‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 176 sur 263 · BYRON · texte numérisé non relu

BYRON

Etudes de la naturel aux Rèverks du promeneur solitaire. Tous ceux qui se rattachent à cette famille «Tespiits ont un trait commun : au lieu de s'effacer, à l'exemple de Shakespeare ou <le Corneille, devant leurs créations, ils se mettent eu\-inèmes en scène, vivant clans leurs héros, et ces héros sont ordinairement desrévoltés plus grands que la société qui les repousse, des infortunés qui savent se mettre par la volonté et la force morale, mais non sans souffrir cruellement, au-dessus de leur malheur. Faut-il, en présence de certains égarements étranges et profonds, répéter ce qu'un pape disait de Benvenuto Cellini convaincu de meurtre, que k les hommes uniques dans leur art ne doivent pas être soumis aux. lois »? La société anglaise des vingt premières années du dix-neuvième siècle ne le pensait pas, et il faut avouer que la vie de Byron eût semblé peu édifiante, même à des juges moins sévères que les torys et les méthodistes de son temps. —Né en 1788, à Londres, il publie déjà à dix-sept ans, en 1805, un premier recueil de poésies, ses Hours of idleness (Heiwes d'oisioeté), et comme la critique a mal accueilli cet essai, il se venge en écrivant bientôt après sa satire Enqlish bords and Scotch -revieiver s, qui le fait connaître. En 1811, après un voyage de deux années, ayant visité le Portugal, l'Espagne, F Italie, la Grèce, il donne au public, avec le plus grand succès, les deux premiers chants du Pèlerinage de Childe-Harold. « Je m'éveillai un matin, dit-il. et je me trouvai fameux. » Mais c'est alors aussi que les fautes commencent. Une vie de débauche, l'admiration hautement exprimée pour Napoléon, odieux alors à toute la nation anglaise, un mariage bientôt suivi de séparation (pour incompatibilité d'humeur, disait-on autrefois, et on vient de dire plus récemment, mais sans preuves, pour révoltante immoralité du mari), enfin l'adieu définitif qu'il dit à sa patrie en avril 1816, tout se réunit pour le rendre impopulaire et le pousser à la révolte contre une société qui l'accable de ses injures et qui le calomnie. A Genève, de fréquents entretiens avec Shelley, poète rêveur et matérialiste que son athéisme, ses idées antisociales touchant l'absolue démocratie et le partage des propriétés ont également conduit à s'exiler, augmentent encore sa mélancolie et donnent à ses réflexions une couleur chaque jour plus sombre. « J'étais à demi fou, a-t-il écrit, quand je composai le troisième chant de Childe-Harold, entre la métaphysique, les montagnes, les lacs, un désir inextinguible, une souffrance inexprimable et le souvenir de mes propres égarements. » Autant l'Angleterre de ce temps-là, rigoriste et puritaine, avec sa tendance naturelle à la vie active, aux mœurs sévères, au respect de la religion, devait inspirer d'éloignement à un poète de ce caractère, autant l'Italie, avec sa vie oisive, ses mœurs relâchées, sa recherche passionnée du bonheur présent et des jouissances, devait l'attirer et lui plaire. En effet, c'est à Venise, à Fisc, à Havenne qu'il donne encore au public Manfred, inférieur, si l'on se place à un pointde vi;c philosophique, au Faust de Goethe, mais, au moral, plus grand et plus fort que lui, le quatrième chant de Childe-Harold, et enfin l)on Juan, le poème préféré, l'arme de guerre du révolté contre la société en général, et surtout contre cette société anglaise coupable de tyrannie

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