BONALD
BONALD (Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de), né au Monna, près Milhau, en Rouergue, le 2 octobre 1754, quitta la France au début de la Révolution et se retira à Heidelberg avec sa famille après avoir servi dans les rangs des émigrés. Ce fut à l'étranger qu'il publia son premier ouvrage, la Théorie du pouvoir politique et religieux (Constance, 1796). Quelques années après, au couronnement de Napoléon, il rentrait, devenait à Paris collaborateur du Mercure de France et du Journal des Débats, et bientôt, à la demande de Fontanes, il était nommé conseiller titulaire de l'université, quoiqu'il put sans injustice être mis au nombre de ses pires ennemis. Député de 1 Aveyron, il siège presque sans interruption dans les assemblées de 1815 à 1830, offre avec empressement son concours à tous ceux qui proposent quelque loi de réaction, et se fait nommer successivement président de la commission de censure, membre de l'Académie, ministre d'Etat, pair de France. A la révolution de Juillet, ayant refusé de prêter serment à Louis -Philippe, il rentre enfin dans la vie privée, et va mourir dansle lieu même où il était né, au Monna, le 23 novembre 1840. — Comme écrivain et philosophe, de Bonald, collaborateur au Mercure et au Conservateur de Chateaubriand, Salaberry, Fiévée, se rattache avec de Maistre, d'Eckstein, de Lamennais, à ce qu'on a appelé, dans la première moitié du dix-neuvième siècle, Y école théologique, soutenant que la révélation, et non l'observation, doit être le principe de la philosophie. On peut dire qu'il est tout entier danssa théorie du langage. Le langage primitif, dit-il, a été donné par Dieu à l'homme, et il s'appuie, pour le démontrer, d'abord sur l'autorité de la Bible et les recherches des philologues, comme preuve historique. Puis il passe à la preuve métaphysique. Dieu, qui a créé l'homme sociable, a dû le pourvoir en même temps du langage : la parole a été nécessaire, Rousseau le reconnaît lui-même, pour établir l'usage de la parole. Il eût fallu trop de génie à l'homme pour s'élever seul de la pure idée à la conception du discours. Et là-dessus M. de Bonald établit tout son système. Mais il prouve mal ce qu'il avance ainsi, et il est facile de lui répondre. Par exemple, est-ce que la conscience de notre existence propre qui, seule, rend possibles nos autres connaissances, ne précède pas ne nous la présence de toute espèce de signes? Est-ce que la pensée ne se prête pas à un beaucoup plus grand nombre de nuances que la parole n'en saurait exprimer? Est-il réellement impossible d'expliquer l'invention du langage sans une révélation directe de Dieu, et de soutenir que les perceptions de l'àme se fixant par la réflexion, et l'organe vocal étant très-propre à bien rendre ces perceptions, l'homme a eu besoin de trouver dans son organisation, non pas une langue toute faite, mais un instrument de pensée qu'il ait pu mettre en jeu, et puis de développer simplement cette faculté pour parvenir à toutes les connaissances pour lesquelles la parole lui était nécessaire? On pourrait ainsi renverser l'édifice que de Bonald avait si laborieusement élevé. Mais si l'on accepte sans discussion ces principes, il en tire aussitôt un excellent parti pour appuyer, comme défenseur du pouvoir absolu, ses vues sociales. Si la parole est un don direct de Dieu à l'homme, les