‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 215 sur 263 · CARACTÈRE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE

qui s'allient ensemble dans des proportions particulières et forment ainsi iinc combinaison à laquelle nulle autre n'est exactement pareille. Il suit de là que chacun de nous entre dans la vie, prédéterminé à une certaine manière de sentir, de penser et de vouloir. C'est comme si son être avait été moulé dans une forme spéciale et frappé (Tune marque dictinctive : c'est son caractère naturel. Le croisement des hérédités, le climat, l'éducation, le milieu social et religieux tendent à former à la longue les individus sur un même type général et vague, en effaçant les distinctions individuelles trop accusées (caractère national, européen, etc.). Plusieurs, par faiblesse de volonté ou par manque de principes, s'abandonnent à leurs inclinations naturelles et aux influences environnantes; ils ont le caractère que leur font l'hérédité et les circonstances. On dit souvent de ceux-là qu'ils sont sans caractère, sans doute parce que celui qu'ils ont n'est pas à eux. Mais l'homme n'est point tout entier enfermé dans ce déterminisme. Il est appelé à prendre possession de sa nature pour la spiritualiser, et à faire servir les influences extérieures elles-mêmes à la formation et à l'affranchissement de sa personnalité. Il doit se donner à soi-même son propre caractère. Il ne saurait assurément se reconstruire de toutes pièces, créer en soi des facultés et un tempérament absolument nouveaux. Dans ce sens, il est certain qu'on n'a pas le caractère qu'on veut. D'ailleurs la variété des caractères individuels n'est ni un accident, ni un désordre, ni une . transition passagère; elle est un bien, voulu de Dieu: c'est elle qui fait la richesse et la puissance de l'espèce. Le devoir de l'individu est donc, non pas d'effacer son "caractère propre, mais de le maintenir au contraire et de le développer comme la forme particulière sous laquelle il est chargé de réaliser le bien. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait rien à détruire dans notre caractère naturel. Il en serait ainsi si le développement de l'humanité était normal. Mais, l'espèce humaine étant dans un état de déchéance, l'hérédité mêle des éléments mauvais aux éléments constitutifs qu'elle transmet, et le milieu social et physique exerce souvent une influence corruptrice. « Ce qui est né de la chair est chair. » De là la nécessité d'une nouvelle naissance. Mais la régénération qu'opère Jésus-Christ laisse subsister l'individualité avec ses traits particuliers; pour mieux dire, en délivrant celle-ci de tout ce qui la déforme et la corrompt, elle la reconstitue dans sa divine originalité. Il suffit de se rappeler les caractères si fortement trempés et si nettement distincts d'un saint Pierre, d'un saint Jean, d'un saint Jacques, d'un saint Paul pour comprendre que l'idéal de l'Eglise, la perfection du royaume de Dieu, ce n'est pas l'effacement des diversités individuelles, c'est bien plutôt l'harmonie de personnalités libres et grandes, ayant chacune leur caractère propre et leur rôle, et se complétant les unes les autres en Christ. La transformation du caractère naturel en un caractère chrétien est l'œuvre de toute la vie : elle se confond avec Ja sanctification, dont h; but n'est pas seulement d'accomplir la multitude des actes saints qui si; proposent à la volonté, mais de former un caractère saint. Ajoutons en Unissant que l'on parle souvent du caractère chrétien en général pour désigner l'ensemble des

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vertus chrétiennes, considérées comme formant un tout organique et vivant : c'est en effet, par excellence et idéalement, la marque distinctive du chrétien. — Voir sur le sujet : Rothe, Theologische Et lu' h, III, §§ 629-634, 687; IV, §§ 991-1003; Ad. Wultke, GhristL Sittenkkre, I, § 137; II, p. 882; Ed. de Hartmann, Philosophie de l'Inconscient, trad. par 0. Noie», I, p. 287-291; II, p. 321-336. Ch. Bois.

CARAITES, secte juive dont les derniers vestiges subsistent encore aujourd'hui. D'après l'étymologie ordinaire, basée sur leurs tendances dogmatiques, les caraïtes tirent leur nom du verbe hébreu qârâ (lire), et les qeràim seraient les juifs attachés uniquement au texte biblique. Il est toutefois pour le moins étrange que les Juifs ignorent cette étyrnologie et que le Talmud ne parle pas d'eux sous ce nom. L'étymologie moderne, tirée de l'arabe : korâm, le lecteur, c'est-à-dire le lecteur de la Bible, titre qu'ils s'attribuent eux-mêmes, semble plus judicieuse. L'origine des caraïtes est tout aussi incertaine et obscure. Ils ne descendent pas des sadducéens proprement dits (Néander), quoiqu'ils rejettent, comme eux, la tradition orale ; ce sont les disciples des écoles grecques établies en Syrie et en Palestine sous le règne des Séleucides, et les adversaires les plus acharnés des pharisiens. Longtemps isolés dans leur lutte contre les rabbinites, ils se recrutaient parmi les mécontents, opposant aux doctrines des rabbins, comme principe fondamental, le rejet absolu de toute tradition non renfermée dans l'Ancien Testament ou pouvant en être tirée logiquement. Cette opposition philosophique, religieuse et politique tout à la fois, s'accentua davantage après la destruction de Jérusalem, qui rallia aux mécontents une foule de sadducéens. Etablis d'abord en Palestine sans autre lien commun qu'une communion d'idées religieuses, ces esprits libéraux se répandirent en Palestine et dans les pays environnants. Leur opposition aux rabbinites devint plus vive à mesure que ces derniers exagéraient leurs principes, mais ce n'est qu'au huitième siècle et grâce à l'appui que leur prêta l'Islam que nous voyons apparaître, sous le nom de caraïtes, une communauté indépendante dirigée par l'ancien rabbin Anan et son lils Saùl (Paul). La conversion de ces deux hommes et l'appui qu'ils trouvèrent auprès du calife Abu-Giafar-al-Mansor (734) contribuèrent puissamment à la constitution de la secte. Animés d'un ardent prosélytisme, les caraïtes se répandirent rapidement en Syrie, en Palestine et en Babylonie, et y fondèrent des communautés nombreuses et ardentes. Ils s'organisèrent sous la direction d'un patriarche (nâsi) dont le siège fut d'abord Jérusalem et plus tard Al-Kàhirah (le Caire) ; leurs historiens nous ont conservé la liste complète des vingt-trois titulaires du patriarcat pendant près de neuf cents ans. Après la destruction de Jérusalem (1100), les caraïtes émigrèrent; les uns s'établirent dans le califat d'Alep, d'autres dans l'empire romain d'Orient, d'autres en Egypte, dans les Etats barbaresques, où ils vécurent en véritables nomades, et même en Espagne, où leur influence littéraire manqua faire crouler l'autorité des rabbinites. Chassés de la Castille, ils revinrent vers l'Orient et fondèrent, dès le treizième siècle, en Crimée, dans l'Ukraine, en

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