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guerre des camisards. Le comte de Broglie, lieutenant général pour le roi en Languedoc, instruit de cet événement, monta avec ses soldats dans lesCévennes, mais il fut impuissant à se saisir des meurtriers. Son lieutenant Poul, plus heureux que lui, les battit dans la plaine de Font-Morte et fit prisonnier leur chef Séguier, qu'on brûla vif au Pont de Mont-Vert. Un ancien soldat, nommé Laporte, devenu maître de forges près du Collet-de-Dèze, le remplaça. Pendant ce temps cinq nouvelles troupes se formèrent sous les cinq chefs suivants : Roland, neveu de Laporte et, comme lui, ancien soldat ; Castanet, garde forestier; Jeany, ancien maréchal des logis; Couderc, un des prisonniers réchappes de du Chaila; Cavalier enfin, jeune boulanger, réfugié à Genève, qui quitta cette ville pour venir au secours de ses frères et ne tarda pas à faire sa jonction avec la troupe de Roland, dont il fut nommé le chef suprême. Outre Roland, Cavalier eut sous ses ordres Ravanel et Catinat, qui se rendirent bientôt célèbres comme le premier. Il serait trop long de raconter leurs faits d'armes. Nous dirons seulement qu'ils battirent le duc de Rroglie ou ses officiers dans un grand nombre de rencontres, notamment dans le bois de Yaquières, à Saint-Corne, au Mas de Calvi, au Val de Bane, à Vagnas. Dans ce dernier lieu les camisards furent successivement vainqueurs et vaincus. Les insuccès du duc Broglie le firent remplacer par le maréchal de Montrevel (15 février 1703), qui, plus habile que son prédécesseur, battit les camisards près de Nîmes, à la tour de Belot, à Pompignan ; mais comme il se signala par une grande cruauté, au point de massacrer des populations entières et de réduire en désert par F incendie soixante-dix villages ou hameaux, il ne fit qu'exaspérer ses adversaires, qui remportèrent sur lui une victoire signalée aux Devoirs de Martignargue. Disgracié pour ce fait, il fut remplacé par le maréchal de Villars; mais, avant de quitter le Languedoc, il prit près de Boissières une revanche éclatante de sa dernière défaite. Villars essaya des voies de douceur et, grâce à l'intervention de l'honnête baron d'Aigaliers, il persuada Cavalier, qui était découragé du désastre de ses camisards à Boissières, de faire sa soumission. Le jeune chef partit de Nîmes le 21 juin 1704, muni d'un brevet de colonel, mais quarante seulement de ses compagnons consentirent à partager sa nouvelle fortune, vu qu'il n'avait pas stipulé dans son traité avec Villars que les protestants jouiraient à l'avenir d'une entière liberté de conscience. Roland, Catinat et Ravanel continuèrent la lutte, mais le premier, vendu par un traître et surpris peu après, mourut les armes à la main. Quant à Catinat, battu près de Marnége en Vannage, il se rendit et obtint la permission de passer en Suisse. Ravanel fut aussi défait près de Ners, mais il ne cessa pas les hostilités. A la fin, trahi, ainsi que Catinat, qui était rentré en France, ils furent l'un et l'autre brûlés vifs à Nîmes (22 avril 1705). Un grand nombre de camisards périrent avec eux sur l'échafaud. Malgré ces supplices, quelques autres chefs continuèrent à lutter dans les Cévennes, notamment Claris et Montbonneux. D'autres, comme Billard, Dupont et Mazel, qui s'étaient expatriés en Suisse, rentrèrent en France à la suggestion des puissances alliées et,
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soulevant le Vivarais, battirent les troupes royales à Sa int-For'tunat et à Saint-Pierreville. Le due de Roquelaure, commandant militaire du
Languedoc, comprenant le péril de la situation, réunit 0,000 soldats et atteignit les camisards sur les montagnes des Isserlets. près de Yernoux (8 juillet 1709). Il les défit, mais sans pouvoir les écraser. Une seconde rencontre, qui eut lieu quelques jours après (11) juillet) à Pontréal, proche de Chalencin, paroisse de Saint-Jean-Chambie, fut également fatale aux camisards et termina la lutte. Dupont avait été tué dans la première rencontre. Quanta Billard et Mazel, ils tombèrent peu après entre les mains de leurs ennemis. Le premier fut tué au moment où il cherchait à fuir. Le second, plus heureux, alla rejoindre Claris et Montbonneux et leur persuada de tenter un nouveau soulèvement (novembre 1709). Ils ne produisirent que de l'agitation et provoquèrent de nouveaux supplices. Il en fut de môme des tentatives de Chambon en Vivarais. Un an plus tard, Mazel fut tué sur les toits d'une maison au Mas de Couteau, àunquartdelieued'Uzès(17 octobre 1710). Claris, qui raccompagnait, fut arrêté et conduit à Montpellier, où il mourut sur la roue avec une admirable constance. Chambon, également arrêté, fut pendu dans la même ville (13 novembre 1710). L'année d'après, quelques chefs camisards, excités par les puissances alliées, s'agitèrent encore, manifestant l'intention de se soulever au premier appel ; mais la chute du ministère anglais, la paix d'Utrecht et l'envoi en Languedoc d'agents du gouvernement plus conciliants arrêtèrent le mal dans sa racine. Ainsi finit lalutte des camisards : elle avait duré, avec des intervalles de calme, neuf années (1702-1711). S'il fallait remonter à la source de l'énergie indomptable de ces hommes extraordinaires, nous dirions qu'elle résidait tout entière dans l'inspiration des prophètes qui les dirigeaient. Ceux-ci parlaient au nom de Dieu et ils étaient obéis comme tels. Cavalier lui-même était prophète, et il dut à cela d'être préféré à Roland. Organisés théocratiquement, ils s'appelaient entre eux enfants de Dieu, peuple de Dieu, troupeau de l'Eternel, et leurs chefs portaient les noms de frère Cavalier, frère Roland, etc. Ils exercèrent, il est vrai, de cruelles représailles à la façon des Israélites, qu'ils cherchaient à imiter, mais ils ne furent ni assassins ni voleurs, et châtièrent sévèrement ceux d'entre eux qui se rendirent coupables de meurtre ou de larcin sans nécessité. Quant à leurs mœurs, elles furent toujours pures. — Voyez : Ant. Court, Hist. des troubles des Cévennes ou de la guerre des Camisards, Yillefranche, 1700, 3 vol. in-12; Louvreleuil, Le fanatisme renouvelé, 1704-1717, 4 vol. in-12; Brueys, Iltst. du fanatisme, 1709-1713, 4 vol. in-12; Fléchier, Lettres choisies, Lyon, 17.').*), 2 vol. in-12; Mison, Théâtre sacré des Cévennes, Londres, 1709: de La Baume, Hist. de la révolte des fanatiques (ms.); Ernest Albv, Les Camisards ; Puaux, Vie de Jean Cavalier. E. Arnaud.
CAMPANELLA (Thomas), né dans la Calabre en 1568, entra dès Page de quinze ans dans Tordre des dominicains et étudia toutes les sciences. 11 combattit Taristotélisme, en se rattachant à la doctrine de Telesio (Philosophia senstbus demonstrata, in-4°, 1590); mais elle lui parut bientôt insuffisante. Les projets de transformation sociale et poli-
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tique qu'il nourrissait inspirèrent des inquiétudes à l'autorité espagnole, (jui lui fit plusieurs fois subir la petite et la grande question. Après vingt-sept années de captivité, il fut réclamé, au nom de l'inquisition, par Urbain VIII, qui lui rendit la liberté; mais le séjour de Rome ne lui oiirant pas de sécurité, il se réfugia en France (1634) où Richelieu lui accorda une pension ; il mourut à Paris en 1639. Ses idées se trouvent condensées dans les Unive?'salis philosopluse seu metaphysicarum rerum juxta propria dogmaia parles très (1638). Il est le précurseur de Locke dans la manière dont il explique la connaissance sensible, par les seules impressions des objets et sans que notre intelligence y apporte quelque élément, toutes nos sciences ne nous faisant connaître que les phénomènes des choses. Mais il est aussi précurseur de Descartes, en ce qu'il pose comme principe de la science supérieure cette pensée de saint Augustin : Mihi certissimum est quod ego sum. Or le sens intime constate que nous pouvons, que nous savons et que nous voulons ou aimons; ces trois activités sont les primalitates , les qualités fondamentales de tous les êtres, même de ceux que nous considérons comme nanimés, tels que les minéraux. Les attributs opposés, impuissance, nintelligence, volonté, appartiennent au néant, qui ne peut exister en lui-même, mais qui est attaché aux choses et les circonscrit ; les choses de ce monde participent toutes, à des degrés divers, de F être et du non être. Elles marquent par là leur dépendance de F être pur, sans limites, indéfinissable, à qui nous pouvons cependant attribuer les trois primalités dans leur unité, car c'est lui qui les communique à tout ce qui existe. Les sciences ne nous fournissent que les phénomènes, il nous faut rentrer en nous-mêmes pour trouver l'être et nous unir à lui dans une communion mystique. L'ordre divin doit être représenté sur cette terre par une hiérarchie dont le pape est le chef (Monarchia Messiœ, 1633). Mais Campanella assigne à la papauté un rôle tout nouveau; dans la Civitas solis (publiée en 1620 à la suite de Realis philosophie epilogisticse partes IV) Campanella dépeint un état idéal, dont le monarque absolu est un métaphysicien, assisté par trois ministres représentant la puissance, la sagesse, l'amour, et par une multitude de fonctionnaires; dans cette organisation parfaite, il n'y a pas de droits individuels; la propriété, la famille sont abolies; Fauteur se flatte d'avoir dépassé la République de Platon. Campanella avait horreur du protestantisme. Son Atheismus triumphatus seu reduclio ad religionem per scientiam verïtatis (1631) parut manquer le but et fut surnommé l'Athéisme vainqueur. Ce penseur vaillant et infatigable clôt la philosophie italienne de la Renaissance, il en réunit les tendances diverses dans son vaste système, et il en partage le défaut principal, l'effacement de l'élément éthique. — Voyez : Ferrari, De religiosis Campanellse opinionibus, Paris, 1840; C. Dareste, Morus et Campanella, 1874.
A. Matter.
CAMPBELLITES, ou Disciples du Christ, secte protestante des Etats- Unis. Elle tire son nom d'Alexandre Campbell, ministre presbytérien, élève de l'université de Glasgow (Ecosse), qui par sa mère était de descendance huguenote. Il émigra en Amérique en 1809 et s'établit eu
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Virginie. Il se sépara des presbytériens, poussé par la conviction que « l'union des chrétiens ne peut être réaliâée que par la destruction des confessions de foi, el que l'Eglise chrétienne ne doit imposer aucune autre condition d'admission que celles qu'impose le Nouveau Testament lui-même. » Ce i'ut en 1810 que Campbell forma une nouvelle société d'après ce principe. Devenu partisan du baptême par immersion, il s'unit momentanément aux baptistes. mais son aversion pour les confessions de foi le lit exclure de cette Eglise en 1827. De ce moment date L'organisation distincte des Eglises qui se rattachèrent à lui. Doué d'une gran ;e énergie et d'une vive intelligence, Campbell propagea son système avec un grand succès, tant par sa parole que par ses écrits. Il eut souvent recours à des disputes publiques qui, au milieu des colons de l'Ouest, attiraient d'immenses foules qui appréciaient fort ses talents de polémiste et d'orateur. Il publia, sous le titre de Christian System, un résumé de sa théologie qui a souvent été imprimé; on cite aussi son traité sur la Rémission du péché. Mais ce fut surtout par les journaux qu'il rédigea, le Christian Baptist et te M Mental Harbinger, qu'il exerça une grande influence. A sa mort, en 1866, le nombre de ses partisans dépassait 350,000, répandus surtout dans le Kentucky, L'Ohio, l'Indiana, l'Illinois, le Missouri et la Virginie. Il en existe également dans les provinces britanniques du Nord de l'Amérique, en Grande-Bretagne et en Australie. Onassure qu'ils sont au moins 500,000 actuellement, et que ce chiffre s'accroît chaque année d'environ 30,000 nouveaux membres. Ils ont vingt-six collèges dont les revenus dépassent treize millions de francs. Ils publient onze journaux hebdomadaires qui ont ensemble 50,000 lecteurs, outre quelques publications mensuelles. Les Disciples, d'accord avec leur fondateur, rejettent toutes les confessions de foi et déclarent placer la Bible seule à la base de leur association. A défaut de credo officiel, ils ont, ce qui en tient lieu, des principes arrêtés sur la doctrine et sur la discipline. Leur théologie est celle de l'orthodoxie, dont ils ne diffèrent que sur des points de peu d'importance. Leur organisation est congrégationaliste ; ils ont des anciens, des diacres et des évangélistes ; ces derniers constituent un ministère itinérant et sont soutenus par les contributions volontaires des fidèles. Leurs communautés célèbrent la cène tous les dimanches et pratique** le baptême par immersion. — On peut consulter sur cette secte intéressante, outre les ouvrages de Campbell, Jeter, Cnmpôellism e.rantiiK-d ; .Milligan, Faith and Iteason, etc. Matth. Lelièvre.
CAMPE (Joachim-Henri) [1740-1818], surnommé le /Jerquin allemand, pédagogue célèbre. Originaire du Brunswick, il l'ut d'abord aumônier d'un régiment prussien, mais, ne pouvant supporter le spectacle des horreurs de la guerre, il quitta cette carrière et se voua à l'éducation. 11 dirigea à Dessau le. pkilmUhropùum créé par liasedow, puis fonda à Hambourg ma pensionnat déjeunes gens qui jouit d'une vogue méritée. Campe s'applique «Tune manière exclusive à développer la raison de tes élèves, tout en les astreignant à un régime d'une sévérité presque puritaine. Il les met en garde contre les écarts de l'imagination, etleur défend tout commerce avec les beaux esprits. Il traite la poésie ((comme
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une lanterne allumée en plein jour ou plutôt comme un réverbère devant lequel aucun homme raisonnable n'ôtera son chapeau. » Son idéal, c'est l'homme pratique; sa morale peut se résumer dans cet aphorisme qu'il aimait à inculquer à ses élèves : « Amasse dans ta jeunesse autant de connaissances utiles que possible ; tu ne sais pas comment et où elles pourront te servir un jour. » Quant à la religion, Campe n'y voit qu'un auxiliaire utile de la morale. S'étant retiré en 1805, il fonda à Brunswick une librairie d'éducation qui eut beaucoup de succès et lui procura une grande aisance. Ses ouvrages, écrits dans un style châtié, débarrassé des nombreux termes français que la langue allemande avait adoptés, se distinguent par une grande sobriété de vues et un ton moralisant qui n'échappe pas à l'ennui {Kinderbibliothek ; Sittenlehre fur Kinder; Vœterliclur Rath an meine Tochter ; Die Entdeckung America s; Theophron, etc.). On les a réunis en une collection formant trente-sept petits volumes (1829-32). Un seul mérite de rester populaire. C'est une imitation du célèbre roman de Daniel Defoë, Robinson Crusoé, en dialogues (la forme préférée de Campe), qui eut plus de quarante éditions.
CAMPÈGE (Laurent) [1474-1539], cardinal, archevêque de Bologne, de la famille des Campeggi, si illustre dans l'Eglise qu'elle ne comptait pas moins de cinq membres parmi les Pères du concile de Trente, et fils de Jean Campège, professeur de droit à Padoue. Il succéda d'abord à son père dans sa chaire de droit, et l'occupa avec un égal talent; mais étant devenu veuf, il entra dans les ordres. Sa vocation précédente le désignait naturellement pour les négociations. Nommé auditeur de rote par Jules II et évêque de Feltri, il remplit, comme nonce ou légat, les missions les plus délicates dans ces moments de crise pour la politique romaine qui marquèrent les premières années de la Réformation. 11 faut croire que la souplesse et la dextérité de ce négociateur constituaient précisément la plus insigne des maladresses, dans un temps où l'on avait affaire à des convictions plutôt qu'à des intérêts. Telle fut sans doute la cause de ses échecs successifs en Allemagne où il fut envoyé par Léon X pour tâcher de ramener Luther, et par Clément VII pour unir les princes contre le réformateur à la diète de Nuremberg. Pour donner satisfaction au vœu universel, Campège publia en 1524 un projet de réforme du clergé ; mais, plus occupé des abus du bas clergé que des vices des prélats, il ne fit qu'envenimer le mal qu'il prétendait guérir. L'affaire du divorce de Henri VIII, avec qui il était en relations amicales et dont il avait même reçu l'évêché de Salisbury, semblait offrir un terrain plus propice à sa diplomatie. Il arriva en Angleterre muni de pleins pouvoirs pour terminer le différend; mais d'une part le pape, sous la pression de Charles-Quint, les révoqua presque aussitôt, et d'autre part le légat s'embarrassa lui-même dans ses propres habiletés. Engageant tour à tour le roi à renoncer au divorce, la reine à s'y résigner d'elle-même, et le pape à céder pour ne pas perdre davantage, il n'arriva qu'à précipiter un dénouement vainement retardé un instant, et tout le fruit de ses efforts fut la perte de on évêché de Salisbury. Paul III le nomma archevêque de Bologne et
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gouverneur de Parme et de Plaisance, et il employa à Rome au servie*' du saint-siége su longue expérience des affaires. Il ne reste de lui que l'intéressant recueil de ses lettres, insérées dans les Epistolarwrnmiscelr lan. lihri X (Bàle, 1555, in-fol.).
CAMPÈGE (Thomas) [1800-1564], neveu du précédent, auquel il fut associe dans ses diverses missions et qu'il remplaça dans l'évèché de Feltri. Il alla, en qualité de légat, à la conférence de Worms (1540), mais il ne joua un rôle important qu'au concile de Trente. C'est sur ses instances que le concile prit la grave résolution de ne pas séparer la discussion des dogmes de celle de la information. On a de Thomas Campège un assez grand nombre de traités sur des points intéressants de discipline ecclésiastique. Tels sont: l'Autorité et la puissance du }>aj)t\ la Simonie, les Mariages des catholiques avec les hérétiques, qu'il reconnaît indissolubles, sauf l'opposition formelle du pape, le Célibat du clergé, qu'il maintient avec vigueur, etc. La plus importante de ses publications est son traité De autoritate SS. Conciliorum (Venise, 1561), précieux document pour établir quel était au seizième siècle l'état de la question de la suprématie pontificale. Campège n'hésite pas à proclamer le pape supérieur au concile, dont il veut que les décrets n'aient d'autorité que publiés ou confirmés par lui; mais il accorde aux cardinaux et, à leur défaut, aux princes et aux évêques, le droit de le convoquer, si le pape à qui il appartient de le réunir se refusait à le faire.- Le concile ne peut rien imposer à un pape qui tombe dans le désordre, mais il peut défendre de lui obéir en ce qu'il ordonnerait de préjudiciable à l'Eglise. L'auteur va jusqu'à supposer que le pape devient hérétique, cas unique où, selon lui, il peut être déposé par le concile. Cette seule concession est un curieux point de repère pour juger de la distance qui sépare ce prélat, tout dévoué pourtant à la cour de Rome, de nos modernes ultramontains. P.Rouffet.
CAMPENSIS (Jean), dont le nom véritable est van den Carnpen, naquit vers 1490 à Carnpen en Hollande, s'adonna avec beaucoup de zèle et de succès à l'étude de l'hébreu dans une époque où elle était encore entourée de beaucoup de difficultés, et fut un des premiers à enseigner cette langue dans les Pays-Bas. Professeur d'hébreu dès 1520 au collège des trois langues que Busleiden avait fondé à Louvain, il suivit vers 1531 un appel de l'évêque Tomicki à l'université de Cracovie, mais n'y resta pas longtemps, voyagea longuement en Allemagne où il se lia avec plusieurs savants distingués , entre autres avec Seli. Muenster à Bàle, séjourna deux ans à Venise auprès du rabbin Elie Levita et fut accueilli avec une grande faveur à Borne par le pape Paul III. Betournant dans sa patrie où il comptait mettre à profit ses connaissances nouvelles, il mourut de la peste à Fribourg en Brisgau le 7 septembre 1538. Ses publications, qui toutes étaient le fruit de son enseignement à Louvain, sont: 1° un Abrégé de grammaire hébrmqtie, d'après les travaux d'Elie Levita (Louvain, 1528, in-4°, plusieurs fois réimprimé à Cracovie et à Paris»; 2" une Paraphrase latine des Psaumes, publiée d'abord à Nuremberg, 1532, in- 16, qui eut un grand succès et fut reproduite un grand nombre de fois (souvent con-
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jointemcnt avec une traduction anonyme des Psaumes qui est de Zwingle), et fut traduite en hollandais, en anglais, en allemand et en français; en cette dernière langue par Etienne Dolet; Tliéod. deBèze publia sa Paraphrase latine des Psaumes pour remplacer celle de Gampensis ; 3° une paraphrase semblable de YEcclésiaste, jointe à plusieurs éditions de celle des Psaumes (Paris, 1532, etc.)- 11 est incertain si un Commentaire sur les èpîtres aux Romains et aux Galates (Venise, 1534, in-8°) est de notre auteur ou d'un homonyme. — Sources : Paquot, Mémoires pour Vhist. littér. des Pays-Bas, éd. in -fol., 11, p. 505; Panzer, Gesch: d. JSurnberger Ausgaben der Bibel, p. 143; Nève, Notice sur J. Campensis et André Gennep, Louvain, 1845 (extr. de Y Annuaire de VUniv. de Louvain, 1845, p. 185); Nève, Mémoire sur le collège des trois langues à Louvain, 1856, in-4°, p. 235 et 314.
A. Beknus.
CAMUS (Jean-Pierre), né et mort à Paris (1582-1652). Nommé à vingt-six ans évêque de Belley et consacré par François de Sales, il jouit longtemps de l'intimité de ce prélat pour qui il professait une vénération sans bornes. Leurs relations de voisinage, autant que son peu d'ambition, lui firent refuser les diocèses plus considérables qu'on lui offrit souvent. « La petite femme que j'ai épousée, disait-il avec sa rondeur toute gauloise, est assez belle pour un Camus. » Six ans après la mort de son ami, il résigna son évêché (1628) et reçut de Louis XIII l'abbaye d'Aulnay en Normandie. Il s'arracha à cette solitude pour remplir à Rouen les fonctions de vicaire général, à la prière de l'archevêque de Harlay; puis il se retira à l'hôpital des Incurables, à Paris. Il y mourut au moment où il se disposait à aller occuper à Arras le siège épiscopal qu'on lui avait donné malgré lui. Peu d'hommes ont joui de leur temps d'une aussi grande renommée pour tomber ensuite dans un aussi profond oubli. Il ne mérita pourtant ni l'un ni l'autre. Les curieux recueillent soigneusement aujourd'hui le Rabat-joie du triomphe monacal et sa suite (Lisle, 1634, 2 part. in-8°) ; la Pauvreté évangélique et la Désappropriation claustrale (Besançon, 1634, in-8°) ; les Deux Hermit.es , V Antimoine bien préparé, et autres pamphlets d'un goût équivoque, mais sur la portée desquels il ne faudrait pas se méprendre. La vie et les écrits de Camus sont un répertoire inépuisable d'anecdotes piquantes et de bons mots contre les moines, et son acharnement contre eux égalait son irrévérence pour leurs défenseurs, sans en excepter Richelieu, devant qui il ne réprimait pas les plus mordantes saillies. Toutefois, dans cette guerre menée avec plus de verve que de discernement, il s'agissait au fond de tout autre chose que de remettre à neuf les vieilles satires du moyen âge et du Pantagruel. En arrivant à Belley, il avait trouvé son diocèse au pouvoir des religieux de tout ordre, évinçant de leur charge de cure d'àmes les prêtres séculiers. Leur enlever la direction des consciences, tel fut l'objet de cette lutte. Il peint sur le vif ces directeurs qui s'entremettent de tout sous le manteau de la charité, s'ingèrent dans les affaires temporelles de ceux qui les consultent sur les spirituelles, se plaignent de leur pauvreté en cherchant un moyen d'enrichir la corn-