CARLSTADT
renversement de tout Tordre de choses établi. Luther résolut de s'y rendre pour apaisée les esprits agités. 11 eut à Iéna une explication avec Carlstadtqui repoussa l'accusation d'avoir participé aux menées révolutionnaires de Miinzer.Les reproches réciproques aboutirent à une rupture entre les deux hommes (en août 1524). Carlstadt dirigea contre Luther quelques écrits qui montrent l'excès de fanatisme auquel il se laissa aller : Le royaume des chrétiens, dit-il, ne connaît pas d'autorité mondaine; tout ce qui est opposé à Dieu doit trouver sa fin par la violence {Ob man gemach fahren u. des Aergernisses der Schwachen verschonen soll in Sachen sa Gottis W'illen angehen, 1524). Une autre brochure de cette époque est digne de'remarque, parce qu'elle inaugura les déplorables discussions sur la sainte cène: Ob die Okrenbeichte oder der Glaub allein oderwas denMenschen zu wirdiger Ewpfahung des h. Sacrant, gesc hic kt mach ? Là Carlstadt avança pour la première fois sa thèse que Jésus-Christ en disant : « Ceci est mon corps, » ne désigna pas le pain de la communion, mais sa propre personne. Quoiqu'il se séparât deMûnzer sur la question du droit de réforme appartenant à tout chrétien, qu'il voulait savoir limité aux choses du culte à l'exclusion des institutions politiques et sociales, il se vit banni delà Saxe (18 septembre 1524), et à partir de là fut obligé démener une vie errante. A Strasbourg il dirigea de nouveaux pamphlets contre Luther sur la question de la sainte cène. 11 commença en outre à attaquer la doctrine du baptême, * et Luther l'accuse d'avoir parlé du baptême des enfants comme d'un bain de chien {balneum caninum). Obligé de quitter Strasbourg, il alla à Rottenbourg en Souabe et chercha à se mettre en rapport avec les paysans insurgés de ces contrées. Mais il fut accueilli avec méfiance et jugea prudent de se retirer de ces hordes égarées. Se trouvant dans un complet isolement et sans ressources, il ne vit d'autre salut que de s'adresser à Luther pour obtenir par son intercession la permission de rentrer en Saxe. Il se résigna à une rétractation publique de ses opinions, et après avoir dû promettre de ne pas prêcher ni écrire, il obtint de pouvoir s'établir dans les environs de Wittenberg, pour y vivre en paysan et s'y livrer à un petit trafic de pains d'épices et d'eau-de-vie. — Les discussions qui éclatèrent entre Luther et les réformateurs de la Suisse lui firent reprendre l'espoir de se relever de sa misère et de se réhabiliter dans l'opinion publique. Il entra en correspondance avec quelques sectaires dont les idées se rapprochaient des siennes, et il quitta la Saxe pour trouver un refuge dans le Holstein et dans la Frise orientale, où les anabaptistes et d'autres adhérents de l'opposition religieuse vivaient en toute liberté. Lorsque le landgrave Philippe de Hesse convoqua (en septembre 1529) le colloque de Marbourg pour essayer de rapprocher Luther et Zwingle, Carlstadt lit des démarches pour y être admis, mais sans résultat. Il revint à Strasbourg e( obtint de Bucer et de Capiton une recommandation pour Zurich. Zwingle l'accueillit avec bienveillance et lui procura une place de diacre. Enfin, après avoir encore plusieurs fois changé de résidence et après avoir fourni des garanties d'un esprit plus calme et moins aventureux que par le passé, il réussit, par l'intermédiaire de Bullinger, à