CANONS — CANOVA
appendice du huitième livre des Constitutions apostoliques (voy. cet article). Ils étaient originairement au nombre de 50. Dans les éditions ordinaires on en trouve 85. Mais les 35 derniers canons ne sont qu'une addition postérieure, et l'Eglise d'Occident ne les a jamais reconnus comme authentiques. Le nom de canons apostoliques indique suffisamment que dans les premiers temps où ces règlements vinrent à être connus dans l'Eglise, l'opinion reçue les faisait remonter aux apôtres. Mais la divergence qui se manifesta dès le commencement entre l'Eglise d'Occident et l'Eglise d'Orient sur l'authenticité d'une partie du recueil, montre que l'on n'était pas bien fixé sur l'origine de ces articles en général. Aussi, en 494, un concile romain sous Gélase déclara apocryphe tout le livre désigné sous le nom du Droit apostolique, sans qu'on sache quelles furent les raisons qui amenèrent cette décision, qui cependant n'empêcha pas Denys le Petit de traduire en latin les 50 premiers canons comme authentiques. Ce recueil devint ainsi le premier fondement du droit et de la législation canonique de l'Eglise romaine. L'Eglise d'Orient de son côté accorda une entière autorité aux 85 canons qui peu à peu avaient été réunissons le nom des apôtres. Le concile du Trullus, que Justinien II convoqua en 692 et qui prit son nom de la salle du palais impérial de Byzance où il s'assembla, sanctionna solennellement cette tradition de l'origine et de l'autorité apostolique de ces 85 canons. Le savant ministre de Gharenton, Jean Daillé, fut le premier à soutenir! 'inauthenticité des canons apostoliques, forgés selon lui par un faussaire du cinquième siècle. Beveridge chercha à prouver qu'ils étaient sortis des décisions des synodes du deuxième et du troisième siècle, et que dès cette époque ils furent réunis en un code destiné à servir de règlement disciplinaire commun aux Eglises d'alors. Mais il est établi aujourd'hui qu'il n'existe pas de trace certaine de l'existence de la collection, antérieurement au décret du pape Gélase en 494. Quelques-uns de ces canons peuvent remonter plus haut, mais il est sur que la plupart n'appartiennent qu'à des synodes du quatrième siècle. — Voyez: Eichhorn, Grundsxtze des Kirchenrechts,
1831, I, p. 63; Bickell, Gesck. des Kirchenrechts, Giessen , 1843, p. 5; Krabbe, Diss. de codice canonum qui Apostj/or. nomine circumferuntur , Gott., 1829; Richter, Lehrb. des A'irchewechts, von Dove, Leipz., 1867, p. 50; Drey, Neue Unters. ûh die Conslitut. u. Kanones der Ap., Tub.,
1832. Le texte fut publié entre autres par Cotelier, Patrum quitemporîb. Apost. floruer. Opéra, Amst., 1724, I; Bruns, Canones Ap. et ConciL, 1, Berol., 1839; Lagarde, Reliquias ; Pitra, Juris eccl. Grœcor. hist. et monum., Rom., 1864, I. E. Cunitz.
CANONS DE L'ÉGLISE. Voyez Décrétâtes.
CANOVA (Antoine) [175.-1822], sculpteur vénitien, sut allier avec bonheur l'imitation de la nature avec les beautés empruntées à l'art antique. 11 purifia la sculpture du sentimentalisme affecté et prétentieux dans lequel elle était tombée au dix-huitième siècle. Canova a traité de préférence des sujets pris dans la mythologie grecque. Sa Madeleine, n'étaient les emblèmes chrétiens dont elle est entourée, rentre dans la même catégorie. Il excellait à reproduire dans le marbre l'élégance,
le poli et le moelleux des formes féminines. Les figures décoratives du mausolée «le Clément XIII, dans la basilique <le Saint-Pierre, el de celui de Clément V/I , dans L'église des Saints- Apôtres, manquent de vigueur. La statue de Washington qu'il lit pour le sénat de la Caroline, comme ses Gladiateurs romains et sou Persée, dans le musée du Vatican, a quelque chose de théâtral. Canova vivait à Rome depuis 1771), L'ami el l'hôte des papes. Bonaparte l'appela plusieurs t'ois à Paris et L'Institut le nomma membre associé. — Voyez sa Biograpliie par le comte de Cicognara, Venise, 182o, et l'ouvrage de Quatremère de Quincy. Histoire di' la vie et des ouvrages de Canova, Paris, 182'a-35.
CANSTEIN (Charles-Hildebrand, baron de) [1007-1719], disciple zélé de Spener, descendait d'une des plus anciennes familles nobles de la .Marche brandebourgeoise. Après avoir étudié le droit à Francfort-surl'Oder et essayé de la vie de la cour et de l'armée, il se retira dans la vie privée pour se vouer exclusivement à la propagation de la Bible, dont le piétisme venait de remettre la lecture en honneur. Intimement lié avec Francke, qui appréciait sa piété profonde et ses connaissances solides, Canstein fonda à Halle en 1710 un Etablissement biblique destiné à répandre les saintes Ecritures à bas prix parmi le peuple. Les fonds furent réunis au moyen de souscriptions et les frais diminués par l'usage de caractères stéréotypes. La première édition du Nouveau Testament (texte de Luther révisé avec soin), in-12, parut, en 1712, et fut suivie, du vivant seul de Canstein, de vingt-sept autres, s'élevant ensemble à 100,000 exemplaires. La Bible complète, imprimée à la fois dans le petit format in-12 et dans le grand in-8% eut, dans le même intervalle , seize éditions et 40,000 exemplaires. A la mort de Canstein, son établissement biblique, tout en conservant le nom de son fondateur, fut réuni aux autres branches des fondations pieuses de Halle, et augmenté d'une imprimerie et d'un dépôt spécial. Aujourd'hui il fournit plus de 50,000 exemplaires par an. Outre la Bible allemande, on imprime à Halle des traductions en langue bohémienne et polonaise. Canstein a publié aussi une Harmonie et Commentaire des quatre Evangiles, 1718,; 2e édit., 1727, in-fol. — Voyez : Francke, Memoria Cansteiniana, 1722; Lange, Biogr. Canstein s, dans l'édition publiée par lui en 1740 d'une biographie de Spener par Canstein; Niemeyer, Gesch. der Canst. Bibelanstalt seit tarer Grûndung bis auf diet gegenw. Zeit, Halle, 1827 ; Bertram, Gesch. der Canst. Bibelanstalt, Halle, 1863 ; Herzog, Ucal-Encykl, 11.
CANTIQUE DES CANTIQUES [dur ha-chirim], c'est-à-dire le plus beau des cantiques; l'un des livres poétiques des Hébreux, la première des cinq Meghillôth. II se lit à Pâques dans les synagogues, par suite de l'interprétation traditionnelle des Juifs qui identifie la jeune fille dont il est question dans ce livre avec la nation israélite et explique le début comme une allusion à la sortie d'Egypte. Cet ouvrage fut de tout temps une croix pour les interprètes. Expliqué allégoriquement par les rabbins, qui y voyaient l'histoire du peuple d'Israël depuis la sortie d'Egypte, ou même depuis Abraham (Âben-Ezra) jusqu'à la ruine de Jérusalem par Nabukodonosor, et, depuis Origène, par la plupart des
Pères de l'Eglise, des scolastiques et des réformateurs, qui y voyaient l'union de Târne, delà partie fidèle du peuple d'Israël avant Jésus-Christ ou de l'Eglise chrétienne avec Dieu ou avec Jésus-Christ; objetjde scandale pour ceux qui ne pouvaient souscrire à l'interprétation allégorique (Théodore de Mopsueste, Séb. Châtillon, Grotius, Episcopius, Richard Simon, Leclerc, Semler, J.^D. Michaëlis) ; considéré comme un assemblage d'un plus ou moins grand nombre de chants d'amour sans lien entre eux par Richard Simon, Herder, Eiclihorn, Bleek, etc., ce livre ne commença à être compris que le jour où le pasteur allemand J. C. Jacobi émit l'idée -que la jeune femme du Cantique aimait un autre que Salomon (Das durcheine leichte und ungekùnstelte Erklœrung vonseinen Vorwùrfen gerettete Bohelied, 1771). Cette idée fut adoptée et appliquée d'une manière de plus en plus exacte par Fr. von Ammon, Staeudlin, Umbreit (1820) et Ewald (1826). L'interprétation d'Ewald est la meilleure qui ait été proposée jusqu'ici. Elle présente cependant quelques difficultés très-sérieuses. Pour échapper à ces difficultés, Bcetcher, Hitzig, M. Renan ont supposé, contre toute vraisemblance, que le berger aimé de la jeune tille, *et même quelques autres personnages paraissent plusieurs fois sur la scène, dans le palais de Salomon ; et elles ont paru si graves à Delitzsch qu'il a repoussé comme insoutenable Y hypothèse du berger (1851). Mais l'hypothèse contraire (que la jeune fille aime Salomon) offre des difficultés bien plus considérables encore, tandis qu'il suffit d'apporter quelques modifications à l'interprétation d'Ewald pour l'élever au-dessus des objections qu'on lui oppose. — Voici donc comment nous comprenons le Cantique des cantiques. C'est un drame en cinq actes, qui montre comment une jeune tille du village deSulem (ou Sunem), danslenordde la Palestine, amenée dans leharem de Salomon, sut se faire respecter de ce monarque, demeura fidèle au jeune berger qu'elle aimait, et obtint enfin, par sa résistance courageuse et prolongée, d'être renvoyée auprès de ses parents. Les deux premiers actes et le quatrième se terminent, et les deux autres commencent de la même manière. Le premier acte s'étend jusqu'à II, 7 ; le deuxième de là à III, 5 ; le troisième de là à V, 1 ; le quatrième de là à VIII, 4 ; le cinquième embrasse les dix derniers versets. Au premier acte, on voit Salomon dans son harem, au milieu de ses aimées, qui lui témoignent leur amour dans des chants voluptueux. Une jeune fille qu'elles nomment la Sulammùe (VII, 1), et qui y a été introduite par surprise, comme on l'apprend plus tard (VI, 11, 12), s'étonne d'abord d'être l'objet des caresses du roi (v. 2a), puis comprend tout à coup où elle se trouve (v. 4 ab), et pour décourager les entreprises de Salomon, déprécie sa beauté qu'elle voit admirée de ses compagnes, et déclare que son cœur n'est pas libre, qu'elle aime un berger de son pays (v. 5 7). Les aimées se moquent de sa naïveté. Salomon affecte de ne pas comprendre et loue sa beauté; mais à tous les compliments de Salomon elle répond clairement qu'elle en aime un autre, et supplie les jeunes femmes qui l'entourent de ne pas chercher à éveiller dans son cœur un amour impossible. Le deuxième acte consiste en un monologue de la Sulammite, qui raconte un souvenir
CANTIQUE DES CNATIQUES 611
de sa vie. Ce récit est destinée montrer la profondeur et la pureté de son amour. Un matin de printemps, celui qu'elle aime était venu l'inviter à une promenade matinale; mais obligée par ses frères d'aller garder les vignes, elle n'avait pu accepter, et lavait seulement assuré de son amour en rengageant indirectement à revenir le soir. Le soir il n'était sans doute pas revenu, et la jeune fille inquiète avait rêvé pendant la nuit qu'elle se levait pour le chercher par la ville, qu'elle le trouvait et I "amenait (détail d'une exquise délicatesse) dans la chambre de sa mère. Après un tel récit les aimées doivent comprendre combien ilest inutile d'essayer d'éveiller en son cœur un autre amour. Le troisième acte représente le mariage de Salomon, non avec la Sulammite, comme Tout cru tous les interprètes, excepté Hitzig (dont l'opinion n'est du reste pas beaucoup meilleure), mais avec une princesse qui vient à lui de la région du Liban (IV, S) , peut-être avec la fille de Hiram, roi de Tyr, que Salomon épousa en effet, d'après certains historiens phéniciens et grecs cités par Tatien (Discows aux Gi*ecs, 37) et Clément d'Alexandrie (Strom., I, 21), et dont le psaume XLV est l'épithalame. Salomon lui adresse sur sa beauté la plupart des louanges qu'il a déjà adressées ou qu'il adressera à la Sulammite dans le premier acte et dans celui qui suivra. Ces répétitions, qui seraient un grave défaut littéraire s'il s'agissait de la même personne, contribuent au contraire à la beauté et à la profondeur morale de l'ouvrage: elles montrent combien est vil et méprisable l'amour sensuel et polygame, qui prodigue indifféremment les mêmes flatteries à des femmes différentes. Le quatrième acte est l'acte décisif, et c'est pour cela qu'il est un peu plus long que les autres. Il décrit une seconde tentative de Salomon, de ce même Salomon qui avait « soixante reines, quatre-vingts concubines et des aimées sans nombre, (VI, 8) » et qui venait à peine d'épouser une nouvelle princesse, pour triompher de la résistance de la Sulammite. L'acte s'ouvre par un récit delà jeune fille, qui raconte un rêve qu'elle a fait : elle a entendu la voix de son bien-aimé, est sortie pour le chercher par la ville. Sur une question des aimées qui l'écoutent, elle fait une description enthousiaste de la beauté de son ami et déclare qu'elle lui appartient, comme il lui appartient aussi à elle-même. A ce moment Salomon entre en scène et lui répète à peu près les mêmes louanges qu'il adressait naguère à sa nouvelle épouse (VI, 4-7; cf. IV, 1-3); il la proclame plus belle <pie toutes les femmes de son sérail, et cela de leur propre aveu (v. 8-10). La jeune fille, volontairement inattentive aux paroles du roi, rappelle que c'est contre son gré qu'elle a été amenée dans le palais (v. 11 et 12) et veut s'en aller. Le chœur des aimées la rappelle (VII, 1). Les quelques pas qu'elle fait pour revenir offrent à Salomon nouvelle matière à compliments; il s'enhardit au point de prononcer des paroles inconvenantes et obscènes. Mais la noble jeune tille lui soupe la parole (VII, 10). Salomon définitivement vaincu se retire, et la Sulammite exhale librement son amour et appelle son ami absent. Convaincu enfin de l'inutilité de ses efforts, le roi met la Sulammite en liberté, et nous la voyons, au cinquième et dernier acte, revenir à la maison paternelle, appuyée sur le bras de son bien-aimé. Au momein
où ils arrivent à la porte, ses frères s'entretiennent ensemble de leur autre jeune sœur et manifestent l'intention de la récompenser magnifiquement si elle est vertueuse, mais de la garder soigneusement si elle ne Test pas. La Sulammitese présente tout à coup devant eux et déclare qu'elle a résisté à toutes les entreprises de Salomon. Son amant la prie déchanter et elle répète en les abrégeant et en les modifiant un peu les paroles par lesquelles elle l'avait indirectement engagé à revenir le soir, le jour où il était venu l'inviter à une promenade matinale qu'elle n'avait pu accepter (cf. II, 17). — Tel est, à mon avis,le contenu de ce drame hautement moral, puisqu'il est la glorification de l'amour pur, désintéressé, fidèle, et puisqu'il flétrit énergiquement le vice et la polygamie. Les expressions inconvenantes qu'il renferme sont mises dans la bouche de Salomon, c'est-à-dire du séducteur, et ne compromettent pas plus la moralité de l'ouvrage que les mots : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » ne prouvent l'immoralité d'Esaïe ou de saint Paul. Outre de nombreux détails, notre interprétation diffère de celle d'Ewald principalement en ce qui concerne le troisième acte. Il n'est pas admissible que Salomon ait été assez insensé, dans l'intention dupoëte, pour vouloir épouser malgré elle une jeune fille qui lui a déclaré nettement dès le premier acte qu'elle en aimait un autre, et pour faire tout préparer en conséquence. On ne comprend pas non plus pourquoi la Sulammite aurait été emmenée hors du palais pour y être aussitôt ramenée en grande pompe. Cette erreur en a produit une autre. Comme à la fin de l'acte l'épouse répond manifestement aux désirs de son époux (IY, 16) et que la marche générale du poëme ne permet cependant pas de supposer que la Sulammite parle ainsi à Salomon, Ewald a été conduit à l'opinion la plus étrange : il met tout ce dialogue entre l'époux et l'épouse. (IV, 8-V, 1) dans la bouche de la seule Sulammite, qui répéterait dans une sorte de rêverie des paroles qu'elle croirait entendre prononcer par son ami absent, qui lui répondrait elle-même avec amour et se livrerait en imagination à ses désirs. On comprend que, plutôt que d'admettre une telle invraisemblance, Hitzig, M.Renan, etc., aient préféré supposer que le berger paraissait sur la scène après le départ de Salomon et tenait directement à la Sulammite ces discours amoureux auxquels elle répond si tendrement. Mais cette supposition n'est pas moins invraisemblable que la première : comment croire que le berger vienne embrasser sa fiancée dans le palais de Salomon et entre par une porte au moment même où le roi sort par l'autre? Non, c'est bien Salomon qui continue à exprimer son amour à sa nouvelle épouse, laquelle se soumet à ses désirs. L'épouse du troisième acte ne peut donc pas être la Sulammite. Delitzsch, dont l'opinion a été adoptée par Zœckler, soutient que la Sulammite aime Salomon, qui l'épouse au troisième acte et finit par être converti par elle à la monogamie. Mais la fausseté de cette interprétation éclate à chaque pas. Comment croire que dès la fin du premier acte (qui n'est pas long) cette pure et fière jeune fille se déclare « malade d'amour » pour Salomon, qui est là et qui l'embrasse en présence des autres aimées ; qu'elle persiste à prendre Salomon pour un berger (I, 7), même après son mariage
(VI, 2-3), et à 1»' dépeindre comme sautant sur les monts et les collines (deuxième acte) et venant, peu après son mariage, frapper à sa porte, la chevelure humide de rosée (début du quatrième acte); qu'elle quitte le harem pour y être ramenée aussitôt en grande pompe, au troisième acte: qu'elle jette des regards terribles et qui le troublent à celui qu'elle aime si tendrement (IV, 5), et qu'elle lui rende tout son amour (lès que celui-ci lui a tenu un langage d une obscénité révoltante? Que signifient les allusions du dernier acte (VIII, (>, 7, 10), si claires dans l'hypothèse du berger, etqui résumentsi bien le but de l'ouvrage, puisque la jeune femme n'a eu ni offres brillantes à refuser, ni tentatives audacieuses à repousser? Enfin, quel dénouement invraisemblable ! Tout le monde savait bien que Salomon était mort sur le trône en polygame invétéré et n'avait pas renoncé à toutes "ses autres femmes pour aller vivre au village avec la seule Sulammite. M. Godet, adoptant l'interprétation d'Ewald avec quelques modifications qui n'ont pas pour effet de l'améliorer, a essayé d'y faire rentrer, ou, pour mieux dire, d'y superposer l'interprétation allégorique et morale. Au lieu de Salomon, c'est le berger qui est le type de Jéhovah : Dieu n'est-il pas nommé fréquemment dans l'Ecriture le Berger d'Israël ou des fidèles? La Sulammite représente l'Israël selon l'esprit, qui aime Jéhova, mais que Salomon, personnification de la royauté, cherche à éblouir, à fasciner, comme il a déjà fasciné l'Israël charnel, représenté par les aimées ou filles de Jérusalem. Les frères de la Sulammite sont les maîtres que Dieu avait donnés à Israël avant l'institution de la royauté : Samuel, les sacrificateurs, les lévites. Le poëte, qui n'est autre que Salomon, d'après M. Godet, a voulu exhorter Israël à ne pas se laisser séduire par l'éclat et les brillantes promesses de la royauté, mais à demeurer fidèle à Jéhova. La Sulammite captive dans le palais de Salomon représente aussi l'âme fidèle enfermée dans la prison du corps et aspirant vers Dieu. Nous regrettons de ne pouvoir signaler ici les nombreux points vulnérables de cette ingénieuse hypothèse. Comme toutes les interprétations allégoriques, elle vient se briser contre une foule de textes qu'elle ne saurait expliquer raisonnablement. Comment imaginer que le personnage à qui la jeune fille dit des paroles comme I, 7 ; II. 17 ; VII, 12 ; VII 1, 4, etc., soit la personnification de Dieu ? Il n'est pas probable que Salomon soit l'auteur d'un poëmeoù il joue un rôle si peu honorable; mais ce poème est certainement fort ancien, quoique plusieurs critiques en aient placé la composition pendant ou après l'exil (Eichhorn, Hosenmuller, Umbreit, Kœster, Gesenius, etc.), ou même sous la domination grecque (Hartmann, Graetz), à cause de certaines particularités de style h principalement à cause des mots pardès (IV, 13) et appiryôn (III, l.)), qu'on a dérivés, le premier de la langue perse, l< second du grec yopsTov, par lequel les Septante l'onttraduit. .Mais de ces deux étymologies la première est douteuse et la seconde sans vraisemblance. La puissance de l'inspiration poétique, les traits sous lesquels <-st dépeint lé règne de Salomon et qui diffèrent, <in certains •nts, des liyres historiques, en particulier la mention de la ville de
Thirtsa en parallèle avec Jérusalem (VI, 4), indiquent que ce drame dut être écrit peu de temps après la mort de Salomon, probablement dans le royaume des Dix Tribus (Ewald, Hitzig, Renan, etc.). L'auteur des neuf premiers chapitres des Proverbes, qui vivait vraisemblablement environ deux siècles plus tard, paraît l'avoir connu et lui avoir emprunté quelques traits pour peindre l'amour conjugal (V, 15 ss., cf. Cant. IV, 15) et l'amour adultère (VII, 17, cf. Cant. IV, 14; — V, 3, cf. Cant. IV, 11) ; ce qui indique sans doute qu'il ne l'entendait point dans un sens figuré. Quand il fut, longtemps après, admis au nombre des écrits sacrés,' il est à peu près certain qu'on n'en comprenait plus le vrai sens et qu'on l'interprétait allégoriquement. LeTalmud raconte qu'au premier siècle de notre ère, quelques rabbins ayant émis des doutes sur son caractère sacré et sur celui de l'Ecclésiaste, une assemblée de soixante-douze docteurs de la Loi, réunie à Jabné, vers l'an 90, décida que ces deux livres souillaient les mains, c'est-à-dire rendaient impures les mains de ceux qui voulaient les toucher, en un mot étaient sacrés aussi bien que tous les autres. C'est en cette circonstance que R. Akiba s'écria : « Le monde entier n'est pas digne du jour où il reçut le Cantique des cantiques; car tous les Ketoubîm sont saints, mais le Cantique des cantiques est sacro-saint » (voy. Delitzsch, Commentai* zum H. L., 1875, Introd., p. 14 et 15). Il était cependant interdit aux Juifs de le lire avant l'âge de trente ans ; mais comme le premier chapitre de la Genèse, le commencement et la fin des prophéties d*Ezéchiel étaient frappés de la même interdiction, il est probable qu'elle n'avait pas été inspirée par la crainte de livrer des peintures trop passionnées en pâture à de jeunes imaginations, mais plutôt par la pensée qu'avant cet âge peu d'hommes eussent été capables de pénétrer les mystères renfermés dans ces diverses portions de l'Ecriture (voy. saint Jérôme, Prsef. ad Ezech.). On trouvera la liste des nombreux ouvrages publiés sur ce livre dans les diverses Introductions à l'Ancien Testament et dans les Commentaires, surtout dans celui de Zœckler. Voici les plus importants : Umbreit, Lied der Liebe, 1820; Erinnerung an das Hohe Lied, 1839; Ewald, Das H. L., 1826; Dichter des Alt en Bundes, 1866 ; Hitzig, Das H. L., 1855 ; Renan, Le Cantique des Cantiques, 1860 ; Godet, Etudes bibliques, lre partie : Ancien Testament, 2e éd., 1873; Delitzsch, Das H. Z.,1851; Comment *ar zum H. Z.,1875; Zœckler, Com. zum H. L., 1868. Les deux ouvrages les plus récents sont celui du professeur catholique Bernhard Schaefer, Das H. L., Munster, 1876, qui défend l'interprétation ecclésiastique, et celui de Kasmpf, Das H. L., Prague, 1877. Ch. Bruston.
CANTIQUES. Voyez Chant d'Eglise.
CANTORBÉRY, capitale du comté de Kent en Angleterre, à soixantedix kilomètres Est de Londres, est le siège d'un archevêché dont le titulaire est primat d1 Angleterre. Cette ville, une des plus anciennes de la Grande-Bretagne, a joué dans l'histoire de ce pays un rôle assez important. Ce fut sous le règne d'Ethelbert, en k597, que le christianisme y fut introduit par le moine Augustin devenu plus tard saint Austin. Souvent ravagée, pillée et brûlée, elle se releva toujours de ses
CANTORBÉBÏ — CANUT IV 615
ruines et vit enfin se fixer sa prospérité Lorsque, sous le règne d'Elisabeth, L'émigration protestante française y apporta un certain nombre d'industries, entre autres celle de la soie. Aujourd'hui c'est encore une cité industrieuse où Ton trouve des manufactures importantes de coton, de soie, de mousselines, etc. Elle renferme plusieurs édifices remarquables, mais surtout une cathédrale splendide qui, après avoir subi mille vicissitudes, a été l'objet de restaurations considérables et offre tous les styles d'architecture qui caractérisent les époques écoulées du onzième au seizième siècle. C'est dans cette cathédrale que, Le 21) décembre 1170, les sicaires du roi Henri II assassinèrent l'archevêque Thomas Becket. L'archevêque de Cantorbéry, premier pair du rovaume après les princes du sang, a un revenu de '±80.000 francs.
CANUS (Melchior Cano, dit) [1523-1560] fut un des plus célèbres parmi les dogmaticiens catholiques du seizième siècle. Né à Tarançon (Castille), il entra dans l'ordre des dominicains et professa le thomisme avec éclat à Valladolid,oùilseposa en adversaire de l'illustre Carranza, à Alcala, puis à Salamanque, où il succéda à son maître Francisco da Vittoria et enseigna aux côtés de Domingo da Soto, son ami. Comme ce dernier, Canus assista au concile de Trente; il fut nommé évêque des Canaries et mourut provincial de Castille. L'œuvre capitale de Melchior Cano ne parut qu'après sa mort. Ce sont les célèbres. Loti ///?o/o#?W(Salam., 1563, in-f°) qui comprennent toute la théorie des sources de la doctrine catholique en douze livres. L'Ecriture, l'autorité de l'Eglise, la tradition, la légende, paraissent tour à tour devant son tribunal, et sa méthode est encore la scolastique. Ce n'est pourtant pas lui qui est l'inventeur du mot fameuxqu'ila répété, et dans lequel l'Ecriture est comparée à ce nez de cire que chacun tord à son gré. Canus a de grandes sévérités pour la légende, il ne craint pas d'appeler l'auteur de la célèbre Léyende Dorée, pourtant dominicain comme lui, « bouche de fer et cœur de plomb. » Il osa s'opposer avec acharnement, au nom de la vieille doctrine catholique, à l'ordre naissant des jésuites, auquel il eutla hardiesse d'appliquer le nom d1 Antéchrist. Vis-à-vis du pape lui-même, le dominicain espagnol eut certaines libertés. — Les œuvres de Canus ont été imprimées en dernier lieu à Bassano, par Hyac. Serry, 177(>, in-4°.
CANUT IV, second iils naturel de Suénon, roi de Danemark, avait donné pendant les règnes de son père et de son frère aine des preuves d'une piété ardente et d'un dévouement sans réserve au siégedeRome. Pour s'affranchir de la suprématie d'Adalbert, archevêque de Brème, H de L'influence allemande. Suénon avait engagé avec la cour de Rome d.- négo< lations auxquelles Grégoire V répondit favorablement parce qu'il espérait trouver dans les Etats du Nord mi appui contre l'empereur Henri IV. Canut IV alla beaucoup plus loin, ('leva L'épiscopat au rang de la première noblesse, choisit parmi ses membres ses juges et ses ministres, soumit à sa juridiction exclusive les crimes commis par tes prêtres <'t par Les moines et substitua an welirgeld et à l'exil les pé-
nitences ecclésiastiques. Ascète rigide, ne vivant que de légumes et
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d'eau, il voulut imposer le célibat au clergé et détruire parla force les derniers vestiges du paganisme expirant. Dévot superstitieux et fanatique, il sut pourtant introduire dans ses Etats des réformes salutaires, adoucir le sort rigoureux des nombreux esclaves chrétiens anglo-saxons, jusqu'alors traités comme un vil bétail, et favorisa l'agriculture. Dès la première année de son règne, en 1080, il entreprit une croisade contre les populations païennes de la Livonie, mais ses victoires n'aboutirent à aucun résultat durable. Le peuple avait supporté avec impatience les atteintes portées à ses antiques coutumes et les empiétements rapides du clergé, bien que ce christianisme tout extérieur et sacerdotal n'eût eu qu'une bien faible action sur les cœurs. Mais lorsque Canut, poussé par les exhortations du clergé, voulut introduire la dime, les populations accablées d'impôts se révoltèrent. Au moment où le roi se préparait à s'embarquer pour défendre contre Guillaume le Conquérant les droits de son parent Harold, les intrigues et l'or du roi normand semèrent la désunion dans les rangs des coalisés et le roi de Norwége refusa de marcher. Canut irrité frappa ses alliés infidèles d'une forte amende. Comme il en proposait la remise contre l'établissement de la dîme, ses propres sujets se soulevèrent, firent périr les officiers du fisc et massacrèrent le roi à Odensée, sur les marches de l'autel, dans cette même église Saint- Alban qu'il avait fait construire alors qu'il n'était encore que prince royal (1086). Sa veuve, fille du comte de Flandre, se réfugia dans son pays natal avec son fils, laissant le trône à Olaf, troisième fils de Suénon. Ce fils de Canut, Charles, devenu comte, périt assassiné comme son père, dans l'église de Bruges en 1127. Une famine, qui sévit sous Olaf, fut considérée comme une punition du ciel par le clergé, dont la gratitude fit canoniser Canut et transforma en patron du Danemark un prince dont le martyre profita plus à Rome qu'à l'Evangile, et dont la piété « avait plus de flamme que de lumière ». — Voir : OElnothus Cant, De vita et passione 6'., 1633, in-4°; Sysholm, Programma de C, 1771, in-8° ; Bircherod, K. Knud des Heiligen Historié, 1773. A. Paumier.
CANZ (Israël-Gottlieb), né en 1690, professeur de théologie à Tubingue, fut le premier qui essaya de concilier la philosophie de Wolff avec la dogmatique protestante. Son traité Philosophiœ leibnitzianœ et wolftanx usus in theologia (1728) fut d'abord interdît à Tubingue ; mais les disciples de Wolff, Reinbeck, Bilfinger, Ribow, etc., jouirent bientôt d'une considération qui fit lever cette défense. Canz ne songeait pas à devenir un novateur ; il n'aurait rien voulu publier qui fût contraire aux saintes Ecritures ni aux livres symboliques. Mais il estimait que vouloir subordonner. la vérité obtenue par l'effort de la raison à la vérité révélée, ce serait comme si l'on prétendait que l'eau obtenue en creusant la terre fût la servante de l'eau tombée directement du ciel. Les mystères de la foi ont une origine surnaturelle qui dépasse le domaine de la raison ; mais en eux-mêmes ils ne sont pas contre la raison. La métaphysique, avec sa forme démonstrative, est donc utile pour fortifier la croyance à ces mystères. Toutefois, malgré la piété de l'auteur, une telle méthode tendait à conformer la doctrine
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chrétienne à la philosophie régnante. LeCompendiumtheologiae parions,
17."^, paru! lai hic. Du reste, le premier moment une fois passé, L'influence «le Cani ne fut pas considérable. 11 mourut en 1753. — Voyez l'art. II olff; J.-J. Moser, Beitrag zu einem Lexiconjetzt lebender Theologen, p. LIS; Boeck, Gesch. der Umversttœt Tubingen, p. L69.
CAPERNAUM. Le nom de cette ville de Galilée, qui fut le point de départ delà prédication évangélique, n'est pas toujours écrit de même. Le plus grand nombre des manuscrits du Nouveau Testament donnent le nom de kx-zpxzùj.. Les plus anciens et les meilleurs écrivent Ka«papvaou{A ou Kaçepvaoûpi ; Ptolémée, Ka-apvao j;j. ; en hébreu K a p h a r nachum, qu'Origène traduisit « ville de consolation », Jérôme, « ville d'agrément », et quelques exégètes modernes, entre autres Wiseler, ce ville du consolateur». Toutes ces interprétations sont fort invraisemblables. Les mots hébreux signifient simplement village de Nahum, qu'il faille penser au prophète galiléen qui, dit-on, y aurait eu son tombeau, ou à un autre personnage inconnu du même nom. Le t'ait est que Gapernaùm n'est mentionné nulle-part dans l'Ancien Testament. Peut-être n'a-t-il été bâti qu'après le retour de l'exil. A l'époque de Jésus, c'était une ville florissante, aux limites des territoires deZabulon et de Nephthali, sur le rivage occidental de la mer de Génézareth (TrapaOaAsbs'.a, Matth. IV, 13 ; Jean VI, 17), non loin du point où le Jourdain y entre et sur la route commerciale qui allait de Damas à la Méditerranée. Cettesituation y avait amené l'établissement d'une douane importante et d'une population païenne fort nombreuse. Les environs de Gapernaùm n'étaient pas moins favorisés. La culture d'une plaine fertile, arrosée par des sources abondantes dont Josèphe parle souvent, la pêche dans le lac occupaient et enrichissaient les habitants. Ce coin de la Galilée, situé à l'ouest et au nord du lac, fut le théâtre de la première activité de Jésus. C'est au sein de cette population mêlée qu'il trouva ses premiers disciples; c'est dans la synagogue de la ville, sur les collines d'alentour ou sur ce rivage du lac qu'il se fit le plus souvent entendre. La dévastation qui a passé sur tout ce canton a été si grande qu'on n'y retrouve pas même des vestiges certains de cette vie du passé. Eusèbe, Jérôme parlent encore de Gapernaùm, qu'ils désignent tantôt comme une ville, tantôt comme un village. Ëpiphane raconte même qu'un juif converti, nommé Joseph, obtint de Constantin la permission d'y bâtir une basilique. Ausixième siècle, on y montrait encore lamaisonde saint Pierre. Mais ni les vagues indications des Pères de l'Eglise, ni les renseignements plus incertains encore de quelques pèlerins du moyen âge ne peuvent nous aider à la retrouver. Les voyageurs modernes ont cru découvrir les ruines de Gapernaùm en deux endroits, à une distance d'une lieue l'un de l'autre, entre lesquels leurs avis se sont partagés. Les uns tiennent pour Tel 1-Hu m (Pocoeke, Karl Ritter, Renan, Ewald); les autres pour Khan -Mini eh (le franciscain Quaresmus au dixseptième siècle, Robin son, Sepp, etc.). Guillaume de Tyr parle d'un autre Gapernaùm, port sur la Méditerranée, à quelque distance de Tyr.
a. Babatibb.
CAPHTHOR (Caphthôr; Jér. XL VII, \; Amos IX, 7), la véritable
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patrie des Philistins, et dont les habitants, originaires de l'Egypte, sont nommés Caphthorim. D'après Gen.X, 14, les Philistins ne seraient pas les descendants des Caphthorim, mais des Casluchim, leurs proches parents, ce qui serait en contradiction apparente avec les passages cités plus haut. Les deux indications se concilient si Ton admet que les Philistins qui, dans l'origine, étaient une colonie de Casluchim, établie sur la lisière sud-est de la Méditerranée, entre Gazzah et Pélusium, furent renforcés par des immigrants de Caphthor et agrandirent leur territoire en expulsant les Haviens (Deut. II, 23; Jos. XIII, 3). La situation de Caphthor n'est, il est vrai, indiquée nulle part avec précision; cependant, d'après Jér. XL VII, 4, c'était une ile. Les anciens traducteurs (LXX, les Chaldéens, Vulgate) y ont vu la Cappadoce, c'est-àdire cette province de l'Asie-Mineure qui s'étendait primitivement jusqu'au Pont-Euxin. Mais la parenté linguistique entre les Cappadociens et les Sémites ne saurait être démontrée scientifiquement. D'après une ancienne monnaie phénicienne (Lévy, Phœnizische Mùnzen), Caphthor serait l'ile de Chypre; cette hypothèse repose sur une erreur absolue (Gesen, Monum. phœnicicd). Caphthor ne saurait donc être que l'île de Crète (Ezéch. XXV, 16; Soph. II, 5). Cette opinion est prouvée par
I Sam. XXX, 14 ; 2 Sam. VIII, 18 ; XV, 18 ; XX, 7, 23. A l'époque de David et de Salomon les Créthi et les Pléthi (plat-hébreu pour Pelichthim) composent la garde royaie. Les deux parties du peuple philistin, les Caphthorim et les Pelichthim, se fondirent peu à peu et îe premier des deux noms disparut dans l'histoire (voy. Philistins).
CAPISTRAN (Jean de). Descendant d'un des compagnons de Louis d'Anjou, roi de Naples, il tira son nom de la petite ville des Abruzzes, où il naquit en 1385. Sa première carrière fut celle du droit qu'il étudia et professa ensuite à Pérouse, où son mariage l'avait fixé. Chargé de négocier la paix entre cette cité et le roi Ladislas, il fut accusé d'avoir favorisé le monarque et emprisonné au château de Bruffa, où il apprit bientôt la mort de sa femme. Ces revers le détachèrent du monde. Il paya sa liberté de la plus grande partie de ses biens, et entra chez les franciscains. Prédicateur puissant, réformateur de son ordre, négociateur habile, il fut employé dans diverses nonciatures par tous les papes de son temps. Son rôle fut considérable au concile de Florence, quand on y traita de la réunion des grecs aux latins. Mais sa mission la plus importante fut celle dont il se chargea, en qualité de légat, contre les hussites de Bohême, de Moravie, de Hongrie et de Pologne. Il remporta contre ces précurseurs de la Réforme des succès où le bras séculier aida singulièrement son zèle de convertisseur. Dans la fameuse guerre d'Huniade contre Mahomet II, il fut le prédicateur et Tàme de cette nouvelle croisade, s'enferma dans Belgrade avec le héros hongrois et partagea avec lui la gloire de sa délivrance (1456).
II succomba la même année à ses fatigues. Benoit XIII le canonisa en 1724. De ses nombreux ouvrages sur le droit, la théologie, la discipline et la casuistique, un seul mérite d'être noté. Dans les disputes qui s'élevèrent à propos de la translation à Florence du concile de Bâle, il se rangea avec éclat dans le parti qui travaillait déjà à élever l'autorité
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du [tape contre celle du concile, par son écrit : De papx et conrilii sive Ecclesiœ autoritate (Venise. 1580, in-4°). Les pins grandes audaces de Capistran n'approchent pourtant que <le loin de la théorie qui a fini par prévaloir dans L'Eglise romaine.
CAPITON (Wolfgang Kœpfel), l'un des trois grands réformateurs de Strasbourg, naquit à llagnenan en Alsace en H78. Son père l'avait destiné à la médecine, mais le jeune Kœpfel ne tarda pas à embrasser la carrière théologique. Il lit ses études à Fribourg, et en 1512 il fut appelé par l'évêque de Spire à Bruchsal. C'est là qu'il apprit à connaître OEcolampade. Mais ce fut surtout à Bàle, où il avait été appelé par l'évêque, qu'il fut entraîné dans le mouvement réformateur, quoique sa nature timide et craintive arrêtât en lui le développement rapide de ces idées. Il s'était déjà rendu célèbre par sa grammaire hébraïque (1516, éd. compl. 1518 et 1525) et par quelques autres travaux de théologie, et ces mérites lui valurent la place de prédicateur à la cour de l'archevêque de 31ayence. Mais il ne put se sentir à Taise auprès d'un prélat qui pratiquait la vente des indulgences, et mu peut-être aussi parles reproches que lui avait faits Luther, il quitta son poste et accepta la prévôté de Saint-Thomas à Strasbourg (1523). Dans cette ville la Réformation avait trouvé en Matthieu Zell un défenseur intrépide; l'attitude de ce prédicateur courageux déplut au timide Capiton, qui rengagea même à quitter la ville. La réponse énergique de Zell lit de. Capiton un défenseur zélé et intrépide de la vérité. Ses opinions théologiques étaient celles de Bucer, qu'il assista sans cesse dans son ouvre de conciliation. La peste l'enleva déjà en 1541. Il avait été le premier prédicateur évangélique de l'église Saint-Pierre le Jeune. La liste des œuvres de Capiton se trouve clans l'ouvrage de M. Baum, Captto n,ul Bucer (Elberfeld, 1860). Nous avons de lui quelques ouvrages exégétiques sur Habacuc, Osée, beaucoup de brochures théologiques, une vie d'UEcolampade, etc.
CAPITULAIRES. Le terme de capilularia (ou simplement capitula) peut désigner d'après son étymologie, et a en effet servi à désigner toutes sortes d'écrits divisés en petits chapitres : d'habitude cependant on ne l'applique qu'aux actes législatifs et administratifs émanés des rois francs des deux premières races, et plus spécialement aux ordonnances d'intérêt public de Charlemagne et de ses premiers successeurs, rédigées d'ordinaire avec le concours des grands ecclésiastiques et laïques, et promulguées le plus souvent dans les assemblées nationales des Francs. Nos collections usuelles de capitulaires contiennent, il est vrai, une multitude «le pièces qui n'ont guère ou pas du tout le caractère de lois, et qu'on y a fait entrer soit à cause de leur titre officiel de capitulaires, soit à cause; de leur analogie avec des monuments qui portent ce nom ; mais leur Importance est secondaire en comparaison de celledes actes législatifs proprement dits. Aussi nous bornons-nous à indiquer qn on y rencontre des notes et des avant-projets, des rapports et des avis, do pétitions et des formules de tout genre, des traités de paix, et des prières publiques, des instructions données aux ambassadeurs OU à d'autres fonctionnaires, des lettres encycliques des rois on des misse',
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des décisions sur les matières les plus diverses et des règlements administratifs ou même purement domestiques (comme par exemple le fameux Capitulais de villis de Charlemagne, relatif à l'exploitation des terres du domaine royal) : les capitulaires que nous aurons principalement en vue dans les lignes suivantes sont les capitulaires d'ordre législatif, contenant les uns des additions et des modifications aux anciens codes nationaux et personnels (leges) des différents peuples germaniques réunis dans la monarchie franque, les autres des prescriptions nouvelles, applicables au territoire entier de l'empire. Dans l'un comme dans l'autre cas, l'autorité législative était exercée exclusivement par le souverain, roi ou empereur; c'est lui qui ordonne et défend, lui qui réclame pour ses prescriptions l'obéissance de tous et à perpétuité; quelquefois il se sert, pour les désigner, des anciennes expressions romaines d'edictum, de constitutio, de decretum. Sans doute il les promulguait généralement dans le placite, après délibération avec ses lidèles, et les changements apportés aux lois nationales étaient même accompagnés de formalités plus compliquées encore, parce qu'on soumettait les nouvelles dispositions aux assemblées comtales, pour les y faire corroborer par les signatures des scabins : mais, en dépit de la célèbre déclaration de Charles le Chauve : Lex consensu populi fit et constitutione régis (Fdictum pistense, 864, c. 6), le consensus populaire, celui du placite même, ne jouaient qu'un rôle fort subordonné dans la confection des lois. Jamais ni les grands ni le peuple n'ont eu le droit de vote; l'adhésion qu'on leur demandait avait pour but de constater à la fois la publication de Pacte par le roi et l'engagement de lui obéir pris par les sujets; elle n'était donc en lin de compte, du temps de Charlemagne surtout, qu'une forme de notification plus solennelle, et l'on s'en passait à l'occasion, en faisant simplement expédier par le chancelier des copies du nouveau capitulaire aux fonctionnaires publics, missi, évêques ou comtes, avec ordre de les publier dans leurs circonscriptions respectives. Plus tard le pouvoir royal a eu davantage à compter avec les grands, et nous savons que plus d'un édit de Charles le Chauve lui a été imposé par les seigneurs; mais même alors la vieille théorie persista, et d'après les termes des capitulaires le roi était toujours censé légiférer seul, quelquefois sans mention aucune d'un assentiment quelconque. — La nature extrêmement complexe des capitulaires, la variété des matières dont ils s'occupent, la diversité de leur mode de promulgation, en rendent fort difficile le classement méthodique. Au neuvième siècle Anségise les distinguait d'après leur caractère ecclésiastique ou laïque; Mably opposait les capitulaires législatifs aux règlements provisionnels ; de nos jours on a insisté sur la différence entre les capitularia specialia et les capitularia generalia, selon qu'ils se rattachaient aux leges particulières ou s'appliquaient à tout l'empire; mais toutes ces distinctions sont plus ou moins factices : une foule de capitulaires se rapportent à la fois au temporel et au spirituel; il n'est pas toujours facile de séparer ce qui est permanent de ce qui est de circonstance; il y a des capitulaires généraux qui revendiquent pour eux-mêmes la qualification de lex, 11 n'est guère plus aisé d'analyser leur contenu et de déterminer leur