‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 4)Chapitre 96 sur 170 · JUDÉO-CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

JUDÉO-CHRISTIANISME

conquêtes de Fapôtre des Gentils valurent nécessairement un grand ascendant à sa doctrine qui ne fut peut-être pas toujours bien comprise et put avoir pour des esprits superficiels l'apparence d'encourager la licence. Des convertisseurs judéo-chrétiens «e glissèrent régulièrement dans les communautés fondées par lui et ramenèrent un grand nombre de ses disciples à Tidée qu'il fallait ^e faire circoncire, observer la loi, en un mot se faire juif, pour avoir part au salut chrétien. — Cet antagonisme radical, qu'on devine plus qu'on ne le lit dans les plus anciens documents du christianisme, survécut au grand apôtre, et même, sans oser nous prononcer catégoriquement, vu la raretédes renseignements positifs, nous inclinerions à regarder comme

très vraisemblable que,dans l'ensemble des communautés chrétiennes, ce fut le point de vue judéo-chrétien qui l'emporta. Mais le point de vue, disons-nous, plutôt que le judéo-christianisme lui-même. Car en fait il devenait toujours plus impraticable dans sa rigueur. La masse croissante des païens convertis ne pouvait s'astreindre à ce ritualisme compliqué, supportable seulement pour des Juifs de naissance. La destruction du temple de Jérusalem rendait hors d'usage toutes les prescriptions relatives aux sacrifices. On devait donc par force majeure abandonner tout au moins le judéo-christianisme rigide. On en resta plus longtemps à l'observation du minimum défini Act. XV. Le jour vint toutefois oti ce minimum lui-même tomba en désuétude, surtout pour ce qui concernait les aliments. D'autres questions, bien plus importantes, préoccupaient l'Eglise, et il s'était formé une morale chrétienne^ un culte chrétien, des habitudes chrétiennes, ne laissant plus de place aux formes spéciales de la dévotion juive. Ce qui resta du judéo-christianisme, ce fut la tendance à attribuer une valeur incompatible avec le principe de la rédemption paulinienne à des formes et à des œuvres de piété extérieure, à des rites considérés comme procurant la grâce de Dieu ou comme absolument indispensables pour l'obtenir. C'est parla surtout que le judéo-christianisme marqua à son empreinte le catholicisme primitif et son héritier occidental, le catholicisme romain. 11 est visible aussi, que la renommée de l'apôtre Paul souffrit pendant un certain temps des accusations dont il avait été l'objet de son vivant. On est étonné du silence qui se fait autour de son nom pendant la plus grande partie du second siècle. Justin Martyr n'a même pas l'air de le connaitf e. II y a plus. Les Homélies Clémentines (voir ce mot) enregistrent une tradition malveillante qui l'identifiait avec Simon le Magicien et le représentait sous ce masque transparent comme vaincu par son adversaire, l'apôtre Pierre (cf. Hom.^ XVII, 19). Et ce livre ne peut pas avoir été l'œuvre d*un sectaire isolé, car il appartient au parti épiscopal du second siècle et recommande avec instance l'obéissance à répiscopat. La légende de saint Pierre est aussi due en partie au désir qui anima les judéo-chrétiens militants de ravir à Paul la gloire d'avoir fondé le plus grand nombre et les plus célèbres des Eglises. Toutefois on ne pouvait efTacer sa mémoire des annales chrétiennes, ces Eglises étaient toujours, quoi qu'on pût faire, sa

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lettre de créance devant l'histoire comme devant Dieu. De bonne heure il y eut une tendance ironique cherchant à pallier les différences qui avaient pu séparer les premiers héros de la foi, et si ce n'est pas Tintention formelle, c'est bien certainement le point de vue qui a présidé à la composition du livre des Actes. Le cours des événements vint toujours plus renforcer cette tendance qui devint à la fin celle de TEglisc entière. Pierre et Paul furent désormais unis dans sa vénération. A la fin du second siècle, il ne peut plus être question de judéo-Christianismejou de paulinisme. Ce qui prédomine, c'est un catholicisme épiscopal qui se tient pour émancipé de la loi juive comme celui-ci, mais qui a élaboré une loi rituelle analogue à bien des égards à celle que le premier voulait imposer. Tout indique l'Eglise de Rome comme Tune des premières où s'opéra cette fusion des deux partis contraires. L'épître de Clément Romain aux Corinthiens la suppose en quelque sorte déjà accomplie. Pierre etPaul passent désormais pour les fondateurs et les patrons à titre égal de celle Eglise, ce qui signifie qu'elle possède le dépôt tout entier de la tradition apostolique,, et si l'on veut bien substituer à ces deux noms propres les deux écoles qui se développèrent d'abord parallèlement sous leur patronage respectif, on trouvera le résumé de toute cette histoire dans un curieux passage du traité anonyme du Second Baptême, ordinairement annexé aux œuvres de Cyprien et qui . consiste dans le fragment d'un vieux livre intitulé Kerygma Paulou : post tanta Kt^^' pora, Petrum et Pauluniy post consolationem Evangelii in Jerusaltin,^ muluam cogitàtionem^ et aller cationem^ et rerum agendarum dispos^i^onerriy postremo in Urhe^ quasi tuncprùnum, invicem sibi cognitos. Cesl ce qui rejeta insensiblement hors de l'Eglise épiscopale ou^prolocatholique les judéo-chrétiens de Palestine et des pays voisins du Jourdain. La guerre des Juifs et des Romains détermina un grand nombre de chrétiens de Judée à se réfugier au delà de ce fleuve dan^ la Décapole. Ceux qui restèrent en butte à la malveillance des Juifs proprement dits lors du dernier soulèvement de Tan 118 sousBar- Kochbales rejoignirent en presque totalité. Nous manquons de données sur la vie intérieure de ces communautés de plus en plus oubliées par la grande Eglise. Nous savons seulement que les descendants de la famille de Jésus y vivaient entourés d'une grande vénération, que le gouvernement romain les fit venir à Rome sous Domitien pour s'enquérir de leurs prétentions, que l'on s'y livrait à des recherches généalogiques pour constituer la descendance davidiqu^ de Jésus et même qu'il s'y fit des travaux bibliques d'une réelle importance. Les versions de l'Ancien Testament, élaborées par Aquilas» Symmaque et Théodotion sortent de ce milieu judéo-chrétien. L'évangile en cours dans ces communautés et que Jérôme a vu élan rédigé sur le plan général de notre évangile selon saint Matthieu ou plutôt n'en était guère qu'une édition avec quelques variantes; notamment, les deux premiers chapitres manquaient. Enfin on peut signaler deux tendances distinctes qui les divisaient, celle dite des nazaréens^ plus moderne, plus large, et admettant une

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christologie (p. ex. la naissance miraculeuse) moins éloignée de celle qui prévalait dans le reste de l'Eglise ; puis, celle des ébionîles qui persévéraient dans l'idée que Jésus était fils de Joseph et de Marie, dans l'observation minutieuse de la loi, la circoncision y comprise, et dans une antipathie incurable contre l'apôtre Paul (voyez les art. Nazaréens, Ebionites). Une branche apporta même son contingent au gnosticisme, les elkésaïtes (voyez ce mot). — Sources : E. Reuss, Histoire de la théologie au siècle apostolique y yo\A; A. Kayser, Revue de Uiéologie de Strasbourg j Ecole de Baur, vol. II; les Homélies clémeniines, vol. III; A. Réville, Esmis de critique religieuse; E. Renan, Les Evangiles et la seconde génération chrétienne; F. Gh. Baur, Paulus; Das Christenlhum und die christliche Kirche der drei ersten Jahrhunderte, etc.; Lechler,i)a5 aposlolische und nachaposU Zeilalter, 1851 ;Schwegler, Das nachapo.stolische Zeitnlter ; Ritschl, Die Enlstehung der altkathoL Kirche; G. Holsten, Zum Evangelium des Paulus und des Petrus, 1868. En général les travaux critiques sur le Nouveau Testament de Gredner, Schneckenburger, Kœstlin, Volkmar, et les éludes sur les Pères apostoliques de Hilgenfeld. Gomp. aussi les sources indiquées à l'art. Ebionites, A. Réville.

JUDEX (Matthieu), dont le véritable nom était Ri ch ter (juge), naquit à Tippolswade, dans laMisnie, en 1528, et mourut àRostock l'an 1564. Après avoir été pasteur de l'église Saint-Ulrich à Magdebourg, il devint professeur de théologie à léna. Judex fut ui>des principaux rédacteurs des Centuries de Magdebourg {\ oyez cet article).

JUDITH (Livre de). Get Quvrage n'a pas trouvé place dans la bible hébraïque, mais dans la bible grecque. En voici l'analyse, que nous empruntons à M. Reuss: a Nabuchodonosor, roi d'Assyrie, engagé dans une guerre contre Arphaxad , roi des Mèdes, invite tous les peuples de l'Asie occidentale à se joindre à lui pour cette expédition. Un grand nombre d'entre eux refusent de lui rendre ce service. Irrité de ce refus, il tourne ses armes contre euxf après avoir vaincu son adversaire. Il envoie son farouche général, Olophernès, avec une puissante armée contre les récalcitrants. En effet , celui-ci dévaste tous les pays en deçà de l'Euphrate et à la fin il ne reste plus à soumettre que les Juifs. Geux-ci, naguère libérés de la captivité, venaient de restaurer leur ancien sanctuaire et se préparèrent à une vigoureuse résistance sous la direction de leur grand prêtre Joakin. L'armée assyrienne est arrêtée devant la forteresse de Bétyloua, et son chef, étonné de la hardiesse d'un si petit peuple, prend des informations sur son compte. Un capitaine ammonite, Achior, qui sert sous lui, raconte au long l'histoire des Israélites et déclare qu'il sera impossible de les vaincre tant qu'ils resteront fidèles à la loi de leur Dieu. Olophernès, plein de dépit à cause des doutes exprimés à l'égard de ses chances de victoire, chasse cet homme de son camp et le fait remettre entre les mains des Juifs assiégés, pour qu'il périsse avec eux. Cependant le siège est poussé sérieusement. On coupe à la ville, située sur une hauteur, l'accès des eaux qui se trouvent en dehors des murs et qui sont l'unique ressource des habitants, et bientôt ceux-ci, réduits à l'extrémité

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