‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 81 sur 170 · JOSEPH II U · texte numérisé non relu

JOSEPH II U

Tadministration civile. Le plus habile politique que possédât à cette époquela cour de Vienne, le prince de Kaunitz, encouragea son maître dans ses desseins antihiérarchiques; les mémorandums juridiques furent rédigés par Godefroy van Swieten. Le joug romain était devenu si insupportable et la nécessité d'une régénération nationale se faisait si vivement sentir que plusieurs prélats lui donnèrent leur concours et tinrent à honneur de présenter le catholicisme sous une forme plus élevée que celle à laquelle l'avaient réduit les jésuites : le principal collaborateur de van Swieten, Fabbé Rauténstrauch, les archevêques ou évoques de Prague, Graz, Salzbourg, Kônigingratz, etc. Le 4 mai 1781 furent rayées de tous les recueils ecclésiastiques, comme attentatoires à l'autorité impériale et uniquement propres à nourrir le fanatisme, les bulles In Cœna Domini et Unigenilus; le placet fut exigé avant leur publication dans la monarchie des Habsbourg pour les brefs et ordonnances du saint-siège, la nonciature dépouillée de son pouvoir de juridiction, les évoques investis des droits qu'avait exercé jusqu'alors la curie en matière de recours, d^absolution et de dispense matrimoniale, mais obligés en revanche de prêter serment, lors de leur installation, devant un commissaire impériar.— Aces mesures, dont aucun homme d'Etat ne pouvait contester la légitimité, succéda une suppression de couvents accomplie sur une très vaste échelle (sept cents, de 1782 à 1789). Leurs revenus furent affectés à la création d'établissements d'instruction et de bienfaisance placés sous une direction laïque, les séminaires épiscopaux furent également soumis à l'inspection ministérielle pour qu'il se formât dans leur sein un clergé franchement national. Le nombre des moines, dans le même laps de temps, s'abaissa de soixante-trois mille à dix-sept mille ; ceux qui appartenaient aux ordres mendiants furent replacés, au grand déplaisir de Rome, sous la surveillance épiscopale. Peut-être cette immense sécularisation, dont on ne peut qu'approuver l'idée mère, aurait-elle suscité une opposition moins ardente et porté des fruits plus durables si, accomplie avec moins de précipitation, elle avait évité toute apparence de surprise brutale. De la défense, l'empereur fut bientôt entraîné à passer à l'agression et à s'immiscer dans tous les détails de l'administration ecclésiastique : ordonnances pour le culte, confectk)n de nouveaux recueils liturgiques, adoption de bibles et de cantiques en langue allemande, mode de sépulture (les cadavres étaient jetés entièrement nus dans la chaux vive), destruction d'images de saints et abolition de lieux de pèlerinage. L'irritation provoquée dans le peuple par ces décrets vexatoires et cette perturbation de ses habitudes les plus chères, habilement entretenue par le clergé, fut portée au comble par une ^es mesures les plus équitables de Joseph H, l'édit de tolérance du ^0 juin 1781 (voir EncyclopédiCy IV, 266-267). Les isfaélites euxmêi^es bénéficièrent de la législation nouvelle et furent admis aux •emplois publics, à la condition toutefois de prendre des noms allemands et de mener une vie sédentaire. L'admiration mêlée d'éton- Jiement que cette politique inouïe de la part d'un Habsbourg suscita

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chez les libres penseurs ne fut égalée que par la terreur et le courroux du parti rétrograde. L'archevêque de Vienne Migazzi, qui s'était mis à sa tête, multiplia vainement les supplications et les anathèmes. Pie YI réussit tout aussi peu à détourner les périls qui s'accumulaient sur l'Eglise par le moyen de congrégations de cardinaux, de publications de jeûnes, de distributions d'indulgences. A une longue correspondance où il tint un langage tour à tour irrité et paternel, sans produire dans l'un comme dans l'autre cas la moindre impression. Joseph se contenta de répondre que ces mesures ne touchaient en rien au dogme et ne visaient que cette administration intérieure pour laquelle la curie se reconnaissait elle-même incompétente. — Le pape, lorsqu'il fut à bout d'arguments, se décida à prendre en personne la route de Vienne et à essayer sur son impérial contradicteur les séductions de ce commerce que ses familiers déclaraient irrésistible. C'était la contre-partie de la visite qu'Henri IV avait rendue à Grégoire VII à Ganossa, et pendant plusieurs siècles on en chercherait vainement un second exemple. Inflexible dans ses résolutions, le fils de Marie-Thérèse reçut avec une froide politesse l'auguste vieillard (27 février 1782), lui fit faire par ses chambellans les honneurs de sa capitale, empêcha les évêques autrichiens d'entrer avec lui en relations suivies, renvoya pour toutes les négociations diplomatiques aux conférences qui se tenaient entre Kaunitz et le nonce et aborda incidemment dans une seule visite la question ecclésiastique pour octroyer des concessions de pure forme limitées à des points secondaires. La démarche manquée de Pie VI a été très heureusement caractérisée sur l'heure même dans un bon mot qui circula dans la bourgeoisie viennoise : « Le pape a lu à Vienne une messe, mais sans Credo pour l'empereur et sans Gloria pour lui-môme.» En 1786, Joseph II réussit à faire adopter ses vues par les princes-évôques du Rhin et remporta sur la curie la victoire d'Ems, mais par son humeur inquiète il en diminua aussitôt les résultats par de mesquines compétitions territoriales avec les évêques de Bamberg, de Salzbourgt de Passau auxquels il prétendait ravir leurs paroisses autrichiennes. En dépit de toutes les modifications et de toutes les vicissitudes ses principes ecclésiastiques ne s'en sont pas moins perpétués jusqu'à nos jours et fleurissent sous le nom de joséphisme dans la bourgeoisie des villes et le bas clergé autrichien. — Les innovations de l'empereur dans la sphère civile se distinguèrent par la même générosité théorique, mais aussi par la même maladresse hâtive dans l'exécution. Peut-être par l'abolition du servage et une meilleure répartition de l'impôt, Joseph prévint-il une révolution sociale qu'auraient favorisée les événements de 1789 sur les bords du Danube, mais ses réformes judiciaires comme sa législation en matière de presse, malgré des parties excellentes, auraient gagné à être plus mûries dans leur ensemble. Beaucoup de changements auraient été plus aisément acceptés s'ils n'avaient pas fait partie d'un système de centralisation excessive ou s'ils n'avaient pas heurté aussi violemment les mœurs et les traditions locales. Pourquoi,

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pour ne citer qu'un seul exemple, forcer les Magyars à maudire leur monarque dans Tidiome germanique, après Théroïque dévouement dont ils avaient fait preuve pour Marie-Thérèse, en langue latine ? La Hongrie ne fut pas la seule province dont les comitats recoururent aux armes pour la défense de leurs libertés menacées. En Galicie et en Transylvanie raffranchissement des paysans eut pour effets immédiats le massacre des gentilshommes et l'organisation d'une formidable jacquerie. La noblesse allemande, depuis qu'elle avait été soumise au droit commun, ne cachait pas sa profonde irritation. En Bohôme, les Etats réclamèrent la tenue régulière des Diètes et refusèrent à leur souverain le couronnement d«ins une autre ville que Prague par ce motif caractéristique : «' Le roi doit se rendre où se trouve la couronne et non la couronne où se trouve le roi. » En Belgique enfin, où Joseph II sous prétexte d'égalité avait supprimé la lettre de joyeux avènement et les autres franchises municipales respectées par Charles-Quint, où, pour réaliser plus sûrement ses réformes religieuses et extirper des esprits tout levain de jésuitisme, il avait forcé les prêtres à recevoir leur éducation dans les collèges nouvellement fondés de Louvain et de Luxembourg (1786), l'archevêque de Malines s'allia pour la sauvegarde de l'indépendance nationale avec les chefs du radicalisme et les Etats de Brabant refusèrent l'impôt (25 avril 1787). Les gouverneurs comme les généraux envoyés par la cour de Vienne subirent partout des échecs et le fier Habsbourg se vit obligé de suspendre en Hongrie l'exécution de ses décrets, sauf l'édit de tolérance (28 janvier 1790) et de recourir pour la pacification des Pays-Bas aux bons offices de Pie VI. Sa santé ne résista pas à la ruine de l'édifice qu'il avait élevé avec tant de passion et au prix de si pénibles labeurs. Une fièvre qu'il avait contractée dans sa malheureuse campagne contre les Turcs (1788) l'emporta à Vienne le 20 février 1790 à l'âge de quarante-neuf ans. «Bruxelles m'adonne le coup de mort>:, se serait-il écrié à sa dernière heure. Il aurait dit également en apprenant de nouvelles réclamations des Tchèques : « Je leur accorderai tout ce qu'ils me demandent pourvu qu'ils me laissent descendre en paix dans la tombe », et aurait résumé son œuvre par ces mélancoliques paroles : « Toutes mes entreprises ont échoué malgré la droiture de mes intentions. » — La postérité malgré ses erreurs a rendu justice à la noblesse de ses desseins, et son neveu François II, sur la statue qu'il lui a érigée dans une des cours de la Burg (1807) a fait graver cette inscription : Josepho II qui saluU pubiicœ vixit not% dia sed totiis. Le portrait du monarque réformateur a été tracé avec autant de finesse que d'exactitude par M. de Sybel : « Joseph se lança dans sa tâche grandiose avec l'ardeur d'une volonté comprimée depuis quinze ans. On ne pouvait lui refuser ni des connaissances variées, ni une intelligence pénétrante, ni un désir de savoir qui s'étendait à tout domaine et bravait toute limite. Simple dans sa vie privée, doux et bienveillant dans ses rapports personnels, sincèrement désireux d'abolir pour ses sujets la tyrannie du privilège,

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