CAMERON
taie où il enseignait la langue grecque, et vint en France, où il fut d'abord professeur de grec et de latin au collège de Bergerac, puis on l'appela peu de temps après à une chaire de philosophie à Sedan. En 1604, il devint précepteur des fils de Softrey de Calignon, chancelier de Navarre, et les accompagna aux universités de Genève et de Heidelberg. Lui-même y étudia la théologie. En 1608, il était appelé comme pasteur à Bordeaux. Lors des troubles de la régence et de l'émotion produite, de ville en ville, par l'attitude que venait de prendre l'assemblée de Nimes, en 1615, il fut d'avis que l'Eglise de Bordeaux suspendit son exercice, et, en présence des divisions que la décision consistoriale lit éclater sur ce point, il se retira avec son collègue Primerose, forçant ainsi la main aux opposants, et faisant, de la suspension, un fait accompli. Le consistoire, mené par lui et par Primerose, voulut, après le rétablissement de la paix, faire un mauvais parti aux opposants : de là conflit, appel au parlement, excommunication, puis appel comme d'abus et condamnation de Caméron ; en un mot, toute une grosse affaire qui accusait surtout l'empiétement du consistoire et des ministres dans une question du ressort administratif et politique. Le synode d'Alais ne pouvait pas ne pas louer cet excès de zèle, mais il se refusa à en payer les frais. En 1618, la chaire de théologie de Saumur venant à vaquer par le décès de Gomar, Caméron la disputa à La Coste, ministre de Dijon, dans un examen solennel qui eut lieu le 8 août, au synode du Mans , devant toutes les sommités des Eglises et en présence de Duplessis-Mornay et du vieux Du Moulin. La Coste échoua d'une manière complète; Caméron s'en tira avec honneur et donna entièrement tort aux préventions que la province de Poitou avait d'abord montrées contre lui. Le 17 août, il fut proclamé publiquement. Il était à peine installé que l'Eglise de Bordeaux le redemandait (juin 1619), et il fallut que Duplessis-Mornay écrivit au consistoire pour lui représenter combien l'enseignement du nouveau professeur était nécessaire à l'Académie ; il fallut même que le synode national d'Alais fit intervenir son autorité pour le maintenir dans sa chaire, contre l'opposition de son ancienne Eglise. Cependant les idées que Caméron nourrissait sur la grâce et le libre arbitre, la théorie de Yuniversalisme hypothétique, que son disciple Amyraut devait développer plus tard, suscitaient déjà un antagonisme qui était destiné à prendre de grandes proportions. Le 18 avril 1620, Caméron eut avec Tilénus, à l'Isle, près d'Orléans, une conférence amicale qui, selon l'ordinaire, ne fut pas un moyen de pacification. Ces difficultés théologiques et la disgrâce de Duplessis-Mornay , à qui le gouvernement de Saumur venait d'être retiré parla cour, amenèrent Caméron à quitter sa chaire et à retourner en Angleterre, où le roi Jacques Ier le nomma principal du collège de Glasgow et professeur de théologie ; mais il n'y demeura pas longtemps, n'ayant pas lieu de s'y trouver bien. Repassant la Manche, il alla à Saumur, où, à défaut de sa chaire, que lui fermait l'autorité, il donna des leçons particulières, et il reçut du synode de Charenton, en 1623, une indemnité qui lui permit d'attendre la levée de l'interdit. L'année suivante, il était appelé à pro-