‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 116 sur 263 · BONNET — BONN1VAI1D · texte numérisé non relu

BONNET — BONN1VAI1D

de Locke et de Condillac, il s'appuya sur deux principes de Leibnitz, la loi de continuité et l'union indissoluble de Famé et du corps : Les êtres vivants sont appelés à réaliser un progrès continu dans une série infinie d'existences ; le degré de connaissance et de vertu auquel chaque homme s'est élevé ici-bas déterminera le point où il commencera son existence future; l'organe éthéré, qui reste uni à notre âme après notre mort, reconstituera un corps nouveau, en rapport avec les conditions de notre nouveau séjour, et puisqu'il aura conservé les traces de nos anciennes impressions, il maintiendra dans cette existenee ultérieure le souvenir de notre passé. Après notre départ de ce monde, les animaux supérieurs, le singe, l'éléphant, prendront notre place, et les plantes sentiront leurs âmes se dégager de l'engourdissement où elles sont plongées. Du moins Bonnet n'allait pas jusqu'à enseigner que notre condition actuelle fût le résultat d'une progression semblable dans des existences antérieures. Par ce perfectionnement infini se constituera la cité de Dieu, annoncée par le christianisme, cette religion que nous reconnaissons à des preuves nombreuses comme une révélation divine venant en aide à nos spéculations conjecturales. Ce dernier ordre de pensées fut plus développé dans les Recherches philosophiques sur les preuves du Christianisme (1770); l'auteur invitait la théologie et la philosophie à s'unir pour résister aux progrès d'une sagesse impie. Mais lui-même faisait bien des concessions à l'esprit du siècle ; par exemple, les miracles, cette parole par laquelle Dieu nous révèle les desseins de sa sagesse, sont des actes préformés, déposés en germe lors de la création dans le sein de la nature, pour surgir à un moment donné par le seul jeu des forces de ce monde. Bonnet mourut en 1793. M. Villemain (Lût. fr. au XVIIIe siècle) a consacré la fin de sa XIXe leçon à Abauzit et à Bonnet, qui furent, « à des degrés différents, des libre-penseurs religieux, purs et vertueux moralistes, pieux contemplateurs de la Providence, si méconnue dans les cercles philosophiques. » — Voyez Herzog, EncyUL, t. XIX, Eloge de Bonnet, par Ed. Humbert, qui donne la bibliographie complète. A. Mattee.

BONNIVARD (François de) [1496-1570], fameux patriote et historien de Genève. Son oncle paternel lui laissa le riche prieuré de Saint- Victor, dont les dépendances formaient une assez notable portion du territoire genevois. Malgré cette situation privilégiée, il n'hésita pas, à l'époque où l'évêque Jean de Savoie s'entendait avec le duc Charles III pour lui livrer la juridiction temporelle de Genève, à se mettre à la tête des plus ardents défenseurs de ses libertés. Il enleva le malheureux Pécolat à l'ingénieuse cruauté de l'évêque, et travailla efficacement au traité d'alliance entre Genève et Fribourg (1518). Son dévouement lui coûta d'abord son prieuré, dont Jean de Savoie le dépouilla. Pierre de la Baume, successeur de Jean, le lui rendit bientôt; mais quand Charles III entra dans Genève par la brèche, en 1519, Bonnivard, qui s'était hâté de fuir, lui fut livré par ses compagnons de route et resta deux ans en prison. Neuf ans plus tard, il tomba de nouveau entre les mains du duc qui, violant le sauf-conduit qu'il lui avait donné pour aller voir sa mère malade à Seyssel, lui fit subir, dans une

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cave basse <lu château de Chillon, pendant six ans et demi, et sans même lui accorder un interrogatoire, la dure captivité qui le rendit si célèbre el que Byron a chantée. La conquête du pays de Vaud par les Bernois le délivra en 1536. Genève était alors libre et réformée, et lion nivard y put jouir des services qu'il lui avait rendus. Les magistrats le chargèrent d'écrire la chronique de la république : il y était préparé par son savoir el son patriotisme. En 1 r>:>H, il céda son prieuré à la ville pour l'entretien d'un hôpital, moyennant une pension viagère dg quatre écus et demi par mois; en 1551, il lui donna sa bibliothèque, noyau de la collection actuelle, et il l'institua enfin son héritière à la condition de fonder un collège. Il se montra jusqu'à la lin, selon le mot de J.-J. Rousseau; « ami de la liberté, quoique savoyard, et tolérant, quoique prêtre. » Dès longtemps, il est vrai, cette dernière qualité n'était pour lui qu'un vague souvenir. Senebier (Hist. littér. de Genève, I, 137-139) énumère ses nombreux ouvrages. Tous sont conservés à Genève en manuscrits autographes. On en a imprimé dans cette ville : la Chronique de Genève, 1831 , 4 vol. in-8°; Ad vis et devis de la source de l'idolâtrie et tyrannie papale , par quelle prac tique et finesse les papes sont en si haut degré montez, etc., publié par MM. Chaperon et Revilliod, avec les caractères du temps, 1856, in-8°; et les Advis et devis des langues, composés en 1563, Genève et Paris, 1849, in-8°.

P. ROUFFET.

BONOSE. évêque de Sardique, en Illyrie, vers le milieu du quatrième siècle, enseignait que la vierge Marie avait eu encore plusieurs enfants après la naissance de Jésus. 11 fut dénoncé, de ce fait, au synode de Gapoue (391), et déposé, malgré l'intervention de l'évêque de Rome Siricius qui, tout en condamnant sa doctrine, inclinait vers une mesure moins rigoureuse. C'est à tort qu'on a accusé Bonose d'avoir nié la divinité de Jésus-Christ. Ses adhérents, qui plus tard partagèrent les opinions de Jovinien et de Photin, se maintinrent jusque vers la fin du septième siècle, sous le nom de bonosiaques (voyez : Epiphane, Hœres., VIII ; Augustin, Hxres., LXXX1V; Walch, De Bonoso hœretico, Gcett., 175 ï. et Histor. der Ketzereien, III).

BOOS (Martin) [1762-1825], originaire d'une famille de paysans de la Bavière, élevé par les jésuites à Augsbourg, étudia la théologie à l'université de Dillingen, qui était alors le foyer d'un mouvement religieux intéressant. Son maitre Sailer professait les doctrines évangéliques et inspirait au petit nombre de disciples éclairés et pieux quise groupaient autour de lui le désir de purifier l'Eglise catholique des pratiques pélagiennes que le romanisme y avait introduites. Convaincu par son expérience personnelle de la vérité de la doctrine de la justification par la foi, Boos la prêcha et rappliqua avec une courageuse fidélité pendant un ministère de trente années, traversé par des dénonciations, des procès, d'incessantes menaces de suspension et d'emprisonnement. \]\\ réveil important s'accomplit, sous ses auspices, dans la paroisse de Gallneukirchen, prèsde Linz, à laquelle, grâce à la protection deléveV que Gall, il présida pendant une douzaine d'années. Son séjour en Autriche et en Bavière étant devenu impossible, le gouvernement prus-

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