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cheùfs. Ce fut là son unique souci. Comme prédicateur, il ne rechercha pas la gloire. Ses discours sont exempts de ces artifices du style, de ces ornements voulus qui trahissent le désir de plaire. A cet égard on peut les proposer pour modèles à tous ceux qui remplissent le ministère évangélique. Chacun de ses sermons, qui n'ont été publiés qu'en 1823 sur les manuscrits originaux, en cinq volumes in-12, auxquels on en ajouta deux autres quatre ans après, est un véritable assaut pour la prise des âmes. Par moments on y trouve une éloquence emportée, toute d'interrogations pressantes et d'exclamations émues. Il y a là comme un bruit de combat ; on entend les objections et les résistances de l'auditeur, et aussitôt après les répliques brusques par lesquelles l'orateur lui coupe la parole. Ce sont comme des épées qui s'entre-croisent avec des éclairs, et comme deux lutteurs qui essayent leur force. Aussi le P. Bridaine obtenait-il de nombreuses conversions. Ses sermons sont vraiment remarquables par la chaleur qui les pénètre d'un bout à l'autre, la solidité de l'argumentation, la clarté et l'élégance d'un style qui coule de source, par l'imprévu et la hardiesse des interrogations, l'originalité des développements et enfin par une éloquence nerveuse qui saisit et trouble. Il faut aussi y signaler des défauts : des négligences et des longueurs inséparables de cette facilité dont nous avons parlé, des trivialités qui apparaissent tout à coup à côté des plus beaux mouvements et qui descendent quelquefois jusqu'au grotesque ; enfin des tableaux d'un réalisme outré dans lesquels l'orateur se plait à décrire les menaces et les châtiments les plus terribles de l'Evangile. Il avouait lui-même à ses auditeurs que son dessein « était de les effrayer », et après l'avoir lu on ne peut douter qu'il n'y ait réussi le plus souvent. Ses sujets de prédilection étaient les suivants, qui ont servi de titres à ses meilleurs sermons : le Délai de la conversion, la Mort des pécheurs, le Jugement, l'Enfer, l'Eternité, le Petit nombre de$ élus, le Péché mortel, la Pénitence. Il ne sortait guère de cet ordred'idées. Il voulait que le pécheur se convertit sans délai, et pour l'amener là, il engageait avec lui une lutte à outrance, le menaçant du jugement de Dieu. On ne peut lire ses discours sans éprouver un trouble salutaire. On y est en présence d'un homme qui veut vous sauver et non vous amuser; qui demande votre âme et non vos éloges, et qui, pour la ravir, ne craint pas de frapper de grands coups. Ce sont des sermons (V appel. Je ne vois que le prédicateur anglais Spurgeon qui puisse donner quelque idée du genre du P. Bridaine. On regrette qu'il n'ait pas essayé d'attirer les pécheurs par la description de l'amour de Dieu et des consolations de l'Evangile, C'est là évidemment une grave lacune, mais son tempérament oratoire le portait vers les sévérités de la religion. Il ne négligeait aucun moyen extérieur pour agir sur l'esprit de son auditoire. Ainsi il prêchait habituellement à l'entrée de la nuit. Madame Necker raconte qu'étant un jour à la tête d'une procession, il prononça une exhortation saisissante sur la brièveté de la vie, et finit par dire à la multitude : « Je vais vous ramener chacun chez vous, » et il les conduisit dans le cimetière. La première fois qu'il prêcha à Aiguës-Mortes, les fidèles, se défiant du talentd'un jeune pré-
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dicateur à ses débuts, n'allèrent point l'entendre. Il se rendit sur la place publique, couvert de son surplis et agitant une sonnette. La foule surprise de celte singularité, et voulant voir à quoi aboutirait celte scène, se rendit au temple. OÙ le jeune prédicateur improvisa un véhément discours sur la mort. Quiconque a lu ses sermons ne s'étonne point de ce que Ton rapporte sur l'impression extraordinaire qu'ils produisaient : on entendait des soupirs s'élever du milieu de L'auditoire, et on voyait couler bien des larmes. Quand cette éloquence sombre descendait sur ces tètes, elle devait les courber et les écraser! Marmontel en avait gardé un souvenir ineffaçable. Massillon la mettait au-dessus de la sienne. Il a manqué à Bridaine, pour être un orateur de premier ordre, une culture et une sûreté de goût que les soins de son ministère ne lui permirent pas de rechercher, et cette connaissance du cœur humain, ce talent d'analyse morale où excellait Bourdaloue. Il aurait peut-être acquis ces dons s'il n'avait été emporté ailleurs par la ferveur de son zèle. Sa conférence sur Y Aumône, qui est son meilleur discours, prouve ce qu'il aurait pu avec du travail. L'exorde bien connu qu'il prononça dans l'église de Saint-Sulpice, devant un auditoire qui semblait devoir l'intimider, est d'une beauté sans* taches : notre langue française n'a pas beaucoup de plus beaux morceaux. Pour ce qui est de sa doctrine, on y trouve les erreurs de la doctrine catholique sur l'incertitude touchant notre salut, et sur le caractère méritoire de l'aumône. — Voir : Le Modèle des Prêtres, par l'abbé Carron, 1805 ; Y Essai du cwdïna\ltlauY\; 7Jiog)-aphie universelle deMichaud.
J. Bastide.
BRIDEL (Louis) est né à Vevey (Vaud) en 1813. Après avoir achevé ses études pour le ministère, dans l'académie de Lausanne, au milieu de luttes intérieures douloureuses, suivies d'un don joyeux de son cœur à Dieu, il exerça momentanément des fonctions de sufiïagant dans l'Eglise de son pays, puis partit pour Paris en 1840. D'abord placé au faubourg du Temple en qualité d'évangéliste, puis associé à la direction de l'école normale d'instituteurs fondée par la Société évangélique, il fut enfin choisi pour être l'un des prédicateurs de la chapelle Taitbout. L'auditoire distingué qui s'y réunissait appréciait hautement son enseignement et l'entourait d'une approbation vive et sympathique. Bridel rendit aussi de grands servives comme membre des comités de quelques sociétés religieuses importantes, et plus tard comme membre de la direction de Y Union des Eglises évangéliques. Rentré dans sa patrie, après une absence de quinze années (1855), il consacra toutes les forces de sa belle intelligence à l'Eglise libre, dont son père, le vénéré pasteur Philippe Bridel, auteur de Méditations sur les sept paroles de la croix, avait été l'un des fondateurs. Comme pasteur adjoint dans l'Eglise de Lausanne, comme président de la commission des études de l'Eglise libre vaudoise et comme prédicateur itinérant, Bridel acquit une autorité et une influence dont il se servit pour If bien des communautés indépendantes auxquelles le rattachaient ses convictions les plus chères. Grâce à son activité, la l'acuité libre de théologie prit un développement inattendu. Elle doit à ses efforts le