BONIFACE VIII — BONNECHOSE
{Storia di B. VIII, 2 vol. in-8°, Mont-Cassin, 1840; tr. fr.5 Paris, 18o4, 2 vol. in-8°) a pris avec ardeur la défense du pape. 11 appartenait à un Français ( Boutaric, La France sous Pli. le B., Paris, 1861, in-8°) d'écrire son histoire sans passion et avec autorité. Voyez aussi Drumann, Gesck. Bon. VIII, Kœnigsfi., 1852, 2 vol. in-80'; Hefele, VI; Papencordt, Gesch. d. St. Rom, p. 326; de Reumont, II, et surtout Gregorovius, V. S. Beegee.
BONIFACE IX. Voyez Clément VII.
BONJOUR (les frères). Issus d'une famille pauvre de Pont-d'Ain, les deux Bonjour entrèrent dans les ordres et suivirent ensemble une longue carrière, pendant laquelle leur fanatisme ou leur fourberie ne se démentit pas plus que leur étroite union. En nommant Faîne curé à Fareins, près de Trévoux, Farchevêque Montazet, qui redoutait les écarts d'un enthousiasme dont il avait déjà donné des preuves, lui adjoignit son frère comme vicaire, ne soupçonnant pas qu'il partageait les mêmes idées. Après huit ans d'exercice, le curé se* déclara indigne du ministère et, laissant la cure à son frère, il se réduisit de lui-môme aux modestes fonctions de maître d'école. Un nouveau vicaire, Furlay, fut adjoint à Bonjour second. Il ne tarda pas à adopter leurs vues. Alors s'ouvrit l'ère des miracles ou des mystifications. L'ancien curé en vint, après divers essais en ce genre, à crucifier une jeune fille dans l'église de Fareins, aux jour et heure fatidiques, un vendredi, à trois heures du soir , devant plus de douze témoins. La secte des fareinistes était fondée. Deux pratiques la distinguèrent : la flagellation, fréquemment administrée par les Bonjour à leurs affidés, et la communauté des biens. Les opposants se scandalisèrent du partage plus vite que de la flagellation, quand ils virent leurs femmes et leurs filles le pratiquer à leurs dépens. Une enquête révéla ces désordres. On exila Furlay et Bonjour aîné, et l'on enferma le second au couvent de Toulay. Il s'en échappa, comme saint Pierre, dit-il, de la prison d'Hérode, et se réfugia à Paris. Plusieurs fareinistes vendirent leurs biens pour l'y rejoindre, ainsi que la fille crucifiée avec laquelle il entretint la ferveur de ses adeptes. 11 essaya, en 1789, de se réinstaller de force dans son ancienne cure, et il fallut que la maréchaussée y mit bon ordre. Revenu à Paris, il continua à diriger les flagellants, jusqu'au moment où le gouvernement consulaire exila les deux Bonjour à Lausanne. Leur secte s'y éteignit avec eux.
BONN. Voyez Universités allemandes.
BONNECHOSE (Emile de), né le 18 août 1801, à Leyerdorp (Hollande), et mort en février 1875, à Paris, suivit d'abord la carrière militaire et obtint le grade d'officier d'état-major sous la Restauration. Il donna sa démission en 1829, fut nommé bibliothécaire du palais de Saint-Cloud, et put ainsi se livrer sans partage à ses goûts historiques et littéraires. Un Eloge de Bailly, couronné par l'Académie française, en fut le premier fruit (1833). Christophe Sauvai, ou la Société sous la Restauration (2 vol. in-8°, 1836), ne fut que le prélude de sérieuses études consacrées à l'histoire. Issu d'une mère protestante, dans une famille catholique, et amené à la croyance réformée par ses méditations person
BOXNECHOSE — BONNET 357
ne 11 es, Emile de Bonnechose a largement pavé sa dette envers l'Eglise de son choix. Rappelons d'abord son Histoire de France^ en deux volumes, parvenue, du vivant de son auteur, à la quatorzième
édition, et qui justifie ce succès par la clarté de l'exposition, la sagesse des vues. Elle eut pour pendant YHistoire dJ Angleterre , couronnée par l'Académie. .Mais le titre principal de M. E. de Bonnechose est l'ouvrage ingénieusement intitulé : Les Réformateurs avant li Réforme (2 vol. in-8°, 1845), qui montre sous un aspect aussi nouveau qu'attachant les figures de Jean lluss et deJérùme de Prague, les velléités réformatrices de concile de Constance, et la terrible guerre des hussites (pie Ton voit se perdre, après ce sanglant eftbrt, dans la paisible communauté des moraves. Un sourde généreux anime ce livre puisé aux sources. Dans une préface empreinte d'une noble sincérité, l'auteur revendique éloquemment les droits de la conscience religieuse, et s'estime heureux de vivre en un temps où Ton peut admirer la vivante fermeté de Jean Huss sans cesser d'admirer Gerson, « qui eut le malheur d'être son juge ». M. Ch. Waddington a rendu, dans le Bulletin du Protestantisme fançnis (t. XXIV, p. 144), un juste hommage à l'homme excellent qu'il eut le privilège de connaître dans l'intimité, à l'écrivain qui a su conquérir une réputation méritée par ses travaux.
BONNET (Charles), né à Genève en 1720, d'une famille patricienne, publia d'abord des travaux d'entomologie et de botanique qui eurent un grand succès. Mais la fatigue de l'observation microscopique l'obligea de renoncer à de telles recherches, et il s'appliqua à des méditations d'un caractère plus général (Considérations sur les corps organisés, 1702; Contemplations de la nature, 17 '64) qui révélèrent l'élévation de ses sentiments et la vivacité de son imagination. Dans Y Essai de psychologie (1754). et dans Y Essai analytique sur les facultés de l'unie (1700), il abordait un domaine nouveau, où il maintenait cependant les procédés d'observation usités pour les sciences naturelles. Partant de la relation entre l'àme et le corps et de l'influence du physique sur le moral, il constata que « nos idées sont attachées à certaines libres; nous pouvons donc raisonner sur ces fibres, parce que nous les voyons ». C'est l'action de la fibre qui éveille la pensée . « L'homme n'a des idées que par l'intervention des sens, et ses notions les plus abstraites dérivent encore des sens;» les convictions morales, religieuses ne font pas exception. 11 est vrai que l'àme a son activité propre, appelée réflexion, qui, en combinant les données des sens, acquiert les connaissances et prend des résolutions; mais cette activité est iiii^«' <'ii jeu par le plaisir ou la douleur, c'est-à-dire par la sensibilité, par l'action que les objets exercent sur nous. Comme intermédiaire entre !<■ corps et l'àme, Bonnet admettait la présence dans I'- cerveau d'un organe de nature éthérée, impérissable, « vrai siège de l'àme et qui est comme la monade de la pensée ». La Palinie philosophique (0. vol., 1764) appliqua à la condition future des êtres vivants les idées de Bonnel sur le développement des germes. Dans cet écrit, dépassant encore davantage les limites de la doctrine