BONIFACE VIII
Técart, il les irrita par son intervention dans leurs querelles de famille. Apprenant que deux cardinaux de ce nom intriguent contre lui et s'entourent des partisans du pape déposé, il somme l'un d'entre eux de déclarer s'il est ou s'il n'est pas pape légitime. Les Colonna refusent de s'expliquer et s'enferment dans Palestrina avec quelques hommes déterminés , auxquels les célestins et ce moine étrange , Jacopone da Todi, prêchent la résistance. En même temps, les ennemis du pape protestent contre son élection et font afficher sur l'autel de Saint-Pierre leur appel à un concile général. Boniface excommunie les Colonna et tous leurs fauteurs; il prêche la croisade contre les rebelles, il prend leurs châteaux et brûle leurs forteresses. Cependant Palestrina tenait bon ; « le prince des nouveaux Pharisiens, » par ce consiglio frodolente qu'a flétri le Dante, admit les Colonna en grâce; mais aussitôt qu'ils se furent jetés, en septembre 1298, la corde au cou, aux pieds du pontife, celui-ci, comme avait fait Sylla, fit raser Préneste et y sema du sel. Le jubilé de l'an 1300 mit le comble à l'orgueil du pape. En présence de foules immenses accourues de toute la chrétienté, Boniface lit porter devant lui les deux glaives : il se crut le maitre du monde. Mais déjà la paix avec la France était troublée. Lorsqu'en 1297 le pape avait prétendu imposer sa médiation à la France et à l'Angleterre, Philippe le Bel n'avait accepté l'intervention de Boniface qu'à titre de Benoit Cajétan, et à ce moment déjà le pape avait dû reculer devant la royauté. En effet, accueillant les plaintes d'une partie du clergé de France, qui se récriait contre les impositions que le roi levait sur les prêtres, Boniface avait fulminé, le 18 août 1296, la bulle Chricis laicos (les laïques sont ennemis des clercs), où il excommuniait ceux qui levaient des impôts sur le clergé. C'était toucher à la couronne de France. Le roi répondit par l'interdiction de sortir l'argent de France. Abandonné par une grande partie du clergé français, pressé par les Colonna, Boniface dut céder. Mais au lendemain du jubilé, enivré d'orgueil, le pape apprenant que Philippe le Bel avait l'ait alliance avec Albert d'Autriche, qui était excommunié, l'envoya sommer de secourir la Terre- Sainte. Le roi fit arrêter le légat Bernard Saisset, et lit demander au pape sa condamnation. Le pape refusa, et, suspendant les privilèges accordés à la couronne de France, il convoqua un concile général à Borne, à l'effet de travailler « au bon gouvernement de la France. » En même temps, par la bulle Ausculta fili, il affirmait que « la juridiction spirituelle s'étend sur le temporel, car le pape a le droit de connaître de toutes les actions humaines en raison du péché. » Philippe, mal conseillé par ses juristes, ne craignit pas de répandre une fausse bulle : « Apprenez, faisait-on dire au pape, que vous nous êtes soumis au temporel comme au spirituel. » On publia en même temps une fausse réponse : « Sache votre très-grande sottise qu'au temporel nous ne sommes soumis à âme qui vive... »Le roi, soutenu par son peuple, lit brûler la bulle Ausculta à Notre-Dame, le 11 février 1302, à son de trompe : c'est le premier feu qui ait brûlé une bulle. Le 10 avril, les Etats-Généraux se réunirent à Notre-Dame, et le clergé s'unit aux deux autres ordres pour la défense delà cour-