‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 88 sur 170 · JOUBERT — JOUFFROY · texte numérisé non relu

JOUBERT — JOUFFROY

considérer rpal... Tout ce qui devient devoir doit devenir cher: il n*y a point de maxfme plus importante pour le Donheur. » Il insiste sur l'excellence de la bonté : « C'est un bonheur, une grande fortune d'être né' bon... Une partie de la bonté consiste peut-être à estimer et à aimer les gens plus qu'ils ne le méritent. » 11 veut qu'on mette la morale en pratique et pas seulement en préceptes, et se moque « des gens qui n'ont de la morale qu'en pièce: c'est une étoffe dont ils ne sefo^t jamais d'habit. » On rencontre cependant quelques pensées qui tranchent avec les autres et dont la note est fausse. Celles-ci, par exemple : « Le but n'est pas toujours placé pour être atteint, mais pour servir de point de mire. Tel est le précepte de l'amour des ennemis... Les passions ne sont que nature ; c'est le nonrepentir qui est corruption, w On peut reprocher aussi à Joubert de demander beaucoup à la nature humaine sans lui indiquer suffisamment la source de la vraie force : la communion avec Dieu. Par là sa morale est stoïcienne autant que chrétienne. Malgré ces lacunes, elle est cependant très digne d'attention. Elle montre que Joubert était de ces esprits dont il dit « qu'ils sont plus avides de perfection que de gloire », et elle justifie ce qu'il a écrit de lui-même : « Je ne suis plus qu'un tronc retentissant ; mais quiconque s'assied à mon ombre et ni'entend devient plus sage. » M. de Sacy, qui le goûtait tant, n'a cru pouvoir mieux le louer qu'en appliquant à ses Pensées le passage suivant de La Bruyère : « Quand une lecture vous élève l'esprit et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l'ouvrage; il est bon et fait de main d'ouvrier. » J. Bastide.

JOUFFROY (Théodore-Simon), né«\ Pontels (Jura), en 1796, fut l'élève le plus distingué de V. Cousin, et mérita d'être nommé, dès 1817, répétiteur de philosophie à l'Ecole normale de Paris. Sa qualité dominante, la sincérité vis-à-vis de lui-même, se révélait déjà dans cet examen de ses convictions, auquel il se livrait comme jeune étudiant, et dont les Nouveaux Mélanges philosophiques nous donnent l'émouvant récit : « Je n'oublierai jamais la nuit de décembre*, où le voile qui me dérobait à moi-même ma propre incrédulité fut déchiré... En vain épouvanté du vide inconnu dans lequel j'allais flotter, je me rejetai, pour la dernière fois, avec mes croyances vers mon enfance, ma famille, mon pays, tout ce qui m'était cher et sacré, l'inflexible courant de ma pensée était plus fort... Ne pouvant supporter l'incertitude sur l'énigme de la destinée humaine, n'ayant plus les lumières de la foi, il ne me restait plus que les lumières de la raison pour y pourvoir. Je résolus donc de consacrer tout le temps qui serait nécessaire, et ma vie s'il le fallait, à cette recherche. » Joufl'roy demeura toujours fidèle à sa résolution ; dans les situations les plus diverses, tantôt réduit par.lcs défiances du gouvernement de la Restauration à donner des cours particuliers de philosophie dans sa chambre, tantôt occupant les postes les phis élevés de l'Université, professeur à la Sorbonne et au Collège de France, membre de l'Institut et du Conseil royal de l'instruction publique, toujours il creusa ce problème de

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