‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 143 sur 263 · BREVIAIRE · texte numérisé non relu

BREVIAIRE

qu'il présente comme de l'histoire pure, et des enseignements de la plus

grossière superstition. C'est au discrédit dont il était plus ou moins frappé par cette critique, particulièrement en France, que Ton doit sans doute en grande partie la révolution liturgique qui s'opéra dans ce pays au dix-huitième siècle. Nous voulons parler du Bréviaire que tit paraître en 173(> M. de Yintimille, alors archevêque de Paris. Dans cet ouvrage, publié sous le titre de Breviarium Parisien.se, la partie historique avait été l'objet d'un. remaniement complet où l'on sentait l'influence de l'érudition et du goût de cette époque littéraire. Les passages de la Bible remplacèrent, dans ce travail entièrement nouveau, les sentences plus ou moins apocryphes du Bréviaire romain. La distribution des psaumes et des leçons bibliques fut disposée avec plus de clarté et de simplicité, et on peut dire que les auteurs de cette œuvre liturgique firent de leur mieux dans la position qu'ils conservaient, au sein du catholicisme. La partie poétique du Bréviaire parisien fut tout spécialement soignée. Les hymnes de Santeuil et de Coffin qui y furent insérées, sont pleines de sentiment, de fraîcheur, d'onction, et sont écrites dans un style vraiment rhythmique de la plus belle latinité. Quoi de plus gracieux , en effet, que ces versets des hymnes de Compiles :

Grates. peracto jam die, . Desiderate gentibus,

Deus, tibi persolvimus ; Verbum Patris, mundi salus,

Pronoque, dum nox incipit, Audi preces gementium,

Prosternimus vultu preces. Tandemque lapsos excita.

In noctis umbrâ desides Adsis. Redemptor; et tuse

Dum soranus artus occupât, Plebis relaxans crimina,

Ad te, Deus, fidelibus Adse scelus quas clauserat,

Mens excubat suspiriis. Reclude cœlestes domos.

On avait de plus introduit, dans chaque office quotidien, un extrait des canons ou décrets des conciles, ce qui , pour la connaissance de l'histoire ecclésiastique, fut considéré comme une heureuse innovation par ceux devant qui ces canons faisaient autorité. L'œuvre liturgique de l'archevêque Vintimille fut accusée de jansénisme dès sa première apparition; elle résista pourtant aux attaques dont elle était l'objet, et devint même bientôt le prototype de la plupart des Bréviaires nouveaux qui parurent plus tard dans les divers diocèses de France. Malgré sa supériorité, le Bréviaire parisien devait être immolé aux exigences de l'unité liturgique. L'opposition qu'il avait soulevée à son début se réveilla au temps de la Restauration ; c'est alors que commença une lutte ardente où s'engagèrent ultramontains et gallicans, et dans laquelle ces derniers devaient avoir le dessous. Les Bréviaires diocésains étaient pour la curie romaine un fait gênant pour sa domination ; il constatait, en faveur des évêques, un droit de décision en matière de liturgie ; il y avait là une grosse question de droit canonique qui devait être décidée au profit de Rome et de ses prétentions à tout régenter. Pour ce faire, elle lança dans l'arène la bouillante individualité de Dom Guéranger, dont la plume amère, la phrase acerbe et l'argumentation audacieuse firent merveille. Chaque évêque •de France fit sa cour à la papauté en abrogeant le Bréviaire français

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pour adopter le romain. Le diocèse de Paris vient p'être soumis à son tour au rite romain qui y règne aujourd'hui sans partage.

A. Maulvault.

BRIAL (Dom Michel Jean-Joseph), bénédictin de Saint-Maur, né à Perpignan en I7'i3. mort à Paris en 1828. Il travailla d'abord à VHistoùvi littéraire de la France. Les XIIe et XIIIe tomes lui sont dus ainsi qu'à 1). Clément, son collaborateur; les six suivants sont de Brial seul et complètent la série des monuments du règne de Philippe- Auguste et de celui de Louis VIII jusqu'en 1226. D. Brial n'a pas achevé le XIX1. 11 a été continué par MAI. Daunou et Naudet, qui ont donné le XXe en 18Ï0. C'est le premier tome de la série consacrée à Louis IX et à ses successeurs, de 1220 à 1328. Le XXIe volume, publié en 1855 par MM. Guigniaut et de Wailly, est le second de cette série. On sait que l'Institut poursuit l'exécution de ce long travail auquel s'est spécialement consacré M. Hauréau. Le tome XXIVe a paru • en 1862. M. Camille Rivain a donné en 1875 une table générale des quinze premiers volumes. Il collabora également au Recueil des Historiens >/r France que l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres continua après une assez longue interruption. MM. Pastoret, Brial, Ginguené et Daunou donnèrent en 1814 le XIII" volume. Dom Brial publia les cinq suivants du XIV' au XVIII0. Il laissa en mourant les matériaux du XIXe qui a été publié en 1833 par MM. Daunou et Naudet. 11 a aussi composé un grand nombre de mémoires sur divers points d'histoire.

BRICE (Saint), de Tours, arraché à la vie mondaine et converti par saint Martin, lui succéda en 396 sur le siège épiscopal de Tours, dans des temps orageux et troublés. Lui-même pendant son épiscopat se vit à plusieurs reprises exposé aux attaques de nombreux adversaires. In certain Lazare, qui devint plus tard évèque d'Aix-la-Chapelle, l'accusa d'inconduite et d'erreurs manichéennes, mais se vit condamné comme calomniateur au concile de Turin en 404. Brice se signala par son zèle pour la propagation de la foi et construisit de nombreuses églises dans son diocèse. En 429 le peuple, soulevé par des ennemis du prélat, qui l'accusaient de mauvaises mœurs, sans se laisser toucher par tous les miracles qu'il accomplit pour se justifier, le chassa de son diocèse et lui donna pendant son séjour à Rome deux successeurs : Justinien, mort à Verceil vers 430, et Armentius, dont on célébrait les funérailles en 436 au moment où Brice, revenu de l'exil, rentrait dans sa cathédrale. Il mourut en paix en 447. Saint Ouen rapporte que ses restes furent déposés dans une chasse forgée par saint Eloi. En '.il 3 févêque de Tours les déposa solennellement dans la basilique de Saint-Martin. La légende associe à son ministère les sept dormants du temps de Dioclétien ; mais elle n'est qu'une pale copie de celle dessept donnants d'Epkèse (Greg. Tur., De Glor. Mari., 1, 95; Piper, Zeug, d. \\\, 1). Le 13 novembre 1002, jour de la Saint-Brice, est une date célèbre dans L'histoire d'Angleterre : en ce jour Ethclred lit massacrer bous les Danois établis dans ses Etats. — Voir : Gallia chr., XIV, 10 et 11 ; Greg. Tur. Opéra, éd. Ruihart, Lutetiae, L699, "passim.

BRIÇONNET (Guillaume), dont le père, devenu veuf, entra dans les

ordres, obtint l'évèché de Saint-Malo et fut élevé au cardinalat par Alexandre VI, naquit à Paris en 1470. Il porta d'abord le nom de comte de Montbrun et lit ses études au collège de Navarre, où il eut pour régent Louis Pinelle. Jacques Le Fèvre d'Etaples, ami de son père, fut aussi l'un de ses maîtres. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il devint en 1504 évoque de Lodève. Charles VIII ne l'en lit pas moins président lay de la chambre des comptes ; mais il se démit de cette charge, qui ne lui permettait pas de résider habituellement dans son diocèse. Il dut cependant en sortir plusieurs fois pour remplir des missions importantes. Louis XII, accusé, dans des libelles que l'empereur Maximilien faisait répandre -en Allemagne et en Italie, de vouloir chasser Jules II de son trône, transporter le saint-siége à Rome et y faire asseoir le cardinal d'Amboise, envoya en 1507 Briçonnet à Home repousser ces imputations. Il le fit en présence du sacré-collège dans un discours latin qui fut imprimé en cette langue, et plusieurs fois en français sous ce titre : La harangue de Monseigneur de Lodève proposée devant notre saint-père le pape. En cette même année 1507, le père de Briçonnet renonça en sa faveur à la riche abbaye de Saint-Germain-des-Prés, qu'il tenait de la libéralité du roi. Trente religieux de Chazal-Benoit et de Samt-Sulpice y furent appelés par le nouvel abbé concordataire pour l'aider à en opérer la réforme. Il y accueillit aussi, comme dans un asile, divers hommes savants et pieux, disposés à mettre leur science au service de la religion, Jacques Le Fèvre, entre autres, qui y acheva en 1509 son Commentaire sur les Psaumes, et François Vatable, dont la dédicace à Briçonnet, en août 1518, de sa traduction de la Physique d'Aristote, est datée de cette abbaye. — Nommé évêque cle Meaux, Briçonnet venait à peine d'yfaire, le 19 mars 1516, son entrée publique, quand François Ier lui confia une mission auprès de Léon X. Il ne revint en France qu'au bout de deux ans et se consacra tout entier, à son retour, au réveil de la piété dans son diocèse. Son premier soin fut de prescrire, le 13 octobre 1518, dans un synode, la résidence aux curés ; mais ils n'en tinrent aucun compte, ainsi que cela résulte de son mandement du 27 octobre 1520, où il se plaint de ce qu'à peine la dixième partie de ceux qui recueillent les dîmes prennent garde en personne à leurs troupeaux. Aussi, les déclarant traîtres et fuyards, annonce-t il qu'il pourvoira autrement aux besoins des pauvres ouailles rachetées par le sang de Jésus-Christ. Il avait imaginé de diviser son diocèse en trente-deux sectionsr à chacune desquelles il résolut d'attacher un prédicateur. Jacques Le Fèvre, qui était venu demeurer à Meaux et qui, dans la préface de son Commentaire sur les quatre Evangiles, publié depuis peu, prie Dieu d'envoyer des ouvriers nouveaux en vue d'une moisson nouvelle, lui ayant recommandé pour cette fonction ses plus chers élèves, Guillaume Farel, Gérard Roussel et Michel d'Arande, il leur fit appel ; mais il en fallait bien d'autres encore pour pourvoir à des postes si nombreux, et Briçonnet ne tarda pas à reconnaître que, mal renseigné sur plusieurs de ceux qui s'étaient offerts à lui, il avait introduit des loups dans sa bergerie. De là son mandement du 12 avril 1523, par lequel il révoquait tous les prédicateurs qu'il

avait nommés; et la raison qu'il en donnait, c'est que quelques-uns d'entre eux, « quoique déguisés du masque de piété, au lion de s'acquitter de leur devoir, s'amusaient à ivrogner et paillarder, ce <|ne je ne puis raconter que la larme à l'œil, » ajontait-il. Peu de jours après, le I ' mai 1523, il choisit Le Fèvre, qu'il avait placé, le 11 août 1521, à la tête de la léproserie de Meaux, pour son vicaire général ou spirituel. Le Fèvre axait dit, dans la préface citée pins haut, et qui était un véritable manifeste, que « les chrétiens ce sont ceux-là seulement qui aiment Jésus-Christ et sa parole ». Se l'associer comme vicaire général, c'était adopter son programme. Les mauvais ouvriers furent renvoyés; mais les disciples de Le Fèvre furent maintenus dans leur emploi, et c'est d'eux que Florimond de Rémond a dit: « Des mains de ces gens a été pétri le levain de l'hérésie en la France ; car ceux-ci se répandirent en diverses contrées par la trop grande facilité de l'évêque »• Guillaume Farel est cependant le seul des prédicateurs mis alors à l'œuvre par Briçonnet, qui ait pris part ouvertement au mouvement de la réformation ; tous les autres refusèrent de s'y associer, désirant, comme leur évêque, ne pas accepter la responsabilité de ce qui se faisait ailleurs d'après des principes différents des leurs. Briçonnet ne s'est donc pas mis, ainsi qu'on l'a prétendu, en contradiction avec luimême, en défendant sous peine d'excommunication, par un décret synodal du 15 octobre 1523, quatre mois après s'être adjoint Le Fèvre comme vicaire général, « d'acheter, emprunter, lire, avoir et porter sur soi les livres de Martin Luther, et ceux que l'on dit être de sa façon sons noms empruntés, comme aussi de les approuver, défendre ou divulguer, soit es assemblées publiques, soit es colloques particuliers et familiers devis, avec très-exprès commandement de jeter, biffer ou brider, incontinent après la publication de ce décret, ceux qu'ils auraient peut-être jusques ici gardés dans leurs maisons ou mis en dépôt quelque autre part. » Son décret synodal du 13 décembre de la même année, défendant aux curés, sous peine d'anathème, de laisser prêcher dans leurs chaires les luthériens et tous autres faisant profession de leur doctrine, n'aurait le caractère d'un abandon de son entreprise que si Briçonnet avait jamais voulu propager cette doctrine; mais il n'en est rien, et il suffit pour s'en assurer de prendre connaissance des lettres adressées par lui à Marguerite d'Angoulême, sœur de François Ier, alors mariée au duc d'Âlençon, qui l'avait prié delà diriger dans la voie de la piété. La première est du 19 juin 1521, et appartient ainsi à l'époque où l'évêque de Meaux invita les disciples de Le Fèvre à venir le seconder. Ce sont des espèces de dissertations mystiques, dont quelques-unes n'ont pas moins de cent pages, souvent inintelligibles, bien que le roi, sa sœur et sa mère les goûtassent fort, et dans lesquelles Bèze n'aurait certainen* ot pas reconnu « la doctrine de vérité » que Briçonnet s'efforçait, selon lui, « d'avancer en son diocèse » {Histoire ecclésiastif//»' des Eglises réformées, t. I, p. 5). On ne peut guère douter que ce ne M>it a deux de ces lettres, dont Marguerite laissait, parait-il, prendre des copies, que Capiton fait allusion dans la dédicace à cette princesse de son commentaire latin sur le prophète Osée, lorsqu'il lui dit qu'il a lu

•deux lettres à elle adressées, où, « à l'imitation de Nieolas de Cusa, on philosophait sur l'essence et la puissance de Dieu. » Il se réjouit de ce •qu'elle en a retiré du bien, « si toutefois, lui dit-il, cette méthode peut porter d'heureux fruits, » et il la félicite de ne pas s'être contentée de ■cette philosophie de haute volée, mais d'être arrivée à la pleine possession de la foi en Jésus-Christ, telle qu'il l'entendait lui-même {Correspondance des Réformateurs, publiée par Hermenjard, n° 227). Mais si Marguerite n'a fait que traverser la phase antérieure, Briçormet semble s'y être arrêté. Ses lettres sont remplies d'un mysticisme allégorique qui revêt les formes les plus bizarres et qui peut nous aider à comprendre certains actes qu'on lui a reprochés. En effet, Tun des premiers principes de l'école mystique, ainsi que Merle d'Aubigné en a fait la remarque en parlant delui, a toujours été de s'accommoder à l'Eglise où l'on se trouve, quelle qu'elle puisse être » (Histoire de la Ré format ion, t. III, p. 635). M. Schmidt a dit, avec non moins de raison, des théologiens de cette école, que, « tout en se prononçant contre les abus de Rome, ils ont cru de tout temps qu'ils étaient les fils dévoués de l'Eglise; aussi, toutes les fois que celle-ci les avertissait qu'ils tombaient dans l'hérésie en donnant un autre sens à ses dogmes •et à ses usages, reculaient-ils avec effroi et se hâtaient-ils de protester de leur fidélité à l'orthodoxie catholique » (Gérard Roussel, p .13). Il en a été ainsi de maître Eckart et de ses disciples au moyen âge, et de l'évêque de Meaux au seizième siècle. Celui-ci ne désirait nullement que François Ier, à l'exemple de Henri VIII et des princes allemands favorables à Luther, prit parti pour la réformation de l'Eglise. Redoutant les imprudences de Marguerite, il l'engageait à modérer son zèle, de peur de nuire à la cause qu'elle désirait servir, en voulant trop agir sur son frère. « Il vous plaira couvrir le feu pour quelque temps, lui écrivit-il en octobre 1522, après en avoir conféré avec Le Fèvre; ne conseillons pour plusieurs raisons que passiez outre, si vous ne voulez du tout (entièrement) éteindre le tison et le surplus qui désire se brûler et autres enflammer » (Hermenjard, n° 54). — La suite a fait voir combien ces craintes étaient fondées. Tout ce que Briçonnet demandait au roi, c'était de faire un bon usage du droit de nommer aux évêchés et aux abbayes qui lui était attribué par le concordat conclu en 1516 avec Léon X, et c'est dans ce but qu'il écrivait à Marguerite : « Pouvezvous ignorer que la plupart de ceux qui doivent être préconisateurs de vérité ne savent l'annoncer? Il fait mauvais guet qui est borgne, aveugle et endormi. Je vous supplie procurer pour l'avenir l'honneur de Dieu en l'élection et choix de ses ministres » (Hermenjard, n° 87). Mais les bons évêques rencontraient de puissants adversaires, ardents à contrarier leurs efforts. Briçonnet se vit accusé « de planter l'hérésie à Meaux », où, bien que ce ne fût pas son dessein, le luthéranisme faisait des progrès. Il se sépara alors de Farel et de ceux qui, ainsi que lui, pouvaient le compromettre par un langage trop hardi, « leur tenant la main à l'issue comme il avait fait à l'entrée, » dit Florimond de Rémond. Il ne retint auprès de lui que des hommes tels •que Le Fèvre et Roussel, résolus à ne pas sortir de l'Eglise catholique,

mais à travailler dans son sein à sa régénération, et il remplaça les partants par des prédicateurs qu'il croyait aussi pieux et pins modérés qu'eux. De ce nombre furent Pierre Garoli, chanoine de l'église de

Sens, et Martial .Ma/urier, principal <ln collège de Saint-Michel, à Paris. Ces nouveaux venus excitèrent bientôt les mêmes inquiétudes que leurs devanciers; plusieurs d'entre eux Curent poursuivis, et Martial, enfermé à la Conciergerie, n'obtint la liberté qu'après s'être dédit publiquement. Ennemi des luttes ouvertes, Briçonnet pensait qu'il ne faut entreprendre que ce <pfon est sur de mener abonne fin, et (pie la prudence consiste à caler les voiles à propos. Il conseillait à ses amis de ne pas demeurer dans les diocèses où ils seraient mal vus des évoques, <le peur de s'attirer l'excommunication, « qui est foudre effarouchant le populaire, a disait-il (Hermenjard, n° 93). L'archevêque de Bourges ayant interdit la chaire à Michel d'Arande, il refusa d'intervenir en sa faveur, craignant qu'il n'en arrivât pis. « S'il ne prêche là, écrivit-il à Marguerite, il ne sera pas ailleurs infructueux, et sera toujours sa monnaie bien revue » (Hermenjard, n° 94). Gérard Roussel était un collaborateur, selon son cœur, parce que, sans faire aucune concession aux adversaires, il évitait de leur fournir des prétextes de l'accuser. Dans le temps même où l'on sévissait contre quelques-uns de ses compagnons d'œuvre, Briçonnet le chargea de faire chaque matin, dans la cathédrale de Meaux, une instruction au peuple sur les épitres de saint Paul: ailleurs, c'était Nicolas Mangin, Jean Gadon, Nicolas de Neufchâteau, Jean Mesnil, auxquels Le Fèvre, dans une lettre à Farel, rend un excellent témoignage, qui devaient les expliquer (Hermenjard, n° 103). Déjà alors la Sorbonne désirait atteindre Briçonnet lui-même, malgré l'appui que Marguerite ne cessait de lui prêter. Sa position devenant de plus en plus difficile, Le Fèvre et Houssel se retirèrent à Strasbourg sous des noms supposés, et quand ils rentrèrent en France, ils ne retournèrent pas à Meaux. Les cordeliers de cette ville, auxquels l'évêque avait fait défendre par les juges civils de prêcher dans son diocèse sans sa permission , crurent le moment venu de tirer vengeance de lui en incriminant sa doctrine, il eut beau publier un mandement contre les auteurs de certains actes injurieux au culte catholique, et excommunier publiquement, pour cause d'hérésie, un de ses diocésains qui se tenait caché, ainsi que ceux qui lui donneraient asile, les cordeliers soutinrent qu'il était responsable de ces scandales, puisqu'ils ('(aient le fruit de la lecture du Nouveau Testament, traduit en français par Le Fèvre, qu'il avait autorisée. Ils obtinrent du parlement l'arrestation de diverses personnes coupables de luthéranisme, et Briçonnet lut invité à venir à Paris conférer avec deux conseillers sur ce qui se passait dans son diocèse. Il demanda en vain de ne pas être interrogé par des commissaires, mais en pleine cour, et même toutes les chambres assemblées. Le parlement, peut-être dans l'intention d'étouffer l'affaire, maintint la décision qu'il avait prise. On ignore ce qui se passa dans l'interrogatoire, qui eut lieu. le 20 octobre 1525.

Kn décembre, il fut cité de nouveau «levant les mêmes conseillers, qui le questionnèrenl surtout sur l'autorisation qu'il avait donnée de lire

la version française du Nouveau Testament de Le Fèvre, imprimée plusieurs fois en France de 1523 à 1525, et qui ne Ta plus été qu'à l'étranger à partir de 1526. — Des jugements sévères ont été portés sur la conduite de Briçonnet depuis cette époque par ceux de ses contemporains qui ne croyaient pas devoir user des mêmes ménagements que lui. Pierre Toussain, dans une lettre à QEcolampade du 20 juillet 1526, lui reproche de ne pas annoncer fidèlement la parole de Dieu , « cherchant plus à plaire aux hommes qu'à Dieu » (Hermenjard, n° 181 ). Antoine Froment, dans une ancienne chronique protestante, suivie par Bèze, prétend que, « craignant perdre son évêché et sa vie, il changea sa robe et- devint persécuteur de ceux qu'il avait auparavant enseignés » (th., t. 1, p. 158, note 4). Mais en a-t-il vraiment été ainsi? C'est le chancelier du Prat qui conseilla à Louise de Savoie de faire poursuivre les hérétiques, afin d'étouffer les nouvelles opinions religieuses qui pouvaient troubler le royaume pendant la captivité de son fils. Jean Briçonnet, l'un des frères de révoque de Meaux, introduisit le sujet au sein du parlement dans la séance du 20 mars 1525. Il n'y rencontra aucune opposition. Le premier président Jean de Selve fit remarquer alors que la constatation de l'hérésie appartenant à l'Eglise et l'exécution de la sentence ecclésiastique au pouvoir séculier, il fallait régler avant tout la question des attributions pour écarter toute possibilité de conflit. Là-dessus l'évêque de Paris, qui s'en était entendu à l'avance avec l'archevêque de Sens et l'évêque de Meaux, proposa de s'en remettre au parlement du soin de donner des juges aux hérétiques, s'engageant, au nom de ces deux collègues et au sien, à bailler vicariat à ceux qui seraient nommés par la cour, en sorte que ces juges, munis à la fois du mandat épiscopal et des pouvoirs du parlement, pussent faire et parfaire cette sorte de procès par un seul jugement. Une résolution conforme fut prise séance tenante, et Clément VII en ayant été informé fit savoir qu'il était satisfait des dispositions adoptées. Les deux premières victimes du tribunal institué contre l'hérésie furent un ecclésiastique nommé Jacques Pavanes et un pauvre homme qu'on appelait l'hermite de Livry, brûlés vifs à Paris vers la fin de l'année. Ils appartenaient l'un et l'autre au diocèse de Meaux; mais il n'en résulte pas que Briçonnet les ait livrés au bras séculier; car en baillant vicariat, suivant la décision du parlement, il avait renoncé à exercer aucune action personnelle dans les affaires de cette sorte. 11 suffit d'ailleurs de regarder aux dates pour reconnaître qu'il ne pouvait prendre alors l'attitude d'un persécuteur, puisqu'il était formellement accusé à cette époque par les cordeliers de favoriser les hérétiques et d'avoir leurs croyances. Il est très- possible que Briçonnet ait essayé, ainsi que Bèze le rapporte, d'obtenir une rétractation de Denis de Bieux, lequel fut brûlé vif à Meaux le 3 juillet 1528, pour avoir dit que la messe est un vrai renoncement de la mort et passion de Jésus-Christ {Histoire ecclésiastique, t. I, p. 7). C'était son devoir d'évêque, et s'il l'avait obtenue, il aurait arraché Denis à ses juges. En 1529, quand Philippe Papillon, chanoine de Meaux, fut inculpé à son tour, le parlement ordonna qu'il serait mené à Paris, et que Briçonnet baillerait vicariat

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pour cette affaire. Plus tard, la cour L'invita à donner un vicariat généra] à un conseiller « nommé par elle pour faire le procès à toutes personnes, de quelque qualité qu'elles lussent, soupçonnées d'hérésie

dans son diocèse » (Guy Bretonneau, p. ISS). 11 n'avait, après cela, aucun caractère pour y intervenir. Le biographe de Briçonnet assure qu'il mérita d'être appelé « le grand guerroyeur et ennemi mortel dé la l'action Luthérienne : factionis lutheranœ debellator acerrimus; » mais il ne justifie ce titre qu'en disant « qu'il lit tout ce qu'on eût pu se promettre de la vigilance d'un bon pasteur, tant par visites et prédications que par censures et anathèmes, » pour s'opposer à la doctrine Luthérienne (tbid., p. Hiï). De là à être persécuteur, il y a loin assurément. — ;Les Luthériens de Meaux, comme on les appelait, obtinrent un peu de relâche en 1532. François Ier, ayant resserré alors son alliance avec Henri VIII, cessa de se montrer hostile pendant quelque temps aux projets de réforme. Il voulait seulement, pour éviter toute apparence de schisme, qu'il fût bien entendu que le pape serait toujours reconnu pour chef de l'Eglise universelle. Ce changement, qui favorisa sans doute L'accroissement de « la petite troupe de Meaux, composée. la plupart de gens de métier, cardeurs de laines et drapiers drapants» (Bèze), procura un peu de repos à Briçonnet pendant les deux dernières années de sa vie. Il mourut le 2o janvier 1534, dans son château d'Aimans. près Montereau-sur-Yonne. On a de lui une traduction des Contemplâtiones Idiotae, de Raymond Jordan. La Bibliothèque nationale de (Supplément français, n° 337) une copie contemporaine de sa correspondance avec Marguerite d'Angoulême, dont M. Génin, dans ses deux recueils des lettres de cette princesse, et M. Hermenjard ont pi d >lié des extraits. Guy Bretonneau a donné son portrait sur le frontispice de Y 1 1 istoire généalogique de la maison des Briçonnet, oui' 'on trouve h h grand nombre de pièces relatives à son épiscopat, recueillies par Jean Lermite, son secrétaire. Toussaints Du Plessis a inséré dans son Histoire de l Eglise de Meaux , d'après les registres du parlement, les décisions qui le concernent. H. lutieroth.

BRIDAINE (le Père) naquit dans un village qui faisait partie du diocèse d'Uzès, à Chusclan, le 21 mars 1701. 11 mourut le 22 septembre I7()7, à Roquemaure. Son père était médecin. Il lit ses études à Avignon, au collège des jésuites d'abord, puis au séminaire de la confondes Missions royales de Saint-Charles de la. Croix. De là. le titre de missionnaire royal qui accompagne son nom. De très-bonne heure il se lit remarquer par une grande facilité d'élocution et un penchant a donner à sa pensée une -l'orme oratoire. Il s'acquit bientôt une réputation de piété à cause de la ferveur de son zèle, de son infatigable activité missionnaire, comme aussi une réputation d'orateur par Ses succès dans la chaire. 11 ne lit pas inoins de deux cent cinquante-six missions dans le cours de sa vie, de sorte que l'un de ses biographes a pu due qu'il n*v a pas en France, en quelque sorte, quelques province^ du .\Ord exceptées, une ville, un bourg, un village, où il n'ait porté l<' soin de son apostolat. » Le trait dominant du P. Bridaine fut une passion \i\<' pour le salut des âmes et la conversion des pé-

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