BOULOGNE
sait pourquoi, la disgrâce de M. de Beaumont, et il ne put reprendre ses prédications qu'après la mort de cet archevêque. Jusqu'à la Bévolution, sa carrière fut une série de succès oratoires. Il avait même prêché le carême à la cour en 1787 et le roi le retint pour la station de 1792, mais il comptait sans les événements. Plusieurs fois en danger sous la Terreur, il iinit par être emprisonné, fort tard heureusement, à la veille du 9 thermidor. De 1795 au concordat, Boulogne fut constamment sur la brèche : il ridiculisa dans ses brochures L'Eglise constitutionnelle, prêcha dans les chapelles catholiques et rédigea les Annales religieuses. Ce journal lui attira même, après le 18 fructidor, une sentence de déportation à laquelle il se déroba prudemment. Après le 18 brumaire, il en reprit la rédaction jusqu'en 1807, non sans interruptions forcées, mais il donnait à son recueil un titre nouveau à mesure qu'il était supprimé sous un autre. On vit se succéder ainsi les Fragments de littérature et de morale, [es Annales littéraires et morales, et les Mélanges de philosophie, d'histoire, de morale et de littérature. En 1808, Boulogne, déjà grand-vicaire de Versailles et chapelain de l'empereur, fut nommé à l'évêché de Troyes. Les difficultés que causa le texte de sa bulle retardèrent son installation d'une année. Pie Vil avançait dans la formule qu'il choisissait l'évêque motu proprio, à peu près comme Pie IX, en 1871, insinuait qu'il nommait M. Nouvel au siège de Quimper. Le Conseil d'Etat s'émut de l'empiétement dans le premier cas comme dans le second. L'épiscopat de M. Boulogne fut encore plus orageux que son installation, et Napoléon vit bientôt qu'il n'était pas plus gallican qu'il n'avait été constitutionnel. Secrétaire du concile que l'empereur avait réuni à Notre-Dame en 1812, dans l'espoir d'y faire proclamer la compétence de l'Eglise de France pour l'institution des évoques sans l'intervention du pape, l'évêque de Troyes s'unit à ceux de Gand et de Tournai pour faire rejeter le projet de décret présenté par le ministre. Le concile fut aussitôt dissous (11 juillet 1812) et, dès la nuit suivante, les trois prélats étaient enfermés à Vincennes. Ils n'en sortirent qu'après avoir signé leur démission, et M. Boulogne fut interné à Falaise. Le ministre notifia aussitôt au chapitre de Troyes la démission de l'évêque ; les grands-vicaires résignèrent leurs fonctions, et on en nomma de nouveaux dont les mandements portèrent la mention : le siège vacant. En apparence, l'empire l'emportait; au fond, le sacerdoce ne cédait rien, car le mot de vacant était assez élastique pour signifier la simple absence de l'évêque, et, d'autre part, M. Boulogne eut le soin de nommer de son côté les nouveaux vicaires. Ils semblaient ainsi gouverner au nom du chapitre, tandis qu'ils gouvernaient avec les pouvoirs du prélat. L'équivoque subsista jusqu'au jour où Napoléon nomma M. de Cussy évêque de Troyes, en 1813. Alors le pape, consulté pour savoir s'il avait agréé la démission de l'évêque précédent, répondit en niant la juridiction du chapitre; un grand-vicaire déclara reconnaître M. Boulogne, et les chanoines se trouvèrent partagés en deux camps égaux en nombre. Le gouvernement voulut exiger du démissionnaire une renonciation encore plus formelle que la première ; sur son refus déguisé, on le ramena à Vin-