BONIFACE VIII
ronne. La même année, le Ier novembre, le concile s'était réuni au Latran, et, le 18 de ce mois, parla huile Unam sanetam, Boniface osait taire la loi de l'Eglise de ce qui n'avait été jusque-là que la doctrine
de sa vie et l'ambition de ses prédécesseurs : « Nous déclarons, disons ,«i définissons que toute créature humaine est soumise au pape, et que cela est de nécessité pour le salut... Il faut que le glaive soit sous le glaive, et l'autorité temporelle sous le pouvoir spirituel. Le pouvoir spirituel institue le pouvoir terrestre, et s'il est mauvais, il le juge. » Le roi, avec une grande, sagesse, mit les États-Généraux en avant. Les Etats se réunirent au Louvre le 13 juin 1303; ils formulèrent Lacté d'accusation le plus violent contre le pape et en appelèrent à un concile général; la France entière répéta cet appel. Cependant le pape cherchait un appui auprès d'Albert d'Autriche, qui venait de se recon naître humblement son vassal. Mais Boniface ne se sentait pas en sûreté à Rome, où la noblesse latine l'entourait menaçante, et où le vicechancelier de France, Guillaume Nogaret, venait notifier au pape Lappel au futur concile : il se réfugia dans Anagni, sa ville natale. « Le nouveau Pilate » (c'est le nom que le Dante donne au roi) devait triompher de son ennemi par un coup de main inouï. La veille du jour où l'excommunication lancée contre le roi de France allait être affichée dans Home, la nuit du 6 au 7 septembre, Nogaret, à la tête d'une troupe de conjurés que commandent Jacques Golonna , dit Sciarra, et un traître, Rainaud de Supino, pénètre dans Anagni sous la bannière de France et sous le gonfanon de Saint-Pierre, aux cris de : « Mort au pape Boniface! Vive le roi de France! » Alors, dit le chroniqueur Jean Villani, ce pape magnanime et valeureux s'écria : « Puisque, comme Jésus-Christ, je suis pris par trahison, et puisqu'il me faut mourir, je veux mourir comme un pape. » Aussitôt, se faisant revêtir du manteau de saint Pierre, la couronne de Constantin sur la tète, les clefs en croix dans sa main, il alla s'asseoir sur son trône pontifical. 11 dit à Sciarra : « Voici mon cou, voici ma tête, » et à Nogaret, dont le père avait été brûlé : « Il me plaît d'être condamné par un patarin. » Personne, dit le chroniqueur, n'eut la hardiesse de porter la main sur lui. Les coups, les outrages publics sont une fable des historiens. Après trois jours où les vainqueurs ne réussirent pas à triompher de son énergie, le pape fut délivré par les siens accourus. Gardé à vue par les Orsini, qui l'entouraient d'une protection outrageante, brisé par sa défaite, mais l'âme haute, il mourut à Rome le II octobre 1303. Les chroniques de Saint-Denis disent : ((Il cheul en frénésie, si qu'il mangeait ses mains. » Cela n'est pas. Lorsqu'en 1605 on retrouva son corps, ce pape, qui, suivant le mot de Mansi, était un roi plutôt qu'un prêtre, montrait encore une figure sévère el pleine de gravité. Ainsi mourut celui que Dante appelle il gran prête. L'histoire aété impitoyable pour sa mémoire. Des serviteursfde [Louis XIV, comme Du Puy (Hist. du différend de B. VIII et de Ph. le B., Paris, 1655, in-f", ouvrage capital), des jansénistes, comme Baille! {Desmeslez de B. VIII av. Ph. le II.. in-12, Paris, 171S; ont fait la loi aux historiens. En ces derniers temps, dom L. Tosti