CAPUCINS — CARACALLA
momenl l'ordre se répandit rapidement. Dès 1536, muni de l'approbation de Paul III, il échangea le nom de Fratres minores eremitse sous lequel il était connu d'abord, contre celui de Capûcini, sobriquet que lui avait donné le peuple. Depuis le scandale provoqué par Bernard Ochino (voy. cet article), qui en L543 quitta l'ordre avec éclat, les capucins redoublèrent de soumission humble et servile, faisant du renoncement à toute jouissance et à toute culture, du dénuement absolu imposé à l'esprit et au corps un idéal qui, dans la pratique, s'est traduit fréquemment sous les formes les plus laides et les plus repoussantes. En 1573, sous Charles IX, les capucins se sont introduits en France; en 1592, en Allemagne; en 1606, en Espagne, où ils ont largement concouru aux missions d'Amérique, d'Afrique et d'Asie. Depuis 1619 les dernières restrictions qui pesaient sur leur ordre ont été levées: les capucins sont autorisés à avoir à leur tête un général particulier et à marcher derrière leur propre croix dans les processions.
Voyez: J. de Terranova, De origine Fratrum Capucin. S. Franc, 1573 ; Boverius, Annales Ord. Minor. S. Franc, qui Capuc vocantur, Lugdun. , 1632, 2 vol. ; Hélyot, Hist. des ordres monast., t. VII, c. 24.
CARACALLA, empereur romain dont le véritable nom était Bassianus Severus. Son nom de Caracalla lui vient de la caracalle, long manteau gaulois, qu'il affectionnait et dont il introduisit l'usage à Rome. Né à Lyon en 188, il fut fait césar par son père, l'empereur Septime-Sévère à l'âge de huit ans, et fut appelé par lui Marc-Aurèle Antonin. Les médailles que nous possédons de Caracalla portent en effet ces mots : Antoninus Pius Aug. Il succéda à son père en 211 (964 de Rome1, conjointement avec Géta, son frère, qu'il haïssait et qu'il lit assassiner Tannée suivante. Caracalla égala en cruauté Caliguïa et Néron, et trouva moyen de les surpasser en folie. Dion évalue à vingt mille le nombre de ses victimes. Il prend successivement pour modèles Sylla, Alexandre et Achille, fait tuer le plus cher de ses affranchis pour avoir un Patrocle à pleurer; il corrompt les soldats et dépense pour eux 280 millions de sesterces par an. C'est surtout dans ses expéditions militaires qu'éclatent sa cruauté et sa folie. En Germanie, il achète à prix d'or le droit de se dire vainqueur; à Antioche, il fait charger de chaines Âbgar, le roi d'Edesse, après l'avoir invité à venir le trouver. Il se rend à Alexandrie, comme pour adorer le dieu Sérapis, et fait massacrer la population par ses soldats pendant plusieurs jours et plusieurs nuits; il marche contre les Parthes, revient à Rome sans les avoir vus et se l'ail décerner le triomphe avec le nom de Parthique* Macrin, préfet du prétoire, l'assassina le 18 avril 217. Caracalla méprisait les lettres. snii plus grand plaisir était de conduire des chars au cirque, déguisé en cocher. Après sa mort, un sénatus-consulte le mit, suivant l'usage. au ranu do dieux. Caracalla accorda le droit de cité à tous les homme i libres de l'empire. Ce fut, avec l'admissionfdes Egyptiens dans le sénat, le seul acte important de son règne. 11 ne s'occupa point des chrétiens. Les pires empereurs ne furent pas les plus acharnés contre la religion naissante, el celle-ci ne fut point troublée sous son règne. La persécution qui é< laîa vers 2!1 en Afrique, et qui nous a valu une admirable
630 CARACALLA — GARACCIOLI
lettre apologétique de Tertullien (Lettre à Scapula) ne fut que la continuation de la persécution de l'empereur Sévère.
CARACCIOLI (Galéas), marquis de Vico, naquit àNaples en loi/. Issu d'une des plus anciennes familles du royaume, il vécut à la cour de r empereur en qualité de gentilhomme de sa chambre et épousa en 1537 Victoria Caraffa de Nocera. Il demeura avec elle jusqu'en 1551 et en eut quatre enfants. Introduit dans la société de Valdès, deM.-A.Flaminius, de Bernardin de Sienne, de Pierre Martyr, il se convertit à l'Evangile, abandonna sa vie mondaine, et lorsque Pierre Martyr dut s'enfuir, il se rendit auprès de lui à Strasbourg, pour le consulter sur ses devoirs de chrétien. Pleinement convaincu de la nécessité de manifester sa foi, il fut, à son retour à Naples, rejeté par des coreligionnaires lâches et poltrons, et après avoir vainement essayé de convaincre Donna Vittoria, en 1551, il s'exila volontairement pour échapper à l'inquisition. Prenant pour prétexte sa charge auprès de Charles-Quint, il passa quelque temps à la cour à Augsbourg, mais lorsque la cour se transféra dans les Pays-Bas, Garaccioli se réfugia à Genève, où il se mit sou» la direction spirituelle de Calvin, qui l'aima et l'honora jusqu'à sa mort (Calvin, Comm. 1 Co?\, dédicace). A Bàle il se lia avec le comte Martinenghi de Brescia, et de concert avec d'autres réfugiés italiens, ils fondèrent à Genève l'Eglise italienne dont le comte fut le premier pasteur et Garaccioli diacre. Sa famille, irritée dans son orgueil, usa de tous les moyens pour l'ébranler. Il eut des entrevues pénibles avec son père, à Vérone (1553) et à Mantoue (1555), lorsque son grand-oncle Paul IV, J.-P. Caraffa, lui offrit de vivre en pleine liberté avec sa famille, dans les terres des Vénitiens. Il revit ses enfants à Lésina, son épouse à Vico (1558) ; son cœur de père et d'époux fut déchiré, mais il demeura inébranlable dans sa foi, et lorsque sa femme lui eut refusé les devoirs conjugaux et de venir librement habiter Genève avec lui, il n'hésita plus et se sépara d'elle pour toujours. De retour à Genève, il en obtint la bourgeoisie, et après un procès peu légal (les lois n'ayant pas prévu son cas), Galéas, approuvé des principaux théologiens réformés qui s'appuyaient sur 1 Cor. VII, 13, 15, envoya à Donna Vittoria la lettre de divorce et se remaria avec Anna Framery, de Rouen (1560). La rédaction de la lettre de divorce fut confiée à la discrétion de Calvin. Galéas, membre du Petit Conseil, puis du Consistoire et du Grand Conseil, vécut dès lors dans une pauvreté honorable, jouissant d'une grande considération dans la communauté italienne et dans la ville. Il fut en relation avec les principaux réformés italiens et avec Renée de France. Tourmenté par un asthme cruel et par les déclamations intempestives d'un sien parent, moine prédicateur qui fut chassé de la ville, Galéas mourut le 7 mai 1586. Sa femme ne tarda pas à le suivre, laissant son avoir au collège, aux réfugiés français et italiens et quelques legs particuliers à Théodore de Bèze, à P. Diodati, à J. Coliadon. — Sources : Nicolas Balbani, lîistoria délia vita di Galeazzo Caracciolo, marchese, Genève, 1587 ; Florence, 1875, publiée par E. Combe ; J. Bonnet* Lettres françaises, II, 207-208; Heyer, Note sur G. Caracciolo, Genève, 1854; Registres du Conseil de Genève, années 1551, 1559- 1560, etc. P. Long.
OÀRÀCCIOLI 031
CARACCIOLI (Antonio., panégyriste de Paul IV et de l'inquisition (1556), écrivit pour cette dernière un Compendium hasreticorum d'une valeur historique égale à celle du rapport de l'évêque Théatin, à Clément Vil. Ce Compendium, dont L'original se trouve dans le British Muséum de Londres et dans la Casatanensis de Home, passe en revue les principales villes de l'Italie, taisant rémunération des plus fameux hérétiques (Morone de Modène, Soranzo de Bergame, Vergérius, 1>. Celso, Bertoli, protégé par le cardinalPolo et la marquise de Pescarr» Pierre Martyr, Flaminius, Tremellius, Martinengo, Ochinus, Vittona Colonna, Renée de France, le due de Palliano, Paleario> etc., etc.) et nous indiquant avec horreur le grand nombre des adhérents de la Réforme. Le Compendium démontre clairement que sans l'inquisition L'Italie aurait eu, elle aussi, une glorieuse et féconde Réformation. — Sources : Compendium haereticorum, publié dans la Rivista Cristiana, avril 1876.
CARACCIOLI (Jean-Antoine), évêque de Troyes, et l'un de ceux qui, eu adhérant à la Réforme, entendirent conserver à leur profit le système épiscopal. Il était né à Melphe, au commencement du seizième siècle, et lils de Jean Caraccioli, prince de Melphe, maréchal de France, originaire d'une ancienne famille du royaume de Naples. Ayant reçu une éducation soignée, il songea à entrer à la cour de François Ier ; mais rebuté bientôt par les charges que cette vie imposait, il se retiraen Provence, au désert de laSte-Baume; puis il prit l'habit de chartreux, et un peu plus tard, en 1538, il entra chez les chanoines réguliers de Saint-Victor, dont, en 1543, il était nommé abbé. Sa conduite, en cette qualité, ne fut rien moins qu'édiiiante, mais il montra de l'habileté, et Paiis lui dut de faire bonne contenance lors de l'arrivée de Charles- Quint. Au mois de décembre lool , il obtenait i'évêché de Troyes, avec licence de garder sa barbe longue. Malheureusement il était sans doute redevable de tant de faveur à ses complaisances pour Diane de Poitiers. Quoi qu'il en soit, Caraccioli, en confessant du moins avec sincérité (pie « sa vie n'estoit point réformée ne telle qu'elle debvoit estre, » se montra contraire aux grands abus de l'Eglise romaine, « la messe exceptée ; » il attira la foule à ses sermons et forma ainsi le premier noyau du troupeau évangélique Troyen. Forcé de se rétracter en lôôi, il lut remplacé par le ministre Poncelet, de Meaux, jusqu'à la persécution de 1557. Etant allé à Rome, cette même année, peut-être pour y solliciter un chapeau de cardinal, Caraccioli, qui paraît y avoir échoué, passa à son retour par Genève, où il conféra avec Calvin et Bèze et sentil se réveiller son penchant pour la Réforme. Toutefois il restait indécis et figura encore comme prélat catholique au colloque de Poiss\ ; mais il y satisfit Bèze par sa courageuse hardiesse, et revenu à Troyes, "1 se prononça enfin ouvertement, et proposa au consistoire de le confirmer, s'il le jugeait bon, dans sa charge d'êvôque. Cette ntion rencontrant des opposants, Calvin fut consulté. Une la blâma pas formellement, et comme Bèze et Pierre Martyr avaient émis, vu Les circonstances, et tout en réservant le principe, un avis relattvemen iavorable à la demande de Caraccioli, il lut élu par le consistoire et