BONGARS — BONIFACE
dent, soit d'ambassadeur, près des princes protestants de l'Allemagne Il jouissait à la cour de chacun d'eux d'un crédit égal à celui qu'avaient conquis ailleurs d'autres protestants chargés de représenter la France à l'étranger, tels notamment que de Buzanval, du Maurier et Hotman de Villiers. Rappelons ici, à l'honneur de Bongars, l'hommage que rendit à son caractère et à son influence l'illustre Duplessis-Mornay dans ces quelques lignes extraites d'une lettre qu'il lui adressa le 10 juillet 1609 : « J'ai loué Dieu de vostre retour en Allemaigne, et pour l'affaire principale qui vous y mène et parce que je sçais que concurremment vous advancerés toutes choses bonnes... Je vous prye donc , desployés-y vostre prudence selon vostre zèle et en faictes sentir la conséquence à vos plus féaulxamis. » La douleur que causa à Bongars la mort de Henri IV déborde dans une lettre qu'il écrivit, le 1er juin 1610, à Jacques Zwinger (Bull, de la Soc. d'hist. du protest, fr., 3e ann., p. 541) : k Le plus terrible coup, s'écria-t-iî, vient de nous accabler ! Dieu seul peut nous relever, car c'est sa main qui, par un juste jugement, nous a infligé cette grande épreuve... Nous avons perdu un grand prince, un prince bien supérieur, non-seulement à tous ceux de ce siècle, mais même à ceux des âges précédents ; et nous l'avons perdu par l'exécrable attentat d'un misérable sorti, l'on n'en doute pas, de l'école des jésuites, et digne ministre de Satan... Priez pour nous Dieu, l'unique auteur de notre salut... » Deux ans plus tard, Bongars mourut. Le Papier-Registre des enterrements faicts à Paris des personnes de la religion (Bull, de la Soc. d'hist. duprot. fr., ann. 12, p. 277) mentionne, sous la date du 29 juillet 1612, l'inhumation de noble homme Jacques de Bongars, maistre d'hostel ordinaire du roy (cimei. du faub. Saint-Germain).— Voir: 1° Bayle, Dict. h'ist. et crit., Paris, 1820, in-8°, t. III; 2° Haag, Fr. prot.; 3° Lettres de Henri IV, in-4°, II, p. 430, 431 ; III, p. 173, 174; VI,. p. 1 ; 4° Mémoires et Corresp. de Duplessis- Mornay, in-8°, p. 572; IX, p. 291, 367, 413, 463, 549 ; X, p. 266, 342. Ouvrages de Bongars: 1° Justinus, Paris, 1581, in-8°; 1610, 1654, in-12 ; 2° Collectio hunyacicarum rerum scriptorum , Francof., 1600, in-l'°; 3° Gesta Dei per Francos, etc., Hanov., 1619 et ann. suiv., 2 vol. in-f°; 4° Lettres de Bongars, La Haye, 1695, 2 vol. in-12. La riche collection de manuscrits et d'imprimés dont se composait la bibliothèque de Bongars appartient aujourd'hui à la ville de Berne.
J. Delaborde.
BONHEUR. Voyez Félicité.
BONIFACE, l'apôtre de la Germanie, dont le vrai nom était Winfrid, est né en 683, à Kirton , en Angleterre. Son père appartenait à la noblesse anglo-saxonne et désirait assurer à son fils une position brillante dans le monde, mais il dut céder à la vocation irrésistible que celui-ci manifesta dès son enfance. Winfrid fit son éducation dans les couvents d'Exeter et de Nhutscelle. Ce dernier, dont l'école jouissait d'une grande réputation, lui fournit les moyens de cultiver son intelligence, d'approfondir ses études scripturaires et de connaître à fond la règle de Saint-Benoit. Prêtre avant trente ans, professeur et prédicateur éminent, il avait fait preuve dans des circonstances délicates de talents