BARNABAS — BARNABITES
Fauteur a recours rappellent la méthode employée dans répitre aux Hébreux ; mais elles sont généralement forcées et d'un goût douteux. La seconde partie (XV1II-XXI) renferme des préceptes de morale et oppose la voie de la lumière, que doit suivre le chrétien, à la voie des ténèbres dans laquelle marche le mondain. L'auteur appartient manifestement à ce parti de la conciliation entre le judéo-christianisme et lepaulinisme qui finit par triompher dans l'Eglise. Son antijudaïsme est trop prononcé pour qu'on puisse le ranger, avec certains commentateurs, parmi les judéo-chrétiens, mais d'autre part son paulinismeest bien affaibli, et la manière dont il parle de la grâce et delà foi trahit un acheminement vers la conception tout intellectuelle dans laquelle se fixa le dogme catholique. L'ignorance des cérémonies judaïques, inadmissible chez un lévite, suffirait à elle seule à démontrer l'inauthenticité de l'épitre de Barnabas. La mention de la destruction du temple de Jérusalem (XYI) nous reporte, pour la date, après l'an 70; d'autre part l'ascension de Jésus-Christ placée le jour même de sa résurrection (XV) ne nous permet pas de dépasser la première moitié du second siècle. Nous ignorons également le cercle des lecteurs auquel s'adresse cette épître, assez improprement nommée xaGcXirrç, ainsi que son lieu d'origine. L'hypothèse qu'elle a été écrite par un chrétien d'Alexandrie manque de fondement. — L 'épître de Barnabas est insérée dans toutes les éditions delà collection des Pères apostoliques. La première, de Hugues Ménard, date de 1645; l'une des meilleures est celle deHefele, Tubingue, 1843. Voyez aussi du même, Sendschreiben des Ap. B. untersuckt, ùbersetzt u. erklœrt,Tùb., 1840; Kayser, Revue dethéol. de Strasbourg, lre série, II, p. 202 ss.; Reuss, Eût. de la théol. chrét., II, 557 ss.
BARNABITES. Parmi les nombreux ermites qui vivaient en Italie, les uns isolément, les autres ayant quelques règles communes, il y en avait qu'on appelait les ermites de Saint-Ambroise. Ils sont mentionnés pour la première fois sous le règne du pape Grégoire XI. En 1441, Eugène IV les réunit en congrégation ; leur patron étant saint Barnabe, on leur donna le nom de Barnabites. Comme ils n'avaient pas de but pratique , ils restèrent sans importance jusqu'à ce qu'en 1589 Charles Borromée les fondit avec une congrégation plus récente qui portait le même nom. Cette dernière fut établie vers 1530 à Milan par Antoine- Marie Zaccharia, Barthélémy Ferrari et Jacques- Antoine Morigïa. Ces trois prêtres, entraînés par le mouvement religieux qui traversa l'Italie à cette époque, convinrent de ranimer la vie pieuse du peuple par des prédications plus édifiantes et par une distribution plus fréquente de l'eucharistie. Quand ils eurent trouvé quelques compagnons , Clément VII confirma l'institution par un bref en 1533; deux années après, Paul III les exempta de la juridiction épiscopale, les soumit immédiatement au saint-siége et leur donna le nom de clercs réguliers de Saint-Paul. L'oratoire où, à Milan, ils tenaient leurs réunions, était dédié à cet apôtre. Quand, plus tard, ils obtinrent l'église de Saint-Barnabe, on ne les appela plus que Barnabites. Leurs obligations étaient de prêcher, d'instruire la jeunesse, de diriger des séminaires et de faire des missions. Leur costume était celui des prêtres séculiers; du
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monachisme ils n'avaient que les trois vœux, auxquels ils avaient ajouté, comme quatrième, celui de ne pas aspirer à des dignités ecclésiastiques. L'ordre se répandit en plusieurs pays ; au commencement du seizième siècle il avait déjà cinq provinces. La maison principale était à Rome. Ch. Schmidt.
BARNAUD (Nicolas), gentilhomme dauphinois, comme il se qualifiait, et médecin, né à Crest, en Dauphiné, de parents protestants, dans la première moitié du seizième siècle. On ignore la date de sa naissance et celle de sa mort. Son nom a été souvent défiguré {Bernardus, Barnardus, Jiernaudus, Barnaudus, Arnaudus). Sa devise était : Nihil sine numine. Fervent adepte de la philosophie hermétique, il parcourut l'Espagne vers 1559, se trouva à Genève en 1567 et y reçut droit de Jjourgeoisie , parcourut presque tous les pays de l'Europe , exerçant partout la médecine et s'enquérant des progrès du grand œuvre. En 1597 et 1599, on le retrouve à Leyde, et, en 1601, à Gouda, près Rotterdam, âfgé alors de plus de soixante ans. En 1612, son nom se trouve mêlé à L'affaire du ministre d'Aigues-Mortes, Bansillon, que le synode de Privas suspend pour trois mois, comme s'étant adonné à l'alchimie, sous les auspices d'un médecin dit Barnaud, comme nous le révèle un pamphlet du temps {le Magot genevois, etc., 1613). Les écrits que Barnaud a publiés, ou qu'on lui a attribués, se rapportent surtout à la science hermétique, à l'histoire ou à l'économie politique. Les premiers sont devenus très-rares et sont oubliés dans la poussière des bibliothèques; ils sont d'ailleurs réunis dans le Thealrum Chemicum. Barnaud a donné une traduction du livre : De V Autorité de la Sainte Ecriture, de Socin,avec ï Advertissement de MM. les Théologiens de Basle sur quelques endroits dudit escrit, 1592, in-8°; et on lui attribue celle des sept Livres de Servet concernant les erreurs touchant la Trinité. On lui a surtout imputé la paternité du célèbre pamphlet, publié en 1573, contre les instigateurs de la Saint-Barthélémy, sous ce titre : Dialogus quo multa exponuntur, etc., et qui a été traduit en français : Dialogue auquel sont traitées plusieurs choses qui sont advenues aux Luthériens et Huguenots de la France; ensemble certains points et avis nécessaires d'estre sceuz et suiviz, Bâle, 1573, pet. in-8°. On lit au dernier feuillet : « Achevé d'imprimer le 12e jour du sixième mois d'après la journée de la Trahison. » Augmenté d'un deuxième dialogue, cet ouvrage fut réédité en 1574, et une traduction en fut publiée en français sous ce titre bien connu : Le Réveille -Matin des François et de leurs voisins, composé par Eusèbe Philadelphe, cosmopolite, en forme de dialogue, Ed imbourg (Bàle?), 1574. Le premier dialogue a lieu entre six interlocuteurs, qui sont : Alithie, Philalithie, l'Historiographe, le Politique, l'Eglise et Daniel. 11 est plein de véhémence et de ressentiment, sans doute, mais plein aussi de détails authentiques et dignes d'attention. Le deuxième n'a que deux interlocuteurs : le Politique et l'Historiographe. En tête de cette traduction se trouve une dédicace à la reine Elisabeth* datée du 20 novembre 1573. Il faut noter ici (pie ce pamphlet a été attribué aussi à Théodore de Bèze par Maillet, à Hugues Doneau par Gujas, à François Hotman par Sayous (supposition qui semble
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incompatible avec un mot du 2e dialogue, p. 116); mais Prosper Marchand, Frisius, Placcius, Barbier, Brunet et Haag le maintiennent à Barnaud. Enfin on lui attribue encore : 1° Cabinet du Roi de France, dans lequel il y a trois perles précieuses d'inestimable valeur, par le moyen desquelles Sa Majesté s'en va le premier monarque du monde et ses sujets du tout soulagez, 1582, s. n. d. 1., 3 liv. en un vol. in-8° de 647 pages. La dédicace à Henri III est signée N. D. G. (Nicolas de Crest?) et datée du 1er novembre 1581. « Ce beau Cabinet, c'est la monarchie des Gaules, dont la première perle est la Parole de Dieu, qui a pour estay l'Eglise papale, dans laquelle elle est enclose ou plustost ensevelie; la deuxième perle est la Noblesse, et la troisième le Tiers-Estat. » C'est d'ailleurs une satire assez diffuse, et souvent cynique, mais où se rencontrent de bonnes pages. On l'a aussi attribuée à Nicolas Froumenteau, auteur du Seo^et des Finances de Finance (1581), ouvrage qui est une sorte de bilan très-curieux de la fortune du royaume à cette date, et où se rencontrent des analogies frappantes avec le Cabinet. Mais Froumenteau n'est peut-être qu'un pseudonyme de notre Barnaud. 2° Le Miroir des François, compris en trois livres, contenant l'état et le maniement des affaires de France, tant de la justice que de la police, par Nie. de Montaud, 1582, in-S°. C'est le livre d'un huguenot passionné , mêlant volontiers la polémique aux affaires, et qui, selon Haag, serait peut-être Louis Des Masures. Mais La Monnoye le donnait à Barnaud ; Prosper Marchand, Delisle de Sales et Barbier ont adopté son opinion, et Le Duchat regardait le Cabinet (de Barnaud), le Secret (de Froumenteau) et le Miroir (de Montaud) comme l'œuvre d'un même auteur, quel qu'il fût. Charles Read.
BARNÈS ou Barns (Robert), chapelain du roi d'Angleterre Henri VIII. Il fut envoyé par ce prince pour conférer avec les théologiens protestants de Wittemberg relativement à son divorce avec Catherine d'Aragon. Ayant professé, à son retour, les doctrines de Luther et insisté sur certaines réformes nécessaires du culte, il s'attira la disgrâce du roi qui le fit enfermer à la Tour. Barnès, pour obtenir sa liberté, abjura les propositions incriminées. Poursuivi par le remords, il s'enfuit à Wittemberg. Lorsque Henri VIII se fut définitivement prononcé contre le pape, le malheureux exilé retourna dans sa patrie; c'est alors qu'il fut nommé chapelain du roi et chargé de négocier son mariage avec Anne de Clèves. Lorsque ce voluptueux tyran divorça avec elle, il livra Barnès au 'Parlement qui le condamna à périr dans les flammes (1540). On a de lui un écrit polémique intitulé : Vilae romanorum pontificum quos papas vocamus (de saint Pierre à Alexandre III), publié à Wittemberg, en 1536, avec une préface de Luther, réimprimé plusieurs fois et condamné par Pie IV.
BARNEVELD (Jean VanOlden). Né en 1549, il se distingua de bonne heure dans le maniement des affaires publiques par sa probité et sa rectitude d'esprit. Guillaume Ier, prince d'Orange, l'investit de sa confiance et le chargea de missions difficiles dont il s'acquitta avec succès. A la mort de Guillaume, en 1584, son jeune fils, Maurice de Nassau» trouva dans le crédit de Barneveld près des Etats-Généraux un puissant
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appui pour parvenir aux plus liantes dignités. En 1580, les Etats de Hollande élurent pour leur conseiller-pensionnaire, ou avocat de la province, Barneveld, qui déclara n'accepter ce titre qu'à la condition de s'en démettre le jour où s'entameraient, comme il le craignait alors, des négociations tendant à une restitution des Pays-Bas à l'Espagne. Devenu généralissime des troupes des Etats, Maurice de Nassau se signala bientôt par une série de succès qui consolidèrent la situation de la nouvelle république des Provinces-Unies, à laquelle une alliance conclue avec la France apporta une nouvelle force. Non moins habile négociateur qu'administrateur éclairé, Barneveld fut chargé d'une mission près de Henri IV, lors des préliminaires de la paix conclue en 1598, à Vervins, entre la France et l'Espagne. La bonne harmonie, qui pendant plusieurs années avait existé entre lui et Maurice, cessa en 1607, à raison des pourparlers engagés par l'Espagne avec les Etats pour arriver soit à une paix, soit à une trêve. Ami de la gloire, et craignant que la paix ne restreignit l'autorité dont il était revêtu, Maurice voulait la continuation de la guerre ; Barneveld, au contraire, aspirait d'autant plus à la cessation des hostilités, dans l'intérêt de sa patrie, qu'il redoutait que Maurice ne parvint à se rendre trop puissant, au détriment de celle-ci. De là entre ces deux hautes personnalités gouvernementales un dissentiment qui ne lit que s'aggraver de jour en jour. Les pourparlers échouèrent quant à la paix; ils furent repris, en vue d'une trêve à établir. Barneveld insistait pour qu'elle fût conclue ; Maurice résistait, et finit par céder : une trêve de douze ans tut signée en 1609. Dans cette même année, se manifesta une division profonde au sein des Eglises réformées des Provinces-Unies. Elles se scindèrent en deux camps, dont les chefs furent J. Arminius et F. Gomarus, professeur en théologie à l'université de Leyde. Barneveld. défenseur convaincu du principe de la liberté religieuse, se rangea, à ce titre, du côté d'Arminiuset de ses partisans ; Maurice, par calcul, se prononça contre ceux-ci et le grand-pensionnaire. La question religieuse ne tarda pas à se compliquer de questions administratives et politiques, dans le conflit desquelles d'âpres agressions contre Barneveld furent trop souvent fomentées par Maurice. Ce prince réussit à attirer à lui la majorité des Etats-Généraux et à préparer la perte de l'homme dont, plus que tout autre, il eût dû respecter le caractère et le loyal dévouement, puisqu'à dater de 1584 il avait trouvé en lui un second père. Barneveld fut arrêté et dut passer de longs mois en prison, sans qu'une instruction judiciaire fût régulièrement suivie contre lui. Pendant ce temps, le parti qui l'accablait de sa haine et de calomnies s'efforçait, afin de le faire plus sûrement succomber par la suite sous ses coups, de le frapper d'abord en la personne de ses adhérents, tant par certaines décisions acerbes du synode de Dordreclit que par des persécutions de tout genre. Traduit, après une incarcération abusivement prolongée, devant une commission composée non de juges mais d'ennemis, Barneveld, en dépit des généreux efforts que firent la princesse douairière d'Orange; et L'ambassadeur de France pour sauver ses jours, lut condamné à mort, comme coupable,
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notamment, d'avoir voulu livrer sa patrie à l'Espagne, lui qui cependant avait si énergiquement contribué à l'arracher au joug de cette puissance, comme il Pavait soustraite naguère aux étreintes de la Grande-Bretagne. Le 13 mai 1619, entre 8 et 9 heures du matin, il fut conduit devant les commissaires, qui lui firent lire par le greffier la sentence de condamnation; après quoi, l'un d'eux osa lui dire : « Votre sentence est lue ; dépêchez, dépêchez. » Le vénérable vieillard, s'appuyant sur son bâton, marcha courageusement au supplice. Arrivé sur l'échafaud, il leva les yeux au ciel et dit : « ODieu! qu'est-ce que de l'homme ! » Il écouta, dans l'attitude du recueillement, la prière que prononça un ministre, pria lui-même avec ferveur ; puis, s'adressant aux assistants : « Amis, s'écria-t-il, ne croyez pas que je sois traître à ma patrie ! Je me suis toujours conduit avec intégrité et probité, comme un bon patriote, et tel je mourrai ! » A neuf heures et demie, l'œuvre du bourreau était accomplie. — Voyez : 1° Brandt, Hist. de la Ré forme, liv. 20 à 32; 2° Mercure français, ann. 1614 à 1619; 3° Grotius, Annal, des Pays-Bas, liv. 7, 16, 17 ; 4° Grotius, Apolog. eor. qui Holland. prœfuer. ; 5° Acta Synodi Dordracenœ ; 6° Acta et scripta synodalia Remonstrantium; 7° Lettres et mém. de Duplessis-Mornay ; 8° De Burigny, Vie de Grotius, 1752, t. I, p. 91 à 145 ; 9° Louis Aubery, Mémoires sur l'histoire des Provinces-Unies, 1688, p. 183 à 190, p. 263 à 288, p. 332 à 346, p. 365 à 374; 10° Mien. Levassor, Hist. de Louis XIII, 1757, t. I, p. 211 à 222, p. 517 à 531, p. 736 à 751, t. II, p. 42 à 65, p. 89 à 101 ; 11° Leclerc, Hist. de HolL; 12° Delaneuville, Hist. de Holl. ; 12° Kerroux, Abr. de VHist. de Holl., 1778, t. II. J. DelIborde.
BAR0NIUS (César). Né en 1538, à Sora, au royaume de Naples, de la noble famille de Barono, le futur historien de l'Eglise entra de bonne heure à l'Oratoire de Rome. Saint Philippe de Néri, qui avait deviné son génie, l'employa d'abord à prêcher sur l'histoire ecclésiastique, puis il l'engagea à mettre la main à l'œuvre immense qui a illustré son nom. Confesseur de Clément VIII, puis cardinal' (1596) et bibliothécaire du Vatican, Baronius serait sans doute devenu pape (1605) sans l'opposition politique des Espagnols : on loue sa modestie et la sainteté de sa vie; il mourut en 1607. Les Annales ecclésiastiques de Baronius étaient destinées à servir de contre-pied aux célèbres Centuries des théologiens de Magdebourg. L'auteur les a conduites jusqu'à l'année 1198; elles furent imprimées à Rome, de 1588 à 1593, en 12 vol. in-fol. Aucune des éditions qui portent le nom d'Anvers, sauf celle de 1642 qui est imprimée ailleurs, ne contient le Traité de la monarchie sicilienne ; cette dissertation, qui soutenait les prétentions des papes sur Naples et la Sicile, a été brûlée en Espagne par la main du bourreau. L'édition de Mayence (1601-1605) a été revue par l'auteur; elle est la meilleure. La plus utile pour l'étude est celle que Mansi a publiée à Lucques de 1738 à 1759, en 35 vol. in-fol., auxquels sont joints trois volumes contenant un excellent index. L'édition de Lucques contient, en regard du texte de Baronius, la -belle Critique du savant cordelier Ant. Pagi (d'Aix en Provence, f 1699 — isolément, Anvers ou Genève, 1705, 4 vol. in-f°;
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meilleure édit., ib.y 1721) et, dans les volumes suivants, les continuations de Toratorien Odoric Raynaldi [(de Trévise, f 1071 : 1196*4568; impr. séparément, K., 1616-77, 9 vol. in-f°)et de Jacques Laderchi, du même ordre (1566-1571 ; séparément. R., 1728-37, 3 vol. in-f°). Les continuations de Bzowski et d'H. de Sponde, l'abréviateur de Baronius,sont moins estimées. Le P. Theiiier(f 1874) a continué les Annales jusqu'à Tan 1590 (H., 1856 ss.). Il se publie à Bar-le-Duc, sous le nom de ce savant, une réimpression revue et corrigée de l'édition de Lucques, avec les continuations de Raynaldi, Laderchi et Theiner, la critique de Pagi et les notes de Mansi : 30 vol. in-f° ont paru depuis 1864. Quels que soient le parti pris de. l'auteur et l'insuffisance de sa méthode, les Annales ecclésiastiques sont encore, surtout si on n'en sépare point la Critique de Pagi, le trésor de l'historien. On a parlé ici même (1, p. 5*4) du Martyrologe de Baronius. Les lettres du célèbre cardinal ont été publiées avec sa biographie par Raym. Albericus (R., 1759 ss., 3 vol. in-4°). — Voy. aussi les ouvrages de Barnabeo (R., 1651), de T. Le Febvre (en "franc., Douay, 1668, in-8°) et de Sarra (ital., R., 1862, in-8°) et les auteurs cités par Potthast.
S. Bebgee.
BARRI (Godefroy de), seigneur de La Renaudie, dit La Forest. Voyez Amboise.
BARRUEL (Augustin) [1741-1820] . Ses écrits sont la fidèle image de
1 agitation de sa vie. Professeur chez les jésuites de Toulouse, il s'exila à la suppression de l'ordre, enseigna en Autriche, et parcourut l'Italie en qualité de précepteur. Rentré en France en 1774, il collabora à l'Année littéraire, et entreprit dans les Helviennes ou lettres provinciales philosophiques (Paris, 1785; ib., 1823, 6e édition, 4 vol. in-12) la réfutation des systèmes de l'incrédulité. Cet ouvrage, assaisonné d'un sel qui n'est pas celui de la charité, fonda sa réputation.. Il écrivit ensuite au Journal ecclésiastique, qu'il soutint seul de 1788 à 1792. Le succès compromettant de cette feuille le força à se réfugier en Angleterre. Il y rédigea avec une ardeur précipitée son Histoire du clergé de France pendant la Révolution (Londres, 1794, in-8°), et ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme {ib., 1797 et ss., 5 vol. in-8°), ouvrage plus malin que sérieux. Une brochure sur l'obéissance du clergé aux lois de l'Etat, intitulée L'Evangile et le clergé sur la soumission dans les révolutions (Londres, 1800) lui rouvrit la France. Un autre ouvrage, Du pape et de ses droits religieux à l'occasion du Concordat (Paris, 1803,
2 vol. in-8°), le lit accuser, à tort, par les ultramontains de s'être vendu a Bonaparte. Barruel consacra ses dernières années à rééditer ses écrits et à poursuivre de ses brochures les jacobins et les francs-maçons en qui il voyait les auteurs de la Révolution et les ennemis de tout ordre social. De tout son héritage, c'est le seul lot que les ultramontains aient accepté1 sans bénéfice d'inventaire. . P. Uouffet.
BARSUMAS, archimandrite, ami d'Eutychès et partisan de sa doctrine, ladéfendil,àla tête des moines syriens, au synode d'Ephèse dit des brigands (449), détermina la mort violente de l'archevêque Flavien de Gonstantinople, son adversaire, et se vit chassé du concile de Chalcé-
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doine où il avait osé se présenter. Il mourut en Syrie en Tan 458. Les Jacobites le vénèrent comme un thaumaturge et comme un saint. — Voyez Mansi, Sacror. concil. nova et amplissima collectio, VI et VII; Assemani, Biblioth. orient., II.
BARSUMAS (Thomas), évéque de Nisibe (435-489) contribua puissamment à répandre l'hérésie nestorienne en Perse, même par la violence. Il était partisan du mariage des prêtres, se fondant sur un passage de saint Paul (1 Cor. VII, 9), donna lui-même l'exemple en épousant une religieuse, et fit adopter par le synode d' Adri un canon qui ordonnait aux évêques de laisser leurs prêtres et leurs diacres se marier, et même de leur permettre les secondes noces. — Voyez Assemani, Biblioth. orient., I, p. 436 ss.; II, p. 403; III, p. 390 ss.
BARTH (Chrétien-Gottlob) [1799-1862] est l'un des hommes qui ont exercé le plus d'influence sur la vie religieuse du Wurtemberg et de toute l'Allemagne dans ce siècle. Né à Stuttgard, de parents pieux et instruits, il lit ses études à Tubingue où il se distingua par ses goûts littéraires et artistiques, son profond sérieux et son penchant pour la théosophie, uni d'ailleurs à une grande largeur d'esprit. Barth remplit, pendant près de quarante ans, de modestes fonctions de pasteur dans la Forêt-Noire, à Mœttlingen d'abord et, depuis 1838, à Calw. On peut dire qu'il contribua à transformer de la manière la plus heureuse le piétisme souabe, le débarrassant de ce qu'il avait d'étroit et de sectaire, montrant que la foi chrétienne n'est nullement hostile à la science, et que les vrais croyants ne connaissent point les barrières que cherche à élever entre les chrétiens le dogmatisme confessionnel (voyez surtout ses deux brochures : Ueber die Pietisten, 1819, et Ziviespalt u. Einigung der Glaubigen, 1835). Sa piété sereine et active, sa franchise et sa cordialité, la vivacité de son esprit enclin à l'humour, sa culture variée, jointes à sa modestie et à la paix de l'àme qui se reflétait dans toute sa personne, .prêtaient à son commerce un grand charme et expliquent l'influence considérable qu'il exerça dans toutes les directions. Dès 1819, il avait contribué à fonder la Société des missions du Wurtemberg dont il demeura l'âme pendant toute sa vie. Il dirigea avec un zèle infatigable et un talent qui n'a pas été surpassé la Feuille, des missions, qui parut à Calw depuis 1828, et, par sa riche collection ethnographique, il excita l'intérêt pour les missions même dans les cercles où il est d'ordinaire difficile à réveiller. Il fonda également une Société de traités et d'écrits religieux, en particulier pour l'enfance, et créa lui-même toute une littérature scolaire (Histoire de V Eglise et du monde, Géographie biblique, Histoire naturelle, Psychologie, etc.), composée de plus de trente ouvrages, parmi lesquels nous ne relèverons que ses Histoires bibliques (Biblische Geschichten fur Schulen u. Familie, 1832), qui ont eu plus de deux cents éditions et ont été traduites dans cinquante langues; elles contiennent une reproduction, non pas littérale, mais plastique et vivante, des textes sacrés. Son Commentaire biblique (Handbuch der Bibelerklœrung fur Schule u. Haus, 1849-50, 2 vol., 2e édit., 1856) renferme des vues souvent ingénieuses et profondes, toujours animées d'un souffle religieux bienfai-
sanl ; son Journal pour la jeunesse (Jugendèlsetter. Monatsschrift zur F'ùrderung wahrer Bildung, 1836-1862), vrai modèle du genre, met tout le trésor des connaissances et des découvertes humaines, non moins que le monde gracieux de la fiction et de la poésie, au service d'une saine propagande évangélique. Barth était aussi poète. Son recueil de Poésies chrétiennes (1836) montre à quel point il savait transfigurer, à la lumière qui nous vient du monde supérieur, les phénomènes de la nature et les événements de la vie ordinaire. La tendance théologique de Barth est assez difficile à définir. 11 avait une grande prédilection pour la théosophie, et les extraits qu'il publia, des ouvrages de Bengel, d'GEtinger et de leurs disciples (Suddeutsche Originalien, 1828 ss.) n'ont pas peu contribué à ramener l'attention de ses contemporains sur ces penseurs d'élite. Comme eux, il s'occupait avec délices des idées eschatologiques et adhérait de cœur à la doctrine du rétablissement final. Son orthodoxie n'excluait pas l'originalité et l'indépendance des convictions, qui prétendaient ne s'appuyer que sur la Bible, sans exclure aucun des moyens que la science humaine met à notre disposition pour mieux la comprendre. — Voyez Calwer Missionsblatt fur 180.3, n° 1; Real-Encycl. de Herzog, XIX, p. 168 ss.
BARTHÉLÉMY (BapôoXo[Aal!oç, Bar-Tholmaï, fils de Tholmaï, cf. Josué XV, 14 et 2 Sam. XIII, 37; un 0oXo;j.xtoç se retrouve encore chez Josèphe, Antiq. XX, 1, 1), l'un des douze disciples de Jésus (Marc III, 18; Matth. X, 3 et par.) qu'il faut vraisemblablement identifier avec Nathanaël (Jean 1,45), cardans le 4e Evangile comme dans les Synoptiques, Barthélémy ou Nathanaël est toujours associé à Philippe. Cet apôtre était originaire de Cana en Galilée (Jean XXI, 2). D'après Eusèbe (H. F., V, 10 et Jérôme (Viris illustribus, 36), il aurait porté l'Evangile dans les Indes, par où il faut entendre l'Arabie Heureuse. D'après d'autres traditions il aurait prêché en Lycaonie et en Arménie. Dans les Histoires du Pseudo-Abdias, liv. VII, on trouve diverses légendes sur son martyre. Tischendorf a publié dans ses Acta apocrypha (1851) le texte grec d'un autre apocryphe sous ce titre : De martyrio Bartholomœi. Voy. encore : Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire du christ, des six p7*emiers siècles, I, p. 960 et 1160; Fabricius, Codex apocr., II, p. 669 et 686, et I, p. 34 et ss. L'Eglise placé la fête de saint Barthélémy au 24 août.
BARTHELEMY de Bologne, missionnaire dominicain du commencement du quatorzième siècle. Le pape Jean XXII le sacra évêque de .Maratha, ville située sur les confins de l'Arménie et de la Perse, à Avignon en 1318. Barthélémy convertit beaucoup de païens et de musulmans, bâtit un grand nombre d'églises et de monastères, et fut nommé archevêque de Naxivan, en Arménie, qui devint le centre de son activité missionnaire. Il publia en langue arménienne une Somme des cas de conscience^ quelques Petits traités des sacrements, une traduction du Psautier et de quelques ouvrages de saint Thomas d'Aquin.
BARTHÉLÉMY DES MARTYRS (1514-1590), ainsi appelé de l'église de martyribus de Lisbonne, dans laquelle il avait reçu le baptême. Il entra à l'âge de quatorze ans dans l'ordre des dominicains," et professa peu-
dant près de vingt ans avec un grand succès. Nommé archevêque de Braga, malgré son refus, il participa au concile de Trente et s'empressa d'en introduire les réformes dans son diocèse. 11 créa un séminaire pour l'instruction des prêtres, convoqua des synodes provinciaux, fonda un hôpital pour les malades et un hospice pour les pauvres, et fit preuve d'un grand dévouement lors de la peste de 1568, et lors des famines de 1567 et de 1575. Il obtint l'autorisation de déposer sa charge en 1582, et se retira dans un couvent qu'il avait fondé à Viane, pour s'occuper de la méditation des vérités religieuses et de l'instruction du peuple- dans les villages voisins. Parmi les ouvrages de Barthélémy, nous citerons, indépendamment de ses commentaires bibliques et d'un catéchisme, son Compendium vitœ sptritualis, traduit en français par M. Godeau, Paris, 1699, 2 vol. in-12, et son Stimulus Pastorum, traduit en français par G. de Mello, sous le titre : le Devoir des Pasteu?%s, Paris, 1672, in-12. Une édition complète de ses œuvres a été publiée à Rome, en 1734, en 2 vol. in-fol., par le P. d'Inguimbert. Sa Vie a été écrite par Isaac le Maistre de Sacy, Paris, 1663.
BARTHELEMY (La Saint-). Avant de dire les causes et les effets de ce drame horrible, nous raconterons par ordre ses diverses péripéties. Le 18 août 1572, la cour de France est en fête. Henri de Béarn, roi de Navarre (plus tard Henri IV), se marie avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Ce ne sont à Paris que festins, bals, jeux de bague, mascarades, scènes de théâtre bizarres et licencieuses. Un grand nombre de gentilshommes huguenots assistent aux noces royales, mais leur tenue décente contraste singulièrement avec le luxe éblouissant de la cour. L'amiral Coligny, qui, depuis la paix de Saint-Germain, est très-avant dans la faveur du roi, auquel il a fait embrasser, malgré Catherine de Médicis et le duc d'Anjou, son fils préféré, le dessein de soutenir les Flamands révoltés contre Philippe II, roi d'Espagne, vient d'accompagner, après la tenue d'un conseil, Charles IX au jeu de paume du Louvre, et se retire à pied à l'hôtel dePonthieu, rue Béthizy, où il loge, lorsque, passant près de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, il reçoit deux coups d'arquebuse, tirés de la fenêtre d'une maison appartenant au chanoine Villemur, ancien précepteur du duc de Guise. L'assassin, Maure vel, qui avait tenté une première fois, en 1569, de tuer l'amiral, avait été conduit dans cette maison par Chailly, le propre surintendant des affaires du duc de Guise (22 août). Coligny eut l'index de la main droite brisé et une balle dans le bras gauche. Se croyant en danger de mort, il fit prier le roi de venir lui rendre visite, car il avait à lui communiquer diverses affaires importantes relatives à la guerre de Flandre, et voulait une dernière fois lui donner le conseil de secouer l'autorité de sa mère et du duc d'Anjou, dans l'intérêt même de son royaume et de sa personne royale. L'entrevue eut lieu, mais Catherine et le duc, profondément irrités des paroles de l'amiral, jurèrent sa perte à dater de ce moment (23 août au matin). Ne pouvant toutefois vaincre les scrupules de Charles IX, à qui ils s'efforcèrent de persuader qu'il y allait de sa vie et du salut de l'Etat de se défaire au plus tôt de l'amiral, ils lui dépêchèrent un conseiller corrompu, le car-
dinal de Retz, son ancien gouverneur, qni lui déclara sans détour que sa mène el son frère étaient les complices du duc de Guise dans la tentative d'assassinat de la veille, qui il ne pourrait jamais faire croire qu'il eût ignoré une chose connue de tout le monde, et qu'il y avait plus de danger el de honte pour lui à nier sa participation au crime sans être cru qu'à prévenir la vengeance des huguenots en les écrasant. Ce propos jeta Charles IX dans un de ces accès de fureur sombre qui lui étaient familiers, et il s'écria que puisque ses conseillers trouvaient bon qu'on tuât l'amiral, « il le voulait, mais aussi tous les huguenots de France, afin qu'il n'en demeurât pas un qui lui pût reprocher après » (23 août, 10 h. du soir). Deux heures après le duc de Guise était mandé au Louvre par Catherine et le duc d'Anjou, et recevait les premiers ordres du massacre. Il fallait commencer par l'amiral Coligny. Une bande d'Italiens, de Suisses et quelques Français, commandés par le duc de Guise, qui était accompagné du duc d'Aumale, son oncle, et du bâtard d'Angoulème, se rendirent à l'hôtel de l'amiral, qui s'écria, à la vue de l'Allemand Bcehme, chargé de lui donner le coup mortel : « Jeune homme, tu viens contre un blessé et un vieillard. Du reste, tu n'abrégeras rien. » Bcehme, reniant Dieu par un juron épouvantable, enfonça répieu dont il était armé dans le ventre du héros, qui tomba en murmurant, dit-on, avec dédain : « Si au moins c'était un homme! C'est un goujat ! » Le cadavre fut jeté par la fenêtre, sur les instances du bâtard d'Angoulème, qui voulut s'assurer de la mort de l'amiral. Sa tête fut ensuite coupée, portée au Louvre et envoyée au pape (21 août, 3 h. du matin). Ce premier meurtre consommé, Catherine, craignant que le roi ne persistât pas dans sa résolution première de mettre à mort tous les huguenots, devança l'heure du massacre général. Le signal devait être donné par l'horloge du palais de justice. La reine-mère, trouvant celle-ci trop éloignée, fit sonner le tocsin au clocher de Saint-Germain-l'Auxerrois, plus rapproché du Louvre. Aussitôt la tuerie commença. Tous les gentilshommes de la suite du roi de Navarre et du prince de Condé logés au Louvre furent mis à mort dans la cour du palais en présence du roi, posté à une fenêtre. Pendant ce temps les assassins des divers quartiers de la ville accomplissaient leur œuvre sanglante, n'épargnant ni l'âge, ni le sexe, ni la condition, ni le rang. En un instant les rues, les places, les cours des maisons, furent remplies de cadavres et de sang. L'air retentissait des cris des malheureux déjà poignardés ou prêts à l'être. Le roi lui-même prenait part personnellement à cet horrible massacre en tirant sur les fuyards d'une fenêtre de sa chambre située dans le pavillon sud-ouest du Louvre. Le pillage, ce cortège obligé du meurtre, s'exerçait en même temps s'ur la plus vaste échelle, et dans cette a tireuse nuit périrent à la fois la fortune et la vie de toute la population réformée de la capitale. Le célèbre sculpteur Jean Goujon, le savant professeur Ramus et le président de la Place, historien de mérite, furent du nombre des morts, qu'on évalue à 5 ou 6,000. Le massacre et le pillage durèrent plusieurs jours, en dépit des défenses du roi, dont la première fut publiée à son de trompe à cinq heures du soir, le jour même de la
Saint-Barthélémy. Le 29 elles durent être encore renouvelées, tant était grande la soif de pillage et de meurtre. Le soir même de l'événement, le roi, saisi de tardifs remords ou craignant des représailles dans les provinces, écrivit à tous ses lieutenants généraux pour rejeter toute la responsabilité du massacre sur les Guise et ordonner Y entière exécution de Tédit de Saint-Germain. Mais, comprenant bientôt que c'était s'annihiler devant cette puissante faction que de prendre une pareille attitude, il tint le 27 août un lit de justice dans lequel il accusa Coligny d'avoir voulu l'assassiner, lui et les siens, et reconnut que tout s'était fait par son exprès commandement. Le lendemain 28 il envoya à tous ses lieutenants généraux une déclaration conçue dans ce sens, stipulant toutefois qu'il ne voulait contrevenir en rien à son édit de pacification et exprimant le désir que ceux de la nouvelle religion pussent vivre en paix dans leurs maisons. Mais en même temps il ordonnait secrètement à ces mêmes lieutenants généraux de faire main basse sur les huguenots, et le sang coula par torrents dans une grande partie de la France, à Orléans, Bourges, Troyes, Lyon, Rouen, Toulouse et ailleurs. Pour l'honneur de l'humanité, quelques lieutenants généraux se refusèrent à massacrer froidement leurs concitoyens. De ce nombre furent Saint-Héran en Auvergne, Charny en Bourgogne, Gordes en Dauphiné, le comte de Tende en Provence, Damville en Languedoc. La Picardie et la Bretagne furent également épargnées. Il n'en périt pas moins 30,000 personnes dans tout le royaume, suivant l'historien de Thou, qui fournit l'estimation la plus vraisemblable. D'autres auteurs parlent de 100,000, mais ce chiffre est exagéré. —La Saint-Barthélémy fut-elle le résultat d'un plan longuement et habilement médité, ou l'explosion subite de la haine du peuple pour le nom de huguenot? Ni l'une ni l'autre de ces suppositions ne semble la vraie. Que la pensée d'un massacre général des huguenots soit venue plusieurs fois à l'esprit de Catherine, c'est ce que prouvent des témoins irrécusables; que le clergé, qui avait trempé dans le massacre des Vaudois de Cabrières et de Mérindol, et, plus anciennement, dans celui des Albigeois, ait souvent excité le roi à commettre cet épouvantable forfait, c'est ce qu'attestent des témoignages plus positifs encore ; mais que Catherine et le duc d'Anjou aient arrêté d'avance le projet de mettre à mort les huguenots à Paris, à l'occasion des noces du roi de Navarre, c'est ce qui n'est pas prouvé. Le contraire paraît plutôt l'être. Catherine et le duc d'Anjou, les deux principaux auteurs de la Saint-Barthélémy, ne songeaient pas à cette époque à faire assassiner l'amiral, et il fallut l'ascendant considérable et récent que ce dernier avait pris sur Charles IX ; puis la guerre de Flandre qui, bien menée, aurait brouillé la France avec la catholique Espagne et le pape et beaucoup fortifié le parti huguenot; enfin le conseil suprême que Coligny, se croyant sur sa lin, avait donné au roi de secouer le joug de sa mère et de son frère, pour décider ces derniers à demander à Charles IX de se défaire de Coligny. On sait le reste. Le roi donna l'ordre du massacre, et, l'incendie une fois allumé, les masses catholiques, surexcitées par le fanatisme religieux, la haine des huguenots et l'amour du
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pillage, no connurent plus de bornes; les excès dépassèrent toutes les prévisions et la race entière des huguenots sembla avoir été anéantie en une seule fois. Ce point de vue, qui parait le plus vraisemblable, commence à être généralement admis de nos jours, où la critique historique a tant fait de progrès. Il est soutenu par des historiens du ;>lus haut mérite, tels que MM. Mignet et Michelet, et par les plus récents historiens allemands, Ranke, Soldan et Polenz. C'est aussi celui de M. Ath. Coquerel fils, dans la remarquable monographie qu'il a consacrée à l'histoire de ce drame lugubre. — La Saint-Barthélémy •produisit des effets contraires à ceux qu'on en attendait. Les protestants ne furent nullement anéantis, et, le premier moment de stupeur passé, ils reprirent les armes avec plus d'ardeur que jamais. L'omnipotence des Guise, l'espèce de captivité où l'on tenait le roi de Navarre et le prince de Condé, et l'influence croissante et pernicieuse des étrangers à la cour, soulevèrent de l'opposition au sein des catholiques modérés, que le massacre de Paris avait déjà indignés. Un nouveau parti se forma : le parti des politiques, qui apporta un appoint considérable aux huguenots, et finalement le duc d'Anjou, porté sur le trône après la mort précoce de Charles IX, son frère, se vit réduit à faire assassiner le duc de Guise, son ancien complice, et à se jeter dans les bras du roi de Navarre pour sauver son honneur et sa couronne. Ce dernier, après la mort tragique d'Henri III, assassiné à son tour par la faction des Guise, hérita bientôt lui-même de la couronne de France. Et c'est ainsi que la Saint- Barthélémy servit en dernière analyse les intérêts de ceux qu'elle était destinée à anéantir. — Voy. Le stratagème de Charles IX contre les huguenots rebelles à Dieu, en italien 1572, en français 1574 (dans Cimber et Danjou, Archives curieuses de France, lro série, t. Vil) ; Du )uassacre de la Saint-Barthélémy, Paris, an Ier de la liberté ; Dissertation sur la Saint- Barthélémy , Paris, 1758 (dans Cimber et Danjou, t. VII); Histoire de la Saint- Barthélémy, Paris, 1826; Le tocsin contre les massacreurs, Beims, 1579 ; Le réveille-matin des François, Edimbourg, 1574 ; Ernestus Varamundus Frisius (Hotman), De furoribus gallicis, Ktlimbourg, 1573; Soldan, La France et la Saint-Barthélémy, Paris, 1855 ; Ath. Coquerel fils, La Saint-Barthélémy , Paris, 1859; La Préméditation de la Saint-Barthélémy (dans le Bulletin de la Soc. de l'histoire du protestantisme français, 1873, p. 474); Un nouveau récit delà Saint- I Uuthélemy, par un bourgeois de Paris (id., 1873, p. 374). Voy. encore le même Bulletin, 1856, p. 147, etc. E. Arxaud.
BARTHOLMESS (Christian-Jean-Guillaume) naquit le 26 février 1815 à Geisselbronn, en Alsace. Après avoir reçu sa première instruction à Pfortzheim, il fit ses études au gymnase, au séminaire et à la faculté île théologie de Strasbourg. A Paris, il entra comme précepteur dans !;i famille du marquis de Jaucourt. Là, il eut assez de loisirs pour s'occuper <!c travaux littéraires, consacrés principalement à l'histoire (t.- la philosophie. Son premier ouvrage un peu considérable fut la Vie de Giordano Bruno, 2 vol., 1847; deux années après il obtint le grade de docteur es lettres par une remarquable thèse sur Huei et son scepti- CÙme. En 185*0 suivit V Histoire de l'Académie de Prusse depuis Leibnitz
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jusqu'à Schelling, 2 vol. Ces publications lai valurent en 1853 un appel comme professeur de philosophie au séminaire protestant de Strasbourg. Son dernier ouvrage, Histoire critique des doctrines religieuses de la philosophie moderne, 1855, 2 vol., est la plus mûrie de ses productions. Il mourut, jeune encore, le 31 août 1856, à Nuremberg, en revenant des eaux de Carlsbad. Instruit, profondément religieux, quoique moins profond que fin, il n'a pas été sans rendre à la science philosophique et religieuse quelques services réels.
BARTÏÏOLOMÉE, apôtre. Voyez Barthélémy.
BARTHOLOMITES ou Barthélémites. Deux congrégations distinctes portent ce nom. — 1° Des moines basiliens d'Arménie, à cause des persécutions dont ils étaient l'objet dans leur pays, vinrent à Gênes en 1307 pour y chercher secours et protection. Ils y obtinrent une maison, et Tannée suivante ils posèrent la première pierre de leur église, dédiée à la Vierge et à saint Barthélémy. Bientôt d'autres moines de leur ordre vinrent également d'Arménie à Gênes, et le pape Clément V leur accorda l'autorisation de célébrer le culte suivant leur rite. Ils obtinrent successivement de fonder des maisons dans plusieurs villes d'Italie ; mais s' étant insensiblement relâchés de leur règle, et beaucoup de membres étant passés dans d'autres congrégations, ils furent supprimés par Innocent X en 1650. Les bartholomites eurent quelques prédicateurs célèbres et quelques écrivains estimés (voy. Hélyot, I, p. 300). — 2° Une congrégation de clercs séculiers vivant en commun fut fondée en 1640 par Barthélémy Holzhauser, chanoine à Salzbourg (1613-1658), dans le but de former des prédicateurs et des directeurs de conscience capables. Ces congrégations se multiplièrent en Allemagne, en Suisse, en Hongrie, en Pologne, en Espagne. Elles avaient des maisons particulières pour les séminaristes, les prêtres et les ecclésiastiques émérites. Un président supérieur était placé à leur tête ; pour le spirituel, elles dépendaient de l'évêque du diocèse où elles fonctionnaient. Innocent XI approuva leurs constitutions en 1680, et l'empereur Léopold ordonna que dans ses Etats héréditaires les bartholomites fussent promus par préférence aux bénéfices vacants. Néanmoins le zèle des bartholomites se refroidit dès la fin du dix-septième siècle, et leurs congrégations ne tardèrent pas à se dissoudre (voy. Hélyot, VIII, p. 138 ; J. Valaury, Abrégé de la Constitution du clergé vivant en commun).
BARTIMÉE (BapripçSoç, ôloç Tt^atou), nom patronymique de l'aveugle de Jéricho guéri par Jésus (Marc X, 46). Saint Luc raconte la guérison sans donner le nom de l'aveugle (Luc XVIII, 35). Saint Matthieu mentionne deux aveugles au lieu d'un sans donner aucun nom. La comparaison des trois textes évangéliques prouve qu'il y avait à cet endroit dans la tradition primitive quelques différences et quelque incertitude qui expliquent les variantes actuelles de ces récits.
BART0LI (Daniel), né à Ferrare en 1608. Il entra dans l'ordre des jésuites en 1623. Après s'être livré à l'instruction et à la prédication, il écrivit en italien Y Histoire de sa compagnie. La publication de cet ouvrage dura vingt ans (1653-1673, Rome, 6 vol. in-fol.), pendant lesquels la partie de Y Asie eut trois éditions. C'est plutôt une réunion