CARA1TES
Pologne, en Lithuanie, de nombreuses colonies <jui se sont maintenues jusqu'à nos jours. Ils ont en outre des communautés à Constantinople, à Baktschesirai, où ils possèdent une admirable synagogue, à
Dschufukalé, colonie de plus de doux cents familles, en Moldavie, en Valachie et en Gallicie. ("est dans ce dernier pays que, d'après les relation, les pins récentes, ils sont le mieux organisés dans les colonies de Luzk, Ilalicz. Prosz et de Krosnoï-Ostrow ; ils y jouissent de grandes immunités et sont délivrés des lourds impôts qui pèsent sur les Juifs, grâce à une charte, souvent confirmée et remontant au roi Etienne de Hongrie (1578). Ils doivent la considération dont ils jouissent de la part do^ gouvernants et des chrétiens, au milieu desquels ils vivent, à leur honnêteté et surtout à leur abstention de toute affaire de lucre; jamais un earaïte n'a paru devant un tribunal du pays. C'est dire en même temps que les juifs leur vouent, aujourd'hui comme dans les commencements de la secte, la haine la plus profonde et refusent absolument de les admettre à leur table. — Les doctrines des caraïtes, basées uniquement sur les Ecritures, avec le rejet absolu de toute tradition orale rabbinique, peuvent se résumer dans les points suivants : Le monde est l'œuvre d'un créateur éternel, unique et personnel, qui a envoyé Moïse auquel il a donné sa loi. Cette dernière, claire par ellemême, n'a besoin d'aucune addition humaine, car le texte n'aurait pas de sens, s'il n'était pas transparent. Dieu a inspiré les prophètes, et leur a ordonné d'enseigner la résurrection. Il n'abandonne pas les hommes , mais les améliore graduellement par la souffrance , jusqu'à ce qu'ils soient dignes d'être sauvés par Messiah, fils de David. Quant aux autres doctrines de l'Ancien Testament, les caraïtes les admettent et les professent dans leur teneur littérale. Quant aux rites aussi, ils se distinguent des rabbinites, ils n'admettent qu'une seule nouvelle lune, fixée d'après l'apparition de la lune, rejettent les doubles jours de fête, ne se servent pas des tchillin (bandes recouvertes du texte de la loi), sont plus sévères dans l'observation stricte des lois sur le sabbat, les purifications, les morts, le divorce, qu'ils n'autorisent qu'en cas d'adultère, sur le mariage à des degrés prohibés. Depuis la dispersion, le patriarcat a perdu peu à peu toute influence et n'existe plus aujourd'hui. Les communautés s'administrent isolément ; chacune d'elles a à sa tête un chacham (rabbin) qui bénit les enfants (le trentième jour après la naissance) et les mariages, assiste
aourants, dit les prières publiques et fait en même temps l'office criticateur (schochèt). Tout en se maintenant, les caraïtes, que
Locuments officiels autrichiens appellent aujourd'hui caraïmes ou caraïmiteSj ont bien perdu de leur ancienne splendeur et surtout de leur productivité littéraire. Il est d'autant plus important de signaler en terminant, parmi les nombreux et brillants écrivains de la secte, les DOms suivants : David-ben-Boàs (950) , Commentaire sur toutel'Ecri-
: Hadazî-Habêl de Jérusalem (1140) qui, dans son livre Eschkôlffakôphêr, a donné une histoire de la secte el de ses doctrines ; Jacobben-Rûben, qui a écrit un Commentaire biblique très-important ; Ahâron-ben-Josèph (1294), Commentaire sur le Pentateuque ; Ahàron-
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ben-Eliàhû (1350), dont l'ouvrage, Gan-Eden, sommaire des loi religieuses et civiles, est devenu le code de la secte. Les deux ouvrages modernes les plus importants concernant les caraïtes remontent au dix-septième siècle. Samuel-ben-David (1641) a écrit des relations de voyages faits au milieu des communautés caraïtes, et Mardochaï (1099), auquel nous devons beaucoup de détails, a écrit l'histoire la plus complète de la secte qui emprunte une importance particulière à la lutte séculaire et presque victorieuse qu'elle a livrée au rabbinisme. — Sources : Dictionnaire de Bayle ; Reland, Antiquitates sacrx; Bur, Geschichte der-jùdischen Secten; Graëz, Geschichte der Juden; Triegland, Diatrib. de secta Karaït. E- scherdlin.
GARAMUEL (Juan Caramuele di Lobkowitz), célèbre cistercien, né à Madrid en 1606, mourut en 1682, évêque de Vigevano. Moins remarquable par ses nombreux écrits que par les hautes dignités ecclésiastiques dont il fut tour à tour ou à la fois revêtu et par son rôle militaire pendant la guerre de Trente Ans, il a laissé ce souvenir d'un raisonneur habile et d'un homme d'une érudition plus étendue que solide. — Voyez N. Antonio, Bibl. hispana, I; Tadisi, Mem. délia cita di Giov. Caramuele, Venise, 1760, in-4°.
CARAVAGE (Michelangelo Amerighi da Caravaggio) [1569-1609], peintre milanais, formé sans maître, caractère passionné et sauvage, inaugure la réaction contre l'idéalisme religieux des siècles précédents. Sa peinture réaliste copie d'une manière saisissante la nature, dans ses aspects les plus repoussants mais non les moins tragiques. 11 excelle à représenter les scènes lugubres, comme la mort, le crime, la misère et la perversion en leurs types extrêmes. Ses ligures sauvages, laides, grimaçantes portent, même dans les sujets religieux, l'empreinte de la vulgarité. Caravage est par excellence le peintre des vagabonds et des bohémiennes. Ses cadavres ont un grand style. Le coloris de ses tableaux est chaud, hardi, audacieux; le relief des contours est bien accusé; les ombres ou les clairs-obscurs sont traversés d'éclairs fauves qui font ressortir la laideur horrible des haillons et des plaies. Caravage a peint sur fresques Y Histoire de saint Matthieu dans l'église San-Luigi de' Francesi à Home, la Sépulture du Christ au-dessus d'un maître-autel du Vatican, la Mort de la Vierge au Louvre. Ses personnages manquent de noblesse, mais non de vérité. Ge n'est pas le souffle religieux qui les anime; mais ils reproduisent avec un art consommé l'impression navrante que laisse le spectacle des grandes infortunes humaines.
CARCASSQNNE (Carcasso) ne fut évêché que depuis la fin du sixième siècle. Jusqu'au temps de Pépin, l'évêque de Carcassonne ne prit point part aux synodes de Gaule, mais d'Espagne, laSeptima.nie appartenant aux Goths,puis aux Sarrasins. L'histoire de saint Hilaire, dont on l'ait le premier évêque de cette ville, et que l'on suppose fondateur de l'abbaye qui porte son nom, est bien douteuse, moins encore toutefois que la légende d'après laquelle l'Evangile a été prêché à Carcassonne par saint Crescent, disciple de saint Paul. On cite parmi les évêques saint Gimer(931) et Guy, abbédes Vauxde Cernay (1210-1223).
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Le 15 août 1209, La ville l'ut prise sur les Albigeois; ses habitants, qui avaient chassé en 1^2i)7 Béranger, leur évéque, e sortirent nus de ta ville, sans rien emporter que leurs péchés » : ainsi parle Pierre des Vaux de Cernay. L'ancienne abbaye de Notre-Dame de Saint-Sauveur, contemporaine de Charles le Chauve, fut détruite dans l'incendie. L'église de Saint-Nazaire et Saint-Celse, construite au quatorzième siècle, et qui avait autrefois un chapitre soumis à la règle de Saint- Augustin, a remplacé en 1802, connue cathédrale, celle de Saint-Vincent, antique et bel édilice mêlé de roman et de gothique (onzième au quatorzième siècle». Narbonne est la métropole de Carcassonne. — Voyez Gallia, VI; Bouges, Hist. de C, Paris, 1741, in-4°; Mahul, Cartel. </>■ C, 6 vol. in-4°, Paris, 1837-72.
CARCïïEMICÏÏ [Karkemich], ville foniliée importante, au confluent de l'Euphrate et du Ghaboras, à égale distance d'Antioche et de Sélcucie, le Cercusium, Circesïum, Circessum des Grecs (Amm. 3Iarc, 23, 5; Zosim., 3, 12; Procop., 2, 5), le Xacojpa de Ptolémée (5, 18),' est célèbre par la sanglante et décisive défaite que le roi de Babylone Nabuchodonosor y lit essuyer au roi d'Egypte Nécho, la quatrième année du règne de Jéhojakim, fils de Josias, roi de Juda (Jérém. XLYI 2; cf. Es. X. 9; 2 Chron. XXXV, 20).
CARDAN (Jérôme), né à Paris en 1501, professa les mathématiques et la médecine, luttant contre la misère par la publication de nombreux écrits. En 1570, il se retira à Home, où il obtint le titre d'associé du collège médical avec une pension du pape, et mourut en 157(). Bizarre, d'une vanité excessive et s'attribuant, dans son autobiographie, tous les dérèglements, il se vante d'avoir, comme Socrate, un démon familier et le pouvoir de tomber en extase quand il le veut, de recevoir des avertissements par voie de songes ; il prône l'astrologie judiciaire, les amulettes, la magie. Sa doctrine, exposée notamment dans le De subtilitate libri XXI, est un singulier mélange de néoplatonisme et d'averrhoïsme. Le mouvement et la vie de tous les êtres ont leur source dans Pâme du inonde, puissance unique et universelle, qu'il ne parait pas distinguer de la divinité; il proclame l'identité de l'homme avec Dieu : Intellectum sic Dca esse adeptum ut nos prorsus unvm cum eo esse mtueamur (De utilitate ex adv., Il, c. 5). L'esprit peut être considéré soit au point de vue de son essence, et dans ce cas il est absolu éternel, ue connaissant que l'universel, soit dans ses manifestations, dans ses individualisations, et c'est à ce titre quel'homme possède des facultés personnelles. L'àmc est immortelle, mais cette vérité est inu- Lile, langereuse même; étrange réserve qui fait supposer qu'à ses yeux l'immortalité n'est que la continuité du principe de toute vie.
Les œuvres de Cardan ont été publiées en dix volumes (1663). Voyez
l'art, de M. Frank, dans le Diction, des se. philos.; Rixner u. Siber Ijcjirn u. Lehrmeinungen berùhmter Pht/siker des 16«. 17 Jahr h. 1829.
CARDEL (Jean), réfugié protestant, né à Tours en 1635, qui, pour se soustrai e aux persécutions par lesquelles on préluda à la révocation de l'édif de Nantes, alla en 1(>7'p établir à Manheim une grande manulac! ire de soie qu'il porta au plus haut degré de prospérité et de
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richesse. Cette fortune commerciale lit ombrage au gouvernement de Louis XIV : sa perte fut résolue. On l'attira en France et on le prit au piège, pour le conduire au donjon de Yincennes (25 novembre 1685). Vainement l'électeur, le roi Guillaume et les Etats-Généraux: élevèrentils leur voix : on répondit que Cardel était mort. Il avait résisté à toutes les offres qu'on lui faisait pour qu'il changeât de religion et vînt se fixer en France ; il avait bravé les menaces et les tortures ; les larmes mêmes de sa mère, les supplications de ses amis le trouvèrent inébranlable. Transféré dans un cachot fangeux de la Bastille, en août 1690, il y séjourna jusqu'en 1705, le corps chargé de soixante-trois livres de fer, et il n'y succomba qu'après trente années de cette horrible captivité. Il avait là, pour compagnons d'infortune, Farie de Garlin, conseiller du Béarn, La Mas, etc., enfin Braconneau, qui mit lin à ses jours par un coup de couteau, le 18 février 1691. Jean Carde! a, certes, mérité que son nom fût inscrit en lettres d'or dans le martyrologe des réformés de France.
GÀRDEL (Paul), sieur du Noyer, fils d'un avocat rouennais, ministre à Grosménil, près de Rouen. La révocation de l'édit de Nantes le força de se réfugier en Angleterre. Puis il alla en Hollande, où il conçut, avec Cottin, le projet de rentrer en France pour y prêcher sous la croix. À peine arrivé à Paris, en 1088, il fut vendu à la police par une femme de service, et surpris comme dallait avec le médecin Bernier porter ses consolations à une malade. Tous deux furent jetés dans le donjon de Vincennes, et transférés, en 1691, à la Bastille où ils se trouvèrent renfermés avec Blisson, le médecin Bonpaillard, sieur dePavillois, Bouais <et sa femme, impliqués dans la même affaire. Après avoir enduré toutes les tortures plutôt que d'abjurer, Cardel fut transféré aux iles Sainte-Marguerite en 1694, et mourut subitement le 13 juin 1715.
CARDINAL. Ce titre, appliqué d'abord à certains officiers de la cour de Théodose et à divers fonctionnaires de l'empire, s'est étendu aux prêtres titulaires des principales églises et aux diacres chargés des chapelles de moindre importance, pour les distinguer des ecclésiastiques qui ne les desservaient qu'en passant. C'est ainsi que l'évêché de Troyes avait treize curés nommés sacerdotes cardinales, et que Thibaud, évoque do Soissons, appelle dans une charte le curé de Saint-Jean-des- Vignes presbyter cardinales ipsius loci. Au concile de Rome de 823, Léon IV désigne certains prêtres sous le nom de presbyteri cardinales, et leurs églises sous celui de parochiœ cardinales. Il en est de même des diacres. On comprend ainsi que, dans l'origine, les cardinaux étaient inférieurs aux évêques, qu'une non-résidence illégitime leur faisait perdre leur titre, et que, promus à l'épiscopat, ils laissaient leur cardinalat vacant. Mais, conseillers naturels de l'évêque de Rome, ses cardinaux s'élevèrent avec lui et ils ne tardèrent pas à prendre le pas sur tous les dignitaires du dehors. Leur titre se restreignit d'abord aux seuls curés de Rome et à sept prélats voisins. Plus tard, l'importance croissante de cette fonction amena un grave changement dans la manière d'en distribuer les titres. Alexandre III, le premier, nomma cardinaux deux évêques étrangers, et il devint bientôt de règle que tout