JOSEPH II — JOSÈPHE
il n'en manquait pas moins dans son zèle réformateur de calme et de persévérance et se montrait aussi impétueux dans la conception d'un projet qu'inconstant dans son exécution. » « Dans toute sa manière de voir et de sentir, » disait de lui en 1780 un juge aussi sévère que capable, « dans ses plans comme dans sa conversation se révèle un esprit actif, entreprenant, tout rempli -d'imaginations gigantesques; mais je crois ses idées mal digérées, et il n'atteindra jamais son but quand il devra recourir à d'autres moyens qu'à la violence. Je le tiens pour tout ce qu'il vous plaira excepté pour un grand politique ; comme il ne possède ni réflexion ni sang-froid et se porte chaque instant à lui-môme des coups sensibles, on ne pourra jamais le ranger que dans la classe des demi-génies. » En fait, Joseph n'avait aucune notion de la puissance du temps, du droit, de la tradition et se précipita tête baissée avec ses projets de réforme dans des complications inextricables. 11 aurait voulu rendre ses peuples libres, instruits, heureux d'un seul coup, en vertu de son impériale volonté et en dépit de tous les obstacles, sans considérer qu'on ne peut imposer à aucun peuple la liberté, mais simplement le préparer à la recevoir, qu'on ne peut ni lui inculquer la culture en un seul jour ni lui octroyer le bonheur contre son gré. En cela, il se montra le vrai fils de son époque qui, toute imbue de maximes utilitaires et rationalistes , manqua absolument de sens historique et imposa sous forme catégorique avec un despotisme radical ses préceptes de libéralisme, de tolérance et d'humanité. L'absolutisme éclairé fut l'idéal du dix-huitième siècle aussi bien que de Joseph II : aussi coraprendra-t-on que pour la caractéristique de ce monarque s'unissent dans un indissoluble mélange le philanthrope ardent et sincère, Tautocrate fantasque et l'ambitieux conquérant. — Sources :\Valch', Histoire religieuse contemporaine, IX ; Schlosser, Histoire du XVIII'' siècle, 5* éd., Heidelberg, 1864-1866 ; Gross Hoffinger, Histoire de la vie et du gouvernement de Joseph II, Stuttgard, 1835-37 ; Helfert, Les droits et la constitution des acatholiques en Autriche, Vienne, 1827 ; Meynert, L'empereur Joseph II, Vienne, 1862 ; Brunner, Les serviteurs tfiéologiques de Joseph II, Vienne, 1868; Correspondances intimes de V empereur Joseph II avec Cobentzel et Kaunilz , Mayence, 1871 ; Arneth, Marie- Thérèse et Joseph II, Vienne, 1867 ; Joseph II et Catherine de Russie, leur correspondance, Vienne, 1869 ; Joseph II et Léopold de Toscane, leur correspondance, 1871 ; Béer, Joseph II, Léopold II et Kaunitz, leur correspondance. Vienne, 1873 ; Friedberg, Les limites de l'Eglise et de VEtat, 1872 ; Rankc, Les puissances germaniques et la ligue des princes, Leipzig, 1871 ; Schmidt, L'empereur Joseph II, Berlin, 1873 ; Sybel, Dictionnaire politique de Bluntschli ; Saint-Priest, Histoire de la chute des jésuites f Paris, 1844. E. Stroehlin.
JOSËPM (Flavius), historien juif, naquit à Jérusalem la première année du règne de Galigula, qui commença le 16 mars 37 après J.-C. Nous savons d'autre part, que lorsqu'il termina son ouvrage intitulé les Antiquités judaïques, il était dans sa cinquante-sixième année, et que Domitien était dans la treizième année de son règne. Or, celle-ci
commençait le 13 septembre 93. Josèphe est donc né après le 13 septembre 37 et avant le 16 mars 38. Nous ne connaissons sa vie que par le récit qu'il nous en a laissé dans son Autobiographie et par les détails épars de son Histoire de la Guerre des Juifs. Recueillons d'abord ce témoignage qu'il se rend à lui-môme. Il nous raconte qu'il était de race sacerdotale et d'une famille très estimée. Une de ses ancôtres maternelles aurait été fille de Jonathan, le premier grand prôtre macchabéen(Ki^fl,§l,De B. /.;préface,§ 1). A quatorze ans, il possédait, dit-il, si complètement la science rabbinique, que les prêtres et les principaux personnages de la ville venaient l'interroger et se faisaient instruire par lui. Il affirme ensuite qu'à seize ans, il connaissait à fond les doctrines des pharisiens, des sadducéens et des essénié^s. Il s'était livré à cette étude pour pouvoir choisir en connaissance de cause celle des trois tendances qui lui conviendrait le mieux. Mais avant de se prononcer, il se retira « au désert, » auprès d'un certain Banus, qui lui donna la dernière consécration. Banus se nourrissait de fruits sauvages, avait un vêtement d'écorces, et se livrait fréquemment à des baptêmes ou ablutions religieuses. Josèphe vécut trois ans dans son intimité et puis se décida pour la secte des pharisiens ; il avait dix-neuf ans ( Vita,^ 2). A vingl-six ans (6i après J .-C), il fit le voyage de Rome. Il était alors avocat, et chargé d'une mission importante pardes juifs que le procurateur Félix avait fait illégalement déporter. Un acteur juif de sa connaissance le recommanda à l'impératrice Poppée, et, grâce à son intervention, il obtint gain de cause pour ses clients. Revenu en Judée (66) il se mêla activement aux intrigues politiques qui devaient aboutir au soulèvement général de son peuple contre les Romains. Les sadducéens étaient opposés à la guerre : A quoi bon, disaient-ils, une lutte inégale? Pourquoi courir à une* perte certaine? Les pharisiens étaient, au contraire, pour la résistance, mais ils se partageaient en deux camps : les intransigeants, étroits 'et fanatiques, qui prêchaient la lutte à outrance, et qui ne reculaient pas devant le meurtre ; on comptait parmi eux ces siçaires exaltés qui poignardaient tout transgresseur de la loi. A côté d'eux, se trouvaient les pharisiens modérés qui conseillaient la prudence. Josèphe était de ce nombre. Il avait môme commencé par s'opposer à la guerre. Dans son voyage de Rome, il avait vu de quelle formidable puissance disposaient les Romains. Mais quand il comprit que l'insurrection était inévitable, il demanda un commandement et fut chargé d'organiser et de diriger le soulèvement de la Galilée. C'était un poste des plus difficiles. La Galilée n'était pas sûre ; sa population était fortement mêlée d'éléments païens, et, de plus, cette province devait recevoir le premier choc de l'ennemi. Pourquoi une pareille mission fut-elle confiée à Josèphe? Est-ce le parti des modérés qui est parvenu à le faire nommer? ou plutôt les exaltés n'ont-ils pas voulu l'éloigner de Jérusalem, (De J5. /.,I1, 20, 4 ; Kim,§7). — Apartir de ce •moment, l'histoire de Josèphe se confond avec l'histoire de la dernière j4;uerre des Juifs. Le récit qu'il nous fait des actes de son gouvernement en Galilée (l7/a, 8^-71) manque malheureusement de clarté. Il
nous parle des forces considérables qu'il avait réunies, et en même temps, nous raconte que la Galilée était si peu disposée à combattre, qu'il dut soumettre à son autorité des villes où cependant ne se trouvait pas un seul Romain. Quand Vespasien arriva, la province entière se rendit. Les places fortes ouvrirent leurs portes les unes après les autres, sauf une seule, lotapata, où Josèphe se réfugia avec ses dernières troupes. La relation qu'il fait du siège de cette forteresse est intéressante et bien écrite {De D. /., III, 7, 6-13). Il veut capituler; ses troupes le forcent à résister, et lorsqu'enfin il faut céder, il parvient à se cacher avec ses officiers dans une sorte de caverne dont l'entrée était presque impraticable et où il échappe quelque temps à la fureur des Romains. Mais il est trahi, et Vespasien lui envoie l'ordre de se rendre. Ses compagnons l'en empêchent, et ils décident qu'ils se tueront les uns les autres en désignant par le sort ceux qui mourront les premiers. Le hasard veut que Josèphe reste le dernier avec un soldat, auquel il persuade de se rendre au vainqueur, et tous deux sortent de la caverne au milieu des cris de mort des légions. Josèphe, conduit devant le général Vespasien, lui prédit immédiatement et sans hésiter que les successeurs de Néron ne régneront que peu de temps et qu'un jour il aura Tempire. Vespasien lui laisse alors la vie sauve, le traite môme avec prévenance, et lorsque plus tard il fut nommé empereur par ses légions, il se souvint de la prophétie de son prisonnier et lui rendit la liberté {De B. J., IV, 10, 7). Josèphe, aflranchi, prit par reconnaissance le nom de famille de Vespasien, Flavius, et à dater de ce jour, il resta attaché à la maison impériale. Pendant le siège de Jérusalem, les Romains l'employèrent souvent comme parlementaire. Il va sans dire que les assiégés lui reprochaient sa défec- • tion et l'accusaient d'avoir trahi leur cause. Plus d'une fois des pierres furent lancées contre lui du haut des murailles; son père, Matthias, et son frère restés dans la ville, furent massacrés par la populace, comme suspects. Après la prise de Jérusalem, il fut assez heureux pour sauver quelques-uns de ses amis du supplice de la croix. Nous ne savons presque rien de la fin de sa vie. Il vécut à Home, protégé par Domitien, et plus encore par l'impératrice Domitia ( Ki/a, Ji76). Il fut du reste très en faveur auprès des trois empereurs fiaviens, Vespasien, Titus et Domitien. La date de sa mort est inconnue. 11 vivait encore dans les premières années du second siècle, car il a écrit son autobiographie après la mort d' Agrippa II {Van, § 65) et ce prince mourut la troisième année deTrajan, en l'an 100 Eusèbe [H.E., 3, 9) affirme qu'on éleva à Rome une statue à Josèphe. Il s'était marié trois fois. Pendant sa captivité à Césarée, il avait épousé une Juive qu'il répudia pour se remarier à Alexandrie, où il avait accompagné Vespasien. U eut un fils de ce second mariage ; puis il divorça encore une fois pour épouser une riche Juive Cretoise de laquelle il eut plusieurs enfants. — Nous venons de résumer la vie de Josèphe en citant son propre témoignage. La critique de ce récit est difficile ; les moyens d'en contrôler l'exactitude nous manquent presque complètement; mais on éprouve en le lisant un sentiment naturel de défiance. L'auteur parle
trop de lui dans ses écrits. On le trouve i\ la fois léger et vaniteux. En outre, certains détiiils de sa narration sont décidément inacceptables. Les personnes qui savent ce qu'était alors la science rabbinique ne croiront jamais qu'il fut capable à quatorze ans de donner des instructions aux légistes de son temps. Sa prétention d'avoir étudié îi fond les diverses tendances religieuses de son siècle et d'avoir été luimôme un pharisien zélé est injustifiable. 11 nous donne, dans ses ouvrages, des notions tout à fait erronées sur les pharisiens, les Si-xdducéens et les esséniens. Le parallèle qu'il fait entre leur doctrine et les philosophies de la Grèce n'a aucun fondement sérieux, et quand il passe sous silence les passions politiques des pharisiens, assimilant bon gré mal gré le pharisaïsme au stoïcisme, il commet là une erreur d'autant plus impardonnable qu'elle est intentionnelle. Il falsifie .l'histoire dans son intérêt personnel et dans l'intérêt de son peuple, car il lui fallait à tout prix se faire bien voir des Romains. Ce n'est pas tout : Josèphe, en parlant de lui dans ses écrits, prend toujours le ton d'un accusé qui se défend. On devine que des reproches graves lui étaient laits par ses compatriotes et qu'il avait h se justifier devant eux. Nous le savons du reste positivement. Juste deTibériade avait écrit lui aussi l'histoire de la guerre juive, et il y accusait Josèphe de trahison envers sa'patrie. Celui-ci dirigea son autobiographie tout entière contre Juste de Tibériade. L'histoire du siège de lotapata avec la prédiction qui la termine a une couleur légendaire très prononcée. Si Josèphe s'étend ainsi sur sa conduite en Galilée, sur le rôle qu'il a joué dans cette province, c'est certainement que l'opinion publique lui était ici défavorable et qu'il avait î\ se réhabiliter devant elle. Josèphe nous apparaît, dans tout ce récit, comme un homme plein de confiance en lui-môme, et qui, à l'heure de la défaite, n'a pas eu la môme force morale que ses compatriotes égarés et enthousiastes, si nombreux autour de lui. Plus tard, quand il écrivit l'histoire de cette guerre, il n'eut pas davantage le sentiment de la grandeur de la lutte qu'il racontait. Il alla jusqu'à démentir froidement l'espérance messianique, en appliquant à Vespasien les prophéties des livres saints {De B. /., V, 5, 4); et il prétendait connaître les pharisiens et ôtre lui-môme un pharisien! Du reste, il n'a pas assez de talent pour peindre les événements sous leur vrai jour. Nous né nierons pas cependant que l'intérôt ne l'ait rendu parfois fort habile. Il voulait faire reconnaître aux Romains la grandeur historique de sou peuple ; sa nation était haïe, et il a essayé dans ses écrits de h relever aux yeux de ses détracteurs, sans pour cela renier la foi mosaïque ot sans méconnaître ouvertement les traditions reçues. Lui-môme professciit une philosophie rationaliste assez inoff'ensive, celle du déisme et de la morale naturelle. — Il nous reste quatre écrits de Josèphe : 1" llefl Tou lou&tixou îToXijxou, De Bello Judàlco, La guerre juive (Viia, § 74). Il a divisé cet ouvrage en sept livres [Ant. Jurf.,XIII, 10,6). L'histoire même de la guerre est précédée d'une introduction qui embrasse tout le premier livre et la moitié du second, et qui rdconte les faits accomplis depuis AntiochusEpiphane (175 av. J.-C.) jusqu'à la dévu 29
claration de guerre (66 ap. J.-C). La fin du second livre nous raconte la première année de la guerre. Josèphe s'y montre assez médiocre historien; il ne nous rapporte point les vraies causes du soulèvement des Juifs: il ne parle ni des tendances des partis, ni de la politique suivie par les Romains ; et se borne au rôle de chroniqueur qui enregistre les faits. Du troisième au septième livre, c'est le témoin oculaire qui parle et la lecture devient vraiment émouvante. Le troisième livre traite de l'insurrection en Galilée (67 ans ap. J.-C). Les quatrième, cinquième et sixième racontent les autres faits de la guerre et le siège de Jérusalem ; le septième, enfin, relate les derniers événements jusqu'à la défaite définitive des insurgés. Josèphe avait d'abord écrit cette histoire en langue aramaïque : plus lard, il la traduisit lui-môme en grec. Pour la rédaction de cet ouvrage, il a avant tout utilisé ses souvenirs personnels. 11 semble en particulier avoir été bien renseigné pour le siège de Jérusalem. Il nous raconte' qu'il prenait des notes pendant les opérations, et qu'il avait, par les déserteurs, de fréquents rapports sur ce qui se passait dan& la ville (Co?Wre-lp;no?2,I,9)..Vespasien et Titus, auxquels il remit son ouvrage reconnurent, dit-il, la parfaite exactitude du récit (Connue AppiorijU^J: Vlia^ % 65). 11 date probablement de la fin du règne de Vespasien. — :2^ 'lou^atxr, dp-yaiXoYia, VHisloire ancienne des Juifs ou les Aniiq ni lés judaïques, traite en vingt livres de l'histoire du peuple juif depuis les origines jusqu'à la déclaration de guerre aux Romafns (66 ap. J.-C). Les dix premiers livres répètent les faits racontés dans l'Ancien Testament et nous mènent jusqu'à la captivité de Babylone, le livre onzième rapporte les événements accomplis depuis le règne de Cy ru s jusqu'au règne d'Alexandre le Grand, le douzième se termine à la mort de Judas Macchabée (160 av. J.-C), le treizième à la mort d'Alexandra (67 av. J.-C), le quatorzième au début du règne d'Hérode le Grand (37 av. J.-C). Le règne de ce prince, mort en Tan 4 av. J.-C, est raconté dans les quinzième, seizième et dix-septième livres. Enfin, les trois derniers rapportent les événements accomplis depuis la mort d'Hérode jusqu'à l'an 66 ap. J.-C, date de la déclaration de guerre. Josèphe, pour les premiers livres de son histoire jusqu'à Néhémie, n'a pas eu d'atttres sources à sa disposition que TAncien Testament, dont il abroge ou développe le contenu. 11 a dû emprunter certains développements à la tradition rabbinique (voyez Hartmann, Die enge Verbindung des allen Testaments mit dem neuen, i831, p. 464-514). Il est très incomplet et insuffisant pour l'époque écoulée de Néhémie à Anliochus Epiphane (440-175 av. J.-C) ce qui est d'autant plus regrettable qu'il est pour nous le seul historien de cette période. Or, il semble n'avoir eu aucune idée de son importance exceptionnelle et du développement que prit alors le judaïsme. 11 ne parle ni de l'origine de la synagogue, ni de celles du pharisaïsme, du sadducéisme, de l'essénisme. Pour l'histoire des Asmonéens, il a utilisé le premier livre des Macchabées, Polybe, Strabon et Nicolas Damascène. 11 paraît avoir été très bien renseigné sur le règne d'Hérode le Grand. Eu revanche, il l'est. fort mal sur ses successeurs, sauf sur les deux
Agrippa qui avaient été ses contemporains, il pouvait interroger les témoins et les acteurs des faits qu'il rapportait. Josèphe écrivit son ouvrage des A^ui^uf/^âji'urfaè'giics sur la demande d'un certain Epaphrôdite (AiU, jud,, I ; conlt^e Appion, II, 41 ; VUa, § 76) dont il était le client. Celui-ci qui ne savait pas l'hébreu et qui ue comprenait pas bien les Septante, engagea Josèphe à composer une histoire de son peuple à Fusage des Grîfico-Romains. Cette proposition fut accueillie avec empressement. Ce grand travail n'était donc pas destiné par l'auteur à ses compatriotes, mais aux païens. 11 veut relever les Juifs à leurs yeux; on les accuse de ne pas avoir d'histoire, de ne pas avoir de héros, il va prouver le contraire, raconter la haute antiquité de son peuple, les grands faits de son passé, et l'arracher au mépris qu'on lui* montre (XVI, 6, 8). Tout en racontant l'histoire des Juifs, il ne perd pas de vue son apologie personnelle et répond aux attaques de Juste de Tibériade. Disons, à la louangejde Josèphe, qu'il ne fit rien pour perdre son rival, ce qui lui aurait été facile puisqu'il était bien vu à la cour. Il se borna à se défendre par la plume et il le lit, du reste, assez faiblement, se contentant d'en appeler aux approbations officielles de Titus et d'Agrippa II. Cet ouvrage des Antiquités judaïques fut écrit en plusieurs fois (préface, § 2) et achevé l'an 13 de Domitien (93-94 ap. J.-C). — 3° L'autobiographie ( Vita).. Cet ouvrage n'est pas, comme on pourrait le croire d'après le titre, un récit de la vie de Josèphe, mais une apologie de sa conduite en Galilée (66-67 ap. J.-C.) lorsqu'il y commandait en chef les forces juives pendant l'insurrection (§7-§ 74). Les § 1-6 et 75-76 ajoutent à cette apologie quelques détails biographiques senant d'introduction et de conclusion. C'est encore pour répondre à Juste de Tibériade qui, dans ses écrits, avait présenté les faits sous un jour peu favorable à Josèphe, que celui-ci rédigea ces quelques pages vers la fin de sa vie. — 4° Contre Appionon De la haute antiquité du peuple juif, ouvrage en deux livres écrit en réponse aux attaques d'Appion, savant égyptien, qui, cinquante ans auparavant, avait contesté, non sans une certaine érudition, l'ancienneté de la religion juive, ce qui aux yeux d'un Grec lui enlevait tout crédit et tout prestige. Le livre d'Appion avait été beaucoup lu sous le règne de Tibère ; il était encore célèbre. Josèphe y répond par un plaidoyer plei;^ de parti-pris et sans aucune valeur critique. Il y cherche à justifier les Juifs de tous les bruits qui circulent contre eux. Cet ouvrage fut écrit après Tan 93 (I, 10). — Outre ces quatre écrits on trouve souvent dans les éditions de Josèphe le Quatrième livre des Macchabées intitulé aussi : De l'empire de la raiso7K Les Pères de l'Eglise lui en attribuaient la rédaction (Eusèbe, H.E., 3,10; Jérôme Catal.Script.eccL). Les critiques modernes sont d'accord pour nier que cetouvrage soit de Josèphe, CependantM.Reuss ne se prononce pas et ne trouve pas décisifs les motifs invoqués contre son authenticité [Revuede théologie de Strasbourg, année 1859, p. 270). Un important écrit de Josèphe a été perdu. Il y fait allusion plusieurs fois dans les Antiquités judaïques en disant : xxOmç x-xi Iv SXkoiç Se§TiXcii)xa{xcv(A7/^ jud,, XIII, 2, 1 : Xni, 2, 4; XIll, 4, 6; XIII, 5, 11). Les citations qu'il fait de cet
écrit se rapportent toutes à Thistoire des rois Séleucides. — Dans Tantiquitéet dans TEglise du moyen âge, Josèphe jouit d'une Réputation que peu d'historiens ont possédée. Renié par les juifs, inconnu des talmudistes, il avait été adopté par les chrétiens comme un des leurs. Ses écrits complétaient par eux l'histoire sainte et en confirmaient la vérité. De plus, ses récits de l'Ancien Testament étaient plus faciles à lire que l'Ancien Testament lui-même. Il n'avait point de passages didactiques et de développements abstraits et se bornait à narrer les faits en les peignant sous de vives couleurs. Son histoire des Hérodes était un commentaire excellent des évangiles, et sa narration du siège de Jérusalem fut longtemps une des bases de l'apologétique chrétienne, -le Christ ayant prédit dans ses discours eschatologiques les faits même qu'il racontait. Enfin il parlait de Jean-Baptiste {Ani. jud,, XVIII, 5, 2), de Jésus-Christ {Ant. jud., XVIII, 3,. 3), de saint Jacques {Ant, jud., XX. 9, 1). Ses ouvrages formaient donc une sorte de supplément à la Bible et ils acquirent par là une immense popularité. On en fit des éditions chrétiennes. Ces éditions chrétiennes parurent de très bonne heure, car son passage sur Jésus-Christ ne nous est parvenu qu'interpolé par les chrétiens ; peut-être même a-t-il été entièrement composé par eux. Ce passage, où Jésus-Christ est expressément désigné comme le. Christ, annoncé par les prophètes, servit pendant des siècles à défrayer l'apologétique. Son authenticité finit cependant par être mise en doute et au dix-septième siècle il n'était plus défendu par personne. On comprend, du reste, que les Pères de l'Eglise aient accueilli avec enthousiasme un historien juif qui leur fournissait des armes si commodes pour la conversion des juifs et des païens. Justin Martyr, Clément d'Alexandrie, TcrtuUien, Origène, Eusèbe, Basile, Grégoire de Nazianze le portaient aux nues, Jérôme l'appelle leTite-Live grec. Sa renommée fut si grande au moyen âge qu'une réaction était inévitable et dans les temps modernes on a parfois trop rabaissé Josèphe. Le personnage lui-même est certainement peu intéressant ; vaniteux et prétentieux il a le tort de se prendre sérieusement pour un grand écrivain. S'il n'a pas été absolument traître à sa patrie puisqu'il a cherché à justifier les Juifs des accusations qui pesaient sur eux, cependant il a accepté la faveur des Romains et en particulier des empereurs qui avaient anéanti sa nation. Comme écrivain nous ne devons pas le comparer aux grands classiques, ce serait injuste, mais aux autres historiei^. de son temps, et il tient parmi eux une place honorable. Si son style est artificiel, si sa rhétorique est déplaisante, ce sont là des défauts dont son époque est plus coupable que lui-même. Quand ses sources sont bonnes, il sait les utiliser ; il lui arrive même de les critiquer avec intelligence (Ant,iud,,XlY, 1, 3; XV, 6, 3; XVI, 7,1; XIX, 1, 10; XIX, 1, 14). Le reproche le plus grave à lui faire est d'avoir quelquefois falsifié l'histoire dans son intérêt personnel. Il prétend, par exemple, que la haine de son peuple pour les. Romains, n'était que le crime isolé de quelques fanatiques, quand il sait fort bien que sa nation tout entière partageait la haine de l'étranger. C'est encore le
vain désir de cacher les passions politiques de ses compatriotes et la prétention de trouver en Judée comme en Grèce, des écoles de philosophie stoïcienne et épicurienne qui lui a fait dénaturer la vraie physionomie des partis religieux en Palestine. On peut affirmer toutefois que Tensemhle de ses récitas est exact, autrement il n'aurait pas osé en appeler au témoignage de Yespasién, de Titus et d*Agrippa. Quand il mourut il préparait un ouvrage sur Dieu et son essence et sur la loi de Moïse (Anl,jud,, I, l ; I, 10, 5; III, 5, 6.) — Bibliographie : Une traduction latine des écrits de Josèphe fut faite de très bonne heure. L'auteur de cette traduction est resté inconnu. Des copies manuscrites des originaux se répandirent aussi en grand nombre dans tous les pays de TEurope. En 1544 parut la première édition grecque imprimée. Le texte fourmille de fautes ; il n'en servit pas moins pendant cent cinquante ans. La traduction latine fut imprimée ensuite à Venise, à Vérone, à Milan, à Augsbourg, à Paris, à Bâle. Au quinzième siècle avaient paru une traduction française et une italienne. Au seizième parurent une traduction espagnole et une allemande. Ces divers travaux étaient faits sur le texte latin (voir Pabricius, Bibl, grxc,^ V, p. i-64, éd. de Harless). Ce n'est qu'à la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième, qu'on imprima des éditions critiques. La première est de Ittig, 1691, in-f", Leipzig ; la deuxième de Hudson, 1720, deux tomes in-f', Oxford ; la troisième, celle de Havercamp, 1726, 2- vol. in-f'', Amsterdam. Celle-ci avec des variantes, des notes et une bonne traduction latine qui fut la base de toutes celles qui parurent depuis. En 1845, Âmbroise Firmin Didot imprima à Paris en 2 vol. in-8° une édition publiée par Dindorf ,<JA«6iou Ioxhitcou xot euptffxofjtevoc. Depuis, deux autres éditions ont été imprimées : celle de Tauchnitz, 1850,6vol. in-16, et celle de Bekker, Leipzig, 6 vol. in-8% 1855-1856. Arnauld d'Andilly traduisit en français les Antiquités judaïques et la Guerre des Juifs, 1667 (voir Sainte-Beuve, Porl-Royal^ II, p. 282, la critique de cette traduction). La dernière édition de la version d' Arnauld d'Andilly est celle du Panthéon littéraire de Firmin Didot, 1 vol. in-8". Notons encore deux traductions françaises, celle du Père Joachim Gillet, Paris, 1756, 4 vol. in-4%et celle de l'abbé Glaire, Paris, 1846, 1 vol. in-4'*. — Voyez sur les ouvrages de Josèphe en français : Ceillier, Histoire genéi'ale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 1729, I, 552-580 ; l'article de la Biographie universelle de Michaud ; Philarèle Chasles, De V autorité historique de Flavius Josèphe, Paris, 1841; Eggcr, Examen critique des historiens anciens de la vie et du règne W Auguste, Paris, 1844 ; Reuss, Revue de théologie de Strasbourg, art. Flavius José phe, 1859 ; Renan, Les Evangiles, p. 240ss.En allemand, la littérature est considérable. Mentionnons parmi les derniers ouvrages parus : Duschak, Josèphus Flavius und die Tradition ,Vienne, 1864 ; Baumgarten, Der schriftstellerischc Charakter des Josèphus, Jahrhh. fur deutsche TheoL, 1864, P., 616-649 ; Hausrath, Ueber denjûdischenGeschichtschreibtrund Slaaismann Flav. Josèphus, 1864 ; Ewald, Geschichte des Volkes Israël, 3« éd., VI, 700 ss.; VII, 89-110 ; Schurer, Lehrbuch derneutestamentli-
m JOSEPHE — JOSES
chen Zeilçjeschichle, 1874, p. 19 ss.; Des Flavim Josephtis Schrift (jegen Apion. Text und Erkldrung aus dem (iachlass .de J. G. Muller, Bille, 1877. On trouve dans Schiirer une liste bibliographique très complète. Pour tout ce qui concerne la question du canon de l'An-, cien Testament d'après les écrits de Josèphe, voir l'art. Canon de l'Ancien Teslameiït. Edm. Stapfer.
JOSÉPHITëS, congrégation des prêtres missionnaires de saint Joseph, instituée à Lyon, en 1656, par un nommé Gretenet, chirurgien, né à Champlitte, en Bourgogne, qui s'était xionsacré au service de l'hôpital de Lyon. La première destination de ces prêtres a été de faire des missions dans les paroisses de la campagne ; dans la suite ils furent chargés de renseignement des humanités dans plusieurs collèges. — Il y a aussi une congrégation de filles nommées sœurs de saint Joseph, qui fut instituée au Puy en Velay, par l'évèque de cette ville, en 1650, et qui s'est répandue dans plusieurs provinces du midi de la France. Ces filles embrassent toutes les œuvres de charité et de miséricorde, comme le soin des hôpitaux, la direction des maisons de refuge, l'éducation des orphelins pauvres, Tinstruction .des petites filles dans les écoles, la visite des malades dans les maisons particulières, etc. Elles ne font que des vœux simples, dont elles peuvent être dispensées par les évoques sous l'obéissance desquels elles vivent. — Voyez Hélyot, Ilist, des ordres monast.^ VIll, p. 186 ss.
JOSÉPINS {Josepini, Josephistx), nom donné à certains hérétiques qui furent condamnés principalement pour leurs mœurs relâchées, par le pape Luce III, dans le concile tenu à Vérone en 1184. H^^ furent probablement ainsi nommés à cause d'un de leurs chefs, appelé Joseph, mais sur le compte duquel on ne sait rien.
JOSES ou José (abbrév. de Joseph ; 'lojgTjç, gén. 'Ico<79i et 'Io)(n;To;). 1» Joscs, frère de Jésus (Matth. XllI, 55 ; Marc VI, 3). Voyez les articles Jacques et Jade. — â° Il estquestion d'un second Joses ou Joseph, appela Barsabas et surnommé le Juste (Actes I, 23 ss.), qui fut proposé par Pierre avec Matthias, pour succéder au traître Judas dans l'apostolat. Mcitthias fut préféré. Eusèbe range Joses parmi les soixante-dix disciples {Ilist. eccL, III, 39) et raconte, d'après le témoignage de Papias, qu'il eut beaucoup à soufi*rir pendant ses voyages missionnatires d^ la part des Juifs. — 3° Un troisième Joses, avec le surnom deBarnabas, lévite et originaire de Chypre, est nommé Act. VI, 36, ou Luc lui donne l'épithète de uloç icapaxXi^ffEojç (non pas fils de la consolation, mais de l'exhortation), et qui fut un prophète dans le sen^ chrétien du mot (Act. XIII, 1 ; XV, 32). Il fit de bonne heure partie de la communauté de Jérusalem et témoigna de son zèle pour la cause de l'Evangile en remettant entre les mains des apôtres le pro' duit d'un fonds de terre qu'il avait vendu au profit des pauvres. C e^t lui qui introduisit Paul, après sa conversion, auprès de Pierre e de Jacques, et dissipa la méfiance dont le nouveau converti étai l'objet (Act. IX, 27). Il fut envoyé plus tard à Antioche poury fortifier la communauté chrétienne qui s'était recrutée surtout de païens, t.®
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choix qu'il fit de Paul pour Taider dans cette charge témoigne de la largeur de ses vues (Act. XI, 25). Après avoir porté à Jérusalem le produit d'une collecte destinée à secourir les chrétiens qui souffraient de la famine, il entreprit avec Paul et avec son neveu Jean Marc, un voyage missionnaire dans l'île de Chypre, la patrie de Barnabas, puis en Pamphilie, ei| Pisidie etenLycaonie (Act. XIII etXIY). A partir de ce moment, Barnabas n'apparaît plus qu'au second plan, laissant partout à Paul le soin de prendre la parole (Act. XIV, 12). Après un nouveau séjour à Antioche, Barnabas accompagna Paul à la conférence de Jérusalem (voyez cet article) et défendit avec lui la cause de Tuniversalisme chrétien (Act. XV). Barnabas ne suivit point l'apôtre des gentils dans son second voyage missionnaire, parce que celui-ci avait refusé de prendre avec lui Marc, qui les avait inopportunément quittés, lors du premier voyage (Act. XV, 36 ss.). A partir de. ce moment Barnabas, qui se rendit avec Marc, dans l'île de Chypre (Act. XV, 39), disparaît du récit de Luc; inais la légende chrétienne s'est complue à combler cette lacune. D'après les Homélies clémentines^ il se serait rendu à Alexandrie et à Rome ; les Acla et passio Barnàbx in Cypro, qui datent du cinquième siècle, le font mourir de la mort du martyre dan^ l'île de Chypre ; une autre tradition le désigne comme le fondateur de la communauté de Milan. — Voyez Eusèbe, H. E., I, 12; Clément, Strom,, II, 176; Assemani, Biblioih, orient., 111,1, 3<9 ss.; Theod. Lector, //. £., II, p. 557, et l'article Barnabas (Epître de).
JOSIAS (Yôschîyyâhou, c'est-à-dire que Dieu le soutienne; LXX : 'loxTiaç), fils et successeur d'Amon comme roi de Juda, régna de 640- 609 avant Jésus-Christ. Josias e§t le type du roi Ihéocratique ; pendant son long règne, il s'occupa de l'extirpation du culte des idoles, même dans les provinces du royaume d'Isra?l, du rétablissement du véritable culte de Jéhovah (Soph. I et III) et fit régner la justice dans son pays. Monté au trône à l'âge dç huit ans, il fut élevé sous la tutelle des prêtres (2 Rois XII, 2). D'après l'ancienne relation du livre des Rois, les réformes de Josias commencèrent dans la dix-huitième année de son règne; elles furent provoquées par la découverte du livre de la Loi (sep h e r h a t tô r âh, 2 Rois XXII, 8), trouvé lors d'une réparation du temple. Hitzig émet à ce propos l'hypolhèse absolument gratuite que le grand prêtre aurait rédigé lui-môme ce livre, en vue de ses plans théocratiques. Il est bien difficile de dire aujourd'hui avec certitude quel fut ce livre de la Loi; l'auteur des Chroniques (XXXIV, 14) l'appelle le livre de la loi de Moïse et quoiqu'il soit peu probable qu'il ait compris les cinq livres de Moïse qui ne pouvaient être lus en entier et à haute voix dans un si court espace de temps (2 Rois XXII, 8, 10; XXIII, 2), il est certain toutefois qu'il renfermait certaines parties du Pentateuque, surtout les lois rituelles et les paroles de bénédiction et de malédiction du Deutéronome (XXVIII ss.). C'est là ce que démontrent les passages 2 Rois XXII, 43. 16 ; â Chroniq. XXXIV, 2i, la désignation du livre comme livre de l'alliance (2 Rois XXIIl, 2; Deutér. XXIX, 1) et surtout la profonde