CASSIODORE — CASTALION
domination gothique. Sénateur Cassiodore mourut presque centenaire * entre 570 et 580. C'était un esprit encyclopédique, à tendances éminemment pratiques. Dépourvu d'originalité, il n'a guère fait que des compilations ; mais il apportait dans toutes ses œuvres la clarté et la méthode qui avaient fait de lui un excellent administrateur, et il a exercé, comme vulgarisateur, une grande influence. La meilleure édition de ses œuvres est encore celle de D. Garet (Rouen, 1679, 2 vol. in-f°, et Venise. 1729). Sa Chronique a été publiée et étudiée par M. Mommsen dans les Abhandlungen der Kœnigl.Sxchs. Gesellschaft der Wmensckaften, phiL hùt. Klasse,Rà: [\\.— V oyez sur Cassiodore :A. Thorbecke, Cassiodorus Senator, Heidelberg; A.Franz, Cassiodoms Senator, Breslau, 1872; Ebert, Geschichte der Christlich-lateinischen Literatur, t. I, p. 473-490; J. Ciampi, / Cassiodori nel V e nel VI secolo, Imola, 1876.
GrABEIEL MOXOD.
CASTALION (Sébastien). Son vrai nom, sous lequel il a publié sa Bible française, était Chateillon, et comme il était né en 1515 à Châtillon en Bresse, c'était à la fois le nom de sa famille et celui de son lieu natal. Il lui donna la forme latine de Casteillon; mais quelqu'un, par méprise, l'ayant appelé un jour Castalion, il adopta ce nouveau nom, qui lui rappelait la fontaine Castalie, consacrée aux muses, au culte desquelles il était alors voué, faisant des vers et aimant à les lire. Plus tard il eut regret de ce changement. Ses parents étaient pauvres. Iln'en réussit pas moins à satisfaire son goût pour l'étude. Chargé d'accompagner comme précepteur trois jeunes Lyonnais à l'université, il en suivit lui-même les cours et se perfectionna dans la connaissance des langues anciennes ; non content de bien savoir le latin et le grec, il voulut aussi apprendre l'hébreu. En 1540, il demeura pendant quelques jours à Strasbourg chez Calvin, qui, frappé de son savoir et de ses sentiments pieux, l'engagea, après son rappel à Genève, à accepter le poste de régent dans le collège de cette ville. 11 s'y acquit l'estime de tous, et les ministres faisaient un tel cas de lui qu'ils avaient résolu à l'unanimité, ainsi que Calvin l'atteste, de lui confier la charge de pasteur, ut nostro omnium consensu jamad munus pastorale destinatus esset. Il n'en rencontra pas moins une vive opposition de leur part quand il se présenta pour la place de chapelain de l'hôpital des pestiférés. Casteillon avait pris l'habitude de s'exprimer avec une grande liberté sur les matières de religion ; il avait, en particulier, témoigné des doutes sur ce qu'il fallait entendre par la descente de Jésus aux enfers et parlé du Cantique de Salomon en termes peu révérencieux. Sa demande ayant été soumise au Conseil, les ministres firent savoir à celui-ci, dans sa séance du 14 janvier 1544, par l'organe de Calvin, que, quelque savant qu'il fût, il ne leur paraissait pas, à cause de cela, propre au ministère. Casteillon, profondément blessé, se décida à quitter Genève. Il obtint des ministres un certificat, signé par Calvin, où il est dit que c'est volontairement qu'il s'est démis de l'emploi de régent après l'avoir rempli à leur entière satisfaction, et que les opinions émises par lui sur les deux points cités sont le seul motif qui ait empêché son admission dans le corps pastoral. Calvin, fort inquiet sur ce qu'il allait
devenir, lui remit en outre, à son départ, des lettres de recommandation et écrivit plusieurs l'ois à Yiivt pour le prier de cherchera lui être utile. Casteillon se fixa à Halo et y lit imprimer dès Tannée suivante, en 1545, sous Le titre de Dialogorum sacrorum libri quatuor •, des entretiens sur Thistoire sainte, dont les trois premières parties, comprenant l'Ancien Testament, avaient déjà été publiées à Lyon en 15'tO et à Genève en 1543. Il avertit dans la préface que cet ouvrage étant destiné aux entants, il s'est appliqué dans le premier livre à écrire en un latin qu'ils pussent aisément comprendre, et que ce n'est que dans les livres suivants qu'il s'est permis de donner un peu d'élégance à son style. La dernière édition de ces dialogues est celle de Francfort, 1767. Casteillon avait résolu de traduire la Bible en latin et en français. Les cinq livres de Moïse, Moses latinus ex hebrxo factus, parurent àBàleen 1546, le Psalterium reliquaque sacrarum literarum carmina et precationes en 1547, la Bible entière, Biblia sacra latina, en 1551, et la version française, avec des annotations sur les passages difficiles, en 1555. Il dédia l'une de ces traductions au roi d'Angleterre Edouard VI, l'autre au roi de France Henri II, peut-être pour avoir l'occasion de plaider auprès d'eux la cause de la liberté de conscience, ce qu'il a fait en termes excellents. Il la plaida aussi en plusieurs écrits avec un grand bon sens et une grande énergie, après que Michel Servet eut péri à Genève sur un bûcher, contre Calvin et Bèze, qui soutenaient qu'il est licite * aux magistrats de punir les hérétiques : « Tuer un homme, dit-il dans l'un d'eux, ce n'est pas protéger une doctrine; c'est seulement tuer un homme. Quand les Genevois ont tué Servet, ils n'ont pas défendu une doctrine ; ils ont tué un homme. Maintenir une doctrine n'est pas l'affaire du magistrat (car quel rapport y a-t-il entre une doctrine et le glaive'?); c'est l'affaire du docteur. Mais protéger le docteur, comme il protège le laboureur, l'ouvrier, le médecin et les autres, contre le tort qu'on leur veut faire, voilà ce qui regarde le magistrat. C'est pourquoi, si Servet avait voulu tuer Calvin, le magistrat aurait eu raison de défendre Calvin. Mais Servet ayant combattu avec des arguments et des écrits, c'est avec des arguments et des écrits qu'il devait être repoussé » (Contra libellum Calvini in quo ostendere conatur flœreticos jure gladii coercendos esse, 1554, art. 77). Les réformateurs afiirmant en ce temps-là comme les inquisiteurs que le devoir des magistrats est de châtier les hérétiques, parler ainsi c'était s'élever au-dessus de son siècle. A son arrivée à Bàle, Casteillon avait eu à lutter contre de sérieuses difficultés pour pourvoir aux besoins de sa famille. Il y vécut toujours dans la pauvreté, et Montaigne dit de lui et d'un autre savant son contemporain, «qu'ils sont morts en état de n'avoir pas leur soûl à manger» [Essais, livre I, cli. xxxiv).Ses traductions, poursuivies pendant tant d'années, n'étaient rien moins qu'un travail rémunérateur. 11 avait d'ailleurs été précédé à Bàle par le bruit de ses différends avec les ministres de Genève ; on s'y déliait de lui, et ce n'estque quand la publication de sa version latine de la Bible eut fait connaître sa valeur. qu"il y lut attaché, en 1552, à L'université comme professeur de grec. Dans les noies jointes à cette version il continuait à user de la liberté u. '.:i
de discussion qu'il avait revendiquée alors qu'il était régent ; et il se trouvait maintenant, bien plus qu'à cette époque, en désaccord avec la doctrine enseignée par Calvin. On peut voir en quoi il se séparait surtout de lui par ses Entretiens sur la prédestination et l'élection, écrits seulement, paraît-il, pour être prêtés à des amis, mais qui ont été imprimés après sa mort (Dialogi IV, de Prœdestinatione ; de Electione; de liber o Arbitrio; de Fide, Aresdorffii, 1578) . Calvin, déjà irrité de l'attitude qu'il avait prise vis-à-vis de lui après la condamnation de Servet, le fut davantage encore quand Casteillon se posa comme adversaire de sa théologie. Il le traita de brouillon, sans le nommer, sur le titre d'un opuscule destiné à le combattre : Brevis responsio ad diluendas nebulonis cujusdam calumnias quibus doctrinam de scterna Dei prœdestinatione fœdare conatus est (1554). Trois ans après, il le désigna de même en tête d'un autre écrit : Calumniœ nebulonis cujusdam, quibus odio gravare conatus est doctrinam J. Calvini de occulta Dei providentia, et J. Calvini ad easdem responsio (1557). Bèze, de quatre ans plus jeune que Casteillon, prit part aussi à cette nouvelle querelle. C'est lui surtout qu'il avait en vue dans le livre qu'il publia alors contre ceux qu'il accusait « de vouloir renverser la prédestination éternelle de Dieu, fondement unique de notre salut : Ad s y cop liant arum quorunclam calumnias quibus unicum salutis nostrœ fundamentum , id est œternam Dei prxdettinationem, evertere mtuntur (1557). Les versions de Casteillon n'étaient pas les premiers essais de traduction des saintes Ecritures faits à cette époque. On connaît les travaux d'Erasme, d'Osiander, de Le Fèvre d'Etaples. Robert Olivétan avait fait paraître en 1535 à Neuchâtel la Bible entière traduite par lui en français. Calvin en avait donné une édition revue en 1545, et il ne cessait pas de rechercher dans ses commentaires le vrai sens du texte original. Bèze publia en 1556 une traduction latine du Nouveau Testament. Il y joignit des notes, Annotationes in quibus ratio interprétations redditur, qu'on a aussi imprimées séparément. En les comparant avec celles du professeur de Bâle, on reconnaît aisément, comme nous le savons du reste déjà, que ce n'étaient pas seulement des versions faites d'après des principes différents, mais deux théologies, à plusieurs égards opposées l'une à l'autre, qui se trouvaient en présence. Casteillon avait dès 1557 pris la plume pour justifier ses deux traductions et critiquer celle de Bèze ; sa Defensio marum translationum Bibliorum et maxime Novi Fœderis ne parut cependant qu'en 1562. Bèze lui répondit en 1563, et voici ce qu'il dit, l'année suivante, dans sa Vie de Calvin, de sa réponse intitulée : Responsio ad defensiones et reprehensiones S. Castellionis, quibus suam N. T. interpretationem defendere adv. Bezam, et ejus versionem vicissim reprehendere conatus est : « Cette mienne réponse, dédiée aux pasteurs de l'Eglise de Bâle, fut cause qu'icelui Chateillon fut appelé par l 'Eglise et puis par la Seigneurie, et lui fut enjoint de répondre à ce dont je le chargeais, et que je m'offrais lui prouver par ses écrits; mais peu de jours après, la mort le délivra de cette peine. « Casteillon est mort, en effet, le 29 décembre 1563, cinq mois avant Calvin. On a mprimé en 1578, sous le titre de Defensio et avec la suscription : Ad
tmthorern libri cui tituius est : Calumniae nebulonis, une longue lettre commencée en mai et terminée en septembre 1558, qui ne l'avait pas été de son vivant. Il y répond d'abord à Calvin, auquel elle est adressée, puis à Bèze, repoussant leurs inculpations, dont quel-
-unes l'attaquaient dans son honneur, avec autant de calme que de fermeté. C'est à elles et à l'accueil qui leur avait été fait à Baie, qu'il attribue la pauvreté dans laquelle il a vécu pendant tout le temps qu'il a employé à ces traductions des livres saints, qui, dit-il, « lui ont attiré la haipe et l'envie de ceux dont elles auraient dû lui assurer l'affection. » Plus loin, il leur demande de permettre qu'il ne soit pas de leur avis sur quelques points diversement envisagés par les théologiens : « Laissez-moi la liberté de professer ma foi, comme vous désirez qu'on vous laisse et comme je vous laisse, moi, la liberté de professer la vôtre. Ne prétendez pas en toute occasion que ceux qui diffèrent de vous s'opposent à la vérité, et ne les tenez pas pour des blasphémateurs; car un grand nombre d'hommes pieux sont en désaccord avec vous sur beaucoup de choses. II n'en est pas ainsi de moi, qui, d'accord avec vous sur l'ensemble de la religion du Christ et désirant la soutenir avec vous selon mon pouvoir, n'en diffère qu'au sujet de quelques interprétations sur lesquelles beaucoup de gens pieux ne s'entendent pas avec vous. Que ce soient les uns ou les autres qui se trompent, il n'en faut pas moins nous aimer les uns les autres. » Sous le rapport de la langue, la Bible latine de Casteillon a été autant louée que critiquée. « Le défaut qui y a été condamné le plus généralement, dit Bayle, est l'affectation de ne se servir que des termes de la bonne latinité. C'est ce qui a fait qu'il dit
"s au lieu d' Angélus, et lotio au lieu de baptismus, et respublica au lieu frecclesia, et collegium au lieu de synagoga. » Il en résulte des disparates de style qui rebutent et, par suite des idées qu'on attache ordinairement aux mots dont il fait un nouvel usage, une confusion des plus pénibles. Aussi renonça-t-il dans l'édition de 1556, d'après le conseil de ses amis, à plusieurs de ces mots et reprit-il ceux de baptisma, baptizare, angélus, qu'il avait rejetés. Quand il n'entend pas un passage, il en avertit le lecteur en marge par ces mots : Hune locum non intelligo, Genèse, VI, 4b', par exemple, et cette note marginale est assez fréquente. La dernière étition de la Bible latine de Casteillon est celle de Leipzig, 1766. Le Nouveau Testament a été réimprimé plusieurs fois pendant le dix-huitième siècle. Les Annotatwnes l'ont été en 1738 par les soins de Bunemann, auquel on doit aussi un Index latinitatis selectœ, vulgo neglectx, merito et falso suspecfœ, ex Sebastiani Castellwnis interprétation* S. Codicis (Lipsiai, 1735). Sa version française de la Bible n'a eu qu'une seule édition. Il dit dans V Avertissement qu'ayant principalement égard aux idiots (aux ignorants), « il a usé d'un langage commun et simple, et le plus entendible qu'il lui a été possible. Et pour cette cause, ajoute-t-il, au lieu d'user de mots grecs et latins qui ne sont pas entendus du simple peuple, j'ai quelquefois usé des mots français quand j'en ai pu trouver; sinon j'en ai forgé sur les français par nécessité, et les ai forgés tels qu 'on les
pourra aisément entendre quand on aura une fois ouï que c'est, comme serait es sacrifices ce mot brûlage, lequel mot j'ai mis au lieu de holocauste, sachant qu'un idiot n'entend ni ne peut de longtemps entendre ce que veut dire holocauste; mais si on lui dit que brûlage est un sacrifice auquel on brûle ce qu'on sacrifie, il retiendra bientôt ve mot par la vertu du mot brûler, lequel il entend déjà. » On aurait pu répondre à Casteillon qu'il est peut-être plus difficile d'associer au mot de brûlage l'idée de sacrifice qui n'y est pas contenue, que de se souvenir qu'un holocauste est un sacrifice par le feu. Les autres mots qu'il a exclus de sa version française, parce qu'ils sont empruntés au grec ou au latin, comme circoncire, catéchiser, cène, baptême, etc., n'ont pas été remplacés par lui plus heureusement. En les rejetant, il n'a pas eu l'intention de condamner ceux qui s'en servent; « car moi-même, dit-il, en use bien souvent en temps et lieu; ains le fais pour éviter certains abus qui se sont eouvés et se couvent journellement sous tels mots inconnus, et si (pourtant) ne le fais pas partout, sachant que toute chose nouvelle, quelque droite qu'elle soit, ne peut être reçue du premier coup, et que tel en souffrira bien deux ou trois, qui n'en souffrira pas dix ou douze. » Mais ce ne sont pas seulement les essais de ce genre qui ont paru inacceptables ; ce sont aussi des expressions étranges, comme flairement pour odorat (1 Corinthiens XII, 17), songemalices pour inventeurs de méchancetés (Romains I, 30), enfantons pour petits enfants (1 Jean IV, 3), et celle-ci que l'on cite souvent, parce que Bèze et Henri Estienne l'ont relevée : Miséricorde fait la figue au jugement (Jacques II, 13). Peut-être auraient-ils dû dire que Casteillon en donne en marge cette explication : « Miséricorde est sûre par innocence contre punition, » ce qui se rapproche plus du sens admis aujourd'hui que l'interprétation de Calvin : « Miséricorde se glorifie à rencontre de condamnation. » Mais bien loin de lui rendre cette justice, Henri Estienne le juge avec une extrême sévérité : « Au lieu, dit-il, de chercher les plus graves mots et manières de parler, pour appliquer un tel sujet (traduire la Bible en français), on voit évidemment que cet homme s'est étudié à chercher les mots de gueux, ou pour le moins tels qu'ils fissent amuser les lecteurs à rire, au lieu de s'amuser à considérer le sens du passage » (Apologie pour Hérodote, livre I, chap. xiv). Bèze assure que « les Poitevins euxmêmes, dont le jargon est le plus grossier de tous les jargons de France, ne peuvent supporter le sien » (Responsio ad Seb. Castellionis Defensiones et reprehensiones, p. 3). Il ne faut pas s'étonner après cela que Jacques Lenfant ait cru pouvoir dire, en 1718, dans sa Préface générale sur le Nouveau Testament : « On ne parlera pas ici de la ridicule version de Chateillon. » Casteillon, trop hardi à forger des mots, n'a assurément pas réussi par sa version, comme Luther par la sienne, à fixer pour longtemps la langue de son pays ; mais il la savait aussi bien que personne, et quelle étude prolongée et approfondie n'a-t-il pas dû en faire pour traduire en cette langue des écrits aussi variés que ceux contenus dans la Bible! Il est rare, il est vrai, quand on lit de suite quelques pages de sa traduction française, qu'on ne rencontre
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pas des termes bizarres qui ne pouvaient pas se faire aecepter ; mais l'impression d'ensemble qu'on on reçoit n'est pas ce qu'on pourrait supposer. Casteillon ne se faisait d'ailleurs aucune illusion sur l'imperfection de son œuvre, et il prend congé de ses lecteurs en leur disant : « Que s'il vient une autre translation qui soit meilleure, j'espère que cette-ci ne sera pas marrie de lui faire place. » Rien n'est moins fondé que le reproche que Henri Estienne lui a adressé, d'avoir manqué de sérieux dans l'accomplissement de la tâche qu'il s'était donnée. Les lignes suivantes, empruntées à un morceau intitulé : Le moyen pou?- entendre la sainte Ecriture, ne sauraient laisser aucun doute sur ses sentiments et sur le but qu'il avait en vue : « Je conseille à tous ceux qui se veulent appliquer à l'Ecriture et à connaître la volonté de Dieu, qu'ils le fassent par le moyen qu'il se peut et doit faire. Premièrement, qu'ils croient ce qui y est écrit; car s'ils ne le croient, ils ne l'entendront pas, ains tiendront les saintes Ecritures pour non saintes. Puis après, ce qui est le fruit de la foi, qu'ils assujettissent leur volonté à celle de Dieu, étant tout prêts à faire tout ce qu'il commandera, doux ou amer, léger ou pesant, sans aucunement y contredire, ou même contrepenser. Car la foi, par laquelle il nous faut être sauvés, et sans laquelle on ne peut plaire à Dieu, est de telle nature que non-seulement elle obtient à l'homme, par le mérite de la mort de Christ, pardon de ses péchés passés, mais aussi par sa résur-v rection le rend juste, et en lui moyennant un nouvel esprit, l'ôte à la sujétion du diable et l'asservit à Dieu. » Ce style n'est certes pas inférieur à celui des bons écrivains du seizième siècle. On trouvera dans la France Protestante la liste des nombreux ouvrages de Casteillon. Il a déclaré ne pas être l'auteur du Conseil à la France désolée, que Bèze lui attribue et qui fut condamné par le synode national de Lyon en 1563. Son livre De hœreticis, an suit persequendi, publié sous le pseudonyme de Martinus Bellius, est une collection d'opuscules sur la tolérance, à laquelle il a mis une préface. Il convient de citer encore ses traductions en latin et en français de la Théologie germanique, sous le nom de Joannes Theophilus, et celle en latin des Dialogues de Bernard Ochin. Quelques-uns de ses ouvrages posthumes ont sans doute été publiés par son fils Frédéric, le dernier de ses huit enfants, né quelques jours avant sa mort, qui fut, comme lui, professeur à l'université de Bàle. — Voyez Richard Simon et l'article Castalùm dans le Dictionnaire de Ravie, pour l'appréciation de ses deux versions de la Bible. H. Luttkroth.
CASTELL (Edmond), né en 1606 à llatley (comté de Cambridge), lit ses études à Cambridge, où, vers la fin de sa carrière (1666), il devint professeur d'arabe, et mourut en 1685 à Higham-Gobion (comté de Bedford), dont il était recteur. Connaissant mieux les langues orientales que personne de son temps, il l'ut un des principaux collaborateurs de Wallon pour la publication de sa Bible polyglotte (Londres, 1657, 6 vol. in-fol.). Pour compléter ce grand ouvrage, il composa son Lexicon heptaglotton (Londres, 1669, -J vol. Ln-foL), auquel il consacra dixsept ans d'un travail assidu, qui lui coûta la vue et toute sa fortune
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Castell a, dans cet ouvrage, fondu en un seul dictionnaire harmonique des langues sémitiques (plus le persan, qui est traité à part) tous les matériaux lexicographiques amassés par les orientalistes antérieurs sur l'hébreu, le chaldéen, le syriaque, le samaritain, l'éthiopien et l'arabe, et y a joint les importants résultats de ses propres recherches; il a fourni ainsi pour l'étude comparée des langues sémitiques un ouvrage qui n'a point été dépassé encore dans son ensemble. La partie syriaque a été réimprimée à part par J.-D. Michaëlis, qui y a joint quelques notes (Gœtting., 1788, in-4°), et la partie hébraïque par un disciple de ce dernier, J'.-F.-L. Trier (Gœtting., 1790, 2 vol. in-4°), pour servir de texte aux observations lexicographiques de Michaëlis (Supplementa ad Lexica hebraica, Gœtting., 1785-92, 2 vol. in-4°). — Sources : Kippis, Biographia brilannica, t. 111;- Biographie universelle, nouv. éd., t. VII; Meyer, Gesch. cl. Schrifterklœrung, t. III ; Rosenmûller, Handbuch f. d. Literalur d. bibl. Krilik., t. III, p. 341 ; Wolf, Histoiia lexicorum hebr., p. 164. A. Bernus.
CASTELNAU (Pierre de), religieux de Cîteaux et archidiacre de Maguelone, fut envoyé par Innocent III dans le Midi de la France, avec la qualité de légat extraordinaire, pour rechercher les hérétiques albigeois et les livrer au bras séculier. 11 était accompagné de Ramier, également moine de Cîteaux, et de Dominique, fondateur de l'ordre des Frères Prêcheurs. Ces inquisiteurs rencontrèrent une vive résistance, et Castelnau finit par être massacré sur les terres de Raymond .VI, comte de Toulouse (1208), au moment où il venait d'enjoindre à ce prince d'abandonner la cause des albigeois ; ce meurtre fit excommunier Raymond et amena la guerre des albigeois.
CASTELNAU (Michel de), seigneur de Mauvissière (1520-1592). Peu de personnages ont fait plus d'honneur à ce parti modéré, loyal, également attaché à la royauté légitime et au catholicisme, au dévouement duquel Henri IV dut sa couronne bien plus qu'à son abjuration. A partir de la paix de Cateau-Cambrésis, Castelnau fut de toutes les négociations de ce temps, et, jusqu'à la cinquième guerre civile, de toutes les campagnes contre les huguenots qui le firent même une fois prisonnier. Il fut cinq fois ambassadeur en Angleterre et en Ecosse, sans compter ses ambassades en Allemagne, en Savoie et à Rome, où il eut à agir dans la conjoncture délicate de la réunion du conclave qui nomma Pie IV. Les Guises, premiers auteurs de sa fortune, essayèrent en vain de le lier à leur parti. Sa fidélité à la maison de France lui avait coûté presque tous ses biens quand Henri IV lui donna un commandement. Castelnau partagea les périls du Béarnais sans avoir part à sa fortune, car il mourut à Joinville un an avant l'entrée du roi dans Paris. Pendant sa dernière légation en Angleterre, de 1574 à 1584, il avait écrit ses Mémoires, aussi précieux par leurs renseignements que par l'impartialité du récit. Ils vont de 1559 à la paix de Saint-Germain (août 1570). Publiés pour la première fois en 1621 par Jacques de Castelnau, son fils, et depuis, à deux reprises différentes, avec des commentaires et des pièces justificatives, ils ont été insérés en dernier lieu dans la Collection universelle des Mémoires particuliers relatifs à l'his-
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tuin de Frtmce. L'édition la pins belle L't la plus complète de Gastetaaa est celle de Jean Godefroy (Bruxelles, I73i, 3 vol. in-l'ol., iig.).
CASTRES [Castrum] (Tarn) es* appelée dans ia chronique de Simon de Montfort Villa S. ntiï de Cas/ris. en l'honneur des reliques d
saint Vincent, martyr de Saragosse, qui y lurent apportées de Valence en Espagne par le moine Audaldus, vers 858. Aimoin de Sainl- Ciermain-de^-1'ivs en a raconté la translation en deux livres, en vers. La chronique des évéques d'Àlby et des abbés de Castres rapporte qu'en 647 Robert, Anselin et Daniel, chevaliers, se bâtirent des cellules en ce lieu (d'Acàery, SpiciL, VU). Leur église, consacrée à saint Benoit, lut dévastée par les calvinistes ; celle de Saint- Vincent, élevée par l 'abbé Rigaud (874-688 . tut donnée en 1258 aux frères prêcheurs. En 1317, Jean XXII érigea r église de Saint-Benoit et Saint- Vincent en cathédrale, et l'évèehé fut rattaché à Bourges, puis à Alby ; il fut supprimé en 1801 (Borel, Antiq. de C, 1G49, in-8° ;2'éd., 1868,in-12j.
II. Le premier réformateur de Castres fut le cordelier Marciï (1532), qui fut emprisonné dans la suite à Toulouse et y « scella heureusement de son sang, dit Bèze, la doctrine de vérité qu'il av;>i: annoncée. » Ses succès assurèrent l'avenir de l'Eglise de Castres, car, dès Tannée 1542, elle était organisée et desservie par le pasteur de lfanna. Mais elle prit surtout de l'extension en avril 1560, sous le ministère « d'un homme de bien et docte personnage, nommé Geoffroy le Brun, » qui, succombant bientôt sous le poids de sa charge, dut aller chercher des collaborateurs à Genève au mois d'octobre de la même année. En son absence 1" Eglise fut évangélisée par La Vallée, venu de Toulon^'. Ses assemblées, dénoncées à cetteépoque, furent suspendues par L'arrivée du procureur général de Toulouse, qui lit jeter en prison quelques luthériens. Un édit du mois de février 1561, ordonnant leur mise en Liberté, ranima le courage de l'Eglise qui, desservie par le pasteur Pierre de l'Hostau, envoyé de Genève par Lebrun, prit de tels développements que la ville presque tout entière se déclara pour la Réforme et livra ses églises aux nouveaux apôtres; mais l'édit de janvier 1502. qui ne permettait l'exercice de la religion réformée que dans les faubourgs des villes, obligea les évangéliques de Castres à tenir leurs assemblées en dehors des murs. Pendant les guerres de religion, cette ville lui presque toujours au pouvoir des réformés, qui y fondèrent un collège important (1577) et obtinrent une chambre de justice mi-partie (4S9S). Pendant les nouveaux troubles religieux du dixseptième siècle, Castres épousa le parti du duc de Rohan : ce dont la cour lui conserva rancune, car, dès 1663, elle expulsait ses cinq pasteurs sous un faux prétexte ets en 1(570, transférai! sa chambre de justice à Casteinaudary. Euliu, le 18 décembre 1684, le Conseil d'Etatsupprimait complètement l'Eglise, ressortissant à cette époque au colloque de l'Albigeois et à la province synodale du Haut Languedoc et Haute Guienne. Pendant la période du Désert, L'Eglise de Castres demeura longtemps sans pasteur, tout comme las autres Eglises du Haut Languedoc. Le prédicateur .Michel Piala réorganisa les unes et les b tires en 17:}:; et devint leur pasteur en 175^. Corteis leur donna aussi ses