CARDINAL — CARÊME
archevêque, évêque, prêtre ou diacre, élevé à cette dignité, prendrait le titre d'une des églises de Rome. Ainsi Charles Borromée, créé cardinal-diacre du titre de Saint-Vitè, l'échangea après son ordination pour celui de cardinal-prêtre de Sainte-Praxède, et le doyen actuel des cardinaux-prêtres est Philippe de Àngelis, archevêque de Fermo. il est difficile de constater le moment précis où le collégedes cardinaux a été ex< lusivement en possession d'élire le pape, car cet empiétement de la cour romaine a subi, comme tant d'autres, un sorte de iluxet de reflux qui ne laisse constater qu'après un long intervalle les progrès accomplis. 11 n*est pas douteux toutefois qu'Hildebrand n'ait puissamment aidé à celle révolution intérieure. En 1058, il profita de ce que les événements politiques fermaient les portes de Rome à la cour pontificale pour faire «dii-e .Nicolas II à Sienne par les seuls cardinaux. Dès lors il ne resta guère au clergé et au peuple que le vain privilège de confirmer par leur consentement la nomination des pontifes. En 1059, le canon I du concile de Rome légalisa cette usurpation en disposant « que l'élection du pape serait à l'avenir principalement au pouvoir des cardinaux, et que le pape élu serait intronisé du consentement des ordres religieux, des clercs et des laïques. » L'élection de Grégoire VII consacra l'innovation. En 1179, le troisième concile de Latran fit le dernier pas et, écartant toute intervention du clergé et du peuple, il remit l'élection du pontife aux seuls cardinaux réunis en conclave. Depuis, les décrets de Grégoire X, de Clément V et de Pie IV ont réglementé dans ses plus minces détails le nouvel ordre de choses. Innocent IV, au concile de Lyon (1443), attribua aux cardinaux le chapeau rouge, Boniface VIII la pourpre et Urbain VIII le titre d'Eminence, en 1630. Un cardinal envoyé en légation s'appelle légat a latere. Le nombre des cardinaux a singulièrement varié. Sixte-Quint, par sa bulle du 3 décembre 1686, Ta fixé à 70, dont 6 cardinaux-évèques, savoir les évoques d'Ostie, de Porto, d'Albano, de Sabine, de Frescatiet de Palestrina, 50 cardinaux-prêtres et 1 i cardinaux-diacres. Par suite de morts récentes, le Sacré-Collège ne comptait, au commencement de 1877, que 5 évêques, 41 prêtres et 10 diacres. Les doyens de chacun de ces trois ordres gouvernent UEglise après la mort du pape jusqu'à l'élection et au couronnement de son successeur. Des écrivains ultramontains se sont plu à comparer le pape et les cardinaux à Moïse entouré des 70 juges qu'il institua sur Israël : on voit que c'est remonter encore j)lus haut que saint Pierre. — Voyez: Ducange, Glossa?'.; Frison, G allia purpurata; Bellarmin, Contr., t. IL, lib. I, 16; Henri de Sponde, Suite de Baronnes, aux années 1254, 1304 et 1362; Aubery, 11ht. des Cardinaux, etc.
P. KOUFFET.
CARÊME (autrefois quaresme, de quadragesima), jeûne de quarante jours qui sert de préparation à la fête de Pâques. L'origine de cet usage est fort ancienne. Les Pères la font remonter aux temps apostoliques, en invoquant à l'appui l'exemple de Moïse sur le mont Sinaï (Ex. XXXIV, 28), de Jésus-Christ avant sa tentation dans le désert Matth. IV, t et parall.), et même les quarante heures que le Christ a passées dans le tombeau. Le concile de Nicée en 325 (can. 3, disU
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XYII1), et celui de Laodicée de l'an 365 (can. 8, dist. III), en parlent comme d'un usage observé dans toute l'Eglise. Jérôme affirme : Nos unant quadragesimam secundum traditionem apostolorum, toto nobis orbe congruo, jejunamus (Epist. XX Vil), et Léon Ier déclare : Apostolica institut ioquadragintadierumjejunioimpjleatur (Sermo XLIII, de guadragesima, VI). Dans la pratique nous voyons toutefois régner une grande diversité. Irénée, cité par Eusèbe (Hist. eccl., V, 24), dit que, de son temps, les uns croyaient qu'ils devaient jeûner un jour, les autres deux, ceux-ci plusieurs jours, ceux-là quarante. Au quatrième siècle, à Rome, le carême ne durait que trois semaines; en Illyrie, en Achaïe, à Alexandrie, par contre, il embrassait sept semaines (Socrate, V, 21 ; Sozomène, VU, 19). Comme on ne devait pas jeûner le dimanche, les six semaines du carême ne donnaient que trente-six jours ; à partir du cinquième siècle, on empiéta sur la semaine précédente et Ton plaça le point de départ du carême au mercredi des cendres (caput jejuniï). L'Eglise grecque commence le carême une semaine plus tôt que l'Eglise latine ; mais elle ne jeûne pas les samedis, excepté le samedi de la semaine sainte. Les anciens moines latins faisaient trois carêmes de quarante jours chacun : le principal avant Pâques, l'autre avant Ncëi (on l'appelait le carême de la Saint- Martin), le troisième de Saint-Jean-Baptiste, après la Pentecôte. — Les anciennes prescriptions touchant la célébration du carême étaient fort sévères. Le concile de Tolède (635) ordonne que ceux qui, sans nécessité, auront mangé de la viande en carême, n'en mangeront point pendant toute l'année et ne communieront point à Pâques. Ceux que leur grand âge ou la maladie obligent à en manger, ne le feront que par permission de révoque. Insensiblement la discipline de l'Eglise se relâcha sur la rigueur ,du carême. Dans les premiers temps, le jeûne, même dans l'Occident, consistait à s'abstenir de viande, de poisson, d'œufs, de laitage, d'huile, de vin, et à ne faire qu'un seul repas après les vêpres ou vers le soir. Seule, l'Eglise grecque aujourd'hui n'autorise que l'usage du pain et de l'eau, des fruits secs et des légumes. Dans l'Eglise latine, lesévêques peuvent donner aux fidèles la permission de manger des œufs, du lard, du beurre, du poisson, et un mandement annuel détermine les conditions du carême; on obtient aussi la dispense du maigre, excepté pour le mercredi, le vendredi et le samedi. L'usage des aliments gras n'est d'ailleurs autorisé que pour un seul repas de la journée. L'argent des dispenses accordées pendant le carême fut autrefois employé aux constructions religieuses. Durant ce temps de pénitence, on ne marie pas ; les autels, les statues, les tableaux, se couvrent de voiles. Dès l'origine, on joignit au jeûne du carême la continence, l'abstinence des jeux, des divertissements et des procès. Jadis les tribunaux étaient fermés pendant tout le carême ou pendant une partie de ce temps, et les châtiments corporels étaient suspendus. Seule parmi les Eglises protestantes, l'Eglise anglicane a conservé l'usage du carême. — Voyez : Thomassin, Traité luslor. et polit, du jeûne, Paris, 1680 ; Beveridge, Notes sur les canons des apôtres, liv. III; Ducange, Glossariunt, s. v. Quadraqcsima; Liemke, Die Quadragesinialfasten der Kirc/ie, Mùnchen, 1853.
OAREY - CARINTHIE C4I.
GAREY (William), missionnaire, né à Paulersbury, en Angleterre en 1761, mon en 1834 dans l'Inde. Amenée l'Evangile parun sermon de Scott le commentateur, il se voua au ministère dans l'Eglise banliste; puis, poussé par une vocation irrésistible, il fonda en 17(.b> la Société des Missions baptistes, dont il fut le premier missionnaire. Ses débuts dans l'Inde furent difficiles, à cause du mauvais vouloir du gouvernement el de la tiédeur des Eglises d'Angleterre. Mais Carev vainquit ces difficultés à force de dévouement et d'énergie. Ses aptitudes extraordinaires pour les langues tirent de lui un orientaliste de première force, et le gouvernement l'appela à enseigner le bengali le mahratta et le sanscrit dans son collège de Calcutta. Il publia la grammaire de quelques-unes des langues de l'Inde et mena de front plusieurs traductions de la Bible dans ces langues. Quand il mourut les presses de la mission qu'il dirigeait à Serampore avaient imprimé 213,000 exemplaires de l'Ecriture sainte en quarante idiomes différents. — Voir sur Carey : sa Vie, par son fils; VHist. de la Soc. miss, bapt. de F. Cox; Great Missionaries, by Andrew Thomson.
CARINTHIE. LaCarinthie, en allemand Kœmthen, est aujourd'hui Tune des provinces allemandes de la monarchie autrichienne. Sous la domination romaine, elle faisait partie du Norique. Lors de l'invasion des barbares, elle tomba entre les mains de tribus slaves, qui en formèrent un duché. Les populations du pays, tant conquérants que * peuple conquis, étaient encore païennes. Les évèques de Passau et de Saltzbourg, et surtout saint Virgile, y firent annoncer l'Evangile, que les basses classes reçurent volontiers, mais auquel la noblesse se montra violemment opposée. La Carinthie ayant été incorporée à l'empire carlovingien, le margrave Gérold, l'un des compagnons de Charlemagne, extermina la noblesse païenne et le christianisme fut dès lors définitivement établi dans le pays. Après le démembrement de l'empire d'Occident, la Carinthie fut successivement rattachée à la Bavière
la Bohème, au Tyrol et enfin, depuis 1335, à l'Autriche, à qui elle n'a cessé d'appartenir depuis lors, sauf de 1809 à 1813. Au quinzième siècle, elle eut à résister à l'invasion des Turcs et réussit à en triompher. La Réformation trouva de nombreux adhérents en Carinthie. En i:i:i:> le pays était presque entièrement luthérien. A la fin du seizième siècle, l'évêque se plaint que le vingtième à peine de la population est resté fidèle à l'Eglise catholique. Mais là aussi les jésuites travaillaient à la contre-réformation. Pendant longtemps on prépara le terrain et lorsqu'on se crut eu mesure, un édit impérial ordonna, en 1601 à tous les luthériens de la Carinthie de se convertir ou d'émigrer dans les sii semaines. L'empereur Ferdinand 11 acheva ce que cet édit avait commencé, et depuis la, fin de la guerre de Trente-Ans, la Carinthie peut être considérée comme une province exclusivement catholique Sur 337,694 habitants (1869), on ne compte (pie l(i à 1,700 luthériens 13 réformés et quelques grecs. Le chef de l'Eglise catholique de Carinthie est le prince évêquede Gurk,qui réside à Klagenfurth; il esl assisté d'un chapitre composé d'un prieur, d'un doyen et de six chanoines, et d'un consistoire composé des membres du chapitre et de
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cinq'conseillers. On trouve à Klagenfurth une école diocésaine de théologie avec sept professeurs, un grand séminaire et un petit séminaire. Le diocèse renferme douze abbayes et prieurés auxquels sont attachés des bénéfices. Le clergé séculier est réparti dans vingt-quatre décanats. Il faut aussi remarquer cinq couvents d'hommes et neuf maisons religieuses de femmes. La Carinthie est un des pays de l'Europe où le catholicisme est le plus fanatique et le moins éclairé. E. Vaucher.
CARITH [Krith, Kérith], rivière de Palestine célèbre par le séjour que fit sur ses bords le prophète Elie (I Rois XVII, 3-5). L'indication topographique' qui en accompagne la mention est obscure, et a permis aux uns de la chercher à Test du Jourdain, au-dessous de Bethsan (Eusèbe, Jérôme et quelques interprètes modernes), aux autres de la placer à l'ouest du fleuve, aux environs de Phasselis (Josèphe, Reland, etc.).
CARLETON (Georges), théologien anglais, né en 1559 à Norham, dans le Northumberland, mort en 1628. Ce fut grâce à la protection du célèbre Bernard Gilpin, désigné par les Anglais sous le nom d'Apôtre du Nord, que Georges Carleton put faire ses études à l'université d'Oxford. En 1618.il fut nommé évêque de Landoff et envoyé avec trois autres théologiens anglais au synode de Dordrecht, où il défendit la cause de l'épiscopat. L'année suivante, 1619, il fut nommé évêque de Chichester, où il resta jusqu'à sa mort. Il a laissé un assez grand nombre d'ouvrages, dans lesquels il se montre grand partisan de la doctrine de Calvin sur la prédestination.
CARLO WITZ (Christophe de), un des plus grands hommes d'Etat de l'Allemagne au temps de la Réforme. Né le 13 décembre 1507, d'une ancienne famille de la Saxe, il se montra très-précoce; à l'âge de douze ans il était à l'université, où il étudia surtout les classiques latins et grecs. A Bàle il fut disciple d'Erasme, et à l'école de droit de Dôle (Franche-Comté) il apprit le français. A vingt-trois ans il entra dans les affaires, au service du duc George de Saxe, qu'il accompagna en 1530 à la diète d'Augsbourg.Ufutle principal conseiller de Maurice de Saxe, surtout pour les affaires religieuses. C'est Carlowitz qui négocia avec Granvelle l'alliance entre Maurice et Charles-Quint, si funeste aux protestants dans la guerre de Smalkalde; aussi a-t-on mis en doute la sincérité de sa foi. Cependant il défendit les intérêts protestants dans les négociations qui amenèrent la convention de Passau. Il travailla avec Mélanchthon à Y Intérim de Leipzig et, après la mort de Maurice, il garda sa position influente sous l'électeur Auguste. En 1555 il prit part à la diète d'Augsbourg oùfut faite la paix de Religion. En 1568 il fut appelé avec Camerarius à Vienne, par l'empereur Maximilien II, pour faire une agende conforme à la confession d'Augsbourg. Dans les dernières années de sa vie, il se retira de plus en plus des affaires et vécut dans ses terres, en Bohême. Il y mourut en 1578. Carlowitz était un homme pieux et bienveillant, charitable et désintéressé.
CARLSTADT, c'est-à-dire André Bodenstein, né à Carlstadt, petit endroit de la Franconie, doit sa célébrité historique au rôle qu'il joua dans le mouvement religieux du commencement du seizième siècle.
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Homme honnête et ne manquant pas de science, mais emporté, extravagant et ne gardant aucune mesure, il eut le malheur d'entrer en collision avec Luther et «l'allumer, en soulevant les premières discussions sur la sainte cène, le i'uuesie hrandonde discorde qui sépara les deux Eglises confessionnelles issues de la Rét'ormation. 11 suivit la carrière académique et se livra au\étudesscolastiques, telles qu'elles se taisaient alors à l'université de Wittenberg, où il arriva bientôt après sa Iondation par l'électeur Frédéric Le Sage, enlo02. 11 prit les grades usités et parvint en lô 10 à celui de docteur en théologie; il obtint un professorat en 1515. Il avait enseigné pendant des années sans même avoir encore vu une Bible. Zélépartisan d'Aristote, il se montra opposé à Taugustinianisme deLuther, devenu son collègue en iol2. Néanmoins ilne put passe soustraire à la longue à l'influence puissante que l'esprit religieux du futur réformateur exerçait sur tout son entourage. Ce fut probablement l'impulsion reçue de Luther qui mena Carlstadt à la lecture des auteurs mystiques dont les idées le fascinèrent de plus en plus. Aussi prit-il fait et cause pour les fameuses thèses que Luther publia contre les indulgences et se vit-il ainsientrainédans la controverse avec le docteur Eck d'Ingolstadt. Mais il ne sut pas tenir tète à ce rude antagoniste lors de la grande dispute de Leipzig en 1319, où du reste chaque parti s'attribua la victoire. Ces faits eurent leur retentissement jusqu'à Rome. La bulle d'excommunication lancée contre Luther vint aussi frapper Carlstadt, ce qui ne lit qu'augmenter son ardeur pour la cause qu'il avait embrassée, bien qu'il fût loin de partager toutes les opinions de Luther. Les réformateurs, en opposant aux défenseurs des vieilles traditions de l'Eglise l'autorité des saintes Ecritures, furent nécessairement conduits à développer et à établir par des recherches scientifiques le principe scripturaire. Carlstadt a le mérite d'avoir été le premier à en faire l'objet d'un traité spécial. Son Libellas de canonicis scripturis (Witt., 1520) restera, au point de vue de l'histoire de la théologie, la plus intéressante de ses nombreuses publications. Mais il faut dire qu'il montra là même combien peu il sut comprendre le principe qu'il était appelé à défendre. A peine s'il se permet un jugement indépendant sur quelques points de détail. La tradition des Pères de l'Eglise constitue pour lui la preuve décisive de la canonicité de chaque livre biblique. 11 est vrai que c'était déjà un antagonisme secret contre Luther, qui le poussait à cette théorie. Loin de savoir comprendre et apprécier l'esprit de liberté et d'indépendance avec lequel Luther jugeait certains écrits bibliques, il attaqua ouvertement la manière dont celui-ci avait osé se prononcer sur le caractère et la valeur de l'épitre de Jacques. Luther ne releva pas le gant que son collègue lui avait jeté (Credner, ZurGesckkhte dcsKanons, p. .21)1 ; Reuss, Histoire du Canon, p. 280). Mais Carlstadt ne se sentait pas bien à son aise a WiUenberg. Il avait aussi laissé tomber certains propos dirigés contre Mélanchthon, et ce fut avec empressement qu'il suivit une invitation deChristiern 11, à venir travailler à la propagation des nouvelles idées en Danemark. Son séjour cependant n'y l'ut que très-court et il revint à Wittenberg. Alors, vers la lin de 1520, commença l'époque la plus importante de sa vie. — Luther se trouvait dans