‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 89 sur 170 · JOUFFROY — JOURDAIN · texte numérisé non relu

JOUFFROY — JOURDAIN

notre destinée. Pour lui, la philosophie fut éminemment la science de l'homme ; et sa méthode, l'observation intérieure, qui, lors de ses premiers cours, ne lui fournissait qu'une psychologie étroite et pauvre, mais qui, se développant, grâce à une méditation incessante, lui permettait de reconstruire un ensemble de vues saines et fortes sur les rapports de l'âme et du corps, l'ordre universel, le devoir, Dieu et la vie future. Ces conquêtes successives de la pensée, il les communiquait avec une ferveur émue et une noblesse de langage qui en rehaussaient la vertu persuasive. Cependant son esprit n'était pas satisfait ; un accent de mélancolie, de résignation, se trouve au fond de ses plus beaux écrits. La philosophie ne lui fournissait pas de réponse à l'objection ordinaire du doute ; notre raison ne peut se prouver à elle-môme la vérité de ses conclusions les plus légitimas, et il ne lui restait d'autre consolation que de se demander si l'homme avait le droit d'être plus difficile que Dieu à cet égard, Dieu n'ayant pour légitimer sa raison que sa raison elle-môme. ^Combien l'âme de Jouffroy, qui avait soif de certitude, devait soufl'rir d'un scepticisme qu'il reconnaissait irrémédiable. Ainsi le docteur le plus scrupuleux de l'école dont Cousin était le chef, a montré par son exemple ce qu'il y avait d'incomplet dans celte philosophie, et c'est peut-être lui qui,^ d'une manière inconsciente pour lui-même comme pour les autres, a le plus contribué à en ébranler le crédit. L'estime dont il jouissait parmi ses compatriotes l'avait fait entrer, en 1831, à la Chambre des députés, et il apportait à l'accomplissement de son mandat sa droiture consciencieuse. Mais sa santé avait toujours été délicate, et ses travaux politiques, venant s'ajouter aux labeurs du philosophe, hâtèrent sa fin; il mourut en 1842. Ses principaux écrits furent : Melaiiges philosophiques, 2« éd., 1838; Préfaces d\ine traduction des Esquisses de philosophie morale de Dugald Steward , 18:26 , et une traduction des Œuvres d% Th. Reid, 1828; Cours de droUnalurel, :i vol., 1835-1842; Nouveaux Mélanges philosophiques, 1842, publiés après la mort de l'auteur, non sans avoir subi une épuration qui rappelait l'histoire des manuscrits de Pascal ; Cours d'esthétique, 1843. — "Voyez, dans le Dictionnaire des Sciences philosophiqnes, l'art. Jouffroy, de son disciple et successeur Ad. Garnier. A. Matter.

JOURDAIN (Yarddén, du verbe yarad, couler; 'lopSàvyiç 'lopSavo; ; arabe : Scheriat-el-Kebir), le plus grand des cours d'eau de la Palestine, sort d'après Josèphe {Antiq.,io,i0.3], d'une grotte située au pied du mont Panias. 11 coule presque en ligne droite vers le sud, dans une vallée profonde qui sépare le plateau syro-chananéen en deux parties, et qui se continue au delà de la mer Morte, jusqu'au golfe Elanitique ; son niveau est inférieur à celui de la mer Méditerranée et dans la mer Morte cette différence va jusqu'à treize cents pieds. Depuis le lac de Tibériade jusqu'au golfe Elanitique, la vallée portait le nom de 'arâ bâh (Deutér. I, 1.7), c'est-à-dire de désert (steppe), qui n'a été conservé aujourd'hui qu'à la partie méridionale. La partie septentrionale, la véritable vallée du Jourdain s'appelle el-Ghôr, c'est-à-dire enfoncement (hébreu : kikkarha- yarddén, contrée

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