CAS AU BON
il ne put refuser d'être l'un des commissaires protestants dans la célèbre conférence de Fontainebleau entre Du Perron et Duplessis- Mornay, misérable intrigue de cour dont le roi, étalant une. joie indécente, disait six jours après : J'y ai faict merveilles- Casaubon reconnut loyalement que quelques citations des Pères faites par Mornay dans son Institution de V Eucharistie étaient inexactes. Cela suffit pour qu'il fût exposé aux soupçons et même aux calomnies de ses coreligionnaires. Il resta pourtant ferme dans sa foi, malgré les obsessions incessantes, cruellement indiscrètes ou persécutrices dont l'assaillirent Du Perron et le roi lui-même, surtout après qu'il eut été gratifié de la place de bibliothécaire (1604). Quand son fils aîné eut été gagné par les cajoleries des jésuites et l'appât d'une pension de 200écus d'or, il s'écria: «0 Satanx insidiasî qui non po tuer e nie impellere ut imagines adorarem, ut doctrinam diabolorum amplecterer, H filium natu maximum mihi corripuerunt et cor?*uperunt. Fsvvv^aTa kyiow, qui vos movit, ut hanc fraudem adversus me excogitaretis ! » Celui qui appelait les jésuites race de vipères et leur doctrine une doctrine de démons n'avait certes aucune tendresse pour le catholicisme, et il n'en eut jamais. Seulement, il repoussait les dogmes les plus rigides du calvinisme, en particulier la prédestination, dont il disait: «Il est malaisé de ne tirer la conséquence, Deus est author mali. » Il censurait aussi la discipline draconienne sanctionnée par les synodes : « Pour nostre police ecclésiastique, elle ne me semble pas accorder avec l'antiquité. » Homme de conciliation et de paix, il se trouva jeté, malgré lui, comme ses amis Charles Perrot, pasteur de Genève, et le Hollandais Uytenbogaert, dans les luttes de ce rude seizième siècle dont les opinions étaient tout d'une pièce et les instincts si batailleurs ; et il eut à subir tribulations de tout genre, froissements et souffrances. A la mort du roi, il ne se souvint que de ses bienfaits. « Ma perte est si grande, écrit-il à son ami de Hollande (26 mai 1610) ut videar posse dicere, omnes mihi candidos occidisse soles; amisi enim quod nunquam ouo'èv oveipctç sum recuperatus . » Appelé par Jacques Ier, il partit pour Londres en octobre 1610, et reçut de ce roi un accueil si flatteur, si généreux, qu'il se fit naturaliser anglais dès le 3 janvier 1611. Une étrange et horrible maladie (une tumeur monstrueuse dans la vessie) l'enleva à ses études le 1er juillet 1614. Il fut enseveli à ^Vestminster. Critique de premier ordre, il a excellé dans l'art de commenter les textes antiques. Ses éditions de Diogène Laërce, de Polyen, de Strabon, d'Athénée, de Suétone, sont encore des modèles du genre. Il a aussi travaillé sur Théocrite, sur Théophraste , sur Polybe, sur Denis d'Halicarnasse, Dicéarque, Pline le Jeune, Apulée, Perse, Aristote, Dion Chrysostôme, sur le Nouveau Testament, sur Grégoire de Nysse. Ces ouvrages font connaître le savant que l'admiration unanime de ses contemporains a placé au premier rang. Mais l'homme tout entier ne nous a été révélé que dans ces derniers temps par la publication de ses Ephémérides. Ce journal intime nous peint au vif et jour par jour, en traits aussi nobles que touchants, l'exquise sensibilité de son âme, sa foi profonde, ses tentations et ses combats, son humilité, sa résignation dans l'épreuve, son indestructible con-
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fiance en Dieu, et aussi (pourquoi ne le dirions-nous pas?) les chagrinsdomestiques qui lui venaient parfois de 1 humeur contredisante de sa chère Florence. Domine, fateor ita maritam esse meam, ut quœ allevationi et auxilio esse débet , su mterdum studiis )iostris impedimentum (Ephem., ï\ di'c 15(.>7>. Ce dernier ouvrage lui assurera toujours autan* d'amis qu'il aura de lecteurs. — [s. Casauboni Fpistolœ, publ. parRaphaë. Thorius, La Haye. 1038, in-8" de 8i8 p.; Praestantium ac erudit. virorum Epistolx ecd. et theoL, Amsterdam, 1660, in-4° de 901 p., v. surtout, p. .*)^ï ss.j l'entretien de Casaubon avec Uytenbogaert, à Paris, en 1010 ; .1. Kussell, Ephemerides ls. Cas. cuni prxfatione et notis, Oxford, 1850, c2 vol. in-8° de plus de 1500 p.; Haag, Fr. prot., III; Bulletin, du prof. fr.} II; Théoph. Dufour, V Intermédiaire, n° du 10 février 1800; A. Germain, /s. Casaubon à Montpellier, broch. in-4°, 1871; Cellérier, La seule chose nécessaire, recueil mensuel, Harlem, 1857, p. 07 à 87. Ch. Dardier.
CASAUBON (Méric), né à Genève le 14 août 1599, fut envoyé en 1008 à Sedan où il fut élevé jusqu'au départ de son père pour l'Angleterre, en 1010. Il fut admis eu 1014 à l'université d'Oxford, où il fit de rapides progrès, et en 1021 il prenait le grade de maitre es arts. Son début, la même année, fut une remarquable apologie de son père contre les calomnies de divers écrivains catholiques, qui lui mérita la faveur de Jacques Ier. Un second mémoire fut encore écrit par lui, au désir* du roi, qui le fit traduire en français et en anglais. Il fut nommé bientôt à la cure de Bledow et devint prébendaire de Cantorbéry et recteur d'Ickham. Déjà bachelier en théologie, il fut fait docteur en 1030. La guerre civile vint le priver de tous ses bénéfices; il n'était rien moins qu'heureux lorsque Cromwell lui offrit, en 1049, d'écrire une histoire impartiale de la guerre qui venait de renverser la royauté. Il refusa, et Cromwell, sans lui en vouloir, lui lit d'autres avances qu'il déclina également par loyauté. La Restauration lui fit recouvrer ses avantages. Il mourut le 14 juillet 1074, laissant un nom honoré pour sa science et pour son caractère. Un de ses fils, Jean, a exercé comme chirurgien à Cantorbéry. — Sa bibliographie comprend trente-neuf articles, principalement d'érudition, qu'on trouve dans >a France protestante.
CASELIUS (Jean), né à Gœttingue en 1533, un des humanistes les plus distingués de l'Allemagne, eut pour maîtres Mélanchthon etJ.Camerarius, puis à Florence Pierre Victor, qui avait rétabli la connaissance exacte du péripatétisnie, et à Bologne l'archéologue Ch. Sigonius. Professeur à Rostock jusqu'en 1589, puis à Helmsta^dt, il vit son influence combattue par les ramistes, qui considéraient l'étude approfondie de L'antiquité païenne comme dangereuse pour la jeunesse. L'université de Helmsta^dt était divisée sur l'opportunité de signer la Formule de Concorde, à cause du dogme de l'ubiquité de la nature humaine du Christ, et la philosophie aristotélicienne avait été, selon l'usage; de cette époque, mêlée au débat. En 1589, Dan. Hoffmann, qui avait passé de L'enseignement de la dialectique à celui de la théologie, professa, dans une disputation (Propositiones de Deo et Chrtsto opposite pontifiais et
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omnibus cauponantibus verbum De}), que la raison est naturellement opposée à Dieu et que la philosophie nous rend hostiles à la théologie. L'attaque était dirigée contre les aristotéliciens et contre les caséliens. Sans entrer dans la discussion théologique, Caselius demandait, avec modération, qu'on reconnût bonas literas et logicen et philosophiam... s.literarumcultoribus ornamento esse, utiles et necessarias. Hoffmann subit une disgrâce momentanée; mais lorsqu'il fut rétabli dans sa chaire, la situation de Caselius devint pénible. Il gémissait de voir arriver une nouvelle période de barbarie. Il trouvait du moins une consolation dans l'amitié des principaux savants de l'Europe, entre autres de J. Scaliger et de Casaubon, et dans l'attachement de quelques élèves, parmi lesquels le plus distingué fut Calixte. Il mourut en 1613. Ses œuvres philosophiques n'ont pas été publiées. — Voyez E. Henke. G. Calixt u. seine Zeit, 1833, I, p. 50-73.
CASIMIR, le troisième des treize enfants de Casimir III, roi de Pologne, né le 5 octobre 1458, reçut une éducation digne de son rang, mais témoigna de bonne heure un penchant prononcé pour la vie religieuse. Les écrivains catholiques ont cherché dans la piété filiale et le dévoûment pour l'Eglise une excuse pour l'expédition malheureuse qu'il entreprit contre Mathias Corvin, roi de Hongrie, à l'instigation de ses sujets révoltés. Quoiqu'il en soit, après l'échec de sa courte campagne
la suite delà paix conclue avec Mathias par l'intermédiaire du pape Sixte IV, le grand-duc Casimir se retira dans le château de Dobski, et vécut désormais dans les pratiques de la piété ascétique la plus rigoureuse et d'une dévotion superstitieuse, interrompue seulement par des visites aux pauvres et aux malades et par des distributions fréquentes d'aumônes, dont la plus grande partie allait aux couvents et aux églises. Insensible aux appels de son père et de sa famille, il vécut et mourut loin de la cour, après avoir refusé toutes les charges laïques et ecclésiastiques qui lui furent successivement offertes. Sa biographie est toute remplie du récit de ses actes de piété et des miracles accomplis sur son tombeau à Vilna,où il mourut le 4 mars 1483 et où l'on a retrouvé un long poëme qu'il composa en l'honneur de la Vierge. Bientôt canonisé par la cour de Rome, il passa pendant des siècles pour le patron de l'orthodoxie catholique contre les hérétiques, et les Polonais vinrent en foule chercher dans l'attouchement de ses reliques la guérison de leurs maladies. — Voyez AA.SS., 1er mars, IV;Ferreri, Vita C, 1520, in-4°.
CASIMIR (le duc Jean), lils de l'électeur palatin Frédéric III, dit le Pieux. Ce prince aimait à rappeler « que ledit duc Casimir avoit esté, quelque espace de temps, nourry en France et y receu beaucoup de gracieusetés et honneur» (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 6619). Tout jeune qu'il était, sous Henri II, il y avait été bienveillamment accueilli par quelques-uns des principaux représentants du protestantisme avec lesquels il était resté en relations depuis son retour en Allemagne (voyez ses lettres au prince de Portien et à Renée de France. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3196, 3218). Dans le cours delà seconde guerre de religion, Casimir fut autorisé par son père à se rendre en France, à la tête d'un