BOILEAU — BOISGELIN
la coupe. Mais Boileau se trouva dans son véritable élément quand il écrivit son histoire des flagellants : Historia Flagellantium,^ siue de recto et perverso usu flagellorum apud Christianos (Paris, 1700, in-12). Le censeur avait exigé l'addition du mot recto dans le titre, mais l'idée ne s'en retrouve guère dans le livre. La malice gauloise de l'auteur se donna carrière, grâce à la liberté du latin, pour dévoiler ces aberrations d'un fanatisme sensuel. Un anonyme en publia, en 1701, une traduction qui rendit en français toutes les crudités du latin et en nomma l'auteur. Boileau s'en plaignit amèrement, mais il donna raison au critique en émondant l'ouvrage. Cette même traduction reparut, expurgée, en 1732 (Paris, in-12). Une thèse moins dangereuse fut celle qu'il soutint pour démontrer que les ecclésiastiques ne doivent pas se distinguer dans le monde par la forme, mais par la simplicité de leurs habits : De re vestiaria hominis saeri, etc. (Amsterdam, 1704, in-12). Il appliqua lui-même sa théorie en adoptant un costume qu'il eut la bonhomie de croire assez long et assez court pour ne différer de celui des laïques que par sa modestie. Boileau a fait une foule de dissertations sur divers sujets. Il eut la joie d'en composer une vers la lin de sa vie, en 1713, contre le jésuite Hardouin. Ce singulier érudit prétendait que le Céphas de la dispute d'Antioche n'est pas le même que saint Pierre. Boileau n'eut garde de manquer cette occasion de polémique. Ce qui est plus étonnant, c'est que Don Calmet ait daigné reprendre la réfutation pour son compte dans son Commentaire sur VEpître aux Galaies. C'était pourtant un sujet à ne pas traiter deux fois (voir, pour la liste des ouvrages de Boileau, Du Pin, Bibl. ecclés du dix-septième siècle, t. Y, et les Mémoires de Nicéron, t. XII). P. Rouffet.
BOISGELIN (Jean de Dieu-Raymond de Cucé), né à Rennes en 1732. Bien que sa famille l'eût destiné dès l'enfance à l'Eglise, la carrière ecclésiastique fut pour lui moins un état qu'une vocation. Aussi, quand la mort de son frère aîné le rendit chef de sa famille, il renonça à son privilège en faveur d'un autre frère et resta dans les ordres. Grandvicaire de Pontoise, évoque de Lavaur, puis archevêque d'Aix (1770), il laissa partout le souvenir d'une activité bienfaisante. Son zèle, joint à sa libérale charité, sauva, aux approches de la Révolution, son diocèse des désordres et de la famine qui menaçaient de suivre les émeutes au sujet des approvisionnements. Député du clergé en 1789, il se (it remarquer par une sage modération. 11 s'exila à la fin de la Constituante et resta en Angleterre jusqu'au moment où le gouvernement renoua les relations avec Rome. Archevêque de Tours en 1802, il prononça un discours remarquable à la cérémonie de la prestation du serment des archevêques et évêques. Peu après il fut nommé cardinal et mourut en 1804. Membre de l'Académie française depuis 1770. Boisgelin mena de front les travaux ecclésiastiques et les occupations littéraires. On a de lui une Traduction des Héro'ides $ Ovide, en vers français, imprimée à Paris sans nom d'auteur, sous la rubrique de Philadelphie, et tirée à douze exemplaires seulement (1786, in-8°); une traduction en vers du Psautier, publiée au profit d'émigrés (Lon-
BOISGELIX — BOLIVIE 339
dfes, 1790); tes Oraisons funèbres du roi Stanislas (1766, in-Si. delà Dauphine, belle-fille de Louis XV il70(.), in-4°), et le discours du sacre «le Louis XVI. Il a encore compose divers opuscules sur les question de son temps, et des observations sur Montesquieu qui sont restées er manuscrit.
B0ISM0NT (Nicolas Thyrel de) [171M786]. Prédicateur illustre en son temps et parfois véritablement éloquent, mais plus élégant que profond, et incapable de se maintenir par un travail constant à la même hauteur, Boismont donna une preuve négative de l'aphorisme de Buffon, que le génie est une longue patience. Après s'être fait connaître à Rouen, sa patrie, il se rendit à Parisen 17W. Son talent le faisait remarquer peu à peu; un trait d'esprit ou un hasard fonda sa renommée. Prêchant devant un auditoire plus distingué que sérieuxsur la conversion de Madeleine, il décrivit longuement la vie mondaine de la pécheresse, et, arrivé au second point où il devait exposer la contre-partie de sa vie pénitente, il resta court et descendit delà chaire. Le sujet de son discours de réception à l'Académie : De la nécessité d'orner les vérités évangéliques , montre assez qu'il se faisait de la prédication un tout autre idéal que les Bridaine et les Beauregard. Prédicateur de cour dans le vrai sens du mot, il fit les Oraisons funèbres du Dauphin, fils de Louis XV, de la reine, de Louis XV, et enfin de Marie-Thérèse. On les a recueillies, avec un Panégyrique de saia}. Louis et quelques autres discours, et publiées en un volume (Paris, 1805, in-8°).
BOISSARD i Georges-David-Frédéric), né à Montbéliard en 1783, fut pasteur à Lille, puis à Nancy. Un consistoire de l'Eglise de la confession (TAugsbourg ayant été institué à Paris, Boissard en fut le premier pasteur et procéda à l'inauguration de l'église des Billettes le 26 novembre 1809. Son zèle infatigable et son aimable caractère lui assurèrent une large part dans l'organisation de la nouvelle communauté , ainsi que dans la fondation de la Société biblique et d'autres œuvres chrétiennes, à une époque où le protestantisme n'était pas encore agité par des débats religieux. Il mourut en 1836.
BOLIVIE (Statistique ecclésiastique). La république de Bolivie ou du Haut-Pérou a longtemps fait partie des colonies espagnoles. Rattachée jusqu'en J 778 à la vice-royauté de Lima, elle appartint ensuite à celle de Buenos-Ayres. Elle se souleva en 1808 contre la domination delà métropole, et forme une république indépendante depuis 1825. Son histoire n'est guère depuis lors qu'une suite de révolutions successives, interrompue par de rares et courtes périodes de tranquillité relative. Le dernier recensement officiel de la population remonte à 1861 ; il constatait l'existence de 1,787,352 habitants. Il fauty ajouter les Indiens nomades dont le nombre est très-diversement estimé par les géographes et tes voyageurs. Les chiffres varient entre 24,000 et 700,000. La population totale de la république peut donc être évaluée à environ 2,000,000 d'âmes. Les Indiens sont en grande majorité païens; les efforts des missionnaires catholiques n'ont réussi à en convertir qu'un petit nombre. Les blancs se rattachent tous à l'Eglise romaine; nous