CASSIEN — CASSIN
nissement de ce dernier, ils se rendirent à Rome, pour solliciter l'intercession d'Innocent Ier en faveur de l'illustre exilé. On ignore les détails de leur démarche. Cassien resta désormais en Occident. Vers 410 il fonda deux couvents près de Marseille, l'un pour des hommes, l'autre pour des femmes. Ses deux principaux ouvrages sont destinés à recommander et à régler la vie monastique. Dans l'un, De cœnobiorum instituas libri XII, adressé à Castor, évèque d'Apt, Cassien expose des préceptes sur le costume, la nourriture, les occupations, les exercices spirituels des religieux, et montre ensuite comment, selon lui, ce genre de vie est le seul qui permette de triompher des vices. L'autre, Collationes Patrum, contient les souvenirs de ses voyages en Egypte et de ses entretiens avec les pères du désert, sur la perfection ascétique et sur les moyens d'y parvenir. C'est dans la treizième de ces collations que Cassien exprime les opinions à cause desquelles on le considère comme le premier auteur du semipélagianisme (voy. cet article). Lors de la querelle nestorienne, il écrivit en 430, à la demande de l'archidiacre romain Léon (plus tard pape, Léon Ier), sept livres De incamatione advenus Nestorium; dans cet ouvrage il met, comme l'avait fait Cyrille d'Alexandrie, la doctrine de Nestorius en rapport avec celle de Pelage. Il mourut peu après 432. LepapeGélase rangea ses ouvrages au nombre des apocrypka, c'est-à-dire de ceux qui étaient suspects d'hérésie. La meilleure édition de ses œuvres est celle d'Alard Gazaeus (Gazet), Douai, 1616, 3 vol. in-8° ; plus compl. Arras, 1628, in-f°. — ■ Voyez : Hist. lit. de la Finance, t. II, p. 215 ss. ; Wiggers, DeJohanne Cassiano, 3 p., Rostock, 1824, in-4°; le même, Darstellung des Augustinismus und Pelagianismus, t. IL Cn. Schmilt.
CASSIEN (Jules). Voyez Docétisme.
CASSIN (Mont, Monte- Casino), le célèbre couvent qui devint la souche de l'ordre des bénédictins, dans un des plus beaux sites, au sommet d'une montagne qui domine lavillede S. -Germano (Casinam), dans la terre de Labour, entre Rome et Naples. Avec ses tours et ses murs il présente plutôt l'aspect d'une forteresse du moyen âge que d'un monastère. L'église et les autres constructions datent du dixseptième siècle et neportent plus rien du cachet des siècles antérieurs. La colonnade qui forme l'entrée est ornée des statues colossales de saint Benoît et de sa sœur, sainte Scholastique, ainsi que d'autres personnages. Les portes en bronze de l'église sont venues de Constantinople, elles remontent au onzième siècle et portent une inscription qui énumère les dates les plus importantes de l'histoire de l'abbaye. La bibliothèque renferme des trésors en fait d'anciens manuscrits et de chartes des rois lombards. Plus de treize siècles se sont écoulés depuis que le fondateur de la vie monacale en Occident, saint Benoît, vint établir sa demeure dans cette splendide solitude (529) et élever une chapelle sur les ruines d'un temple d'Apollon, à ce que rapporte la tradition. Ce fut là qu'il traça la règle qui servit de modèle à la plupart des ordres monastiques. Les annales de l'ordre de Saint-Benoît puisent une bonne partie de leur éclat dans celles du Mont-Cassin. Plusieurs papes, nombre d'évêques et des saints par centaines sortirent de cette abbaye. Les
CASSIN (Mont-) GM
richesses qui bientôt vinrent s'y accumuler et les vastes domaines dont elle Eut dotée ne lui portèrent guère bonheur. Source de relâchement, de dissolution et de décadence pour Tordre, ils attirèrent plus d'une t'ois la rapacité des barbares lors de leurs incursions en Italie. Néanmoins L'amour des études et des lettres, cette gloire de Tordre des bénédictins, conserva toujours un refuge parmi les moines du Mont-Cassin. Trente-sept ans à peine après la mort de saint Benoit (543), son couvent tut saccagé pour la première fois par les Lombards (pour la suite de ces faits nous pouvons à peu près nous laisser guider par les indications de T inscription susmentionnée). Les moines dans leur fuite purent emporter quelques-uns de leurs objets les plus précieux. Ils furent accueillis à Home par le pape Pelage II et s'y lixèrent jusqu'en 720, où l'abbé Pétronax releva, avec Taide de Grégoire II, les ruines de l'ancien monastère. Dans Tintervalle, Tordre, sous la protection des papes, avait étendu sa mission civilisatrice jusque sur les bords de la mer du Nord et dans les Iles Britanniques. Ce fut à l'impulsion de Grégoire le Grand que Tabbé saint Augustin partit à la tète de quarante bénédictins et devint Tapôtre des Anglo-Saxons et archevêque de Canterbury. La plupart des biens furent restitués au couvent du Mont- Cassin, de nouveaux privilèges furent ajoutés aux anciens. Quelques hommes distingués contribuèrent à y favoriser le goût des études. Le diacre Paul ^Yarnefrid, que Charlemagne appela auprès de lui pour l'aider à répandre quelques lumières parmi le clergé de son empire, revint finir ses jours au Mont-Cassin, dont il fut une des illustrations (Daim, Paul Diaconas, 1870). Mais ce temps, pendant lequel Téclat du Mont-Cassin brillait au milieu des ténèbres d'un monde qui menaçait de retomber dans la barbarie, ne dura guère. En 884 les Sarrasins vinrent piller et dévaster la riche abbaye, et elle demeura de nouveau abandonnée jusqu'au milieu du dixième siècle. Les moines retirés à Teano et ensuite à Capoue se laissèrent aller à un relâchement de discipline toujours croissant. Aligerne devint le troisième fondateur de Tabbaye, l'empereur Othon Ier lui accorda sa puissante protection ; mais déjà le successeur d'Aligerne, Tabbé Manso (986) s'abandonna aux plaisirs de ce monde, la discipline et les mœurs retombèrent dans une profonde décadence. Ce ne fut que Tabbé Désidérius, le successeur au siège pontifical et le continuateur de l'œuvre de Grégoire VII, qui par son énergie parvint aussi à ramener un meilleur ordre de choses à Monte-Casino (1058-1087). Il restaura les édifices et reconstitua les biens, le pape Alexandre II vint lui-même consacrer l'église, le nombre desmoines augmenta de nouveau, les études mêmes rentrèrent dans les murs du monastère, du moins autant que l'esprit et les troubles de ces temps !•' permettaient. L'abbé Brunon, qui plus tard devint évêque de Segni dllO), se fit un nom comme exégète et plus encore comme biographe du pape Léon IX. Le moine Jean de Gaète sortitdu Mont-Cassin pour, devenir cardinal et monter ensuite sur le saint-siége, où, sous le nom deGélasell, il continua la lutte des papes contre l'empereur Henri V. Une autre gloire de Tabbaye fut le bibliothécaire Pierre le Diacre, qui par ses écrits, tels que son Chronicon