‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 12 sur 263 · BAL DE — BALE · texte numérisé non relu

BAL DE — BALE

vivant, fut l'Horace germain comme le jésuite Vanière, avec son Prœdium rtisf tcum, f ut le Virgile français. A l'imitation de l'Horace latin, l'Horace

latinisant a écrit quatre livres d'odes et un d'épodes, sans parler de neuf livres de sylves, de satires et d'une infinité de pièces héroïques, religieuses et burlesques. Il lit, en dialecte osque, un drame rustique à la manière des anciennes Atellanes, production étonnante d'érudition oiseuse. Son Cranta victrix, ou les Combats de lame chrétienne contre les tentations des cinq sens du corps, enthousiasma Alexandre Vil, qui lui envoya une médaille d'or. Balde fut aussi mauvais poëte allemand qu'habile versificateur latin. Outre la collection complète de ses œuvres (Cologne, i(K)0, 2 vol. in-12), on a une édition de pièces choisies (Turin, 1805, in-8°).

BALE\Concilede).Le concile de Bàle (1431-1449) est le troisième des conciles appelés réformateurs. Comme ceux de Pise et de Constance, il proclama la suprématie des conciles sur le pape, et tenta une réforme de l'Eglise dans son chef et dans ses membres. A Constance on avait décidé qu'un autre concile serait réuni, après cinq ans, à Pavie. Cette convocation eut lieu en effet, en 1423, mais le concile, à peine ouvert, fut d'abord transféré à Sienne, à cause de la mort noire qui régnait à Pavie. puis dissous après quelques séances, sous prétexte qu'il n'était pas en nombre. On convint cependant qu'après sept ans on convoquerait un nouveau concile à Bàle, ce qui fut fait (1431) par Martin V, qui chargea le cardinal Césarini de l'ouvrir. Martin V mourut peu de jours après, el eut pour successeur Eugène IV. Césarini se trouvait alors en. Bohême <>ù il était chargé de mettre fin à l'hérésie hussite, soit par la persuasion soit par la force; il n'allait pas volontiers à Bàle, parce qu'il craignait de nouveaux conflits entre le pape et le concile (propter multa aux tune ver ebar posse accidere, quse jam experiri incipio. Epist. Juliani ad Evgenium IV). Cependant Eugène lui ayant renouvelé Pordre de se rendre à son poste, le cardinal y envoya en attendant, à va place, deux ecclésiastiques, Jean de Bilombar et Jean de Raguse. Hais ayant dû s'enfuir ignominieusement de la Bohème et ayant traversé l'Allemagne, il reconnut que l'hérésie hussite ne pourrait être que difficilement vaincue par la force, etqu'un concile était nécessaire pour cette pacification; que, de plus, la corruption du clergé allemand exigeait des réformes promptes et sérieuses; car Césarini désirait sincèrement une réforme des abus et des mœurs du clergé. Il se rendit donc au [tins vite à Bàle. (Incitavit etiam me hue venire de for mitas et Jutio cleri Alemaniae, exqua laici supra modum irritantur adversus m ecclesiasticum. Propter quod valde timendum est,nisise emendenf, ne laici more Hussitarum in totum clerum irruant, ut publiée diamt.) Peu de prélats s'y trouvaient à ce moment; on craignait d'y aller en pure perte, car on avait peu de confiance dans la bonne volonté de la curie romaine. Mais après L'arrivée de Césarini on vint en foule, si bien qu'en 1^34 il y eut à Bâle environ 800 personnes appartenant à l"a>semblée, mais dont la moitié seulement étaient de&Pèresdu concile. On comptai! 7-11 cardinaux et environ 100 évoques. Les autres étaient des docteurs, des membres du l>as clergé et «les moines, auxquels on ac-

corda des droits que nul autre concile ne leur avait jamais concédés, c'est là sans doute ce qui fit dire à iEneas Sylvius que le droit de vote fut donné à des cuisiniers et à des palefreniers. Le concile fut constitué et devint aussitôt une puissance avec laquelle le pape et les cardinaux durent compter. Aussi Eugène eut-il peur qu'il n'entrât dans les errements de son prédécesseur de Constance et ne voulût réformer trop sérieusement la vigne du Seigneur; craignant son indépendance au milieu d'un peuple libre, il ordonna son transfert à Bologne. Mais il n'était pas facile de faire accepter cette décision aux pères du concile. Il y avait là beaucoup d'esprits indépendants, membres du bas clergé, docteurs en théologie et en droit canon, tels que Nicolas de Cusa, qui jouissait d'une grande autorité dans toute l'Europe. Le cardinal Julien fut du reste le premier à s'opposer au pape, auquel il adressa une longue lettre qui caractérise bien la situation et l'état des esprits : «Que diront les hérétiques, écrit-il entre autres, si le concile est dissous? L'Eglise n'avouera-t-elle pas ainsi qu'elle est vaincue, qu'elle n'a pas osé attendre ceux qu'elle a cités (les hussites)? Quelle honte pour la foi chrétienne! On dira : Les armées ont succombé; maintenant l'Eglise aussi lâche pied; les hussites ne peuvent donc être vaincus ni par les armes, ni par des raisons. Qu'en dira le monde? Que le clergé est incorrigible et ne veut pas sortir de sa crasse... On dira que nous nous jouons de Dieu et des hommes, et les laïques auront raison de nous courir sus. Ils croiront offrir à Dieu un sacrilice agréable en tuant et dépouillant les prêtres. Et quel honneur en retirera la curie romaine? Toute la faute, toute la haine et toute la honte retomberont sur elle. C'est à vous, ô Saint-Père, que tout le sang versé sera redemandé ; vous aurez à rendre compte de tout, et que pourrez-vous répondre ? On dira : Nous avons été trompés à Sienne et nous le sommes encore ici. Chaque jour les abus du clergé occasionnent de nouveaux scandales, et l'on renvoie à plus tard le remède au mal !... » Le cardinal supplia donc le pape de revenir sur sa décision ; l'empereur Sigismond fit des démarches dans le même sens. Quant au concile, il ne semblait aucunement disposé à se laisser dissoudre ; bien au contraire, le 14 février 1432, il se déclara le continuateur du concile de Constance, c'est-à-dire un concile œcuménique, représentant l'Eglise universelle, tenant son pouvoir de Dieu même, placé au-dessus du pape et ne pouvant être dissous que de sa libre volonté. Comme dans ce même temps des troubles à Rome donnaient de l'inquiétude au pape, celui-ci dut enfin céder. Il se réconcilia avec l'assemblée (oct. 1433) et ses légats eurent la présidence du concile. L'assemblée avait été placée sous la protection du conseil de la ville de Bàle, qui était chargé de la police des séances. Le concile se subdivisa en quatre députai ions dont les membres étaient pris dans tous les rangs de la hiérarchie ; la première fut chargée des questions concernant la foi ; la deuxième de la paix de l'Eglise; la troisième de la réforme; la quatrième des affaires générales. Pour qu'une décision fût valable, il fallait qu'elle réunit l'adhésion de trois des députations, et qu'elle fût ensuite promulguée en assemblée générale. Césarini voulait surtout

travaillera la réconciliation des hussites avec l'Eglise. Sur L'invitation du concile, ceux-ci envoyèrent une députation à Bàle. Procope, « la terreur de la chrétienté, » et le savant théologien hussite Jean Rokyczaria, y tirent leur entrée le \ janvier 1433, à la tête de trois cents hommes; ils se présentèrent fièrement et non comme des hérétiques repentants. Dans les conférences qu'on eut avec eux, il fallut toute la douceur et la dignité de Gésarini pour empêcher une rupture. On s'accorda entin sur un certain nombre d'articles [compact nia) par lesquels on accordait aux hussites leurs principales demandes, entre autres la Cène sous les deux espèces. Pour tout le reste, les Bohèmes devaient se soumettre à l'Eglise, ce que les Taborites ne firent jamais, de sorte que les successeurs d'Eugène IV refusèrent de reconnaître la convention. Malgré cela, cette réconciliation, si peu réelle qu'elle fût, donna quelque prestige au concile. — On s'occupa ensuite de la réforme de l'Eglise dans son chef et dans ses membres; les prélats et les clercs censurèrent tout ce qu'il était possible de censurer; mais toutes les décisions du concile trahissaient la passion et la haine de la curie romaine. On abolit successivement la plus grande partie des réserves, les grâces expectatives, les annates et autres exactions des papes; la liberté des appels en cour de Rome fut pareillement circonscrite : c'était couper les vivres au pape dans un moment où il avait besoin de toutes ses ressources; c'était léser en même temps les intérêts des cardinaux et de toute la légion des fonctionnaires de la curie. Même des hommes modérés comme Césarini, qui voulaient le bien de l'Eglise, mais sans trop amoindrir le pape, sentirent se refroidir leur sympathie pour le concile. Eugène, profitant de ces dispositions, transféra le concile, après sa vingt-sixième séance, à Ferrare, le 18 septembre 1437. Il avait du reste trouvé un prétexte à ce transfert; c'étaient les négociations avec l'Eglise grecque. Jean VII Paléologue, pressé par les Turcs et ayant besoin du secours de l'Eglise romaine, s'était adressé en même temps au pape et au concile pour traiter de la réunion des deux Eglises; le pape et les pères du concile se disputaient la gloire de ce grand acte. Il y eut alors à Bàle des séances très-orageuses, surtout celles du 0 et du 7 mars 1437; on criait, on vociférait et l'on en venait aux mains, lorsque les citoyens de Bàle intervinrent en armes pour empêcher au moins l'effusion du sang. Pour avoir la majorité, chacun des deux partis s'adjoignit des membres nouveaux, qui n'avaient aucune qualité pour voter; les partisans de Rome l'emportèrent, mais la minorité refusa de reconnaître la légalité de cette décision et prétendit imposer sa propre volonté. Césarini et la plupart des prélats quittèrent alors Bàle. Eugène IV transféra alors le concile de Ferrare a Florence, où il se trouvait lui-même, depuis qu'il avait été forcé par le peuple de quitter Rome. Dans ce concile il excommunia la « synagogue de Satan » réunie à Bàle. Ayant réussi à stipuler la réunion des schématiques avec Rome, quoique cette réunion fût plus illusoire encore que celle des hussites, il en rejaillit quelque honneur sur le concile de Florence.» Cependant rassemblée de Bàle ne s'effraya point de ces anathèmes. Elle se réorganisa sous la présidence du cardinal

Louis d'Allemand, archevêque d'Arles, un homme saint, d'une énergie indomptable, et d'un amour passionné pour la liberté; il était en outre animé d'une haine ardente contre Rome, dont la rapacité et les intrigues le révoltaient: sur les sièges des prélats absents, on plaça les reliques de Bâle. Le concile mit en accusation le pape et ses cardinaux, et, le 25 juin 1439, Eugène IV fut destitué comme simoniaque, hérétique relaps et incorrigible et perturbateur de la paix. La France inclinait vers le concile de Bâle ; le roi Charles VII avait défendu à tous les prélats d'aller ou d'envoyer à Ferrare. En 1438 il réunit à Bourges un concile national pour examiner l'ensemble des canons du concile de Bâle, envoyés en France par cette assemblée. Malgré les etforts des légats romains, le concile gallican de Bourges, d'accord avec le parlement et le conseil du roi, ratifia, sauf quelques modifications , la plupart des décrets du concile, qfti furent promulgués sous forme d'ordonnance royale et sous le titre de Pragmatique Sanction. La Pragmatique Sanction fut accueillie en France avec le plus grand enthousiasme; elle consacrait les libertés du clergé gallican, et le peuple conçut l'espoir que l'or de la France cesserait de s'écouler vers Rome. La plupart des autres puissances de l'Europe se prononcèrent pour Eugène ; l'empire resta neutre, ne voulant reconnaître les décrets ni du pape ni du concile. Entraîné par le cardinal d'Allemand, le concile poussa la lutte jusqu'aux dernières extrémités. 32 électeurs pris dans son sein (11 évêques, 7 abbés, 5 théologiens et 9 docteurs) se constituèrent en conclave sous la présidence du cardinal, et, après cinq tours de scrutin, ils élurent un nouveau pape, le 4 novembre 1439; c'était Amédée VIII, duc de Savoie, qui avait depuis peu abdiqué en faveur de son fils , pour se retirer avec quelques amis dans un riant ermitage, à Ripaille, où il parait avoir mené une vie plus épicurienne qu'ascétique : « Et se faisoient, dit Monstrelet, lui et ses gens, servir, au lieu de racines et d'eau de fontaine, du meilleur vin et des meilleures viandes qu'on pouvait rencontrer. » Amédée accepta la tiare et prit le nom de Félix V. Le cardinal d'Allemand procéda à son couronnement, le 24 juillet 1440, sur la grande place de la cathédrale, en présence, dit-on, de 50,000 spectateurs. Félix V éleva au cardinalat les membres les plus influents du concile ; celui-ci par contre lui vota la dime, pour pourvoir à son entretien et à celui de sa curie. Mais la France ne suivit pas le concile dans cette voie extrême. La deuxième assemblée de Bourges, après avoir entendu les deux partis (sept. 1440), refusa d'adhérer à la déposition d'Eugène IV ; le roi et le concile gallican déclarèrent que le concile de Bàle ne leur paraissait plus « assez certainement universel » pour procéder à une mesure aussi grande et aussi périlleuse ; ils demandèrent la dissolution des deux assemblées de Bàle et de Florence, et la convocation d'un nouveau concile œcuménique en France, pour l'année suivante. En attendant, une ordonnance royale du 2 septembre signifia que la France ne reconnaîtrait pas les suspensions, dépositions et excommunications fulminées parles deux partis l'un contre l'autre, et qu'elle entendait rester en paix. Félix V ne futreconnn que par la Savoie, les rois d'Aragon et de Hongrie, quelques

princes allemands) les Suisses et la plupart des universités. Il n'eut pas pour Lui l'opinion publique, qui avait fait la force des conciles précédents: on ne voulait plus de schisme. L'empire garda quelque temps encore sa neutralité. Frédéric III ayant passé par Baie, lors de son couronnement, fut reçu avec de grands honneurs par les pères du concile; il fléchit le genou devant Félix V, mais ne lui baisa que la main et non le pied. Dans les diètes germaniques, les cardinaux Dommés par Félix étaient contraints de déposer les insignes de leur di gnité.Mais l'habile .Eneas Sylvius Piccolomini, qui avait été l'un des secrétaires du concile, finit par se rallier aux intérêts de Rome, et réussit à gagner aussi l'empire. Eugène IV en reçut la nouvelle sur son lit de mort (7 7 février 1447). Le roi de France envoya alors une ambassade à Félix V, pour le presser de renoncer à la tiare, moyennant une transaction honorable. Mais le nouveau pape de Rome, Nicolas V, déclara Amédée de Savoie et ses adhérents déchus de leurs biens et honneurs. D'un autre côté Fempereur contraignit la ville de Bàle à retirer au concile son sauf-conduit. Le concile, réduit par la peste, amoindri de jour en jour, se transporta à Lausanne, où résidait Félix V. Cinq cents Bàlois lui donnèrent la conduite le 4 juillet 1448. Le roi de France fit une nouvelle tentative de conciliation, en envoyant à Rome une brillante ambassade. Nicolas V se résigna alors à accorder à son adversaire des conditions très-avantageuses. Félix V, de son côté, après avoir rétabli tous les ecclésiastiques déposés par Eugène IV et Nicolas V, révoqué les anathèmes qu'il avait lui-même lancés contre ces deux pontifes et confirmé les actes de son propre pontiiicat, déposa la tiare. Les pères du concile, fatigués de la lutte, élurent Nicolas V, et prononcèrent, le 7 mai 1449,1a dissolution du concile. Ils n'avaient pas réussi mieux que leurs devanciers à réformer FEglise. — Mansi,t.XXIX-XXXI, Monumenta concil. gen. 3, XV, t. 1 [Conc. Bas. scriptores], Vien., 1857; JSneae Sylv. Comnitr. de gestis Bas. Conc. [1439] ; Augustini Patricii Summa Concil. Basil. Florentini, etc. ; Lenfant, Hist. de la guerre des Hussites et du Concile de Basle, Amst., 1731, 2 vol.; J.-H. v. Wessenberg, Die grossen Kirchenversammlungen fies 15 u. 16 ten Jahrh., Const., 1840, 4 vol. ch. Pfendée.

BALE (Réformation et Confession de). On connaît peu les origines du christianisme à Bàle; on le fait remonter au temps des Romains et de Auguste Bauracorum. C'est en 616 qu'il est fait mention pour la première fois d'un évêque « d'Aiigst et de Bàle », du nom de Ragnacaire, En 1061, sous Fépiscopat de Beringer, il y eut à Bàle un premier conauquel prirent part un grand nombre d'évêqucs et de princes allemands et lombards. L'impératrice Agnès, mère et tutrice d'Henri IV, avait convoqué cette assemblée pour opposer au pape Alexandre II, élu a participation, un anti-pape de son choix, Honorius II. De 1431 a l'i'iK. Bàle fut le siège du troisième concile réformateur, et c'est à la suite de ce concile que fut fondée l'université. Jusqu'à ce moment Bàle ne s'était point distingué par la science, etavait été fort pauvre en productions Littéraires. Eneas Sylvius, qui avait longtemps séjourné dans cette ville lors du concile, dépeint ainsi les Bàlois: « Ils vénèrent beau-

coup d'images, mais se soucient fort peu de la science, et ne cherchent pas à connaître la littérature païenne; jamais ils n'ont entendu parler de Cicéron ou d'un autre orateur, et la poésie ne leur offre aucun intérêt; ils ne s'occupent que de grammaire et de dialectique » (ce qui veut dire, sans doute, des connaissances élémentaires). C'est ce même iEneasSylvius qui, devenu le pape Pie II, donna, le 12 novembre 1459, la bulle de fondation de l'université ; celle-ci fut solennellement inaugurée dans le chœur de la cathédrale (4 avril 1460) et dotée par le pape et le conseil de la cité de tous les privilèges et franchises désirables. En 1482, .il y eut une nouvelle tentative de réunir dans cette ville un concile opposé au pape; elle fut faite par un personnage énigmatique, André, archevêque de Krain. Le pape lança l'interdit contre la cité ; le conseil lit alors saisir l'aventureux prélat, mais lorsqu'on voulut lui faire son procès, on le trouva pendu dans sa prison (1484). — C'est en 1501 que Bâle entra dans la confédération helvétique. La Réforme pénétra et se développa lentement dans la ville de Bâle. Le siège épiscopal était alors occupé par un ami d'Erasme, Christophe d'Utenheim, homme d'un caractère évangélique et de mœurs irréprochables ; sa devise était : Spes mea crux Christi : gratiam non opéra quxro. Il aimait la science, mais répugnait à toute mesure précipitée et violente. Son coadjuteur Jean de Diesbach était animé du même esprit. L'université fut d'abord peu favorable aux doctrines nouvelles ; le recteur Romanus Wonnecker, professeur de médecine, se faisait fort de confondre à lui seul tout le luthéranisme dans une disputation publique. Erasme prit vis-à-vis de la réformation à Bàle la même position que vis-à-vis delà réformation en général. A Bàle, du reste, la Réforme eut, plus que partout ailleurs en Suisse, un caractère révolutionnaire et fut mêlée à un mouvement politique. Les principaux réformateurs de Bàle furent Jean OEcolampade, Wolfgang-Fabricius Capiton, Gaspard Hédion, Conrad Peilican (voir, pour les détails, ces biographies). A la grande procession de la Fête-Dieu (1521), le curé de Saint-Alban, Guillaume Rôublin, porta, au lieu de reliques, une Bible avec cette inscription : « Biblia, la seule vraie relique ; tout le reste n'est qu'ossements de morts. » Obligé de quitter la ville, malgré l'agitation du peuple en sa faveur, Rôublin se perdit dans l'anabaplisme. Il fut avantageusement remplacé par Wolfgang Wyssenburger, prédicateur à l'hôpital. En 1524, Farel, réfugié à Bàle, défendit, dans une disputation publique à l'université, treize thèses contre le jeûne, le mérite des œuvres, l'invocation des saints, etc. « 11 en résulta beaucoup de bien, dit un contemporain, et la Parole de Dieu fit de grands progrès. » Le gouvernement de Bàle ne s'était pas prononcé pour la Réforme; mais le parti évangélique reconnut un jour qu'il était en majorité dans la commune. En janvier 1529, dans une assemblée populaire, il ne se trouva que 800 catholiques contre 3,000 évangéliques. On profita de cette majorité pour changer la constitution et rendre leur ancienne autonomie aux corporations ; elles reprirent le droit de faire entrer soixante membres dans le Grand Conseil; les membres du Petit Conseil ne furent plus nommés que sur îa proposition du Grand

Conseil. Aussi tous les catholiques sortirent-ils du Petit Conseil. La victoire appartenait dès lors à la Réforme; Oïl chanta les psaumes allemands et le culte tut organisé comme à Zurich. — La confession de Bàle fut probablement l'œuvre de Myconius, qui prit pour base de son travail la courte confession de foi qifQEcolampade composa, peu avant sa mort, et intercala dans son discours d'ouvertureau synode de 1531. La confession de Haie fut publiée le 21 janvier 1534, et envoyée peu après à Strasbourg, c( pour montrer aux théologiens de cette ville que les Bâtais n'ont point une communion sans Christ. » La première édition a pour titre : Bekanntnus vnsers lieijligenchristlichen gloubens, ivie er die Kylch zu Basel haldt. On y ajouta des notes marginales latines, qui cependant disparurent de nouveau à partir de 1547. La ville de Mulhouse ayant aussi adopté la confession de Bàle, celle-ci fut parfois appelée eonfessto mulhusana. Elle a enfin porté, tantôt le nom de première confession helvétique, tantôt celui de deuxième confession de Bûle. Elle comprend douze articles: 1° de Dieu ; 2° de l'homme; 3° delà Providence de Dieu (Sorg (lottes ûber uns); 4° de Christ, vrai Dieu et vrai homme; 5° de l'Eglise; 6° de la Cène de Notre-Seigneur ; 7° de la discipline (Von 4em Brauch des Bannes); 8° de l'autorité; 9° de la foi et des œuvres; 10° du dernier jour ; 11° de ce qui est commandement et de ce qui ne Test pas (Von Gcbott u. nicht Geboit) ; 12° contre Terreur des anabaptistes. La confession de Bàle, insérée dans l'agende de l'Eglise, est accompagnée de cette ordonnance : « Après le service de préparation du jeudi saint, on lira du haut de la chaire la confession de Bàle. Dans la campagne elle sera lue deux fois, le dimanche avant la Pentecôte et le dimanche avant Noël. » La confession de Bàle est très-courte, d'une rédaction sobre et modérée, quoique manquant souvent de précision dogmatique. Dans l'article de la Cène elle nous semble se rapprocher de Zwingle plutôt que de Calvin. Il y est dit que dans le pain et le vin, « le vrai corps et le vrai sang de Christ nous est représenté (fùrgebildet) et offert par le ministre. » Puis, après avoir affirmé que « Christ lui-même est la nourriture de l'àme et la vie éternelle, et qu'il est présent dans la Cène pour tous ceux qui croient véritablement, » on ajoute : « Mais le corps naturel, vrai et essentiel de Christ, qui est né de la Vierge Marie, qui a souffert pour nous et est monté aux cieux, n'est point, selon nous, enfermé dans le pain et le vin du Seigneur. Aussi n'adorons-nous point Christ dans ces signes du pain et du vin (qu'on appelle d'ordinaire sacrement du corps et du sang de Christ), mais dans les cieux, à la droite de Dieu le Père, d'où il viendra pour juger les vivants et les morts. » — Voyez Ochs, Gesch. der Stadt //. Landschaft liasel; Hagenbach, Krit. Gesch. d. Entstchung u. d. Schicksale d. ersten Bouler Confession, Basel, 1827; Ranke, Deutsche Gesch. im Zeitalter d. Re formation, vol. III. Oh. Pfendee.

BALE (Eglise française de). Par sa situation, son importance et son histoire, Bàle était prédestinée, au milieu des troubles du seizième siècle, à servir de lieu de retraite passager ou définitif à de nombreux persécutés ; nous y voyons Farel en 1524, Calvin en 1536, Pierre Humus en 1568: Jean Bauhin, souche d'une lignée remarquable de

naturalistes et de médecins, s'y établit en 1541, Castellion en 1544, François Hotmann vers 1579 ; des réfugiés italiens s'y rencontrent, entre autres Curione (1546) et la famille Socin (1559), ainsi que des exilés des Pays-Bas. L'un de ces derniers, Marc Perez, d'Anvers, ayant dans sa manufacture de soie de nombreux ouvriers français, italiens et espagnols, demanda en 1569 la permission d'établir à Bâle un culte français, demande qui échoua devant l'opposition d'un des pasteurs de la ville. La Saint-Barthélémy amena un nouveau flot de réfugiés français, et parmi eux trois enfants de l'amiral Coligny, ainsi que sa belle-sœur et son neveu; ces illustres proscrits demandèrent en novembre 1572 la permission de demeurer à Bàle et d'y professer publiquement leur culte, ce qui leur fut accordé. Après un an de séjour, cette intéressante famille quitta la ville, mais l'Eglise fondée par elle subsista; en 1574, Henri de Condé, le chef général des réformés de France depuis la mort de Coligny, vint résider pendant un an à Bâle avec une nombreuse suite et se joignit naturellement à la nouvelle Eglise. Telles sont les origines de la plus ancienne des Eglises du refuge en Suisse ; ce ne fut pas sans difficultés d'abord qu'elle continua à exister, les pasteurs de la ville surveillant d'un œil craintif cette congrégation étrangère. Cependant les mesures vexatoires ne durèrent pas; dès 1588 la cène, les baptêmes et les mariages purent être célébrés au culte français; la même année, à la demande des magistrats, l'université cédait pour ce culte une salle de collège, la maison particulière (chez une réfugiée du nom de Faulny) qui avait abrité jusque-là la congrégation, n'étant plus disponible. En 1591 l'Eglise comptait 300 membres, augmentés les jours de fête surtout de nombreux réfugiés des environs et du pays de Montbéliard, ce qui rendit bientôt le nouveau local tout à fait insuffisant ; aussi les magistrats accordèrent-ils en 1614 le temple des dominicains, sans emploi depuis la Béformation, temple qui réunit l'Eglise française jusqu'en 1868 où elle fit construire un lieu de culte spécial. Le dix-septième siècle amena constamment de nouvelles recrues à l'Eglise par les émigrations des Grisons, de l'Italie, des vallées vaudoises et surtout de la France ; la révocation de l'édit de Nantes (1685) ht affluer à Bàle plus de 2,500 réfugiés, mais dont un bon nombre passèrent en d'autres pays ; il en resta cependant suffisamment, malgré quelques difficultés qui leur furent faites dans les commencements de leur établissement, pour que Bàle soit de toutes les villes de la Suisse allemande celle qui compte parmi ses bourgeois la plus forte proportion de réfugiés. Dans l'origine, les membres de l'Eglise se cotisaient pour subvenir à l'entretien des pasteurs; en 1688, ces cotisations cessèrent, les revenus des legs et dons faits pour l'Eglise à partir de 1592, et fort augmentés depuis, étant désormais suffisants. Notons aussi que l'État de Bàle assista l'Eglise française à partir du dix-huitième siècle en faisant un supplément de traitement à ses pasteurs, comme aussi en lui venant en aide pour des dépenses exceptionnelles. Quant à son organisation, l'Eglise se rattachait aux Eglises réformées de France, dont elle avait adopté la confession de foi et la discipline ; sa constitution était presbytérienne ; le consistoire, composé des pasteurs,

des anciens, et, pendant 1111 temps, <le diacres, administrait L'Eglise dès 1588. Dans le commencement, les pères de famille choisissaient leurs pasteurs ; un peu pins tard, l'élection fut remise au consistoire. ei les pères de famille étaient appelés à la confirmer ; en 1682 le sénat décida que désormais les pasteurs seraient nommés par un corps nouveau et spécial, le grand consistoire, composé, outre le consistoire de l'Eglise française, de Vantâtes ou premier pasteur de la ville et des quatre scholarques; ce mode d'élection a subsisté avec quelques modifications jusqu'à nos jours. Le premier pasteur dont nous trouvions le nom mentionné (en 1577) est Virel ; dans la suite il y eut ordinairement deux pasteurs, ce qui devint la règle générale à la lin du dix-septième siècle ; les plus connus parmi les pasteurs furent : Jacque:. Gouet, de Paris, mort en 1608; Daniel Toussaint, de Montbéliard (1630-1647); Jean de La Fave, du Vivarais (1661-1675) ; Jean de Tournes, de Genève (1672-1699); Paul Reboulet, de Privas (1699-1710); Jean-Rod. Ostervald, fils du traducteur de la Bible, de Neuchàtel (1710-1759) ; Pierre Roques, du Languedoc (1710-1748) ; Alex. -Ces. Chavannes, de Vevey (1759-1763); Philippe-Cyriaque Bridel, appelé dans la suite le doyen Bride! (1786-1796); Frédéric Mestrezat, de Genève (1795-1803) ; Jean- Louis Bridel (1803-1808), etc. Quant aux anciens, au nombre de six ou sept, ils étaient d'abord nommés à vie par le consistoire; à partir de 172ri ils lurent élus par le sort, enfui depuis 1853 les anciens sont nommés pour six ans par l'autorité ecclésiastique de Bàle sur une double présentation du consistoire. La charge d'ancien a été remplie par des hommes appartenant souvent aux premières familles de la ville, et dont plusieurs ont acquis un nom illustre dans les lettres, les sciences ou la magistrature, tels que les Battier, les Sarasin, les Raillard, les Passavant, les Bernouilli, les Werenfels, les Christ, les Frey, les Bourcard, les Legrand, etc. Les descendants des réfugiés se sont assez promptement fondus dans la population bàloise, plus promptement même que dans le reste de la Suisse ; il en résulte qu'actuellement l'Eglise française de Bàle ne compte plus qu'un très-petit nombre de familles du refuge ; elle s'est recrutée par contre de bien des familles bàloises, comme aussi de Français et de Suisses français établis plus récemment. — Sources : les archives de l'Eglise française de Bàle, contenant entre autres deux essais d'histoire de cette Eglise, l'un de Pierre Roques, l'autre d'Ostervald et de A. -H. Petitpierre; Die franichen Religions fl'Ochtlinge in Basel, von L.-A. Burckhardt, dans les Beitrxge zur vaterlaendischen Geschickte, Basel, 1860, VII, p. 301-333; Bulletin de In Soc. de l'hist. du protest, franc., XII ss., 1863, p. 264; Histoire de l'Egl. franc, de Bâle, par L. Junod ; dans le Chrétien évwtvg clique ) mars-juin 1868 ; Gesch. der eoangel. Flù.clitlinge in der Schweiz, von J.-C. Rfœrikofer, Leipz., 1876. a. bernus.

BALE Statistique religieuse). Population (1870) : Bàle ville, 'a7,760 : protestants, 34,457; catholiques, 12,301; sectes chrétiennes, 196; Israélites, 506. Bâle campagne, o'j-,127 : protestants, 4&,523; catholiques, 10,245; sectes chrétiennes, 228; israélites, 131. — Dispositions constitutionnelles : 1" Bâle ville (8 avril 1847) : Art. 16. La religion de

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l'État est la religion évangélique réformée; l'exercice de tout autre culte chrétien est garanti en se conformant à la loi. L'abjuration d'un culte chrétien et la profession d'un autre culte chrétien et les mariages mixtes n'entrainent aucune restriction dans les droits politiques ou communaux (la Constitution fédérale accorde les mêmes droits aux cultes non chrétiens). 2° Bàle campagne (25 décembre 1850) : Art. 11. La liberté de croyance est inviolable. Les droits de l'Eglise évangélique réformée et de l'Eglise romaine catholique , actuellement existantes dans les communes qui en font profession, sont garantis, et les ministres de ces deux cultes sont seuls salariés. — Organisation. Bàle ville : L'autorité suprême de l'Eglise réformée bâloise est le conseil d'Eglise (Kirchenrath, jusqu'en 1834 Kirchenconvent), composé de Vantâtes, premier pasteur de la cathédrale, président de droit, de 2 conseillers d'Etat, de 2 professeurs de théologie, de 3 membres laïques et de 3 pasteurs. Tous les membres, à l'exception de Y autistes, sont nommés pour six ans et se renouvellent par moitié tous les trois ans. Le clergé bàlois se compose de 23 membres ainsi répartis : 4 paroisses urbaines : 1° la cathédrale avec Vantâtes, premier pasieur, l'archidiacre et quatre pasteurs adjoints, qui desservent en même temps les annexes de Saint-Martin, Saint- Alban, Sainte-Elisabeth et Saint -Jacques; 2° Saint-Pierre, et 3° Saint-Léonard, avec chacune un pasteur et 2 adjoints; 4° Saint-Théodore, un pasteur et 3 adjoints. Les deux paroisses rurales de Riehen et de Petit-Huningue ont chacune leur pasteur. Trois aumôniers desservent les prisons, l'hôpital et l'orphelinat. L'Eglise française a 2 pasteurs , mais le clergé bàlois est beaucoup plus nombreux. 11 comptait en outre, en 1872, 3 pasteurs retirés, 13 ministres remplissant des fonctions scolaires , 44 pasteurs en fonctions hors du canton et 21 ministres sans fonctions. Il y a à Bàle une Faculté de théologie avec 5 professeurs, 3 agrégés et (été de 1876) 50 étudiants. Bàle est le siège d'un grand nombre de sociétés religieuses, dont les plus importantes sont : la Société biblique (1804), la Société des Missions (1816), l'Association des Amis d'Israël (1820), l'Etablissement missionnaire de Chrischona (1839), etc. Les catholiques du canton dépendent de l'évêché de Bàle, dont le titulaire réside à Soleure depuis la Reformatée. Une communauté morave, quelques anabaptistes, baptiste?, darbystes et irvingiens représentent à Bàle les sectes chrétiennes. — Bàle campagne. Eglise réformée : 30 paroisses avec 33 pasteurs et auxiliaires (1876). Autorités centrales : le directeur des cultes et de l'instruction publique ; la commission d'examen des pasteurs et les conseils paroissiaux. Les catholiques sont répartis dans 10 paroisses, qui font partie du diocèse de Bàle- Soleure. — Bibliographie : G. Finsler, Kirchliche Statistik der réf. Schiveiz, 1856; Almanach de Gotha, 1877; Verzeîchniss der Behœrden und Beamten des Kantons Basel-Stadt, 1872 ; Kalender fur Basel-Land, 1876. E. Vauchee.

BALGUY (Jean), théologien anglais, né en 1686 à Shefheld, dans le comté d'York, mort en 1748. Les divers écrits qu'il a publiés, et qui traitent surtout d'apologétique chrétienne, se distinguent par un esprit libéral. C'est à la raison qu'il en appelle le plus souvent dans ses

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discussions religieuses, et il essaye de prouver que la révélation chrétienne ne renferme rien qui lui soit contraire. En 17()0, il fit paraître une Lettre à itn déiste sur la beauté et l'excellence des vertus morales, et r appui qu'elles trouvent dans la révélation chrétienne. En 1728, il donna un traité intitulé : le Fondement de la bonté morale, ou Recherche approfondie de l'origine de nos idées sur la vertu, et, en 1730, des Recherches sur les perfections morales de Dieu, particulièrement en ce gui est relatif à la création et à la Providence. Balguy fut aussi un prédicateur estimé, et ses deux volumes de Sermons sur différents sujets ont en Angleterre une certaine réputation. Malgré ses talents, il dut se contenter de l'humble poste de vicaire à North-Allerton, dans le comté d'York. 11 tut trop indépendant de caractère pourarriverà une position plus éminente. Citons aussi de lui un estimable Essai sur la Rédemption, paru en 1741.

BALLANCHE (Pierre-Simon) [1776 1847], écrivain estimé sous la Restauration et philosophe mystique, s'est surtout attaché, comme L'auteur des Idées, Herder, en Allemagne, et comme Yico, en Italie, dans sa Science nouvelle, à l'étude de la philosophie de l'histoire. Une longue maladie qu'il eut dans sa jeunesse, à Lyod, sa ville natale, ne lit que développer en lui cette disposition naturelle au mysticisme qu'on trouve déjà dans son premier livre : Du sentiment dans ses rapports avec la littérature, publié en 1802, et dans ses Fragments 1 1806). Mais ce ne fut qu'en 1814, après avoir fixé sa demeure à Paris, suivant le conseil de M,m> Récamier, qu'il trouva réellement sa philosophie, exposée bientôt après dans Y Essai sur les Institutions (1818), et surtout dans le plus important de ses ouvrages, la Palingénésie sociale (1830). Charles Bonnet avait déjà écrit la Palingénésie philosophique pour montrer comment, dès le temps même de son existence passagère, l'être mortel peut manifester en lui l'être immortel. Ce qu'on avait essayé ainsi pour l'homme individuel, Ballanche le tente à son tour pour l'homme collectif. 11 part de l'hypothèse d'une révélation primitive. Les idées préexistaient en Dieu, comme le veut Platon, et le monde existait dans sa pensée, non manifesté. Pour le manifester, il a parlé, et aussitôt l'essence ayant revêtu le temps, l'espace, la forme, le monde idéal est devenu le monde plastique, et l'intelligence humaine un reflet affaibli de l'intelligence divine. Pour comprendre le développement historique de l'homme collectif, l'humanité, il n'y aura donc qu'à bien connaître le développement moral de l'homme individuel. Il y a trois époques dans le développement intellectuel de l'homme : 1° l'individu, apparaissant dans la société, en reçoit le langage; 2° il agit sur le fonds commun ; 3° il se l'approprie et devient un être moral et intelligent. Et la société de même traverse trois périodes : dans la première, elle a une poésie, une religion : dans la seconde, elle prend couleur déraison ; dans la troisième, elle se fait estimer par la science. 11 n'y a pas séparation, œuvre et but différents entre les hommes des diverses époques, mais l'unité et l'homogénéité sont' évidentes dans le genre humain. Mais comment, avec ces données, expliquer le mal qui es! dans le monde? Par la déchéance de l'homme. Dieu voulut que

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les destinées humaines tussent une suite d'initiations mystérieuses et pénibles, pour qu'elles fussent méritoires comme foi et comme labeur. Ainsi il y a eu chute de l'homme et par suite expiation nécessaire. Seulement cette déchéance, cause des épreuves successives par lesquelles passent l'homme et l'humanité, n'a été qu'un mal passager; en effet, du moment où elle s'est produite date pour eux. la conquête de la conscience et de la liberté. Chaque partie de la Palingénésie sociale est destinée à prouver l'une de ces affirmations. Orphée, c'est la déchéance. Dans la Formule générale de l'Histoire de tous les peuples appliquée à C histoire du peuple romain, l'humanité subit l'épreuve, et l'initiation pénible s'incarne dans la lutte du plébéianisme et du patriciat. La Ville des expiations nous mène aux temps modernes où l'homme est enfin réhabilité. Ainsi la substance intelligente doit finir nécessairement par être bonne, mais d'une bonté acquise, la chrysalide humaine n'ayant pas reçu, mais s'étant donné à elle-même, les ailes brillantes sur lesquelles elle doit s'élever, de région en région, jusqu'au séjour de l'immutabilité et de la gloire éternelle. Le style de Ballanche est pur et harmonieux, l'écrivain allie sans peine la profondeur à la grâce, et cependant il est souvent obscur, parce qu'il divise mal ses ouvrages faits de fragments qui ne sont rattachés les uns aux autres que par des analogies secrètes, trop difficiles à saisir, et parce qu'il abuse du symbolisme, remontant toujours jusqu'à l'antiquité reculée, jusqu'à Orphée, jusqu'aux Romains, quand il veut passer à l'application après avoir exposé ses principes. C'est un simple épisode détaché de la Ville des expiations, la vision d'Hébal, qui donne la plus exacte idée de sa doctrine. Au point de vue philosophique, quand paraît la Palingénésie, Y école sensualiste reproche à Ballanche de poser toujours, à la place de principes évidents, des croyances traditionnelles, et le renvoie à l'école théologique; celle-ci, à son tour, l'école des de Maistre, de Bonald, cl'Eckstein, de Lamennais, le repousse, ne le trouvant pas assez hardi dans l'affirmation, et c'est dans son sein qu'il rencontre les moins indulgents de ses critiques et les plus dédaigneux de ses adversaires. Mais ce qui provoque leur blâme, est à nos yeux ce qu'il faut louer le plus chez l'écrivain. Il aime l'état présent et il aspire à l'améliorer au lieu de le haïr et de le combattre, à leur exemple. Aussi est-il l'esté sous la Restauration le théoricien écouté, non du parti ultramontain, mais des jeunes légitimistes. A sa mort, selon le vœu qu'il avait exprimé, il a été déposé le premier dans le caveau qui devait bientôt recevoir Mme Récamier, sa fidèle amie. — Voyez Damiron, Essai sur l'Histoire de la philosophie en France au XI Xe siècle, Paris, 1834 ; Sainte-Beuve, Portraits contemporains, I; d'Eckstein, le Catholique, 1828, février; Chateaubriand, Etudes; de Loménie, Galerie des contempor. Musses ; J.-J. Ampère, Ballanche, P., 1848.

Jules Arboux'.

BALLERINI (Pierre et son frère Jérôme), prêtres, de Vérone. Elevés chez les jésuites au commencement du dix-huitième siècle, ils travaillèrent en commun aux éditions savantes qui portent leur nom. Ce sont : les Œuvres du cardinal Noris (Vérone, 1732, 4 vol. in-fol.),

BALLERINI — BALSAMON Al

dont Jérôme lit seul les trois premiers volumes; tes Œuvres de J.-M. Gibert, évêque de Vérone (in-4°) ; les Sermons de S. Zenon, évêque de la même ville au quatrième sièele (1739, in-4°) ; la Somme théologique de S. Antonin de Florence (4740-4^ 2 vol. in-fol.), et La Somme de S, Raymond de Pennafort (i 744, in-fol.). Les deux frères donnèrent, à la requête du pape, une édition des Œuvres de S. Léon. (Venise, 1755-56, 2 vol. in-fol.) destinée à remplacer celle de Quesncl condamnée par le saint-siége. On doit à Pierre un traité sur la Méthode d'étudier, tirée de S. Augustin, traduit de l'italien en français par F abbé Nicolle (Paris. 1760, in-12). Ses nombreux écrits contre l'usure et la querelle sur le probabilisme dont il fut l'historien et le défenseur, L'engagèrent dans une vive polémique qui ne put heureusement le distraire de ses études d'érudit.

BALMES (Jaime), né à Vich (Catalogne) le 28 août 1810, fit ses premières études au séminaire de cette petite ville, puis il se rendit à l'université de Cervera, où il reçut en 1833 le titre de docteur. Balmes débuta en 1840 dans sa carrière de publiciste par l'ouvrage qui porte Le titre de Observaciones sociales, polit icas y economicas sobre los bienes del clero. Deux ans plus tard parut le livre qui l'a rendu célèbre : El. protestantismo comparado con el catolicismo, en sus relaciones con lacivi- Hzacion europea. Il n'est pas nécessaire de lire beaucoup de pages de cette œuvre de polémique pour voir que l'auteur s'adresse à un public qui ne connaît le protestantisme que d'ouï dire et qui n'a jamais eu l'occasion d'expérimenter la valeur de cette doctrine au point de vue re- Ligieux, moral et intellectuel. Les arguments philosophiques ou historiques employés par Balmes pour démontrer la supériorité du catholicisme dans i'ceuvrede la civilisation sont très-faibles et portent presque tous à faux. Il a été plus heureux dans ses attaques contre certains dogmes des premiers réformateurs. Malgré ses faiblesses et ses défauts, ce livre mérite d'être lu, surtout à cause de la très-grande influence qu'il a exercée en Espagne. Le parti de l'unité religieuse y trouve de nombreuses armes pour la défense de son principe, , et le parti libéral, trop peu religieux pour vouloir substituer au catholicisme une autre religion positive et trop ignorant pour pouvoir apprécier l'influence du protestantisme sur la civilisation européenne, en accepte sans protestation les conclusions relativement modérées. Balmes se mêla vers la même époque à la politique militante, en conseillant dans plusieurs articles du journal El pensamiente de la nacion le mariage d'Isabelle de Bourbon avec le comte de Montemolin. Ses autres ouvrages, El criterio (1845), Cartas a un escéptico en materias de religion (1845) et deux manuels de philosophie, quoique très-lus et estimés en Espagne, n'ont qu'une médiocre importance. Balmes est mort le 9 juillet 1848.

Morel-Fatio.

BALSAMON (Théodore), né à Constantinople vers le milieu du douzième siècle, mort- probablement en 1204, fut diacre, chancelier (vojjlcçuXoÇ) -et archiviste (xapro^uXo^) du patriarcat de Constantinople. Vers L'année 1190 il fut créé patriarche d'Antioche, après ta mort du patriarche Jean; mais les croisés, maîtres d'Antioche. y ayant établi

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