CARLSTADT
la retraite de la Wartbourg. On n'avait encore presque rien changé aux formes du culte, pour les mettre en harmonie avec les doctrines qu'on prêchait du haut de la chaire. La pratique extérieure était en contradiction manifeste avec la théorie. Les moines du couvent de Luther, les augustins, crurent le moment venu pour procéder à des réformes plus décisives. Ils proclamèrent la nullité des vœux qu'ils avaient prononcés; ils cessèrent de célébrer la messe. L'électeur s'effraya de ces hardiesses; il invita l'université à dire son avis. Carlstadt émit l'opinion qu'aucun changement ne devait être entrepris sans qu'on eût consulté l'assemblée des fidèles. Mais ceux des moines qui avaient quitté le couvent nourrissaient l'agitation des esprits. Carlstadt étant mis en demeure de dire la messe en sa qualité de chanoine, fort de l'assentiment de Mélanchthon et d'autres collègues, et soutenu par les applaudissements de la multitude, se contenta de distribuer la cène conformément aux paroles de l'institution du Seigneur. Mais le mouvement ne s'arrêta pas là. On éloigna tumultuairement des églises les autels et les images. Carlstadt en même temps proposa d'autres réformes qui touchaient aux intérêts de l'ordre civil. Tous les biens des Eglises devaient être réunis en un fonds destiné à subvenir aux besoins des pauvres, et la mendicité devait être abolie. En outre il prit aussi le parti de se marier et épousa la fille d'un gentilhomme pauvre des environs. Enfin l'arrivée de quelques enthousiastes, les prophètes de Zvvickau, à la tête desquels se trouvaient Thomas Mùnzer et Nicolas Storch,l' entraîna à des égarements tout à fait révolutionnaires. Il proclama l'inutilité de toutes les sciences humaines et ferma l'école publique. La ville se trouvait dans un désordre qui allait toujours en augmentant, la paix publique était menacée. L'électeur hésitait d'intervenir. A ce moment, le 6 mars 1522, Luther arriva de la Wartbourg pour sauver la bonne cause. On avait, il est vrai, trop longtemps différé l'introduction des réformes qui découlaient des principes qu'il avait prêches; mais les esprits fanatisés n'observaient plus de mesure. Le réformateur monta en chaire pour s'adresser au peuple et pour lui, exposer avec une éloquence victorieuse combien on avait procédé contrairement à tout principe d'ordre et combien, au nom de la liberté, on s'était laissé entraîner à ériger la pire des tyrannies. Carlstadt, tout en ressentant profondément sa défaite, essaya de reprendre ses fonctions de professeur, mais ne réussit pas à retrouver la clarté et la tranquillité d'esprit nécessaires. Il entra en correspondance avec Th. Mùnzer, dont il ne partageait que trop les idées mystiques et révolutionnaires. Il commença à publier une série d'écrits qui enseignaient le renoncement aux vanités de ce monde. Il déposa son titre de docteur et s'appela « un nouveau laïc », échangeant son costume de prêtre contre l'habit gris et le chapeau de feutre du paysan ; il partagea son temps entre ses occupations littéraires et les travaux des champs ; enfin il se fit élire pasteur à Orlamùnde parle suffrage des habitants. Th. Mùnzer occupait dans le voisinage la cure d'Allstœdt et s'y livrait à des publications pleines de verve, mais aussi d'une violence sans bornes contre Luther et contre les princes régnants, et destinées à amener ie