‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 212 sur 263 · CAPPEL · texte numérisé non relu

CAPPEL

et il était parfaitement sincère. Il ne se laissa pas décourager par Buxtorf, il envoya son livre au savant orientaliste Erpénius, qui, dans l'admiration de ces recherches, se chargea des frais de la publication. Ce fut Buxtorf le fils qui répondit au livre de Cappel; il est toujours dominé par les préoccupations dogmatiques, mais il adoucit sensiblement r opinion plus absolue de son père et en somme fait des concessions à Cappel. Cappel répliqua au professeur deBàle par un nouveau livre : Arcani punctationis vindiciœ; on le retrouve aussi dans les Comment, et noix criticx. Il faut regretter clans les deux, écrits des personnalités blessantes; il est juste de dire que Buxtorf avait le premier donné ce triste exemple. — Le second grand ouvrage critique de L. Cappel est la Critica sacra, sive de variis quœ in sacrîs V. T. libris occurrunt lectionibus lib. VI (Lutetiœ, 1650, in-fol.). C'est le fruit de trente-six années de travail. Ce livre fonde la critique du texte de l'Ancien Testament, et on peut dire de la Bible, car la critique du texte du Nouveau Testament est abordée aussi. La Critica sacra a pour but de montrer que le texte des écrits bibliques n'est pas absolument pur, qu'il a été altéré par les copistes, et qu'il est possible de rétablir scientifiquement le texte primitif. Profusion de faits, de leçons différentes, de variantes apportés à l'appui ; comparaison de notre texte actuel avec les citations faites dans le Nouveau, avec les manuscrits juifs, avec la version des Septante, les paraphrases chaldaïques, les versions grecques, la Vulgate, etc., et la conclusion est que le texte actuel n'est pas de tous points identique avec le texte primitif, mais que les variantes n'ébranlent pas l'autorité de l'Ecriture et ne touchent pas aux choses quœ ad /idem et mores pertinent . Cette conclusion heurtait de front les opinions orthodoxes de l'époque. L'impression du livre fut arrêtée pendant des années de par l'opposition décidée des protestants. Le lils de Cappel, passé au catholicisme, Jean Cappel, obtint que le livre pût paraître à Paris, en 1650, grâce à l'intervention du P. Petau, du P. Mersenne et du P. Morin. Louis Cappel eut à défendre ses vues clans des ouvrages spéciaux, surtout contre Arnold Boot, Usserius et Buxtorf le fils. En 1675, les théologiens orthodoxes de la Suisse publièrent contre les vues de L. Cappel en particulier, et contre le libéralisme de Saumur en général, la fameuse Formula consensus Ecclesiarum helveticarum reformatarum, que Schweizer appelle très-justement la Formula antisalmariensis. Louis Cappel, à part ces deux ouvrages capitaux, publia bien d'autres traités sur l'Ancien Testament, et notamment Animadve?*siones ad novam Davidis Lyram, contre Gomar, sur les règles de la poésie hébraïque et Diatriba de veris et antiquis Ebrxorum litteris, contre Buxtorf; il soutient que les caractères samaritains étaient les véritables caractères hébreux primitifs, et que les caractères carrés actuels, d'origine chaldéenne, datent d'Esdras. Les travaux exégétiques de Louis Cappel embrassent à peu près tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ces commentaires visent tout d'abord le sens grammatical, littéral, mais les dissertations théologiques, ingénieuses, souvent hardies, n'y manquent pas. Les commentaires de l'Ancien Testament sont imprimés clans la célèbre édition faite par son fils : Commentarii

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ïV.T. \; d ' ■! L, 1689). Les commen irleNouveau

unenl ont été publiés à Genève (1632) : Spicilegium seu notas in \. T. Tous se trouvent dans les Critki soeri {JLondmi, 1(>00,2 vol. infol). Les commentaires sur le Nouveau Testament son! v aimenl ren quables par Le sens historique et l'esprit libéral. Toute notre interprétation moderne est en germe dans cessavants travaux (voir en particulier ses idées sur Les citations de r Ancien Testament dans le Nouveau Testament sur les types, rinterprétation allégorique, etc.). — Comme traité théologique proprement dit, le grand recueil Syntagma thesium theolog. in Academia salmuricnsi variis temporibus éUsputatarum, contient de nombreuses thèses de Louis Cappel. Il a dit son sentiment sur le grand sujet de discussion de l'époque, l'élection et la prédestination; il est plus net et plus hardi qu'Amyraut et tire plus correctement les conclusions de ses prémisses : au fond ce sont les sentiments des chrétiens que Dieu appelle au salut qui constituent l'élection (voir le Recueil défi thèses, part, 1, p. 144; part. II, p. 102, 108, 116 et 119). Le même esprit moral, éthique, anime ses autres dissertations, notamment ses dissertations sur le sabbat, sur l'état des âmes après la mort (Syntagma, part. II, p. 263 et 243), ainsi que son écrit apologétique publié à part : Le pivot de la foi et de la religion, ou preuve de la divinité contre les athées et prophanes par la raison et le témoignage des saintes Ecritures desquelles la divinité est démontrée par elles-mêmes (Saumur, 1643). Ce qui frappe donc dans le père de la critique sacrée, c'est sans doute avant tout sa vaste science, sa profonde érudition , son intelligence parfaite des langues anciennes et des textes sacrés, mais c'est aussi son sens théologique et philosophique, l'impulsion que, dans ce domaine théologique il donna à la science protestante. Il eut cette gloire d'avoir, dans Fliistoire du texte et dans les sciences philologiques et critiques, substitué le fait au préjugé dogmatique, la méthode d'observation à Y à priori, et, dans le domaine théologique proprement dit, d'avoir, avec ses illustres collègues Amyraut et La Place, mis en relief l'élément pratique, éthique, religieux, à la place de l'élément purement formel et métaphysique. Nous avons indiqué les principaux ouvrages deL'M Cappel. La liste complète de ses écrits imprimés et manuscrits setr:> i: flans la grande édition donnée par son lils Jacques et dans la notice bibliographie) ne de MM. Haag. — Voir, au sujet de Louis Cappel, les histoires générales de la critique et de l'exégèse et notamment: Meyer, Gesthichte der Schrifterkl. seit der Wiederherst. der Wùsensch.; l'article de la France protest., Y article de M.Bertheaudans YEncycl.de Herzog, ei la savante étude de M.Michel Nicolas, Revue de théol. de Strasbourg, VIII, p. 257. a. viguié.

CAPRARA (Jean-Baptiste), né à Bologne en 1733. Entré de bonne eure dans les ordres, il fut envoyé avant l'âge de vingt-cinq ans comme vice-légat à Ravenne, par Benoit XIV, son compatriote. Clément XIII et Pie VI Le nommèrent successivement nonce à Cologne, à Lucerne et à Vienne, poste; difficile au temps de Joseph 11 et où il se distingua par sa bienfaisance autant que par son habileté. Cardinal en 1792 etévéque d'iësi en 1800, le succès de ses nonciatures le lit désigner par Pie VII

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légat a lafere près le gouvernement français, pour traiter du Concordat. On sait de quelle manière il s'acquitta de cette mission. Il présida, le 18 avril 1802, à la cérémonie qui inaugura à Notre-Dame le rétablissement officiel du culte. Nommé archevêque de Milan, il y sacra Napoléon roi d'Italie le 28 mai 1805. Il gouverna cette Eglise jusqu'à sa mort sans que sa bonne entente avec le gouvernement s'altérât un instant. Un décret de Napoléon ordonna son inhumation dans l'église Sainte- Geneviève (juillet 1810).

CAPUGIÉS {Capuciati), fanatiques du treizième siècle qui prirent pour marque de leur, association un capuchon blanc auquel pendait une petite lame de plomb. Leur mission était, suivant les uns, de purger l'Eglise des hérétiques et des abus, afin de rétablir l'unité et la liberté originelles; suivant les autres, de forcer par les armes ceux qui se faisaient la guerre à vivre en paix. Les capuciés se disaient disciples d'un certain Durand, bûcheron ou charpentier d'Auvergne, qui, vers 1182, publia que la Vierge lui ayant apparu, lui avait donné son image et celle de son Fils, avec cette inscription : Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, donnez-nous la paix; qu'elle lui avait ordonné de former une association dont les membres s'obligeraient par serment à conserver la paix entre eux, et forceraient les autres à l'observer. Ces fanatiques se répandirent surtout en Bourgogne et dans le Berry, entrèrent en conflit avec les autorités, et ayant commis des excès, furent battus et dispersés par les seigneurs et les évêques qui avaient fait marcher des troupes contre eux.

CAPUCINES ou Filles de la Passion, instituées à Naples en 1538, par Marie-Laurence Longa. Soumises à la règle de Sainte-Claire, elles portaient un long capuchon qu'elles déposèrent dans la suite. L'ordre se répandit bientôt en Italie, en France (couvent à Paris en 1606), en Suisse, etc. Elles se dévouèrent à Milan, pendant la peste, sous la direction de Charles de Borromée.

CAPUCINS, religieux de la plus étroite observance de l'ordre des franciscains, ainsi nommés à cause du grand capuce ou capuchon pointu, attaché à leur robe brune d'étoffé grossière. A l'origine, ils n'avaient pas d'autre but que de reproduire d'une manière plus exacte le costume et le genre de vie de saint François d'Assise. Ils devinrent dans la suite les plus actifs, les plus nombreux et les plus populaires p édicateurs des classes inférieures. En 1527, Matthieu de Bassi ou Baschi et Louis deFossombrone, grâce à la protection que leur accorda Clément VII, obtinrent l'autorisation de se détacher de l'ordre des franciscains pour suivre une règle plus sévère. Ils prescrivirent, sinon la vie solitaire, du moins la vie conventuelle réduite aux plus étroites dimensions (au plus douze moines), le retour à la pauvreté absolue et aux exercices ascétiques les plus pénibles. Les frères devaient porter la barbe longue, ne se couvrir que de vêtements grossiers, marcher nu-pieds, ne jamais faire de provisions pour plus de trois jours, ne point toucher cle l'argent, dire les messes gratuitement, consacrer deux heures par jour aux prières silencieuses, se flageller régulièrement. La première congrégation générale eut lieu en 1529, et à partir de ce

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