JUDÉO-CHRISTIANISME
anormale, hérétique, d'un petit nombre de chrétiens qui, retenus ou séduits par les superstitions juives, en révolte déclarée contre les apôtres, s'étaient constitués à l'état de communautés séparées et avaient végété assez obscurément en Palestine et dans la région transjordanique, à Pella et dans la Décapole. Ils auraient duré jusqu'au septième siècle environ. Une étude plus méthodique des faits, moins dominée par le point de vue catholique, a révélé un état de choses très différent. Le temps vint et devait venir où le judéo-christianisme, dépassé par le développement logique et légitime de la pensée chrétienne, fut réduit à l'état d'hérésie et de secte insignifiante. Mais il en fut tout autrement à l'origine, et l'on peut dire sans craindre de démenti que le judéo-christianisme représente historiquement le point de départ de l'Eglise chrétienne. Et môme quand il ne fut plus qu'une secte dédaignée, après avoir été l'orthodoxie des premiers jours, on ne peut contester que le catholicisme, sous sa forme première et sous sa forme romaine, a conservé sous d'autres noms plus d'un de ses principes et de ses points de vue. Il faut reconnaître cependant que, selon la règle ordinaire dans les découvertes historiques, l'exagération en sens contraire n'a pas manqué de se faire valoir. On peut la reprocher à plusieurs des plus éminents représentants de l'école de Tubingue, Schwegler entre autres, qui accentuent tellement le judéo-christianisme de la première Eglise qu'on ne comprend plus comment il a été possible à celle-ci d'en briser la rigide enceinte et comment Tapôtre Paul a pu conserver son prestige et son autorité. En ce sens les travaux de Ritschl, sorti également de cette école, ont apporté un correctif nécessaire, quand même on pourrait peut-être lui reprocher d'avoir trop abondé dans le sens d'un retour à l'ancienne illusion. Ce qui donnait au débat une gravité bien supérieure à celle d'un simple différend historique, c'est qu'on devait se demander quelle idée il fallait donc se faire de l'enseignement personnel de Jésus. Aurait-il lui-même consacré par sa doctrine les vues et les prétentions exclusives du judéo-christianisme? Son enseignement n'aurait-il été que le pur ébionitisme (voyez l'art. Ebioniles), ou bien faudrait-il considérer les premiers chrétiens avant Paul et même après lui comme ayant en grande majorité totalement méconnu la doctrine du Maître? L'opinion la plus rationnelle en soi, celle qui , en dehors même des résultats.de la critique des évangiles, se justifie par toutes les analogies tirées de la marche ordinaire de l'esprit humain partant d'un point déterminé, comme elle peut s'appuyer sur les documents des deux premiers siècles, c'est que l'enseignement de Jésus a pu et a dû se prêter à la formation de la double tendance que l'on voit se manifester parmi ses disciples des premières générations chrétiennes. Il faut que, cet enseignement étant donné, nous puissions nous expliquer aussi bien le judéo-christianisme que le paulinisme, qui en est la contre-partie, et nous ne croyons'pas nous tromper en disant que, par rapport à la doctrine personnelle de Jésus, le judéo-christianisme fut au paulinisme ce que la lettre est àl'esprit.lll est telle parole, tel acte
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momentané de Jésus que le judéo-chrétien pouvait certainement alléguer à Fappui de ses prétentions; mais non moins évidemment la tendance générale, les principes, le caractère éminemment libérateur, spiritualiste , éthique, antîritnaliste de ses enseignements devaient amener la rupture avec le judaïsme et ses principes essentiels. Le vin nouveau devait nécessairement faire éclater la vieille outre dans laquelle toutefois il avait bien fallu le déposer. Dans les années qui sui^irent la mort de Jésus, nous voyons les premiers chrétiens très attachés à Tobservation de la loi juive, pratiquant scrupuleusement les préceptes rituels et moraux qu'elle contient, très probablement môme avec plus de ferveur que ne Tavaient fait du vivant de Jésus ceux qui s'étaient groupés immédiatement autour de lui. On dirait, et il n'est pas difficile d'en démêler les causes, qu'ils y mettent une certaine ostentation ( cf. Act. II, 46 ; III, 1 ; V, 42; X, 9. 14 ; XVIII, 18. 21 ; XX, 6. 16; Êi5<rE&îç xarwJ tw vojioy XXII, 12; XXI, 20 ; 'louSaîoi ireTciOTEuxoreç C^I^cdTQu tou v^uou, XXI, 20 etc.). A ce premier moment le contenu proprement dit de la foi chrétienne consiste à reconnaître Jésus pour le Messie, ce qui implique la soumissionà sa doctrine; du reste on est Juif et on demeure Juif. Toutefois, même avant saint Paul, on peut discerner les traces d'une tendance qui rompait déjà avec la stricte observance du judaïsme. C'est celle qui s'illustre par la prédication et le martyre d'Etienne, mis à mort pour avoir, disent ses dénonciateurs, blasphémé contre le temple et la loi (Act. YI, 13). L'idée tout au moins d'un grand adou* cissement des prescriptions légales en faveur des païens qui se convei^ tissent se trouve contenue dans le récit de la conversion de Corneille
(Act. X) et sera consacrée par le décret de Jérusalem rapporté Act. XV. Mais cet adoucissement, bien que très important, d'abord no concerne que les païens, puis il ne sort pas du point de vue légal C'est le minimum exigible de la Loi, celui qu'on imposait aux prosélytes de la porte recrutés par la synagogue au milieu des Gentils. C'est avec Paul seulement que commence l'opposition au principe même de la loi comme moyen ou condition de salut. Elle est désormais considérée comme périmée et comme plus contraire que favorable à l'action salutaire du nouveau principe chrétien, la grâce de Dieu en Jésus-Christ. On sait les luttes que Paul eut à soutenir contre les chrétiens partisans du principe et de l'observation de la loi et comment il dut défendre vis-à-vis des Douze eux-mêmes la légitimité de son iipostolat et de son enseignement (Gai. II)* Si cous prenons Pierre comme le représentant le plus qualifié des idées qui régnaient dans le collège apostolique primitif, nous le trouvons quelque peu indécis dans sa ligne de conduite, inclinant volontiers vers une grande largeur de pratique là où il voit la foi en Jésus-Christ vivante et active, mais redoutant aisément FeiFet du scandale que cette largeur peut produire dans l'esprit de ses frères de Jérusalem et de Palestine. Jacques, le « frère du Seigneur», paraît alors avoir été à la tète du parti judéo-chrétien tigide (comp. la scène d'Antioche, Gai. II, 11 ss.). Les étonnantes