BOUQUIN — BOURBON
-évangélique,? 'Epoux spirituel et V Homme parfait, ils roulent tous sur le sujet de la cène.
BOURBON (Antoine de), lils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, et de Françoise d'Alençon , naquit le 22 avril 1518. Il succéda à son père dans le gouvernement de Picardie, et se signala, comme chef militaire, tant sur les frontières du Boulonnais qu'à Thérouanne, à Landrecy, à Lillers, en Hainaut et en Flandre en 1551, et en Lorraine et en Picardie de 1552 à 1554 . Il avait épousé, en 1548, Jeanne d'Albret. De nombreuses lettres qu'il lui adressa, à une époque qui suivit de près son union avec elle, attestent l'intimité qui régnait alors entre les deux époux. Lors de la mort du père de Jeanne, en 1555, Antoine de Bourbon devint roi de Navarre. En 1558, il se prononça en laveur de la religion réformée. Les protestants croyaient pouvoir compter sur lui comme sur un protecteur sérieux; mais il déçut bientôt leurs espérances. Bafoué à la cour, après la mort de Henri II, il retourna en Béarn, y devint le jouet de l'Espagne, se tourna contre les protestants, à l'issue de la conjuration d'Amboise, paralysa l'entreprise de Maligny sur Lyon, et ne vint à Orléans, avec son frère, le prince de Condé, en 1560, que pour s'y voir, ainsi que lui, opprimé par les €uise. A la mort de François II, il se laissa dominer par Catherine de Médicis et abdiqua en partie ses prérogatives de prince du sang, quant au maniement des affaires de l'Etat. S'il parut pendant quelque temps reprendre en main les intérêts des protestants en luttant contre l'influence des Guise, il ne tarda pas à se laisser circonvenir par ces derniers et parles agents de la cour d'Espagne. Rompant alors avecCondé et les Chàtillon, oubliant aux pieds d'une fille d'honneur de la reinemère ses devoirs d'époux, il relégua brutalement la vertueuse Jeanne d'Albret en Béarn, s'allia avec les membres du triumvirat, refusa lâchement de s'élever contre le massacre de Vassy, alors que les protestants invoquaient son appui, et se démasqua complètement, en prenant, quand éclata la première guerre de religion, le commandement des troupes catholiques. Dans les conférences successives qui suspendirent momentanément le cours des hostilités, il n'apporta qu'étroitesse de vues, que dureté de cœur, et que résistance aux justes représentations formulées par le prince, son frère. 11 fut, au siège de Rouen, blessé d'un coup d'arquebuse à l'épaule. Sentant de jour en jour ses forces décliner, il exprima le désir de revoir Jeanne d'Albret, et chargea un gentilhomme qu'elle lui avait envoyé de retourner près d'elle et de l'accompagner de Béarn en Normandie; mais il était trop tard : il succomba le 17 novembre 1562. Jeanne, qui se fut estimée heureuse d'apporter à son mari de suprêmes consolations, n'avait plus devant elle la possibilité de franchir en temps opportun la longue distance qui la séparait de lui. Couvrant d'un généreux pardon le loyal aveu qu'au terme de sa carrière Antoine de Bourbon avait fait de ses torts envers elle, elle ne se rappela plus que son affection pour lui, et pleura sa mort en femme chrétienne. Antoine de Bourbon laissa deux enfants, issus de son mariage avec Jeanne d'Albret, savoir : un fils (voir Henri IV) et une fille (voir Catherine de Bourbon). — Sur Antoine
de Bourbon, voir: 1" Brantôme, U<>/>ni/es illustres; 2° de Thon, BisL unir., tr. fr., in-V\ t. 11, p. 681 à 688; 720 à 723; 7!):; à 857; et t. m. p. 36 à 160; :\'M à :>:>7; :>" Désormeaux, Hist. de lamatsan de Bourbon, t. III: V' la corresp. Eranç. de Calvin, passitn; o° les ouvrages du présidenl de La Place, de Th. de Bèze, de Régnier de La Planche, de Davila, de La Popelinière, de d'Aubigné, les Mémoires de Coude: 6° Les lettres d'Ant. de Bourbon à Jeanne d'Albret (Bibl. nat.. mss. fr., vol. 8746). J- D^laboede.
BOURBON (Catherine de), fille d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret, uaquit à Paris, le 7 février 1559. A quatorze ans, elle perdit sa mère; son chagrin fut d'autant plus vif, qu'elle éprouva dans toute sod amertumele vide de l'isolement: elle sévit livrée à la merci d'une cour corrompue, sans pitié pour sa faiblesse, sans respect pour sa conscience, sans égard pour son rang. Des périls de tout genre menaçaient l'orpheline; mais,lidèle aux convictions religieuses que Jeanne lui avait inculquées, et puisant en elles une indomptable énergie, elle sut, par l'élévation de ses sentiments et la fermeté de son caractère, lutter avec succès, pendant quatre ans, contre les menées oppressives de Catherine de Médicis, et recouvrer en 1576 sa liberté. Rentrée en Béarn, elle y reprit l'exercice du culte réformé, qui lui avait été interdit à la cour de France depuis le jour néfaste de la Saint-Barthélémy, et s'y concilia, comme femme et comme princesse, une considération et une sympathie que commandaient ses vertus, ses talents, ainsi que ses qualités à la fois solides et brillantes. Henri, son frère, eût dû, à titre d'unique appui qui lui restât désormais, tenir à honneur de la protéger, alors surtout que Jeanne d'Albret, à l'heure suprême, lui en avait confié le soin, moins comme une obligation sacrée que comme un privilège ; mais, infidèle aux dernières recommandations de sa mère, dont il avait déserté la foi, le bon Henri de la légende populaire, ne justifiant que trop réellement le titre de mauvais frère que lui inflige le sévère jugement de l'histoire, traita souvent Catherine avec dureté. Non-seulement il la fit souffrir de la résistance qu'elle lui opposa, alors qu'il voulait l'entraîner dans une défection religieuse semblable à celle dont il lui avait donné le triste exemple ; mais encore, la blessant jusque dans ses affections les plus intimes et les plus pures, il combattit avec une âpre ténacité un projet d'union à la réalisation duquel elle eût attaché son bonheur, employa de coupables manœuvres pour tenter de triompher de sa constance, et finit, lorsqu'elle se vit trompée dans son espoir, par arracher son consentement à un mariage avec Henri de Lorraine, duc de Bar. L'étroit bigotisme et le caractère déprimé de cet homme, indigne de la pieuse et noble Catherine, furent pour elle une source d'incessantes angoisses qu'elle domina des hauteurs de sa foi. Digne fille d'une mère dont elle vénérait la mémoire et s'efforçait de suivre les traces, Catherine demeura, jusqu'à son dernier soupir (1*3 février l(>0i), fermement attachée à la religion réformée; léguant ainsi aux générations futures un admirable exemple de la puissance que le sentiment religieux et la piété filiale exercèrent sur le cœur d'une orpheline pour
la soutenir dans l'austère épreuve d'une existence solitaire et dépouillée. — Voir sur Catherine de Bourbon : Ballet, de la Soc. d'hist. duprôtest. /h, t. II, p. 140 à 155; t. III, p. 279; t. V, p. 148 à 160, et 283 à 292; t. XV, p. 19 à 35, et 583 à 586; t. XXIV, p. 26; E. Alby, Catherine de Navarre, 2 vol. in-8°, 1850; la comtesse d'Armaillé, Catherine de Bourbon, 1 vol. in-12, 1865. J. Delabordb.
BOURBON (Louis de), septième lils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, et de Françoise d'Alençon, naquit à Vendôme, le 9 mai 1530. Elevé dans l'abbaye de Saint-Denis par son oncle le cardinal de Bourbon, il en sortit pour suivre la carrière des armes. Il se distingua en 1551 en Piémont et en Picardie, en 1552 à Metz, en 1553àDourlens, en 1554 en Hainaut et en Artois, en 1555 en Italie, et en 1557 à Saint-Quentin. Par son mariage avec Eléonore de Roye, en 1551, il était devenu l'allié des Montmorency et des Chàtillon. S'étant joint à la cause protestante, moins peut-être par conviction religieuse que par inimitié contre les Guise qui l'avaient froissé, il opina, dans les conférences de Vendôme et de La Ferté, pour une prise d'armes et accepta le rôle de chef muet dans la conjuration d'Amboise, dont l'insuccès motiva sa retraite en Béarn. Trompé par les promesses décevantes de la cour, il revint en 1560 à Orléans, où le dévouement héroïque de sa femme ne put le soustraire à une condamnation capitale, odieusement provoquée par les Guise et lâchement prononcée par leurs suppôts. Sauvé de la mort par un changement de règne, et réhabilité par décisions souveraines du conseil privé et du parlement, il prit en mains le parti des protestants en 1561. Il les protégeait à Paris, en 1562, lorsque le massacre de Vassy le décida, dans leur intérêt, à une résistance à main armée. Ralliant à lui, du fond des provinces, les principaux chefs protestants, et devenu maître d'Orléans et de diverses villes, il accepta la lutte avec l'armée catholique, rechercha et obtint l'appui de divers princes d'Allemagne, d'Elisabeth d'Angleterre et de quelques cantons suisses, et, après une série d'engagements, livra la célèbre bataille de Dreux, dans laquelle il fut fait prisonnier. Le traité de paix d'Amboise, en mettant un terme à sa captivité, imposa, par sa faute, d'iniques restrictions au régime de liberté religieuse qu'avait inauguré en partie l'édit de janvier 1562. Après avoir concouru à la reprise du Havre sur les Anglais, en juillet 1563, il mena à la cour uni vie de dissipation et y entretint, à l'instigation de Catherine de Médicis, des relations scandaleuses, qu'interrompit à peine, en 1564, la mort de sa pieuse et généreuse femme, et qui ne cessèrent qu'à l'époque de son second mariage, en 1565, avec Françoise d'Orléans, tille delà marquise de Rothelin. Lespersécutions renouvelées contre les protestants, au mépris du traité de paix, lui firent reprendre les armes en 1567. La bataille de Saint-Denis fut glorieuse pour lui. A la suite de sa jonction avec les forces du duc Casimir, il dégagea Orléans, investit Chartres, et conclut, le 13 mars 1568, une paix qui n'offrait aucune garantie de durée. La cour et ses agents la violèrent, comme ils avaient violé la précédente. De Noyers, où il s'était retiré et où l'on cherchait à s'emparer de lui, Condé se rendit, avec sa famille, à travers les plus grands dangers, à La Rochelle, où il
lut rejoinl par la noblesse de Poitou et de Saintonge, ainsi que par Jeanne d'Aibret, accompagnée de sou lils. Bientôt commença la troisième guerre civile, dans laquelle Louis de Bourbon, fortement secondé, comme dans les deux premières guerres, par Coligny, déploya une grande énergie el une valeur à toute épreuve. On le vitalors, rompant avec sa déchéance passée, se relever moralement de toute la hauteur d'un noble caractère. Son attitude à la bataille deJarnac, livrée le 13 mars 1569, lut admirable. Il venait par une charge brillante de forcer l'ennemi à reculer, lorsque, déjà blessé, il reçut une ruade de cheval qui lui cassa la jambe. Pourvu de nombreux renforts, l'ennemi revenait sur lui; les seigneurs qui entouraient le prince le conjuraient de se retirer; un simple signe fut sa réponse; il leur montra la devise de sa cornette : Doux le péril pour Christ et le pays. Se faisant aussitôt remonter à cheval : « Voici, noblesse française , s'écria-t-il, voici le moment désiré. Souvenez-vous en quel état Louis de Bourbon entre au combat pour Christ et la patrie ; » puis il s'élança sur les rangs ennemis, et ne tarda pas à tomber avec son cheval tué sous lui. Odieux instrument de la haine du duc d'Anjou pour le prince, Montesquiou se rua sur celui-ci qui déjà s'était rendu à d'Argence, et d'un coup de pistolet tiré par derrière, lui fracassa la tête. Une appréciation impartiale à formuler sur Louis de Bourbon, en tant que chef protestant, peut se résumer en quelques mots. Amené, sur les traces de sa première femme et de sa belle-mère, à professer la religion réformée, on le voit, à en juger par l'ensemble de sa conduite, sincère sans doute dans l'adoption du nouveau culte, mais touché uniquement à la surface de son âme par les doctrines évangéliques, demeurer accessible aux calculs et aux entraînements de la politique, qu'il ne dominera jamais des hauteurs d'une foi stable, et compromettre trop souvent, ici parles vues restreintes de l'homme de guerre et de l'homme d'Etat, là par la légèreté de l'homme du monde et parles défaillances de l'esclave du plaisir, la dignité morale du chrétien, de l'époux et du père. Mais, dans les derniers temps de son existence agitée, son àme se retrempe à la source des généreux sentiments; il veut, dans l'élan d'une admirable transformation, justiiier sa devise, s'immoler, s'il le faut, au service de son Dieu et de sa patrie, et sa mort est bien celle d'un chrétien et d'un vrai Français. — Voir sur Louis de Bourbon : Brantôme, Gr.capit. françois; de Thon, Hist, univ., tr. fr., in-4°, t. Il, p. 681 a 836 ; t. 111, p. 38à 506; t. IV, p. 2 à 175; Désormeaux, Hist. de la maison de Bourbon, t. III, p. 209 à 238 et 261 à 675 ; t. IV, p. 12 à 1I(), et p. 139 à 350; Mém. de la troisième guerre civile, in-12, 1571; corresp. française de Calvin, passim\ les ouvr. du présidentde LaPlace, de Th. de Bèze, de Régnier de La Planche, de Davila,deLa Popelinière, de d'Aubighé de Mézeray; [esMémoires de Coudé; Mémoires de Castelnau ef addit. de Le Laboureur: Disc. polit, et milit. de Lanouc ; Hist. de cinq rois, \n-\i.. 1599; Hist. des princes (h- Condé, par le due d'Aumale, t. 1 et t. II. p. 1 a 81. J. Dblabobde.
BOURBON (Henri de), premier du nom, fils de Louis de Bourbon et d'Eléonore de Roye, né le 29 décembre 1552. Privé en 1564 d'une
mère qu'il chérissait, perdant en 1569 un père qui s'était peu occupé de lui, traité alors en fils, non par sa belle-mère, mais par Jeanne (TAlbret et par Coligny, Henri de Bourbon fut, en concours avec le jeune Henri de Navarre, son cousin, nominalement placé à la tête de l'armée des réformés. Il combattit pour la première fois à Arnay-le- Duc, en 1570. Fidèle aux convictions religieuses que lui avait inculquées sa mère, et profondément attaché à l'amiral ainsi qu'à Jeanne, il venait d'être uni par les soins de cette princesse à Marie de Nevers, quand éclata l'effroyable drame de la Saint-Barthélémy. Sommé d'abjurer, il refusa avec une fermeté qui faillit lui coûter la vie, et ne finit par céder, en apparence, que pour rétracter bientôt sa prétendue conversion : il dut, au péril de ses jours, fuir une cour corrompue et sanguinaire qui voulait le contraindre à porter les armes contre les réformés et qui favorisait par sa dépravation les insolentes assiduités dont sa femme était l'objet delà part du duc d'Anjou. Libre désormais, il revint publiquement à la religion réformée dont il ne s'était jamais séparé au fond de son cœur. L'assemblée de Milhau (juillet 1574) le proclama chef et gouverneur général des Eglises de France. Trois mois après, il perdit sa femme. En 1575 lui fut conféré le titre de « protecteur de l'association du clergé et des catholiques paisibles avec les Eglises réformées du royaume. ». Ayant formé une petite armée, il se joignit à Monsieur. En mai 1576 intervint un édit de pacification. Justement indigné de l'attitude de Henri III à son égard, il alla rejoindre le roi de Navarre 'en Guyenne. Investi par les protestants d'une confiance que celui-ci était loin de leur inspirer, il sut, au milieu de circonstances compliquées, ardues, dont l'exposé ne saurait trouver place ici, demeurer invariablement fidèle à la cause de la Réforme et lui rendre de véritables services. On ne sait que trop qu'il n'en fut pas de même du roi de Navarre, contre l'indifférence et la légèreté duquel il eut plus d'une fois à lutter. Au moment où Henri de Bourbon allait reprendre les armes, il fut atteint tout à coup de violentes douleurs, le 3 mars 1588,etsucccomba,le5. On soupçonna sa seconde femme, Charlotte de La Trémouille, de l'avoir fait empoisonner ; on dirigea même contre elle des poursuites criminelles ; mais, au bout de quelques années, elles furent arbitrairement amorties. La vérité sur ce point si grave ne s'est pas fait jour. La vie d'Henri de Bourbon, clans sa brièveté, fut semée de douloureuses épreuves, qu'il domina par sa foi et l'élévation de son âme : en toute rencontre, il se montra le digne fils de la pieuse mère aux infortunes de laquelle il avait été associé dès son enfance, et des exemples de laquelle il tint toujours à honneur de s'inspirer. Les historiens, catholiques et protestants, sont à peu près unanimes dans les éloges qu'ils décernent au caractère d'Henri de Bourbon. Au premier rang des qualités qui le distinguèrent se placent sa fidélité à de nobles convictions religieuses et son dévouement aux intérêts cle ses coreligionnaires. De ïhou le représente comme brave et plein d'humanité, ferme et d'une rare affabilité, prudent et libéral, grave et éloquent, enfin comme réunissant en lui tous les mérites qu'on peut souhaiter dans un prince. — Voir, sur Henri de Bourbon, la