BONIFACE — BONIFACE II
las du monde, avide du martyre, il obtint du pape Etienne de désigner comme son successeur son cher disciple Lull, et se rendit à Utrecht sur le théâtre de ses anciens travaux missionnaires. Surpris le 5 juin 755 par une horde païenne , il refusa de se défendre et succomba avec quarante de ses compagnons de voyage. Son corps fut rapporté en grande pompe à Fulda, au milieu du deuil de l'Allemagne et de la Gaule. Ainsi mourut en plein combat de la vie chrétienne le grand apôtre de la race germanique, peu savant, mais croyant convaincu, conscience délicate, énergique lutteur, homme de prière, organisateur habile , champion dévoué de la papauté , à laquelle il ne craignit pas de dire parfois des vérités sévères. Toute sa vie il s'intéressa aux progrés de la foi dans sa patrie ; véritable prophète de l'ancienne alliance, s'il transforma le prêtre en un être à part, il lui imposa des devoirs auxquels il ne manqua jamais lui-même, intrépide censeur des rois et des puissants. Frizlar et Fulda, l'organisation synodale et hiérarchique, furent ses grandes créations. De nombreux disciples travaillèrent à continuer et à affermir son œuvre. — Les Œuvres de Boniface ont été publiées par Giles (Londres, 1844, 2 vol.); ses Lettres par Serarius (May., 1605) et Wurdtwein (May., 1789) ; ses Lettres se lisent dans les Monum. Moguntina de Jaffé (1866), ainsi que sa Biographie, écrite peu après sa mort par Willibald, moine de Mayence, et des extraits de sa Vie, par Otloh, moine de Ratisbonne (1062). — Voyez : AA. SS., 5 juin ; les monographies de Letzner (Hildesh., 1602), Hanisch (ou Semler, Halle, 1770), Lœffler (Gotha, 1812), Seiters (May., 1845), Waitzmann (DHL, 1840), Erdmann (BerL, 1855), Gams (May., 1855); Arndt et Simson (1863), Sayous (1866) et Werner (1875); Mignet, Mém. hist., I; Bœhringer, Die Kirche, II, 1; Rettberg, K. G. DeutschL, I. A. Paumier.
BONIFACE Ier (Saint), pape (418-422), succéda à Zozime. Il était romain. Il eut à combattre un anti-pape, Eulalius, que le préfet de Rome, Symmaque, favorisait. L'empereur Honorius, dans l'embarras où le mettait une double élection , semble avoir eu recours à une sorte de jugement de Salomon. Il décida qu'en un cas semblable aucun des deux élus ne serait pape, et que le clergé aurait à procéder à une nouvelle élection unanime. Il ordonnaen même temps aux deux évoques de sortir de Rome, et attendit que l'un d'eux eût trahi son ambition par son acharnement à retenir le pouvoir. On trouve dans Tes recueils de droit canon plusieurs constitutions de Boniface, qui n'ont aucune valeur. — Voyez : Baronius, année 418 s.; Tillemont, XII, 385; AA. SS., 25oct., XL
BONIFACE II (530-532) avait été élu sous l'influence du roi des Ostrogoths; il était goth lui-même. Débarrassé par la mort d'un compétiteur nommé Dioscure, mais se défiant de ceux qui l'avaient fait élire, il entreprit de nommer lui-même, en 531, son successeur, et exigea du clergé romain le serment de reconnaître le diacre Vigile, son élu. Mais il eut la honte de se voir contraint par Athalaric à brûler de sa main la bulle par laquelle il avait disposé de sa succession ; son clergé cassa le décret imprudent du pape, et celui-ci dut se déclarer coupable de lèse-majesté. — Voyez Hefele, 2e éd., II, 742.
BONIFACE III — BONIFACE V il 053
BONIFACE III | 607 | étail romain. Ses flatteries à l'égard du criminel empereur Phocas déterminèrent ce prince à reconnaître l'Eglise de Home, contrairemenl aux prétentions de Gonstantinople, comme « la tête de toutes les Eglises ». Ce décret, dont l'authenticité a été contestée sans succès, n'a pas été observé par les empereurs suivants. Dans un synode OÙ siégeait tout le clergé romain, Bon if ace interdit, sous Fanathème, « que personne, du vivant d'un pontife ou d'un évéque, présumai de parler de son successeur ou de se faire un parti, sinon trois jours après F enterrement du défunt et en présence de tout le cierge et des fils de FEglise; qu'alors l'élection ait lieu, et que l'assemblée ait la liberté d'élire l'évêque qu'elle voudra. » — Voyez Anastase et Paul Diacre; J.-M. Lorcnz, Examen Decreli Phocœ, Arg., 1790. BONIFACE IV (15 septembre 608-015) succéda, après dix mois d'interrègne, à Boniface III. 11 était natif de Valeria et fils d'un médecin. Il sut obtenir de la bienveillance de Phocas le don du Panthéon, et aussitôt , vidant les Catacombes pour remplir la confession de ce nouveau temple, où Notre-Dame-des-Martyrs avait succédé aux dieux de Rome, il y fit transporter vingt-huit voitures d'ossements sacrés. Sainte-Marie-la-Ronde , Sancta Maria ad Martyres, fut dédiée, le 13 mai, sans doute en l'an 009, et ce jour de dédicace fut célébré dans Rome par une fête annuelle, où l'on a vu souvent l'origine de la Toussaint (voy. cet article). On attribue à Boniface un faux décret en faveur des moines.— Voyez : Gregorovius, 3e édit., II, 102; AA. SS.9 28 mai, VI.
BONIFACE V (619-625) ne fut séparé du pape précédemment nommé que par Deusdedit. Ce pontife établit à Canterbury le siège métropolitain de la Grande-Bretagne, et il s'appliqua particulièrement aux progrès de l'Evangile dans ce pays. Voyez ses Lettres dans Mansi, X.
BONIFACE VI (896), élu dans le désordre, ne fut pape que quinze jours. Il était romain et fils d'un évoque.
BONIFACE VII, dit Maïïface, antipape (974 et 984-5). Voyez Beno?t VI.
BONIFACE VIII. Le 24 décembre 1294, onze jours après l'abdication forcée de Célestin V, Benedetto Caëtani fut élu, de l'accord unanime des Orsini et des Colonna, des Guelfes et des Gibelins. Issu d'une vieille famille romaine, dont il devait établir la puissance par le népotisme le plus criant, le nouveau pape était homme d'autorité et d'éloquence. Pontife inexorable, » comme l'appelle Pétrarque, son ambition était - limites et sa volonté de fer. Benoît Cajétan avait été légat en France; il aimait Philippe le Bel et il canonisa saint Louis. Mais il n"\ avait point de paix possible entre le droit de l'Eglise el les droits de la couronne du moment que le siège de saint Pierre était occupé par un pape comme Boniface, et le trône de France par un prince astucieux et ferme comme était le jeune roi. La lutte où les Hohenstaut'.'ii avaient succombé, le roi de France en devait sortir vainqueur, car étail une cause nationale, et les Etats-Généraux soutenaient la lutte encore plus que le roi. Boniface commença par se faire des ennemis de ceux qui rasaient porté au pouvoir: il laissa les Colonna à u. 23