CASSIN — CASSIODORE
casinense et son De Viris iUustribus Casinensibus, chercha à relever Téclat de la fondation de saint Benoit. Mais l'affluence de nouvelles richesses amena une nouvelle époque de décadence. L'empereur Frédéric II, dans ses guerres avec les papes, profita de la situation du couvent pour en faire une citadelle et pour y mettre une garnison ; les moines s'enfuirent, à l'exception de quelques-uns (1239). Après une vingtaine d'années seulement les choses rentrèrent dans l'ancien ordre. Le pape Urbain IV appela un abbé de Cluny pour réformer le vieux cloitre. Mais ce fut en vain. Les vastes domaines devinrent un objet de convoitise même pour les papes. Boniface VIII jeta l'abbé Angelario dans les fers. Jean XXII remit les intérêts temporels et spirituels à un administrateur pris en dehors du couvent, tout en élevant l'abbaye au rang d'évêché (1321). Les malheurs qui frappèrent l'Italie à cette époque n'épargnèrent pas le Mont-Cassin. Et de plus un tremblement de terre vint renverser tous les édifices en 1349. Toutes les maisons de Saint-Benoit concoururent à les relever. Enlin en 1649 Benoit XIII leur donna l'aspect qu'ils ont encore aujourd'hui. Les guerres de la Révolution furent désastreuses pour l'abbaye. Les généraux et les armées de la République française ne manquèrent pas de lui faire leurs funestes visites. Dès 1799, quand Ghampionnet vint occuper Naples et créer la République parthénopéenne, de lourdes contributions de guerre lui furent imposées. Elle n'échappa pas non plus au pillage. Et quand Joseph Bonaparte arriva en 1805, l'ordre de Saint-Benoit et l'abbaye du Mont-Cassin subirent le sort de tous les ordres monastiques et de leurs couvents en Italie. Leur suppression fut décrétée et leurs biens furent réunis au domaine de la couronne. La bibliothèque resta à sa place et la garde en fut confiée aux anciens religieux. Pie YII eut soin de rétablir l'abbaye par le concordat qu'il négocia avec le roi Ferdinand. Dans ces derniers temps une vingtaine de moines vivaient à Monte-Casino et y dirigeaient un petit collège, un séminaire épiscopal et une imprimerie. Parmi eux F raja Frangipane et surtout Luigi ïosti sont généralement connus dans le monde savant, et leurs ouvrages scientifiques ont fait revivre les meilleures traditions de l'antique abbaye.— Léo Ostiensis et Petrus Diaconus, Chronica monasterii Casùiensis (edit. Muratori, Script, rer. itaL, IV; Wattenbach, dans Pertz, Monum. script., VII) ; Angélus de Nuce, Chronica Casinensis, 1668 (Muratori, Script., IV); Petrus Diaconus, Liber illustr. viror. Casin. archist. (éd. Marus, Rom., 1655 ; Murât., Scr., VI) ; Necrologiwn Casin. (éd. Gattula in ejuscl. Hist. Casin., M. Cas., 733) ; L. ïosti, Storia délia Badia di Monte Cassino, 3 vol., Napol., 1843, in-8° ; Caravita, 1 codici e le arti a Monte Cassino, 3 vol., M. Cas., 1869; Bibliotheca Casinensis s. Codd. mss. Casin. cura et stud. monachor . aff. M. Casini, 2 vol., ex typ. Casin., 1873, in-fol. E. Cunitz.
CASSIODORE {Marcus Aurelius Cassiodorus Senator), ministre célèbre de Théodoric le Grand, roi des Goths,et de ses successeurs, naquit vers 477, dans le Bruttium, probablement à Squillace, d'une famille qui avait occupé de hauts emplois dans les derniers temps de l'empire. Questeur dès l'âge de vingt ans, secrétaire privé de Théodoric et
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remplissant auprès de lui les fonctions d'an véritable ministre de l'intérieur, consul et à trois reprises préfet du prétoire, il travailla sans relâche à la conciliation entre les Goths et les Romains, qui était le but de la politique de son maître. Quand le roi, égaré par ses courtisans, se mil à persécuter ses plus fidèles serviteurs, Symmaque et Boèce (voyez ces noms , qui étaient en même temps les amis de Sénateur Cassiodore, celui-ci sut se retirer à temps de la cour et éviter l'orage. Il y rentra peu après, en 525, et y resta jusqu'en 540 environ, époque où il se retira dans le monastère de Viviers (Vivarium) qu'il avait luimême établi dans ses propriétés du Jïruttium. C'est là qu'il se livra jusqu'à un âge très-avancé (il écrivait encore à quatre-vingt-treize ans) à une activité littéraire des plus variées, excitant le zèle de ses moines et dirigeant leurs travaux.. Ses Institutiones divinarum et lœcularium h ctionum (ou litterarum) sont un plan général d'études. Le premier livre, divisé en trente-trois chapitres, autant que la vie du Christ comptait d'années, est consacré à la théologie et à l'histoire ecclésiastique à laquelle il donne une grande place; le second livre passe rapidement en revue les sept arts libéraux. Son Commenta?ium in Psalmos est un ouvrage volumineux, composé à l'imitation des Enarrationes in Psalmos de saint Augustin et dans lequel il explique les psaumes aux points de vue littéraire, historique, moral, mystique et symbolique, non sans beaucoup de subtilité et de pédantisme. Il a accordé une grande place dans ces commentaires à la recherche des types prophétiques dans l'Ancien Testament. Cet ouvrage a été très-répandu au moyen âge, ainsi que le dernier en date de ses écrits, le traité De anima, où il expose à un ami, sous une forme agréable, simple et facile à saisir, les théories de la philosophie chrétienne sur l'âme. Les Complexiones in epistolas et Acta aposfolorum et Apoealypsin ont été (peu répandues. UHisforia tripartita qui lui est quelquefois attribuée n'est pas en réalité son œuvre. C'est une mauvaise compilation des trois histoires ecclésiastiques de Socrate, Sozomène et Théodoret, continuateurs d'Eusèbe. qui fut exécutée sur la demande de Cassiodore par un de ses amis, Epiphane. Le De orthographia est également de peu de valeur. Les écrits historiques de Cassiodore ont été importants; malheureusement il ne nous en reste que peu de chose. Il avait composé une Histoire des Goths en douze livres qui est perdue, mais qui a servi de source a VHistoria Gothorum de Jordanis (vulgo Jornandès), et un panégyrique sur les Rois et Reines des Goths dont on croit avoir quelques fragments (cf. Memorie delV Accademia di Torino, sér. II, 2, 8, p. 169 . Sa Chronique s'est conservée; mais bien qu'elle remonte à l'origine du monde, elle est très-courte et n'a d'autre but que de donner la liste des consuls. Les notes qui accompagnent cette liste n'ont qu'un médiocre intérêt. Heureusement le grand recueil des lettres de Cassiodore, Varia- ?ntm libri XII, nous est parvenu en entier. C'est le recueil de tous les actes qu'il avait écrits, soit au nom du roi comme questeur et comme magister officier um, soit en son propre nom comme préfet du prétoire. Cette collection est des plus précieuses pour l'histoire du sixième siècle et pour la connaissance de la législation et de l'administration sous la