‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 233 sur 263 · CASUISTIQUE · texte numérisé non relu

CASUISTIQUE

correspondance avec les Eglises (1 Cor. Vil, -VIII, XI; 2 Cor. VI, etc.). Et plus tard, il suffit d'ouvrir les écrits d'un Tertullien, d'un Augustin pour constater la place considérable que les docteurs de l'Eglise durent donner à l'étude et à la solution de ces délicats et urgents problèmes. A mesure que la ferveur et la spiritualité s'affaiblissaient dans les âmes, que la fidélité chrétienne devenait une conformité extérieure à la loi plus qu'une inspiration et un amour, le besoin de ces décisions et de ces conseils des maîtres se faisait sentir davantage. Il y eut d'autres actions: l'Eglise chrétienne institua une discipline, sanctionnée par des pénalités. On dut indiquer quelles seraient les fautes qui tomberaient sous le jugement ecclésiastique, et quelle serait pour chacune d'elles la peine infligée. Ce fut l'origine des libri pœnitentiales, dont on voit déjà une trace au milieu du troisième siècle dans l'Eglise d'Afrique (Cypr., Epist. 2, liber de lapsis). Les décisions des conciles, les anciennes coutumes , le droit canonique , composaient , avec les appréciations personnelles des auteurs, la matière de ces ouvrages. A cette influence de la discipline ecclésiastique se joignit celle de la confession, qui entrait chaque jour davantage dans les habitudes des fidèles. Il fallait offrir aux prêtres un guide pour l'appréciation des fautes etl'application des pénitences. On multiplia donc et on développa ces libri pœnitentiales , dont le point de vue était nécessairement et de plus en plus casuistique. Ce fut bien autre chose quand la confession auriculaire fut érigée en loi de l'Eglise (1215). On se mit dès lors à composer des ouvrages où tous les cas possibles étaient énumérés sous de certaines rubriques et suivant un certain ordre ( assez ordinairement alphabétique), et où l'an indiquait, pour chacun de ces cas, non-seulement le jugement à prononcer, la pénitence à infliger, mais les conseils à donner pour l'avenir. C'est l'avènement de la casuistique proprement dite. Raymond de Pennaforte, au treizième siècle, est le premier qui ait fait un travail de ce genre (Summa de casibus pœnitentialibus). Il eut un grand succès et fut imité dans les siècles suivants par beaucoup d'autres, dont les summœ sont le plus souvent désignées par le nom de la ville où naquit l'auteur. Ainsi YAstesana (1330), la Pisana (1338), la Pacifica (1470), YAngelica de Angélus de Clavasio (1486), brûlée par Luther avec la bulle du pape, etc. Il faut dire que cette façon de traiter la morale rentrait assez dans la méthode générale des scolastiques, habiles à distinguer, accoutumés à considérer toutes les suppositions possibles ou impossibles, curieux de problèmes au point d'en imaginer pour la seule satisfaction de les résoudre. Lorsqu'ils font de la morale dans leurs écrits, ils ne savent pas le faire sans accumuler les distinctions, les cas difficiles et les solutions. Ils ont contribué pour leur grande part au développement de la casuistique ; ils lui ont donné une forme plus rigoureuse, plus scientifique. Quand la scolastique a décliné, au quatorzième siècle, on dirait qu'elle a passé sa vigueur à la casuistique, qui entre alors dans sa belle période. Il arriva naturellement que les casuistes ne donnèrent pas toujours la même solution auxjnêmes cas de conscience. La diversité s'accroissait avec le nombre des auteurs. On commença par donner la prépondérance à l'avis des

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