tout aussi étroit dans ses méthodes et brutal dans ses procédés. « Marie-Thérèse s'était inspirée d'un esprit de paix et de sagesse et avait apporté une prudente lenteur dans l'accomplissement de ses réformes, après elle vint un gouvernement révolutionnaire qui bouleversa de fond en comble le vieil édifice, choisit pour les violentes expériences du rationalisme une matière dure et tenace entre toutes et provoqua une irritation générale dont les funestes conséquences se prolongèrent bien après la mort du principal acteur. Joseph II surgit comme un étranger dans la patriarcale dynastie des Habsbourg. Possédé de l'humeur instable et turbulente qui caractérisa les princesde Lorraine, tot^lementdépourvude l'amour pour le s^aiu ^ïio et de l'opiniâtre lenteur propres à ses ancêtres maternels, rempli de haine contre le clergé et la noblesse, les deux piliers sur lesquels reposait la monarchie, il se trouva transplanté sur un sol dont tous les éléments lui étaient hostiles, sur lequel sa famille, son entourage, ses serviteurs lui refusèrent l'obéissance et où il ne putseconflerànulautrequ'àlui-même))(Hieusser).— Dans aucun domaine peutêtre l'intervention impériale n'était aussi justifiée que dans celui de l'Eglise mais dans aucun autre également elle n'amena des complications aussi dangereuses par l'esprit de radicalisme tout au moins prématuré dans lequel furent conçues les réformes et les fréquentes maladresses qui en ternirent l'exécution. La monarchie des Habsbourg était devenue depuis la guerre de Trente ans un fief du saint-siège : victimes d'une législation intolérante, les évangéliques n'avaient pu bénéficier des garanties accordées dans le reste de l'Allemagne à leurs coreligionnaires par le traité de Westphalie ; la noblesse continuait à recevoir son éducation dans les collèges des jésuites malgré la suppression nominale de l'ordre ; le peuple plongé dans une complète ignorance avait perdu tout ressort moral sous un joug deux fois séculaire. La religion pour toutes les classes de la société, depuis les membres de la famille impériale jusqu'aux paysans des campagnes les plus reculées, consistait dans la croyance aux miracles romains, le culte des reliques, les pèlerinages, une soumission absolue à l'Eglise attestée par d'abondantes aumônes. Joseph, pour faire entrer ses sujets dans le courant moderne, n'imagina pas de moyen plus efficace que de les soustraire à la tutelle du saint-siège, non qu'il ait jamais eu la velléité de passer au protestantisme, mais il lui parut avantageux de suivre l'exemple d'Henri VIII, de se proclamer de sa propre autorité le chef suprême de l'Eglise autrichienne et d'y introduire les mômes principes de centralisation niveleuse qui présidaient à

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