‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 153 sur 263 · BROWNE — BRUCH · texte numérisé non relu

BROWNE — BRUCH

il passa en Hollande avec Harrison et une cinquantaine de ses partisans, et s'établit à Middlebourg, où il fonda une Eglise d'après les principes qu'il exposa dans un livre publié alors sous ce titre : The Life and Manners of ail true Christians ; and how unlike they are ta Turks and Papists, and Heathen Folk. Browne y oppose la vraie Eglise, royaume de Christ, à la fausse, royaume de l'Antéchrist, celle-ci jouissant de l'appui du magistrat civil. La séparation est un devoir sacré pour les chrétiens. L'Eglise, reconstituée sur ses vraies bases, a des pasteurs, des instructeurs (teachers), des anciens, des diacres, des veuves ou diaconesses; elle a de plus son presbytère (eldershi/j), où se traitent les affaires de l'Eglise. C'est, à peu de chose près, le système congrégationaliste, non sans quelque mélange de presbytérianisme. Revenu en Angleterre à la suite de pénibles contestations avec ses partisans, Browne tenta, en 1584, de porter ses idées en Ecosse, où il entra en lutte à la fois avec les presbytériens et avec les épiscopaux. Après avoir fait connaissance avec les prisons écossaises, il revint en Angleterre, où il fut bientôt cité à comparaître devant l'archevêque de Canterbury, à cause de certaine publication malsonnante. Il essaya alors de se faire oublier et passa quelques années dans la retraite chez son père. Mais le démon de la controverse ne tarda pas à le reprendre, et il recommença à attaquer avec violence l'Eglise établie et à faire des prosélytes. Ayant refusé de se rendre à la citation de l'évéquedePeterborough (1590), il fut excommunié, et certains auteurs affirment que cette censure publique l'impressionna si vivement qu'il renonça à ses principes de séparatisme et lit sa soumission. Quels qu'aient été les motifs de ce changement, il n'est que trop certain qu'il eut lieu, et que cet ardent adversaire de l'Eglise établie finit par devenir l'un de ses ministres. 11 est probable que ce qui l'effraya plus que l'excommunication lancée contre lui, ce fut l'exécution de deux de ses partisans. Robert Browne n'avait évidemment aucun goût pour le martyre, mais par contre il avait un goût très-prononcé pour l'agitation, et sa rentrée dans le giron de l'établissement officiel ne marqua pas la fin de ses tourments. Vers la lin de sa vie, il eut encore à lutter avec les autorités; emprisonné à Northampton, il mourut en prison en 1630, âgé de quatre-vingts ans. Ses partisans ne le suivirent pas dans sa soumission. Réorganisés par F. Robinson, ils conquirent, sous le nom d'Indépendants, la liberté religieuse, et le jeu des révolutions plaça môme le pouvoir dans leurs mains. Leur grand principe demeura l'indépendance absolue de l'Eglise locale, au sein de laquelle fonctionnait le pur régime démocratique. — Sources : Neal, History of the Puritans; Fuller, Cliurch History ; Fletcher, History of Independency.

Matth. Lelièvre.

BRUCH (Jean-Frédéric) [1792-1874], originaire dePirmasens (Bavière rhénane), descendait d'une ancienne famille de huguenots français du nom de Bruyère. Il fit ses études à Strasbourg, passa six années à Paris en qualité de précepteur, fut nommé en 1821 professeur au séminaire protestant et à la faculté de théologie de Strasbourg, fonctions qu'il exerça avec une grande conscience jusque peu de temps avant

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sa mort. Il y joignait celles de prédicateur et, depuis L848, d'inspecteur ecclésiastique et de membre du directoire de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg en France. Grâce à la double autorité de sa haute position et de son caractère noble et bienveillant, il présida pendant plus d'un demi-siècle aux. destinées de L'Eglise d'Alsace. Sa tendance était celle du rationalisme austère de Kant, tempéré par un certain idéalisme esthétique plutôt que mystique. Outre plusieurs recueils de sermons et de conférences apologétiques sur le christianisme, qui se distinguent par la pureté classique de la forme, Bruch a publié, en langue allemande, plusieurs ouvrages de philosophie religieuse, parmi lesquels nous relèverons la Doctrine des attributs de Dieu (1842), le Traité de la Sagesse chez les Hébreux (1851), la Doct rine de la préexistence de Vâme (1859) et la Théorie de la conscience (180V). Son gendre, M. Gerold, a publié une notice biographique de ./.-/•'. Bruch, Strasb., 1874.

BRUEYS (David-Augustin de), écrivain polémique et auteur dramatique, né à Aix, en 1640, de famille protestante. Reçu avocat, il renonça au barreau pour les études théologiques et les belles-lettres. Après avoir épousé la sœur du célèbre Barbeyrac, il se fixa à Montpellier. 11 avait quarante ans lorsque parut Y Exposition de la doctrine catholique, de Bossuet. Il se mit à l'œuvre pour la réfuter, et le fit avec talent dans sa Réponse à Monsieur de Condom (1681). Désarmer un tel adversaire, et le gagner à la cause qu'il venait de combattre avec éclat,' en faire un. apostat et un auxiliaire contre l'hérésie, Bossuet le tenta aussitôt et il y réussit sans grande peine. Brueys ne sut pas résister à l'ascendant ou aux flatteries de l'évêque de Condom, aux faveurs du roi et aux pensions du clergé. Il consentit à abjurer, en 1682; il fit plus : étant devenu veuf peu de temps après, il se mit en état de recevoir la tonsure des mains de son convertisseur, en 1683. Son zèle de néophyte se déploya bientôt avec excès dans des ouvrages pleins d'acrimonie, dirigés contre ses ex-coréligionnaires. Il put bien les outrager, les représenter comme des ingrats qui méconnaissaient le gouvernement paternel de Louis XIV, qui se révoltaient contre leurs bienfaiteurs ; mais, chose remarquable, il ne put parvenir à se combattre lui-même, à mettre à néant la réfutation qu'il avait d'abord publiée du livre de Bossuet, et où il avait démontré que cet évêque rendait lui-même un témoignage irréfragable en faveur de la religion réformée. Ses principaux écrits turent : Défense du culte extérieur de l'Eglise catholique, où l'on mm/ire aussi les défauts qui se trouvent dans le service public de la />. /'• /•'.. etc. (1685); Réponse aux plaintes des Protestants centre les moyens que l'on emploie en France pour les réunir à l' 'Eglise, où l'un réfute les calomnies qui sont contenues dans le livre intitule : La Politique I" clergé de Troua' (1686); Histoire du fanatisme de notre temps, et le dessein que l'on avait en Fronce de soulever les mécontents des Calvinistes (1692); Suite de l Histoire du fanatisme de notre temps, oit l'ien voit les derniers tnml>li-< des Cévennes (1709-1713). L'exagération et la mauvaise loi qui entachent cet ouvrage ont mis le comble au mauvais renom <pi<' s'était l'ait l'auteur. Tout en prenant la soutane et en n. 29

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faisant de la controverse comme un père de sa nouvelle Eglise, Brueys avait senti naitre en lui une autre vocation, celle du théâtre, et il s'était mis, comme un autre Racine, à composer des tragédies : Gabinie (1699), Asba, Lysimachus ; puis des comédies : V Opiniâtre, le Grondeur, le Muet, V Important, les Empiriques, etc. Son arrangement de Y Avocat Pathelin est resté longtemps au répertoire. On sait qu'il eut pour collaborateur Palaprat. Il mourut à Montpellier le 27 novembre 1723, laissant une mémoire fort décriée, et à juste titre. Ch. Kead.

BRUMOY (Pierre) [1688 1742]. Selon l'habitude de ses confrères, ou plutôt selon la méthode de son ordre, ce jésuite cultiva tout à la fois la théologie, l'histoire et les lettres. Il professa même les mathématiques pendant six ans. Divers ouvrages estimables témoignent du succès avec lequel il s'adonna à ces études. Il n'est pas jusqu'à des poèmes latins, des tragédies et des comédies, qu'il n'ait composés avec l'élégance un peu fade de son école. Il continua après les PP. de Longueval et Fontenay Y Histoire de l'Eglise gallicane dont il fit les onzième et douzième volumes, tâche dans laquelle il eut le P. Berthier pour successeur. Brumoy est surtout connu par son Théâtre des Grecs, travail dont les remarques valent mieux que la traduction (Paris, 1730, 3 vol. in-4° ; Amsterdam, 1732, et Paris, 1749, 6 vol. in-12). Le P. Fleuriau y ajouta de savantes notes (Paris, 1763, id.). L'ouvrage entier, revu par Ch. Brotier, qui traduisit Aristophane, aide de La Porte-Dutheil pour Eschyle, de Rochefort pour Sophocle et de Prévost pour Euripide (Paris, 1785-89, 13 vol. in-8°, fi g.), fut aussi parfait que le comportait le système alors adopté de traduire avec plus d'élégance que de fidélité. Raoul Roehette réédita la magnifique édition de Brotier en y ajoutant des observations, des extraits du cours de littérature de La Harpe et la traduction, d'ailleurs peu réussie, de fragments du théâtre grec (Paris, 1820-25, 16 vol. in-8°).

BRUNELLESCO (Filippp di ser) [1377-1446], architecte florentin célèbre, est le père de l'architecture moderne, car le premier il abandonna le style gothique pour retourner aux formes de l'antiquité (voyez Architecture religieuse) . Eu appliquant tes détails et les ordres romains aux besoins de son époque, il forma à l'inverse des autres styles, pour ainsi dire de toutes pièces, celui de la Renaissance; il est le seul architecte dont on pourrait dire qu'il créa un style. Après avoir étudié l'orfèvrerie, la mécanique, s'être instruit dans les Ecritures saintes, il sculpta un grand crucifix en bois, pour montrer à son ami le célèbre Donatello comment celui-ci aurait dû traiter ce sujet. Il concourut aussi avec Ghiberti pour les portes du Baptistère de Florence. Mais ce qui le préoccupa surtout, ce fut l'étude des monuments de Rome et l'achèvement de la coupole de Sainte-Marie-des- Fleurs à Florence, la plus grande et la plus élevée qui avait jamais été conçue, et que depuis la mort d'Arnolfo del Cambio, plus de cent ans auparavant, personne n'avait osé entreprendre. Brunellesco y songeait sans cesse. Consulté à ce sujet, il conseilla pour l'année suivante 1420 un concours des architectes les plus renommés de tous les pays. Ceux-ci présentèrent des projets bizarres ou impossibles,

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tandis que le modèle el le procédé proposés par Filippo.si hardis et si

nouveaux, le tirent traiter de ton. Avec une clarté et un génie admirables, il triompha des obstacles incessants suscités, sa vie durant, par ses concitoyens un ses rivaux.. A s;i mort, il ne restait plus qu'à terminer la lanterne, dette coupole majestueuse est d un aspect plus

satisfaisant à l'extérieur qu'à V intérieur ; sans elle Saint-Pierre de Rome

n'existerait pas, et comme construction elle a servi de modèle à toutes les grandes coupoles élevées depuis. Brunellesco ne put achever ses deux autres églises de San-Lorenzo et de Santo-Spirito à Florence; il y adoptait la tonne de la basilique latine, peu imitée dans la suite. La sobriété du style et de la décoration donnent à ces églises une apparence presque protestante. L'extérieur de ces édifices ainsi que plusieurs autres restèrent inachevés, surtout la chapelle « des Anges » qui exerça une grande influence, de même que celle des Pazzi.Pour un citoyen florentin, Luca Pitti, Brunellesco construisit un palais, plus simple, mais plus grandiose, plus « terrible » que toutes les résidences royales du monde. Il fut appelé comme architecte, comme ingénieur civil et militaire dans beaucoup de villes d'Italie, et décora Florence d'édifices et de portiques. Sauf dans le palais Quaratesi, son ornementation, ses profils manquent de sentiment; ses préoccupations étaient évidemment ailleurs. Deux ans avant sa mort, naissait celui qui devait porter à sa perfection le style de Brunellesco et rappliquer au premier monument de la chrétienté, Saint-Pierre de Rome (voyez Bramante)..

H. DE Geymuller.

BRUNO, archevêque de Cologne, le plus jeune fils de Henri FOiseleur. ne en 925, fut consacré par ses parents dès ses plus tendres années à la vie ecclésiastique et passa son enfance studieuse à Liège SOUS la direction de l'évêque Baldéric, F un des hommes les plus instruits de son temps. Telle était l'étendue de ses connaissances que dès 939 il fut capable de remplir avec distinction les fonctions de chancelier de Fempire que lui confia son frère Otton Ier le Grand. Elevé quelques années plus tard à la dignité de chapelain en chef de la maison royale, il déploya une telle activité que tous les actes et chartes de 939 à 952 sont revêtus de sa signature et ont été rédigés par lui. Simple dans ses goûts, consacrant à Fétude les heures arrachées à ses hautes fonctions, il transportait avec lui sa bibliothèque dans tous ses voyages et cultivait le grec et le latin avec autant de succès (pic les m irnees et la théologie. Grâce à ses soins, Fécole du palais vit fleurir les études négligées depuis Charlemagne. L'évêque irlandais Israël, Kathérius de Vérone, des Grecs de Constantinople étaient ses principaux collaborateurs. Il s'assura aussi le concours de moines irlandais chassés de leur pays par les invasions danoises, plaça à la tête d' - grandesabbayesdes hommes instruits et éclairés, pénétrés de l'esprit de la règle de Saint-Benoit. Il a été considéré comme le restaurateur des lettres eo Allemagne. Son frère, reconnaissant ses services, réleva à la dignité d'archevêque de Cologne et d'archiduc de la Lorraine, alors en proie a des divisions intestines. Il exerça son influence au prolitdes intérêts de L'Eglise él de rouvre missionnaire. «En toi, lui écrivait Otton,

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