‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 111 sur 263 · BONIFACE · texte numérisé non relu

BONIFACE

si remarquables qu'il serait parvenu dans son pays aux plus liantes dignités ecclésiastiques, s'il ne s'était pas senti entraîné par celte

ardeur missionnaire, dont les prêtres catholiques anglo-saxons avaient reçu L'héritage de leurs illustres prédécesseurs, les moines culdéens de L'Irlande et de l'Ecosse. Il dirigea son attention sur la Frise, dont les habitants, marins sauvages et grossiers, étendaient au christianisme la haine qu'ils professaient à L'égard des Francs, leurs redoutables adversaires. Le terrain avait été déjà préparé par Amandus, Eloi, évêque de Noyon, Wulfram, évêque de Sens, et surtout par Willibrord. Mais Winfrid arrivait au moment où Charles-Martel venait de subir un échec sanglant dans sa lutte contre Radbod et il dut rentrer en Angleterre en 717. Reportant alors son attention sur F Allemagne centrale à peine entamée par. les missions antérieures, il se rendit en Italie avec la recommandation de son protecteur et ami, le pieux Daniel, évêque de Winchester. Le pape Grégoire II l'accueillit avec bienveillance et le nomma son légat par une lettre en date du 15 mai 719, où nous le voyons désigné pour la première fois sous le nom de Boniface. Dès cette première entrevue le missionnaire manifesta par le serment solennel (mil prêta entre les mains du pontife son dévouement absolu et sans réserve pour la cause de la papauté et sa résolution d'unir dans une même pensée et dans un commun triomphe Rome et FEvangile. Après quelques tentatives de mission dans la Thuringe, évangélisée précédemment par Kilian, Boniface, apprenant la mort de Radbod, se icndit en Frise, et seconda pendant trois années Févêque dTtrecht, Willibrord. En 1%\ il rencontra à Trêves, dans son voyage de retour, un jeune homme qui devait être Fun de ses meilleurs disciples, Grégoire, plus tard évêque dTtrecht, qui s'attacha à ses pas. Après avoir évangélisé les contrées arrosées par la Lahn et fondé un couvent à Amœnbourg, il lit un second voyage à Rome, où, le 30 novembre, le pape le consacra évêque pour la Germanie, sans résidence lixe. En l'M nous le voyons reparaître en Thuringe, muni d'une lettre de recommandation de Charles-Martel; mais bien loin d'être favorisé par le pouvoir civil, il eut à lutter contre la résistance du grand-maire du palais et contre l'hostilité du clergé franc, dont il censurait les abus et menaçait surtout F indépendance. Toutefois il obtint, grâce à son énergie, des succès décisifs. Dans la Hesse, tout en se livrant à l'œuvre pacifique de l'évangélisation, il frappa un grand coup en abattant luimême, avec le concours de ses disciples, • un chêne gigantesque, consacré à Odin, la plus grande divinité (\o* barbares. En Thuringe il fonda de ~rl\ à 727 le couvent d'Ohrdruf et appela à son aide de nombreux moines et des religieuses de son pays natal, dont plusieurs ont acquis un nom dans l'histoire de L'Eglise, entre autres: Bunhard, qui fut évêque de Wurtzbourg, Lull, son successeur à Mayence, el parmi L< s religieuses L'illustre Lioba, qui transforma le couvent de Bischofsheim en un foyer de civilisation el de piété. Boniface entretenait une correspondance suivie et active avec Le pape, auquel il rendait compte de tous ses succès el soumettait tous ses scrupules. Serviteur dévoué de la papauté, ;l appliqua les règlements minutieux des degrés

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défendus dans le mariage tout en les trouvant trop rigoureux, et il chercha à détruire toute trace de l'indépendance et de Faction des anciennes missions bretonnes. Dans cette correspondance nous relevons deux traits importants : la reconnaissance du baptême des hérétiques, et l'usage encore existant de la coupe pour les laïques dans la communion. Grégoire III nomma archevêque pour l'Allemagne entière, Boniface, qui fonda en 723 le couvent de Fritzlar et qui, après avoir consacré à la mission les premières années de son ministère, résolut de réaliser la seconde partie du programme qu'il s'était tracé, l'organisation de l'Eglise. Après un troisième voyage à Rome en 738, il se rendit en 739 dans la Bavière, évangélisée déjà par Eustase, successeur de Golombah à Luxeuil. Jusqu'alors les évêques du pays avaient été indépendants du saint-siége et exerçaient souvent leurs fonctions en qualité d'abbés des couvents les plus importants. Boniface détruisit cette indépendance, ne reconnut comme canonique que l'un des quatre évêques intronisés par Grégoire II et mit trois de ses disciples à la tête des nouveaux diocèses, qu'il créa à Salzbourg, Freisingen,Ratisbonne et Passau. Jusqu'alors , malgré le concours de nombreux disciples, il avait eu à lutter contre une hostilité sourde ou ouverte. Malgré l'énergie de sa volonté et l'ardeur de son zèle, il froissait trop de vanités et introduisait des innovations trop considérables pour ne point soulever la résistance d'un clergé auquel les lois romaines du célibat étaient inconnues, de prélats guerriers et mondains, de prêtres accoutumés à la hère indépendance des Eglises bretonnes. La mort de Charles-Martel et l'avènement de ses fils Garloman et Pépin amenèrent un changement favorable aux desseins de Boniface. Celui-ci résolut d'en profiter pour étendre à l'Allemagne centrale les réformes qu'il venait d'appliquer à l'Eglise de Bavière. 11 créa quatre évêchés, savoir: pour la Thuringe, Erfurt; pour la Hesse, Burabourg (bientôt abandonné pour Frizlar); Wurtzbourg dans la Franconie orientale; enfin Eichshedt pour les contrées intermédiaires. A ces créations épiscopales, que le pape se hâta de confirmer, Boniface joignit la fondation de nombreux monastères, dont il confia la direction à ses collaborateurs venus d'Angleterre. Quelques historiens ont voulu voir dans ces créations le point de départ d'une Eglise nationale allemande de plus en plus indépendante de l'influence franque, mais cette théorie semble avoir été étrangère à l'esprit de Boniface, romain avant tout, et auquel le pape Zacharie accorda plus tard une sorte de primauté sur la Gaule entière. C'est à ce moment que nous voyons Boniface, arrivé au point le plus glorieux de sa longue carrière, exercer une iniluence décisive dans de grandes réunions synodales appelées à régénérer et à réformer l'Eglise franque corrompue par l'invasion de nombreux leudes, dont Charles-Martel avait récompensé les services militaires par des bénéfices et dont Milon, prélat de Trêves et de Reims, est le type le plus saillant. La plupart de ces prêtres étaient mariés, ce que Boniface considérait comme un adultère; la chasse, la guerre, les banquets étaient leurs passe-temps favoris, et leur ignorance était si grande que plusieurs ne savaient même pas la formule litur-

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gique du baptême. Ce lut le "21 avril 7'ri que s*ouvril le premier

synode austrasien, à la fois réformateur et disciplinaire (Labbe, Cône., VI, 1544-45) et dont les nombreux canons, outre les abus que nous venons de signaler, défendaient les pratiques superstitieuses, la vente des esclaves chrétiens aux païens, et rattachaient étroitement l'Eglise t'ranque au siège de Rome. Le deuxième synode austrasien se réunit en TV!, dans la villa royale de Lest'mes (llainaut), et. renouvelant les décrets de 7'i2, travailla à détruire les derniers vestiges du paganisme expirant. Boniface voulut, avec le concours de Pépin, arriver aux mêmes résultats pour l'Eglise de Neustrie et tint en mars 744 un synode général à Soissons. Ces trois synodes ou conciles adoptèrent l'ère latine de l'Incarnation et la règle de Saint-Benoit. Boniface obtint du pape le pallium pour les archevêques de Reims, de Rouen et de Sens, et lit rendre aux églises une partie des biens dont Charles-Martel les avait dépouillées. En 7'tri un synode commun aux deux pays (Baluze, 1, 157), assigna l'archevêché de Cologne à Boniface et déposa l'évêque de Mayence, Gewiellieb, non canonique et meurtrier. C'est dans ce synode que furent condamnés deux hérétiques, Adelbert et Clément, dont nous ne connaissons les opinions que par la déposition partiale d'un adversaire implacable dont ils contre-carraient l'ambition et les réformes; Adelbert, mystique défenseur de l'indépendance du clergé, était plein d'orgueil et professait une foi puérile en une prétendue lettre de Jésus-Christ tombée du ciel; Clément, moine irlandais , soutenait le mariage des prêtres, et interprétait la descente aux enfers dans le sens de l'universalisme du salut. Boniface poursuivit ses adversaires avec le zèle d'un inquisiteur, mais ne ivu>Mt pas, malgré l'appui du pape, à les faire déposer de suite. 11 ht également condamner par la cour de Home l'hérésie d'un certain Virgile qui admettait les antipodes. Nous avons vu Boniface missionnaire et organisateur: il joignait à ces dons celui de la vie ascétique et contemplative. Le désir de s'assurer une retraite paisible pour sa vieillesse et de créer pour l'Allemagne un centre de vie religieuse, le poussa en 742 à fonder, avec le concours de son disciple, le Bavarois Sturm, la célèbre abbaye de Fulda , dans la forêt Bochonia, qui devait bientôt devenir la rivale du Mont-Cassin et de Saiiit-Gall. Par trois fois Sturm, perdu au sein d'épaisses forêts, recula devant la grandeur de la tâche ; par trois fois son intrépide maitre le lança en avant, soutenu par ses prières. La révolution qui renversa • ■il 752 les Mérovingiens en faveur de la race carlovingienne eut-elle oncours actif et efficace ou indirect et effacé de Boniface? C'est ce que Les documents ne permettent pas de décider et le procès est encore pendant. Il n'en est pas moins vrai (pie ce changement de dynastie lut favorable au triomphe de ses idées, dont Pépin et Charlemagne devaient être comme les exécuteurs testamentaires. Boniiaee n "occupa jamais le sié<>e de Cologne qu'il désirait, et nous pouvons considérer comme un succès de ses adversaires, toujours

debout malgré sa faveur, son transfert au siège de Mayence, Reprenant ù la (in de sa carrière les désirs et les rêves de sa jeunesse,

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